Skip to main content

Full text of "Charlet, sa vie, ses lettres, suivi d'une description raisonnée de son uvre lithographique"

See other formats


HAROLD B. LEE LIBRARV 

BRIGHAM YOUNG UNIVERSITY 

PROVO, UTAH 



Digitized by the Internet Archive 
in 2013 



http://archive.org/details/charletsavieseslOOIaco 



CHARLET 



TOUltS, IMP. DE j. BOUSEREZ. 



Son frétant* 




* : ./, 



'is*«. 



V CHARLET 

SA VIE y, SES LETTRES 

SUIVI D'UNE 

DESCRIPTION RAISONNÉE 

DE SON ŒUVRE LITHOGRAPHIQUE 

PAR 

M. DE LA COMBE 

ANCIEN COLONEL D'ARTILLERIE 

ORXÉ D'UN PORTRAIT DE CHARLET 

Je ne veux pas que dans mou portrait on me 

reconnaisse a une verrue.... 

Chahlet , La Plume , causent artistique. 



PARIS 



PAULIN ET LE CHEVALIER 

Éditeurs de l'Illustration 

Rue RiebeJJ n , M 

MDCCC lv i 



HAROLD B. LES LIBRARY 

BRIGHAM YOJjNG UNIVERSITE 

PROVO, UTAH 



table des matières 



PRKMIKRK PARTIE 



Pages 

Introduction. 3 

Naissance de Charlet Son éducation. 

Fragments philosophiques recueillis sur un garde- main. 7 

Charlet à râtelier de Gros. il 

Charlet fait la connaissance de Géricault. 17 

Voyage à Londres. Géricault veut se suicider. 18 

Lettre de Géricault à Charlet. i"' 

Le colonel de Rigny dîne avec Charlet chez Géricault. ±2 

Lettres du colonel de Rigny. 23 

Portrait de Charlet. 28 

Anecdotes. 20 

Lettre en vers de Charlet à son ami Bellangé. 32 

Lettre au peintre Gué, avec une vignette. 33 

Lettre à Bellangé. 34 

Mariage de Charlet. 30 

Quelques lettres de Charlet à sa femme, avant son mariage. 37 

Lettres à M. de Musigny. 40 

Lettres au colonel de Rigny, à sa garnison de Vendôme et d'Epi nal. is 

Révolution de Juillet. La politique de Charlet. 3;{ 

Demande d'un logement au palais des Beaux-Arts. 57 

Lettres au général de Rigny, à Compiègne. 59 

Billoux. 01 
Campagne d'Anvers. Fragment de journal. Lettre de Charlet à sa femme. o;{ 

Lettres au capitaine Voirin; au lieutenant Pajol. 07 
— au colonel de La Combe, à Tours. oo et «v 



VI TABLE DES MATIERES. 

Page* 

Emeutes de 1832. Lettre de Charlet à son colonel. 71 

Il est nommé chef de bataillon. 73 

Charlet peintre. 74 
Lettre au général de Rigny, à Lille. — La femme méchante et bel 

esprit. — Demande d'un manteau. 77 

Au même. — Lettres au sujet de la demande de décorations. 80 

Lettres à M. de Querelle. 82 

Lettre à M. Feuillet de Gonches. 84 

Charlet dessinateur. 58 

Quelques conseils de Charlet sur l'aquarelle. 88 

Son tableau : Episode de la Campagne de Russie. 90 
Lettre au général de Rigny. Demande d'un meuble en échange d'un 

tableau. 93 
Lettres à M. Mouffle (en prose et en vers). 96 
Echec de Charlet dans sa demande à Messieurs le l'Académie des Beaux- 
Arts , pour remplacer Carie Vei net. 89 
Lettre à M. Heim, membre de l'Institut. 99 
Charlet est nommé professeur de dessin à l'école Polytechnique; 

satisfaction qu'il en éprouve. 100 
Réflexions de Charlet au sujet de l'enseignement du dessin à l'école 

Polytechnique. 101 
La plume. — Causerie artistique. 109 
Préface de la vie de Valentin. 118 
Le maître de ceux qui n'eu veulent pas. 120 
Cbarlet veut résilier son grade de chef de bataillon de la garde natio- 
nale. — Lettres à ce sujet. 123 
Lettres à son ami le capitaine Feine. 225 
Opposition politique de Charlet. — Lettre au sujet des affaires d'Orient, 

en 1840. 127 

Charlet lithographe- 131 

Visites à M. Feuillet de Conçues. Vignettes. 135 

Lettre au général de Rigny, à Bourges. 136 
Procédé de gravure au vernis mou. — Description de vingt-quatre 

pièces. 139 

Charlet se retire de la garde nationale. Lettre à ce sujet. 142 

Lettres à M m3 Lejeas; séjour chez cette dame. 143 

— à M. Lalaisse, à M. Canon, ses professeurs adjoints à l'école 
Polytechnique. 147 

Lettres cà M. Mouffle. loi 

— à M. Aubry. 156 
à M. Perrotin. 162 

— à M. D... 166 
.— à, M. Letellîer, 168 



TABLE DES MATIERES. VI 

Page. 

Au colonel de La Combe. — La flétrissure (1844). 178 

Au même. — Chanson philosophique et politique. 182 

Lettre au même, pour lui annoncer son projet d'une galerie militaire. 185 

Lettres au même. 187 

Lettre à son ami Bellangé, à Rouen. 190 

Lettre inachevée et sans suscription. 194 

Derniers moments de Charlet. 197 



DEUXIEME PARTIE. 
Description rai sonnée de l'œuvre lithographique. 207 



ERRATA 



Page 12, ligne 11, au lieu de : donc il était , lisez : dont il était. 

— 40, ligne 31, — elle en, lisez : elle ne. 

— 52, en tête de la lettre à M. de Rigny , mettez : « Mon chef. 

— 158, ligne 19 , au lieu de : Von peut , lisez : Von ne peut. 

— 162, ligne 13, au lieu de: procédés nouveaux et curieux, lise? : pro- 

cédés nouveaux , et curieux surtout , etc. 

— 180, ligne 5, au lieu de : fortune, lisez : infortune. 



PREMIÈRE PARTIE 

VIE DE CHARLET 

SES LETTRES 



PREMIERE PARTIE. 

VIE DE CHARLET 

SES LETTRES 



J* m \<-ux py» que daaj mon portrait en n 

reconnaisse a une verrue.... 

CHARLET. La Plume , eauwrie urtiltiqn 



I 



Nous nous trompons fort , ou Gharlet grandira dans la postérité : 
Il aura transmis la figure vraie , si poétique qu'elle soit , du soldat- 
héros de cette grande épopée militaire de la République et de l'Em- 
pire. 

Charlet restera en même temps le peintre et l'observateur \c plus 
spirituel , souvent railleur , maintes fois profond , des physionomies 
et des mœurs populaires de son époque. 

Il a jeté au vent plus d'esprit qu'il n'en fallait pour écrire une 
comédie digne de Molière, ou- un roman comme Gil-Blas, et cepen- 
dant, jusqu'à ce jour, ce grand artiste a été mal jugé, nous pourrions 
dire méconnu. Quoique son souvenir soit encore dans toutes les 
mémoires , on le regarde comme un artiste d'un ordre secondaire , 
sauf un bien petit nombre de juges d'élite qui, l'ayant vu et étudié 
de plus près, ont su découvrir en ses ouvrages le sceau du génie. Pour 
les autres , Gharlet est un homme d'esprit , sans aucun doute , mais 
ce n'est qu'un faiseur de caricatures , et les légendes qui accom- 
pagnent ces dessins ne sont après tout que de ces mots français 
produits en si grand nombre et aussitôt oubliés que mis au jour. 

Un critique a dit , jugeant Gharlet d'une manière plus sérieuse que 
d'autres : « Otez à Charlet son patriotisme et son cœur de plébéien . 
vous n'avez plus qu'un dessinateur adroit, un observateur ingénieux, 



4 PREMIERE PARTIE. 

On Ta quelquefois comparé à Béranger (4). Assurément il est de la 
même famille, mais le sentiment de Béranger est bien plus profond, 
plus humain, plus durable. Béranger est de son temps, mais il est de 
tous les temps : Charlet est de la Restauration. » 

On trouvera bientôt la preuve que cette comparaison est aussi 
fausse qu'injuste. Non, Charlet n'est pas seulement de la Restauration, 
il sera de tous les temps et beaucoup mieux placé , peut-être , que 
d'autres qui de son vivant l'ont écrasé par leur fausse popularité. 
Charlet sera de tous les temps , car il aura été un aussi grand 
peintre que pas un de ses contemporains , au moins par la pensée , 
et, de plus, un dessinateur excellent, moraliste ingénieux et philo- 
sophe profond. A ces qualités éminentes , nous avons aujourd'hui à 
en ajouter une autre , assez rare chez les artistes de nos jours : 
Charlet fut un écrivain. 

Si c'est être écrivain que de trouver des tours neufs , des formes 
originales , des expressions incisives , pittoresques , qui enrichissent 
la langue; si c'est être écrivain que de créer des proverbes, cette 
sagesse des nations ; certes , à tous ces titres , Charlet peut prendre 
rang parmi les hommes qui ont écrit. 

Ajoutons que le cœur d'or de notre artiste déborde dans tout ce 
qui sort de sa plume ou de son crayon , et donne à son style comme 
à ses dessins un cachet tout particulier. Qu'on veuille d'ailleurs 
relire avec plus d'attention les mots si gais , si profonds , si tou- 
chants, semés dans son œuvre lithographique, on sera moins étonné 
de nous entendre appliquer à Charlet ce titre d'écrivain ; puis enfin 
ses lettres viendront confirmer nos justes appréciations. 

Éveillé par notre propre correspondance, nous avons cherché, 
nous avons obtenu d'autres lettres. Quoique notre récolte ait été 
abondante, combien cependant de richesses de ce genre restent 
encore enfouies dans un grand nombre de mains ! Notre travail les 
en fera sortir un peu plus tard, nous l'espérons. 

Charlet écrivait comme il dessinait, d'un premier jet et sous 
l'impression de sa nature mobile. 

Mettez des points et des virgules , je n'ai pas le temps (2) . 

Jamais probablement Charlet n'a relu une de ses lettres , et on 
l'eût bien étonné si on lui avait dit qu'elles pouvaient être publiées. 

Non-seulement les points et les virgules manquent , mais souvent 
des mots entiers. 

(1) Je ne crois pas qu'il existe une seule notice sur Charlet où le nom de Béranger n'ait été in- 
troduit. Sans chercher a établir une comparaison entre ces deux grands artistes , disons que ce sont , 
à notre avis , deux natures tout-a-fait dissemblables. 

(5) Lettre a M. de Rigny. 



SA VIE. — SES LETTRES. O 

Et cependant que d'esprit (1) , de cet esprit gaulois , de bon 
aloi , franc , original ! quelle verve et quelle naïveté ! quel heureux 
mélange d'idées gaies, bouffonnes même, unies aux pensées morales, 
philosophiques et politiques les plus élevées ! Et tout cela sous une 
forme si colorée , si pittoresque , que sans aucun doute ces lettres 
auraient à perdre si elles étaient plus châtiées. Si parfois , et à notre 
grand regret, nous avons dû y faire des suppressions commandées 
par divers motifs , jamais nous ne nous sommes permis d'en modi- 
fier la forme ou l'expression. 

Un mot aussi sur ses poésies. On s'apercevra que loin de suivre 

le précepte de Boileau : Vingt fois sur le métier 

elles ont été écrites, c'est lui-même qui nous le dit, en cinq 
minutes , avec une main (2) . Nous pouvons même affirmer qu'il n'a 
jamais eu l'idée de pénétrer avec elles à l'Académie française , pour 
réparer l'échec de sa malencontreuse candidature à l'Académie des 
Beaux-Arts (3). 

Nous voulons donc faire connaître à la France un de ses plus 
dignes enfants , et cela malgré notre insuffisance , car nous ne 
sommes ni littérateur , ni critique , ni artiste. Mais que ne peut la 
persévérance! Et d'ailleurs notre cœur est encore chaud, et, vieux 
soldat , ayant pris notre modeste part dans cette guerre de géants , 
nous avons peut-être quelques titres pour parler d'un homme si 
sensible à l'honneur militaire , à la gloire du pays. 

On a dit avec raison que la meilleure biographie d'un artiste était 
l'histoire de son œuvre et que c'était là qu'il fallait l'étudier et 
apprendre à le connaître. Et , cependant , on peut croire que pour 
l'artiste qui procède de lui-même, sa vie est un commentaire utile de 
ses ouvrages. Puis on veut des détails intimes , des anecdotes , des 
lettres, etc. etc.; si tout cela se demande pour les autres, à plus 
forte raison doit-on l'exiger pour Charlet. 

Qu'on parcoure notre livre , tout notre livre ; alors seulement on 
connaîtra Charlet. Et nous croyons notre étude tellement conscien- 
cieuse et vraie , que les amis même de notre artiste le verront sous 
un jour nouveau. Alors apparaîtra cette belle et généreuse nature 
qui trop souvent se dérobait dans le commerce de la vie , et celui-là 



(1) Depuis que ceci est écrit, nous lisons dans le feuilleton di$ Journal des Débats du 8 janvier 18S5 , 
où J. Janin rend compte d'une vente d'autographes, ces quelques mots qui prouvent que l'esprit si fin 
du critique a su apprécier tout l'esprit de Charlet : 

« A coté d'une adorable lettre de Charlet (Charlet qui écrivait les plus charmantes lettres de ce 

temps-ci).... » 

(2) Lettre a Hip. Bellangé. 

(3) Nous raconterons plus tard ce» échec, 



PREMIERE PARTIE. 



aurait bien mal jugé Cliarlet qui le mesurerait avec les idées étroites 
qui ont dominé ses contemporains. 



Des biographes ont donné à la naissance de Charlet des dates 
différentes. Lui-même nous la fait connaître sur le frontispice d'une 
suite de dessins et croquis à la plume , reproduits en fac-similé par 
Isidore Meyer en 1846 ; il a écrit sur le mur d'une chaumière : 
« Charlet , Nicolas-Toussaint , né à Paris le 20 décembre 1792 , de 
parents pauvres maisonnettes. » Nous voyons déjà que notre ami 
aime les jeux de mots et les calembours. Ses lettres ne laissent aucun 
doute à ce sujet. 

Son père , dragon de la République , mourut à l'armée , laissant à 
son fils unique pour toute fortune , dit ce dernier , « une culotte de 
peau et une paire de bottes , fatiguées par les campagnes de Sambre- 
et-Meuse , et son décompte de linge et chaussures , lequel s'est monté 
à neuf francs soixante-quinze centimes. » 

Charlet restait donc orphelin de bonne heure ; mais la Providence 
lui avait donné une bonne mère , pauvre, il est vrai , mais pleine de 
cette persévérance et de ce courage si souvent associés à l'amour 
maternel. Cette mère était un type remarquable; elle avait pour 
l'Empire, et l'Empereur surtout, un dévouement, un enthousiasme 
qui tenaient presque du fanatisme. Elle allait aux cérémonies , aux 
revues, cherchant toutes les occasions de voir le grand homme. Elle 
ne voulut jamais croire à sa mort , et attendait fermement son 
retour : « Il remboursera les assignats » , disait-elle. Sur ce mot 
Bellangé a fait une lithographie (1). 

Charlet a reproduit sa mère dans plusieurs de ses lithographies 
et de ses dessins (2) . Il en a fait le type de ces vieilles paysannes 
énergiques et florissantes de santé. « C'est juste la mère Gérard 
Dow, » dit-il dans une de ses lettres. Maintenant, comment s'éton- 
ner que Charlet dont nous connaissons le père , qui a eu pour parrain 
le maître d'armes du régiment , ne pouvant signer son nom , pas 
plus que la marraine , faute de savoir écrire ; qui , avec le lait de sa 
mère a sucé l'enthousiasme de la gloire militaire , comment s'éton- 
ner, disons-nous, que Charlet ait marché dans la voie qui lui était 
tracée dès son entrée dans la vie ? 

(1) Cataloguée lettre /. 

(2) Indiquons seulement le n" 301 du Catalogue : Elle a le cœur français , l'ancienne! 



SA VIE. SES LETTRES. / 

III 

A la mort de son père, Charlet fut placé chez une vieille fille pour 
apprendre à lire. Celle-ci s'attacha beaucoup à son élève , moins 
encore parce qu'il l'amusait par son esprit naturel que parce qu'il lui 
expliquait ses songes , et lui donnait de si bons numéros pour la 
loterie qu'ils sortaient souvent , disait-elle. Mais la mère de Charlet 
n'avait pas l'intention de faire de son fils un sorcier. Elle le reprit 
donc à la vieille maîtresse, et, après l'avoir placé pendant peu de 
temps chez un maître d'école, où ses progrès furent rapides, elle le 
fit recevoir à l'École centrale républicaine. C'est là que , pour la 
première fois , sa vocation se révèle : ses premiers essais de dessin 
étonnent ses maîtres. Plus tard, la digne mère de notre jeune artiste 
veut payer plus que la dette de la tendresse maternelle. Elle s'impose 
les plus dures privations , et fait entrer son fils au lycée Napoléon. Il 
y passa quelques années, et fut un élève assez médiocre. 

Charlet resta toujours reconnaissant, des soins donnés à son 
enfance. Il aimait tendrement sa mère, et jusqu'à son dernier jour 
il l'a entourée de soins et de respects. 

A la sortie du collège , trouvant sa mère épuisée de ressources , 
il fallait bien que Charlet aidât à gagner le pain quotidien. Cette 
nécessité fait qu'il courbe sa grande taille et devient petit commis de 
mairie enregistrant et toisant les jeunes conscrits de l'Empire, que 
ses crayons illustreront un jour. Si quelqu'un alors avait eu l'idée de 
collectionner ses pancartes bureaucratiques, quel trésor de verve et 
d'originalité naissantes on y aurait trouvé ! 

Ici se place un épisode honorable dans la vie de Charlet. Il 
combattit bravement dans les rangs de la garde nationale qui voulait 
contribuer à défendre Paris contre l'invasion en 1814. Lui-même va 
nous rendre compte de la part modeste qu'il prit à cette action. 
Prévenons nos lecteurs que le plus grand nombre des fragments que 
nous nous sommes appropriés sont écrits , comme celui-ci , sur des 
garde-mains souvent couverts de croquis et d'estompades. Ce qui 
suit a dû être écrit vers 1840 : 

« Paris, cette vallée de boue et de larmes, ainsi que 

Ta dit un homme de beaucoup desprit et de talent, le poêle 
Duveyrier, fervent saint-simonien , ayant même fait tous ses 
efforts pour faire de moi un adepte de sa doctrine. Moi saint- 
simonien ! cent été un spectacle à ravir la pensée... — Mais, 



S PREMIERE TART1E. 

en effet , ce n'eûl pas été plus extraordinaire que de voir un 
sultan constitutionnel et des pachas parlementaires. Mon Dieu , 
doit-on s'étonner de rien ! Voyez ce qui se passe parmi nous , 
à la Chambre, par exemple : eh ! bien , a la Chambre, il y a 
des renégats , comme il y a des parlementaires en Turquie. 
« Je disais donc : Paris, vallée de boue et de larmes, ren- 
ferme plus d'un million d'habitants ; sur ce million, on compte 
soixante mille gardes nationaux..., et sur ces soixante mille, 
cinquante mille qui font le service malgré eux , le maudissent 
et le vouent a tous les diables, tout en admirant la forme 
constitutionnelle et l'institution. Les dix mille zélés forment 
donc seuls le morceau de résistance a l'émeute. On les voit au 
premier coup de baguette descendre dans la rue , c'est-a-dire 
un certain nombre , attendu qu'il y en a un certain autre 
nombre qui ne vient qu'au dernier coup. Hélas ! c'est un si 
triste spectacle que celui de la guerre civile...; voir couler le 
sang français par la main des Français; c'est une horrible 
nécessité, et je conçois l'hésitation du père de famille. 

« Tous les trois ans, ces soixante mille gardes nationaux 
s'assemblent et se présentent avec hn grand nombre de man- 
quants, comme la dit un livre d'ordres d'une légion. La moitié 
de ces soixante mille gardes se présente donc a l'élection ; la , 
les officiers ignorants promettent et jurent de s'instruire, puis 
n'en font rien... C'est égal, on rit et on ne leur en veut pas. 
Le Français né malin aime a rire. Là, les plus mauvais citoyens 
sont les plus exacts et les plus actifs ; la se dénouent les in- 
trigues filées de longue main. 

« M. un tel, poussé par M. Chose, cherche a renverser 
M. Machin, que la compagnie traite de machine. M. un tel est 
un homme en bonne position ; il procurera à M. Chose une 
inspection de travaux...; enfin, M. un tel est un homme du 
Pouvoir que l'on verrait arriver avec plaisir. Il s'est rallié fran- 
chement... à une excellente place et a des honneurs que sa 
bonne mine et l'agrément de sa personne ne pouvaient man- 
quer de lui procurer. M. un tel est donc l'homme de la chose... 

On vote d'enthousiasme; un mois après, on cabale contre 

lui ; M. Chose est mécontent de M. un tel , et M. Machin a grandi 
dans l'opinion depuis qu'il n'est plus rien.. M Machin est 



Si VIE. — SES LETTRES. S) 

regretté. Voila l'histoire de tous les pouvoirs et de toutes les 
élections. 

« Après la révolution de Juillet, la garde nationale, impru- 
demment licenciée par les conseillers de ce pauvre Charles X , 
homme souverainement bon et généreux, mais ne comprenant 
pas son époque , homme qui, en d'autres temps, aurait laissé 
la devise de Charles le Bon , qualité négative sur le trône et 
qui ne mène souvent qu'à l'exil ou à l'échafaud , la garde natio- 
nale , dis-je , fut rappelée. Qui ne se souvient de ces premiers 
jours qui suivirent la révolution de Juillet? Quelle ardeur, 
quelle joie, que d'espérances (1)! On s'assembla, j'étais de la 
deuxième légion; j'y avais servi cordialement, civiquement, 
comme sergent -major, pendant treize ans; j'étais une des 
figures historiques du bataillon commandé en 1814 par un 
homme plein d'honneur et de courage, M. Odiot. Il nous avait 
fait faire notre devoir , et avec une poignée de gardes natio- 
naux et les débris d'une compagnie franche, il avait arrêté la 
marche d'un bataillon de grenadiers de Sibérie. 

« Je vois encore ce bataillon serré en masse , marchant avec 
un calme désespérant pour de mauvais soldats comme nous. 
Enfin nous l'arrêtâmes, Dieu aidant fortement. Notre position 
critique l'avait sans doute frappé. 

« On s'assembla donc : la compagnie Laffitte, après avoir 
proclamé avec un magique enthousiasme cet honorable et bon 
citoyen capitaine en premier, me décerna le même honneur, 
et fit du plus humble des sergents un capitaine en second. 

« Un an après , force me fut de quitter celte bonne compa- 
gnie. Je demeurais rue de Sèvres ; la garde nationale était avant 
tout une affaire de quartier. On m'offrit le grade de capitaine 
de grenadiers; je fus nommé. Celui que je remplaçais, fort 
honnête homme, bon père, bon ami, bon époux, n'entendait 
rien à la chose. Il avait organisé des catégories, accouplant cer- 
taines personnes avec certaines autres , tout cela maladroite- 
ment , quoique avec de bonnes intentions, ne sachant pas que 
le meilleur moyen de ne pas attirer l'attention sur les gens , est 
de les confondre dans la foule, et qu'il vaut mieux endurer 

(1) Il en esl toujours de même en Franee , les premiers jours !!! (Noie de l'éditeur, 



10 PEMIÈRE PARTIE. 

certains propos, certaine odeur, que de se voir désigner et 
montrer au doigt comme etc. etc.. Le sergent-major était 
homme de tête et d'action ; je fis, lui aidant et quelques bons 
citoyens, une belle et bonne compagnie. Le républicain fumait 
près du légitimiste, en causant de Taglioni ; le juste-milieu 
pouvait se livrer à toute sa joie et son admiration sans qu'on le 
trouvât ridicule. C'était une vraie famille assemblée pour le 
salut commun. J'en étais le chef presque absolu; je dis absolu, 
car souvent nous y faisions des choses illégales, mais qui plai- 
saient a la compagnie, et cela sur une simple proposition. C'é- 
tait illégal, c'est vrai; mais quand la légalité tue, il faut faire 
de l'illégalité. Ce bon colonel... l'avons-nous tourmenté!... Il 
était dans le droit ; c'est égal, on désobéissait avec des formes 
admirables. Moi qui suis né Français et malin , je ris encore aux 
larmes... C'est un type particulier que le Français : il se bat, se 
fait tuer, exécute les choses les plus sérieuses et les plus éton- 
nantes en riant. L'Anglais est l'antipode ; il a pris le bâton de 
la vie par le mauvais bout..., car la vie est un bâton ; il s'agit 
de le prendre par le bon bout. 

« Ayant donc formé et discipliné cette belle compagnie de 
grenadiers, l'assaut de l'élection me jeta sur la brèche du com- 
mandement du bataillon » 

La paix avait dû diminuer les fonctions de Charlet , et une 
teinte un peu trop prononcée de bonapartisme le fit remercier et 
congédier de ses modestes fonctions. Ses biographes ajoutent : « On 
crut en faire une victime , on le força de devenir un grand artiste. » 

Sous ce rapport , Charlet aurait donc eu à remercier la Restau- 
ration , à laquelle il a fait la guerre cependant , mais guerre bien 
naturelle de sa part. La chute de l'Empire, en froissant ces idées, ne 
pouvait manquer d'agir sur son imagination. Il avait été élevé à ne 
voir la France qu'au milieu de la gloire militaire. La Restauration , 
qui succédait à des désastres et venait les réparer , lui apparaissait à 
tort comme la négation de cette gloire. 



IV 



Charlet , décidé à suivre sa vocation , voulut apprendre , tout 
contraint qu'il étail d'enseigner lui-même pour gagner le pain de 



SA VIE. — SES LETTRES. 1 1 

chaque jour. A cette époque « il savait à peu près faire une tête sans 
beaucoup d'ombre. » 

Il prit pour professeur « un croûton nommé Lebel , élève racorni 
de David , alors que la rotule des Atrides se montrait même à 
travers les pantalons dans les tableaux d'un grand nombre des 
victimes du grand maître (1). » 

Il est probable que Charlet payait son enseignement en coopérant 
aux leçons que son professeur donnait dans quelques maisons d'édu- 
cation. De son côté , il avait aussi des élèves. Nous avons connu 
un officier d'artillerie qui , très-jeune alors , avait reçu de ses leçons. 
Elles étaient longues , et tout en surveillant son élève , Charlet 
dessinait lui-même et avait rempli deux grands registres dont 
les feuillets servirent plus tard à allumer le feu : Souvenir plein 
de regret pour notre camarade, devenu aussi un dessinateur de 
talent. 

En 4817 , Charlet se présente à l'atelier de Gros. Il y trouve un 
grand nombre d'élèves , dont les noms ont acquis plus ou moins de 
célébrité. Nommons entre autres : Delaroche , Boimmgton , Hip. 
Bellangé, Robert Fleury , Roqueplan, Eugène Lami, Barye (le 
sculpteur) , Belloc, Destouches, Coutan, Debay , Signol, etc. etc. 

A cette même époque, Charlet mettait au jour ses premières litho- 
graphies. Elles ne furent appréciées que par un bien petit nombre 
de connaisseurs, et n'eurent dans le public d'autre succès que celui 
que leur donnait leur couleur politique. 

Gros , dont les pages remarquables démentaient souvent l'ensei- 
gnement, était, comme professeur, éminemment classique. Il ik i 
jurait jamais que par David, et dans ses corrections, dans ses 
conseils , il répétait sans cesse : « Ce n'est pas moi qui vous parle , 
c'est David, David, et toujours David. » 

Gros avait le tort de ne pas accepter la vocation de chaque élève 
pour tel ou tel genre , et de vouloir les couler tous dans le même 
moule, grec ou romain (2). Ainsi Bonnington entre autres, cet 
habile aquarelliste , fut tellement grondé et tourmenté par le maître 
qui l'appelait un faiseur de chics et de facilités , qu'il se vit forcé 
d'abandonner l'atelier , n'ayant jamais fait que dessiner d'après 
nature, sans avoir même essayé de peindre. 

Gros , heureusement pour sa gloire , se mit souvent en contradic- 



(1) Lettre de Charlet. 

(2) Ej, cependant David disait a ses élèves : « On peut étudier les grands maîtres; mais c'est la 
nature seule qu'il faut suivie : ou se fait toujours soi-même. Je veux vous préparer pour vous , pour 
votre nature, el non ronire nature. (FeuiHet de Conches, irfa de Léopeld Robert.) , 



12 PREMIÈRE PARTIE. 

tion manifeste avec son enseignement et ses doctrines ; il put alors 
produire des pages telles que la Bataille d'Eylau , les Pestiférés de 
Jajfa, Aboukir, qui rendront son nom immortel. Plus tard il revient 
à ses idées classiques, ne produit rien de grand et meurt de 
désespoir. 

Dans cet atelier de Gros ,' Charlet seul , suivant une route à part , 
fut dès le premier jour jugé et apprécié dignement par son maître , 
qui prédit son avenir. Aussi avec lui ne fut-il jamais question de 
grands prix , de concours , de voyages à Rome. 

Très-flaneur de sa nature , Gros . faisait de fréquentes et longues 
stations chez l'éditeur Delpech , donc il appréciait l'instruction et 
aimait la personne. Or Delpech vendait les premières lithographies 
imprimées par Lasteyrie. Gros pouvait donc connaître ces -beaux 
essais du crayon de Charlet. 

Un des biographes de notre artiste raconte que Charlet reçut un 
jour, en entrant dans l'atelier, un témoignage public de satisfaction 
de son illustre maître. Cela n'est guère vraisemblable , et Gros ne 
pouvait pas démentir devant ses élèves les principes de son ensei- 
gnement. Mais quand il avait pris la palette de Charlet pour le corri- 
ger, qu'il se trouvait assis à ses côtés, il lui faisait, et à voix basse, 
ses compliments : « J'ai vu telle de vos compositions , lui disait-il , 
c'est bien, très-bien, continuez... » Et encore paraissait-il craindre, 
malgré toutes ces précautions, que le voisin n'entendît les éloges 
donnés à un tel écart de la route classique. Nous tenons de Delpech 
lui-même que plusieurs fois Gros s'était écrié en voyant un dessin 
de Charlet : « Je voudrais avoir fait cela. » 

Vers 1820, après trois années environ de séjour à l'atelier, Gros 
dit à Charlet: « Allez, travaillez seul, suivez votre impulsion, aban- 
donnez-vous à votre caprice, vous n'avez rien à apprendre ici. » 



Arrêtons-nous à ces premières années de 1817 à 1820, pendant 
lesquelles Charlet a déjà produit un grand nombre de chefs-d'œuvre 
édités par Lasteyrie et Delpech. 

Ces années furent rudes : sauf les encouragements de quelques rares 
amis et artistes; de Gros, dont nous avons déjà parlé; de Géricault, 
dont nous parlerons bientôt, encouragements qui durent, sans aucun 
doute , exercer de l'influence sur lui , Charlet ne reçut aucune marque 
de sympathie du public. Une seule de ses compositions, le Grenadier 



SA VIE. — SES LETTRES. I ,'{ 

de Waterloo, eut du retentissement et lut vendue à un très-grand 
nombre d'épreuves ; il fallut même refaire une seconde pierre. 
Mais qu'on ne s'y trompe pas : cette belle traduction du mot célèbre 
attribué à Cambronne (et nous avons des raisons de croire que le 
mot lui-même appartient à Charlet) n'a eu de succès que sous le 
rapport politique, et par opposition à la Restauration. Le mérite 
artistique de cette œuvre ne fut compté pour rien; et, ce qui le 
prouve , c'est qu'au même moment de magnifiques pièces ne trou- 
vaient pas d'acheteurs, et par conséquent d'éditeurs, au plus vil prix. 
Plusieurs de ces pièces n'ont été tirées qu'eà quelques épreuves d'essai. 
Les pierres étaient rares ; notre artiste , voyant son œuvre méconnue , 
croyait s'être trompé; il effaçait sa pierre, et recommençait avec un 
courage et une persévérance dignes d'un meilleur succès. 

Quelques jours après son entrée dans l'atelier de Gros , il porte 
une pierre à Delpech. Or, ce dernier attendait un dessin promis par 
le maître, dont il a en effet imprimé quelques essais lithographiques. 
Il prend la pierre des mains de Charlet, la regarde, parait satisfait. 
« Mais pourquoi donc, dit-il, Gros n'a-t-il pas signé son dessin? — 
« Mais par une excellente raison, répond Charlet, c'est que c'est moi 
qui l'ai fait. » Delpech ne voulut pas l'imprimer ; il fut donné à 
Engelmann, qui en" tira un très-petit nombre d'épreuves (1). 

Cependant, un peu plus tard, et probablement sur la recomman- 
dation de Gros, Delpech devint l'éditeur de Charlet, mit au jour ses 
lithographies de juin 1818 à novembre 1819. On peut supposer qu'il 
a dû vendre à grand nombre les deux suites des Costumes militaires 
français , dessinés à la plume , et de la Garde Impériale , ne fût-ce 
qu'aux enfants pour les colorier. Ces deux suites sont peu communes ; 
quelques pièces de la première sont très-rares. 

Ce succès aurait dû permettre à l'éditeur de continuer à imprimer 
Charlet: Mais, disons-le à regret, il avait si peu de considération 
pour le talent de l'artiste, ce talent était si peu apprécié du public, 
que le nom de Delpech ne se trouve pas sur plusieurs des dessins 
édités par lui; et que, faisant paraître chaque année un album litho- 
graphique , auquel tous les artistes à la mode apportaient leur con- 
cours (plusieurs aujourd'hui totalement ignorés), il ne jugea pas 
Charlet digne de prendre rang parmi cette pléiade. 

A cette même époque, Charlet avait en dépôt chez Delpech des 
dessins aux prix de six à douze francs. Ils ne se vendaient pas plus 
que ses lithographies ; quelques-uns ont atteint plus tard aux ventes 
publiques des prix très-élevés. 

(i) Catalogue , n° 19. 



14 PREMIÈRE PARTIE. 

VI 

Ne retirant aucun avantage de ses nombreux travaux , Charlet dut 
tenter la fortune près d'un nouvel éditeur. Il s'adressa à Motte, qui 
demeurait alors rue des Marais. 

Motte, excellent homme, habile lithographe, aimant les artistes, 
ne fut pas pour Charlet un éditeur plus fructueux que ses prédéces- 
seurs. C'est de son imprimerie que sont sortis plusieurs des plus 
beaux dessins de Charlet ; comme tant d'autres , ils n'ont été tirés 
qu'à un très-petit nombre d'épreuves , dans la conviction où était 
l'éditeur que ces épreuves ne seraient point vendues. 

La vieille Armée française , suite de costumes d'Infanterie , est 
une des plus énergiques créations de Charlet (1). Nous citerons entre 
autres le frontispice ( un vieux Sapeur ) , le Sapeur en grande tenue , 
le Porte -Drapeau ; ce sont des chefs-d'œuvre. S'ils les avaient co- 
piés , les statuaires de nos jours n'auraient pas donné si souvent ces 
types militaires ridicules qui décorent plusieurs de nos monu- 
ments (2). 

Charlet , au moment de commencer son œuvre , écrivait à Motte : 

« Envoyez -moi demain des pierres ; si elles m'arrivent de bonne 
heure, je serai content et en verve. Cette collection pourra bien 
aller à quarante ou cinquante numéros , et elle fera suite à la Garde 
Impériale. Peut-être aura-t-elle quelque succès parmi les amateurs , 
et ne ressemblera d'ailleurs en rien pour l'aspect aux soldats dont 
on est blasé. Et ce sera une chose à garder pour les amis de notre 
vieille gloire. » 

Racontons comment cette suite si belle et commencée avec tant de 
verve ne comprend que douze numéros ( trois autres tirés à trois 
épreuves) au lieu des quarante ou cinquante annoncés. Cette collec- 
tion avait été éditée au compte de Charlet. L'artiste donna d'abord 
douze pierres, et, plusieurs mois après leur impression, il vint s'en- 
quérir auprès de Motte du succès de son œuvre. On en avait vendu 
pour vingt -quatre francs! « Bien, dit Charlet, cela n'a pas été 
goûté, et je le comprends; c'est ma faute; mes dessins manquent 
de ton. Placez-moi toutes ces pierres sur une table , dans la chambre 
voisine ; je vais faire quelques corrections. » 

Un moment après , les pierres étaient grattées , et Motte , arrivant 

(1) Catalogue, n°« 187 a 201. 

(2) Indiquons encore tomme un magnifique modèle de statue le n° 7C du Catalogue : Cuirassier 
portant un drapeau. 



SA VIE. — SES LETTRES. 1 T, 

au milieu du massacre , pouvait à grand'peine en sauver quelques- 
unes; mais, comme toujours, les plus belles étaient anéanties. On 
comprend donc que cette suite complète soit de la plus grande rareté. 

Les suites militaires que nous avons réunies en une même section 
dans notre catalogue de l'œuvre lithographique de Charlet, sont sans 
aucun doute l'image la plus fidèle et la plus vivante, sous leurs 
divers uniformes , des belles armées qui maintinrent si haut la gloire 
du nom français. 

Hippolyte Bellangé, si bon juge en cette matière, car c'est lui et 
Raffet qui ont continué le plus énergiquement Charlet , nous écrivait 
dans le temps : « Jamais personne ne parviendra à cette vérité dans 
les types et dans les allures que Chariot possédait si bien et qui le 
rend inimitable. Dans cent ans , on consultera son œuvre comme la 
reproduction la plus fidèle des costumes et des militaires de notre 
époque. » 

Le soldat d'Horace Vernet, et d'un grand nombre des artistes con- 
temporains, est un soldat de convention, un comédien habillé en 
soldat, le soldat de Scribe si vous aimez mieux; spirituellement des- 
siné, habillé, ficelé , mais manquant de caractère et de vérité. 

Le tambour se fait entendre , un régiment passe , Charlet le suit , 
le conduit à l'exercice , le ramène à la caserne. Il rentre , et de son 
crayon sort un soldat , type exact du régiment qu'il vient d'étudier. 
On ne saurait trop admirer cet esprit d'observation qui lui fait don- 
ner son caractère à chaque arme. Non-seulement le fantassin ne res- 
semble pas au cavalier, mais le grenadier est tout aussi différent du 
voltigeur que le dragon du hussard ou du lancier (1 ). 

VII 

Une des plus belles compositions de Gharlet : l'Ouvrier endormi (2), 
a été imprimée chez Motte. Trois épreuves seulement de cette pierre 
ont été tirées. 

Malgré toute la répugnance de Charlet à revoir ses ouvrages , je 
lui montrais un jour cette belle pièce. « Regardez-la , lui disais-je, 
vous ne ferez jamais mieux. » Contre son ordinaire, il sembla regar- 
der son enfant avec plaisir. « C'est drôle, me dit -il, je n'avais 
pas vu cela depuis que je l'ai fait (il y avait environ quinze ans). 
— Dites-moi maintenant pourquoi cette pièce n'a été tirée qu'à trois 



( 1 ) Ceci s'applique aux soldats do la République et de l'Empire. Disons, pour être juste , qu'Horace 
'«met a mieux réussi quand il a voulu peindre nos jeunes soldats. 
(2) N" 100 du Catalogue. 



10 PREMIÈRE PARTIE. 

épreuves. — Je nie le rappelle : Motte ne voulut pas nie donner 
trente francs que je lui demandais de nia pierre ; je la fis effacer. » 
Depuis lors un digne collecteur nous a prié de payer pour lui jusqu'à 
cent cinquante francs une épreuve de cette pièce, si nous pouvions la 
rencontrer. 

Encore une anecdote, et nous n'aurons rien à ajouter au récit des 
tribulations de notre pauvre artiste. 

Motte éditait le grand ouvrage d'Amault , intitulé : Vie politique 
et militaire de Napoléon ; les artistes les plus célèbres à cette époque 
devaient en faire les lithographies. Gomme toujours , en pareille cir- 
constance , plusieurs firent défaut ; cependant Horace Vernet fournit 
trois pierres, Géricault deux, Decamps deux, Hippolyte Bellangé et 
Louis Gudin ( 1 ) quelques-unes aussi ; puis vinrent Grenier, Marlet et 
d'autres. Motte obtint à grand'peine que Gharlet fournirait un dessin. 
[1 fit le Siège de Saint-Jean-d 'Acre (2) ; non-seulement la composition 
première de Gharlet est la plus belle planche de l'ouvrage , mais elle 
est digne , nous disait Hippolyte Bellangé , « de faire par la pensée 
un pendant aux Pestiférés de Jaffa. » 

Il est curieux de parcourir toutes les transformations de cette 
planche, dont nous possédons sept épreuves. Qu'il nous suffise de 
dire que Gharlet s'étant enfin révolté contre les exigences qui 
l'avaient contraint à modifier ses idées premières , et même à refaire 
une autre pierre , on fit corriger son dessin par un nommé Champion , 
artiste ignoré de nos jours. Celui-ci a touché à toutes les têtes, a 
promené maladroitement son crayon sur la pierre ; et puis on a tiré 
la masse des épreuves jugées dignes, seulement alors, de figurer 
dans l'ouvrage. Quelques rares épreuves du dessin primitif de Gharlet 
sont insérées dans les premiers exemplaires du livre (3). 

En voilà assez pour démontrer combien les biographes de Charlet 
se sont trompés quand ils affirment « que ses premières lithographies 
furent enlevées , qu'elles firent révolution dans le goût du public » ; 
jamais, au contraire ., commencements ne furent plus difficiles ni 
moins encouragés. Il fallut à notre artiste toute sa modestie, toute la 
force de sa vocation et l'énergie de son caractère pour surmonter de 
si grands obstacles. - 

Charlet n'a commencé à devenir populaire , à tirer quelques avan- 

(1) Frère du peintre de marine. Bien jeune encore , il s'est noyé en se baignant dans la Seine. 

(2) Catalogue, n os 106 et suivants. 

(3) Ce Champion avait commis le même sacrilège sur les deux planches de Géricault, et cependant 
il avait été le camarade de ce dernier a l'atelier de Guérin. Il est mort a Paris il y a quelques années , 
misérable, dit-on. Sa fin a dû être bien triste , si dans ces derniers moments ses méfaits lui sont 
revenus a la mémoire. 



SES LETTRES. 17 



(âges matériels de ses travaux que quand les frères Gihaut sont 
devenus, en 4822, ses amis et ses intelligents éditeurs; depuis, et 
jusque dans les dernières années de sa vie, il a marché de concert et 
dans la meilleure intelligence avec eux. 



VÏ1I 



En 1818, Charlet, obligé défaire tous les métiers pour vivre, 
était employé pour le compte de Juhel , peintre barbouilleur philo- 
sophe, à la décoration d'une auberge. On pourrait voir probablement 
encore à Meudon , aux Tr ois-Couronne s , lapins , lièvres , canards , 
brioches, etc. etc., peints sur des volets, ainsi qu'un homme debout, 
indiquant de la main récurie. Ce sont là les premières peintures de 
notre artiste. 

Voici comment plus tard il me racontait un épisode si intéressant 
dans sa vie , certain jour qu'il m'avait mené dîner à Meudon , pour 
se souvenir, disait-il. 

« J'étais dans tout le feu de ces compositions , quand l'aubergiste 
vint me prier de monter au premier étage où Ton m'attendait; j'y 
trouvai de joyeux convives attablés , et au milieu d'eux un compa- 
gnon qui , après m'avoir dit qu'il s'appelait Géricault, ajouta : 
a Vous ne me connaissez pas, monsieur Charlet; mais moi je vous 
connais, et je vous estime beaucoup; j'ai vu de vos lithographies, 
qui ne peuvent sortir que du crayon d'un brave , et si vous voulez 
vous mettre à table avec nous , vous nous ferez honneur et plaisir. 
— Comment donc , Messieurs ! mais tout l'honneur et le plaisir sont 
pour moi. — Je me mis donc à table , et tout se passa bien , et 
même si bien que « de ce jour date une amitié que la mort seule a 
contrariée. Pauvre Géricault, excellent cœur d'honnête homme et de 
grand artiste (1) ! » 

Les deux amis firent, en 1820 , un voyage à Londres ; ils avaient 
pour compagnon Brunet , célèbre économiste. A ce voyage se ratta- 
chait l'exhibition du Naufrage de la Méduse , cette toile de Géricault 
aujourd'hui classée parmi les chefs-d'œuvre de l'école française, 
mais qui, exposée au salon de 1819, n'avait eu aucun retentis- 
sement. 

Charlet dans sa causerie artistique , la Plume , dont il sera 
question plus loin , fait un juste éloge de la digne action du peintre 

(1) Lettres <le Charlet. 



48 PREMIÈRE PARTIE. 

Dorcy , qui acheta à la vente de Géricault ce tableau de ses propres 
deniers pour qu'il ne passât pas à l'étranger. 11 aurait dû ajouter 
qu'un peu plus tard , Charles X ayant fait l'acquisition de ce tableau 
sur les fonds de sa liste civile et sans s'arrêter à sa couleur 
d'opposition politique , en avait définitivement doté la France , 
comme précédemment Louis XVIII lui avait donné la Vénus de 
Milo , ce chef-d'œuvre de la statuaire , qu'il tenait du généreux 
dévouement du duc de Rivière, alors ambassadeur à Constantinople, 
et du zèle intelligent du comte de Marcellus. 

Le public de Londres était admis à voir le tableau de Géricault 
moyennant un schelling de droit d'entrée ; on distribuait dans les 
premiers jours aux visiteurs une petite vignette à la plume retraçant 
ce tableau. On a cru longtemps qu'elle était l'œuvre de Géricault ; 
nous savons de Charlet lui-même que ce dessin lui appartient, et 
nous avons dû le cataloguer dans son œuvre (1). 

Charlet nous a souvent répété qu'il avait écrit des notes sur 
Géricault , et qu'il nous les destinait si nous lui survivions. A sa 
mort , on n'a trouvé aucune trace de ce travail ; mais qu'on se 
tienne pour averti , et si jamais il paraissait sur Géricault quelque 
chose d'aussi bien pensé que vaillamment écrit, et de ce style si vif, 
si original , on ne saurait en méconnaître l'auteur. 

Géricault, pendant son séjour à Londres, mit au jour ses plus belles 
lithographies , entre autres cette suite si remarquable de ses grands 
chevaux , et plusieurs pièces détachées qui presque toutes sont de 
la plus grande rareté. L'éditeur anglais Hullmandell n'avait pas été 
plus intelligent pour les œuvres de Géricault que précédemment les 
éditeurs français pour celles de Charlet. Comme ces dernières, elles 
ont été imprimées à bien petit nombre. 

Les premières études lithographiques de Géricault prouvent qu'il 
avait peu l'usage du crayon sur la pierre; il a dû consulter Charlet, 
qui maintes fois lui a apporté sa collaboration. Deux pièces à la 
plume , entre autres , lui appartiennent presque entièrement , quoi- 
qu'elles soient classées dans l'œuvre de Géricault , dont , il est vrai , 
elles ne portent pas le nom (2) . 

On sait que Géricault était d'un caractère difficile et malheureux; 
sa lettre à Charlet, que nous donnons plus bas, ne laisse aucun 



(1) N» 435. 

(2) Voici la description succincte de ces deux pièces moyennes en largeur dessinées a la plume sur 
pierre. Elles ne portent aucun nom et ont été imprimées a Londres chez Hullmandell : 

1" Marchand de poissons assis et endormi devant son échoppe. Il est entouré d'enfants qui l'agacent. 
2" Ane monté par un enfant. Un second enfant le tire par la bride , pendant qu'un troisième le re- 
tient par la queue. 



SA vu;. SES LETTRES. 19 

doute à ce sujet, et témoigne aussi de l'attachement et de J'estime 
de Géricault pour un ami qui cependant donnait, avec lui (comme 
avec tous d'ailleurs) , trop souvent cours à sa verve railleuse. 

A Londres , le climat sembla influer sur cette organisation mala- 
dive , et plusieurs fois il voulut attenter à ses jours. 

Charlet, rentrant à l'hôtel à une heure avancée de la nuit, apprend 
que Géricault n'est pas sorti de la journée , et qu'on a lieu de craindre 
de sa part quelque sinistre projet. Il va droit à sa chambre, frappe 
sans obtenir de réponse , frappe de nouveau, et comme on ne répond 
pas davantage, enfonce la porte. Il était temps! un brasier brûlait 
encore , et Géricault était sans connaissance étendu sur son lit : quel- 
ques secours le rappellent à la vie. Charlet fait retirer tout le monde, 
et s'assied près de son ami. 

« Géricault , lui dit-il de l'air le plus sérieux , voilà déjà plusieurs 
fois que tu veux mourir ; si c'est un parti pris , nous ne pouvons l'em- 
pêcher. A l'avenir tu feras donc comme tu voudras, mais au moins 
laisse-moi te donner un conseil. Je te sais religieux ; tu sais bien que 
mort , c'est devant Dieu qu'il te faudra paraître et rendre compte : 
que pourras-tu répondre , malheureux, quand il t'interrogera?... tu 
n'as seulement pas dîné (1) !... » 

Géricault, éclatant de rire à cette saillie, promit solennellement 
que cette tentative de suicide serait la dernière. 

Charlet revint seul à Paris. Il continua à faire de la lithographie 
et des dessins , et vécut aussi modestement que par le passé. 



IX 



Voici la lettre que Géricault lui écrivait de Londres, le 23 fé- 
vrier 1821 : 

« Je croyais la susceptibilité attachée seulement à mon malheureux 
caractère; lorsque la passion vient avant le jugement, on est à 
plaindre alors , et en quelque sorte excusable de se montrer suscep- 



(1) Aux âmes timorées qui pourraient être choquées de ces paroles, nous dirons : 
« Le discours qu'a tenu Charlet à Géricault est un curieux mélange d'affection et de raillerie. Cette 
singularité n'étonnera personne parmi ceux qui ont vécu dans le commerce familier de Charlet. La 
raillerie était chez lui un don si évident , un talent si impérieux , qu'il ne pouvait s'empêcher de sou- 
rire dans les occasions les plus solennelles. S'il n'eût adressé a Géricault , pour le détourner de la mort 
volontaire , que des paroles sérieuses , inspirées par la philosophie ou la religion , peut-être n'eût-il 
pas réussi a le sauver ; la raillerie , en ramenant de vive force la gaieté dans l'àme qui voulait aller 
au devant de la mort , est venue au secours de la religion et de la philosophie. » 

Gustave Planche. Étude sur Géricault. Umu- des D<>ur-M<m<h>s , 1" mai 1841. j 



20 PREMIÈRE PARTIE. 

tible; mais chez vous, mon cher, la susceptibilité devient un défaut 
plus que ridicule, puisqu'il ne peut être que le résultat d'une petite 
cause. Si vous eussiez vu les passages de mes lettres où j'affectais 
plaisamment de vous tenir rancune , vous auriez senti le vrai sens 
que j'y attachais; et, au lieu de me voir d'un mauvais œil, vous 
m'auriez conservé le bon que j'aime tant, quoique je le redoute pour 
mes défauts. S'il était donné à tout le monde d'entendre la plaisan- 
terie, mon père ne vous eût pas rendu au sérieux ce qu'il avait ainsi ' 
compris. Mes lettres en font foi : et comme je ne vous cacherais pas 
plus ma rancune que mon amitié, vous les trouveriez au contraire 
pleines de cette colère exagérée qui n'est entre amis qu'une manière 
comique et affectueuse de caresser sans fadeur. Chassez donc jusqu'au 
souvenir de cette fâcheuse impression; et si dorénavant je vous pa- 
raissais ou fantasque ou brutal, n'en accusez encore que ma misérable 
constitution, et accordez-moi amitié et pardon. Que mon portrait ne 
trouble plus à l'avenir vos séances gastronomiques , et qu'il vous 
inspire seulement l'idée de boire à ma santé; je fête ainsi la vôtre 
quelquefois. 

« J'ai fait part à M. Jules de votre souvenir, et il m'a chargé de 
vous dire aussi mille choses. Quant à M. Gabriel de M..., je ne lui ai 
pas encore répondu; mais je le ferai cependant, grâce à votre bon 
avis. Je vous avouerai que je l'avais oublié; il y a de certaines gens, 
si bons qu'ils soient , auxquels on ne pense qu'en les voyant. Toute 
lettre qui n'est pas écrite du cœur est une corvée pour moi. Je ne 
sais en l'honneur de quel saint ce brave homme m'a honoré de sa 
prose ou de sa poésie , car les plaisirs champêtres y sont longuement 
décrits. Il prend aussi la peine d'expliquer le bonheur domestique , 
les pénates , la tendresse paternelle et l'amour filial...; puis les 
avantages de la patrie sur le sol étranger, et les ah! et les oh!... 
Hélas ! je sens combien j'aurai de peine à le dédommager de ses 
frais ; mais il est si bon , qu'il me passera encore celle-là. 

« J'ai un texte heureux, cependant, pour commencer.... Cher 
ami, ou trop bon ami... la fortune ennemie... a permis que de 
ce pays... Ah ! quand pourrai-je sur le sol précieux, désirable.... de 
la patrie chérie.... 

« Vous trouverez que je me laisse un peu aller à une passion que 
je blâme si fort en vous; cela est vrai, je l'avoue; mais je déteste la 
froide chaleur , et cette sensibilité qu'excitent seulement les vents , 
les orages et le clair de lune avec les pénates. 

« Mais vous ne me blâmerez pas, vous, malicieuse vipère; vous 
vous réjouirez au contraire de me voir aussi méchant que vous, et 
vous profiterez de cela pour donner un libre cours au venin dont vos 



SA VIE. — SES LETTRES. 21 

poumons sont pétris. Mon père traduirait cette phrase par Théodore 
vous garde rancune. La candeur de cet excellent père ne lui permet 
même pas de supposer qu'on puisse exprimer ainsi son amitié. Il 
prend tout au pied de la lettre , et je voudrais pouvoir vous montrer 
de quel sérieux il me demandait quelquefois l'explication de cer- 
taines grignadésiardes qui m'étaient échappées. 

« Avouez , cher ami , que nous n'avons avec cette ingénuité 
aucune analogie, et que le seul rapport qu'il y ait entre mon père et 
nous , c'est de boire le même vin. 

« Adieu , mon cher Charlet , portez- vous bien , écrivez-moi quel- 
quefois et engagez particulièrement Ledieu (1) à se méfier de vous. 

« Géricault. » 

( Sur une des marges de côté ) : 

Avec moi désormais bannissez la rougeur * 
Qui de votre beau " front dépare la candeur***. 

Ici dans le sens d'une mauvaise honte avec un ami. 

L'iidjeclif beau est ici par une licence que tous les poètes ont prise d'embellir leur sujet. Homère 
dit quelque part : Junon aux yeux de bœuf. 

'" Par licence, puisque la rougeur qui se remarque sur le front est le signe de la candeur (le plus 
souvent). 

\ 

Revenons sur nos pas pour parler d'une liaison de Charlet qui 
a tenu une grande place dans sa vie. 

C'était en 1819 : M. Alexandre de Rigny, après avoir honorable- 
ment servi l'Empire , était alors lieutenant-colonel aux lanciers de la 
garde royale ; il va nous raconter lui-même comment il fit connais- 
sance avec Charlet : 

« Lié avec Géricault , je lui dis un jour : « Je voudrais bien 
connaître ce Charlet dont le crayon m'arrête et me fascine toutes les 
fois que je vois nos vieux soldats reproduits avec une si prodigieuse 
vérité, à la montre de nos marchands d'estampes. Il est.... ou 
du moins il a été militaire? — Détrompez - vous , me répondit 
Géricault, c'est un jeune homme assez sauvage de sa nature, et de 
rude apparence. Comme vous pouvez le juger , ce n'est point un 
talent d'étude (2) . L'étude ne saurait donner ce qui le distingue et 

(1) Ledieu , a l'atelier de Gros , avait assez l'habitude de s'attaquer a Charlet, avec lequel il n'était 
pas de force cependant. 

(2) Un jour Géricault, voyant un enfant sortir de l'école et tracer un croquis sur un mur, fut étonné 
de la hardiesse du dessin. « Quel dommage ! dit-il , l'étude gâtera tout relu. • 



22 PREMIÈRE PARTIE. 

ce que j'admire eu lui. Venez diiier demain chez mon père , Charlet 
sera des nôtres. » 

« Je n'y manquai pas, comme bien vous pensez ; je trouvai notre 
homme comme il m'avait été dépeint , et assez bizarrement accoutré 
de vêtements empruntés partie à la défroque d'un artilleur , partie 
à celle d'un ouvrier aisé. 

« A table il ne parla pas ; cependant quelques saillies lui échap- 
paient comme malgré lui , et d'autant plus piquantes qu'il se 
montrait plus ignorant ou plus dédaigneux des usages du monde. 11 
m'avoua depuis que ce jour il avait été sur le point de s'en aller 
avant de se mettre à table , en voyant pour convive un étranger si 
bien couvert. 

« Il finit toutefois par s'humaniser. Quelques anecdotes militaires, 
dont je fis les frais et qui lui semblaient en dehors de ces histoires 
banales qui courent les ^corps de garde, parurent l'intéresser. Il ne 
cessa presque plus de me regarder de son œil malin , et à la fin du 
repas nous commencions à nous entendre. Je lui exprimai le désir 
d'avoir un de ses dessins ; il vint me voir et manger avec moi des 
omelettes aux fines herbes, tant reprochées depuis. Inde amicitia. 
« Je fus à mon tour le chercher dans son taudis , rue des Petits- 
Champs. Non, toutes les peintures les plus exagérées des mansardes 
d'artistes seraient des descriptions de palais en regard de ce grenier 
obscur rempli d'objets cassés, de vieilles hardes , au milieu desquels 
je le trouvai dessinant sur ses genoux, et recevant d'une lucarne un 
jour douteux... On voyait çà et là quelques vieilles défroques de 
soldats : un vieux chapeau , un vieux casque , un fusil de munition , 
un sabre du temps de la République, et puis enfin le grabat, perdu 
au fond de cet obscur grenier. 

« Quelque temps après , il fit pour moi une assez grande aquarelle 
où j'étais représenté entouré d'officiers et de lanciers: un gamin, 
s'élevant sur la pointe des pieds , demande à s'engager. Ce dessin 
était admirable de composition et de vérité. Géricault en fixa le prix; 
et c'est avec cet argent que Charlet put accompagner son ami en 
Angleterre , dans ce voyage dont , sans aucun doute , il vous a 
entretenu souvent et qu'il racontait si plaisamment. 

« Je ne puis me consoler d'avoir perdu la lettre qui en contenait 
le récit. C'était un véritable petit chef-d'œuvre de plaisanterie spiri- 
tuelle, d'aperçus les plus fins, d'observations saisissantes parleur 
vérité. Géricault, dont il admirait le talent et qu'il aimait beaucoup; 
Brunet , qu'il estimait tant pour son caractère que pour son savoir , 
n'étaient pas à l'abri de ses sarcasmes. Ces trois natures opposées 
voyaient les hommes et les choses dune façon si diverse que l'artiste- 



SA VIE. — SES LETTRES. 23 

poëte et l'économiste firent beau jeu à l'impitoyable satirique, qui, 
d'ailleurs, s'en amusait pour se consoler de ne trouver sur sa route 
que de la bierre forte et du bœuf froid chaque jour... » 

XI 

A d'autres les phrases ambitieuses , à nous le récit simple et fidèle 
des détails intimes de la vie de Charlet. Notre but, dans cette étude, 
est de le faire connaître tel qu'il était. M. de Rigny nous vient en 
aide, non -seulement en mettant à notre disposition bon nombre de 
lettres de Charlet, mais en nous fournissant par sa correspondance 
ces intéressants documents : 

6 janvier 1849. 

« Sous cette grande enveloppe , parfois décousue et plus sou- 
vent railleuse, battait le cœur le plus noble, le plus sensible à tout 
ce qui pouvait grandir et glorifier la France. Ses instincts et son 
culte étaient là. Son crayon obéissait à ses généreuses pensées. S'il 
a peint, avec cette vérité que nul n'a pu atteindre comme lui, les 
vieux soldats de notre première révolution et les scènes militaires 
de cette époque , c'est qu'à ses yeux les armées républicaines repré- 
sentaient le pays dans ce qu'il avait de plus glorieux , et couvraient 
au dehors les atrocités du dedans. 

« Personne, je crois, n'a pu mieux que moi connaître Charlet. 
Son caractère indépendant échappait à toute influence , ou du moins 
une influence momentanée ne résistait pas à ses réflexions, à sa 
bonne foi. Son amitié était vive et sincère ; mais la moindre con- 
trariété l'effarouchait à ne plus revenir. 

« Quand j'étais colonel du 2 me de hussards, je le voyais tomber 
dans ma garnison; puis, quelques jours après, il disparaissait sans 
dire gare. Il a fait cent fois ce manège, restant quarante-huit heures, 
restant un mois, et toujours si libre chez moi que je paraissais igno- 
rer et son arrivée et son départ. 

« Quand nous étions seuls, sa verve était inépuisable, entraî- 
nante; c'était à lui demander grâce. Dès qu'il m'arrivait du monde, 
il ne disait plus rien, il observait dans un coin. .11 allait souvent au 
quartier causer avec les hussards , ou plutôt les faire causer. Il me 
rappelait Teniers fuyant son atelier et la foule qui s'y pressait , pour 
aller vivre parfois avec les paysans et y saisir ses types inimitables. 

« Quelquefois , rentrant pour déjeuner, il me priait de le mettre à 
table avec le sous-officier de planton, dont la conversation devait lui 
fournir, supposait-il, ample moisson a 



24 PREMIÈRE PARTIE. 



Janvier 1849. 



« Je veux vous dire aujourd'hui l'impression qui m'est restée 

de mes premiers rapports avec Charlet, parce qu'alors il était bien lui, 
lui tout seul. Non pas que je veuille donner à entendre que sa nature 
primitive ou son caractère , comme vous voudrez , aient subi de ces 
transformations qui ne sont pas rares chez les hommes ; mais on a 
beau dire, la scène qui va toujours s'élargissant à mesure qu'on fait 
un pas dans la vie modifie singulièrement la vocation et les pen- 
chants qui semblaient nous entraîner. 

« Dans mes tête-à-tête avec Charlet (à Arras surtout, en 1821) , 
au temps où nous étions jeunes et libres tous deux , nos entretiens 
s'égaraient sur mille sujets divers, prenaient tous les tons. Eh bien! 
lorsque nous arrivions aux choses sérieuses, ses pensées s'élevaient à 
une grande hauteur. Ses réflexions, ses aperçus toujours justes, son 
langage même contrastaient de la manière la plus piquante avec son 
entrain sarcastique habituel. Une fois lancé dans ces régions, qu'il 
n'abordait pas souvent, il est vrai, son âme s'y complaisait, et j'ad- 
mirais comment la nature y avait déposé les semences d'une philo- 
sophie que l'étude n'avait ni développée, ni faussée; Nos conversa- 
tions, en pareille circonstance, se prolongeaient fort avant dans la 
nuit. Le lendemain, Charlet se remettait à l'ouvrage, et je remar- 
quais que ses compositions portaient l'empreinte de nos veilles » 

8 février 1849. 

« Voici , mon cher ami, tout ce qui me reste de la correspon- 
dance de Charlet. 11 existe une lacune assez longue jusques en 1829, 
et cette lacune est d'autant plus regrettable, que notre ami, alors 
exempt de tous soucis, se livrait à sa gaieté si originale, si caustique 
et si franche à la fois. 

« Je cherche, je fouille inutilement dans tous mes cartons, je ne 
puis retrouver les lettres qu'il m'écrivait en Espagne , pendant notre 
campagne de 1823. 

« Il était venu à cette époque jusqu'à Bayonne, dans l'intention 
de me rejoindre à Pampelune : on ne lui permit pas de passer outre. 
Désespéré de ce contre-temps , il s'arrêta une quinzaine de jours à 
Saint-Jean-de-Luz , et fit quelques bonnes études, dont il a tiré parti 
depuis. Il se moquait alors fort spirituellement des libéraux de ce 
temps, qui qualifiaient cette guerre d'impie et de liberticide, et ne 
se laissait pas abuser par l'esprit de parti et les déclamations intéres- 



SA VIE. — SES LETTRES. 2^ 

sées de ceux qui, comme il le disait, n'avaient pas place au feu et à 
la chandelle. 

« J'ai aussi à me reprocher l'abandon de lettres des plus pi- 
quantes à des mendiants d'autographes; d'autres se sont égarées dans 
ma vie errante. 

« Mais c'est quand il voyageait avec moi par étapes , soit avec le 
2 me de hussards , soit avec ma brigade en Belgique , que sa verve était 
intarissable. C'est surtout avec ses hôtes que notre railleur s'en don- 
nait à cœur joie. J'en étais parfois malade en cherchant à étouffer 
mes rires convulsifs. Il faut l'avoir vu en de telles circonstances pour 
savoir avec quelle mesure, toutefois, il pouvait régler ses mordantes 
épigrammes, pour qu'elles ne fussent pas blessantes. Puis la conver- 
sation prenait-elle un tour sérieux , avec des personnes d'un esprit 
élevé, il écoutait, le col tendu , l'œil plissé. Sa belle et généreuse na- 
ture prenait le dessus , et le peu qu'il laissait échapper de ses pensées 
portait coup; sa figure était alors magnifiquement illuminée 

« Mais en vérité , mon cher de La Combe , je ne sais pourquoi je 
vous dis cela, à vous qui avez si bien su le connaître et l'apprécier; 
vous comprenez, toutefois, comment je me laisse entraîner. Son 
amitié si vraie, si dévouée à l'occasion, si peu exigeante en tout 
temps , si naïve dans son expression , me laisse un souvenir profond 
et triste , et je ne saurais parler de lui sans avoir l'œil humide et 
le cœur serré » 

Cherchons à compléter ce portrait déjà si bien tracé par un ami fidèle. 

Charlet était très-grand, mais fort et nerveux. Il marchait un peu 
voûté , et peut-être un défaut de conformation dans l'épaule a-t-il pu 
apporter quelque influence fâcheuse sur les poumons. Assis souvent 
au cabaret, près du soldat et de l'ouvrier, pour les étudier de plus 
près , il était dans l'obligation de partager avec eux le vin bleu , de 
les exciter même par son exemple, afin de faire jaillir leur verve po- 
pulaire ; mais ce qu'on aurait pu appeler des excès chez d'autres n'en 
était jamais pour lui , grâce à sa vigoureuse constitution. 

Sa figure , d'un aspect sévère d'abord et composée de lignes for- 
mant des angles sans nul contour, changeait à l'instant même de 
caractère quand un sourire, souvent malin, il est vrai, mais en 
même temps bienveillant , venait l'éclairer ; rien n'échappait à son 
regard. Ses yeux vifs, petits, enfoncés dans leur orbite et recouverts 
d'épais sourcils, devinaient votre pensée. On eût dit en quelque sorte 
deux pistolets dirigés sur vous. Doué d'une vive pénétration et d'une 
sensibilité que bien peu savaient démêler sous une forme railleuse , il 
saisissait d'un coup d'œil le côté faible , et échappait à celui qui , dans 



20 PREMIERE PARTIE. 

une discussion , pensait être son maître. Plus souvent encore la 
vérité partait comme un trait , et venait déconcerter ceux qui se 
croyaient plus habiles que lui. Et cependant il était bon , et d'une 
telle simplicité qu'on pouvait croire qu'il ne soupçonnait ni son 
mérite, ni sa célébrité. 

Toute sa vie il est resté un enfant, il s'est amusé de ce qui 
amuserait des enfants. Et même malgré son génie , cette empreinte 
première du gamin de Paris ne s'est jamais effacée chez lui. Son 
intimité était pleine de charmes , et l'on pouvait , avec lui , aborder 
tous les sujets 9 sauf toutefois ce qui avait trait à sa personne ou à 
ses œuvres , comme aussi aux discussions sur les arts , pour 
lesquelles il avait une aversion toute particulière. « J'aime mieux 
jouer aux quilles avec un charbonnier , disait-il , que d'entendre 
parler peinture. » 

Quelques, anecdotes et quelques détails achèveront ce portrait. 
XII 



Quand il était sur la piste de quelques-uns de ces types heureux 
qui passent si souvent sans s'en douter devant les artistes de 
génie, Charlet oubiait engagements pris, promesses faites, tout 
enfin, jusqu'à l'heure de son dîner. Un jour il était invité chez son 
capitaine , M. Laffitte, en nombreuse compagnie. En route il ren- 
contre trois soldats dont les gestes et les physionomies lui promettent 
de bonnes études. Charlet les aborde militairement , et les convie au 
cabaret. Là quelques libations les lui livrent tout entiers ; mais les 
trois braves , voulant rendre au bourgeois sa politesse , entraînent 
dans un autre cabaret leur camarade improvisé. Pendant ce temps, 
l'heure s'écoule, et Charlet s'aperçoit que celle du dîné a sonné 
depuis longtemps. Ce jour-là notre artiste dîna tard, et sa place 
demeura vide à la table du capitaine. Mais il avait dans sa tête 
quelques nouvelles et bonnes études. 



Il arrivait souvent à Charlet de sortir les poches vides , et, distrait 
comme il l'était , il se trouvait quelquefois dans un singulier 
embarras. Voici de quelle manière il s'en tirait : Il rencontre un de 
ses amis , il remmène dîner au restaurant ; quand arrive le fatal 
quart d'heure, il s'aperçoit qu'il est sans argent. Il a recours à la 



SA VIE. — SES LETTRES. 2/ 

bourse de son ami; le vide était pareil. Que l'aire? 11 appelle le 
garçon, demande du papier , de l'encre et une plume. Dix minutes 
après , il avait fait son dessin et l'avait envoyé à Moyon. Charlet 
disait n'avoir jamais vu de figure peignant mieux l'étonnement que 
celle du garçon rapportant quinze francs. L'éditeur Moyon a 
conservé précieusement ce dessin. C'est un garde-chasse tenant un 
lièvre à la main. Au-dessus de la signature de Charlet , on lit : Bon 
pour quinze francs. 



Charlet avait conscience de son talent, et de sa valeur personnelle ; 
mais loin d'en exagérer le mérite et l'importance, il témoignait 
souvent d'une modestie assez rare chez les artistes. Il avait coutume 
de dire : « Parlons de tout , mais jamais de moi. Il y a des gens 
heureux qui s'imaginent que tout est fleur d'orange , je ne suis pas 
comme eux ; quand j'ai produit quelque chose, je demande seulement 
qu'on me débarrasse de ma marchandise , et surtout que je n'en 
entende plus parler. » 

Aussi, dans son atelier orné d'objets d'art, de belles études de 
Géricault , de quelques peintures modernes et d'un grand nombre 
d'estampes anciennes, on n'aurait pas trouvé la moindre de ses 
esquisses ; jamais il ne vous aurait parlé de ce qu'il avait sur le 
chantier , bien moins encore vous l'eùt-il montré. 

Il avait permis à sa femme d'accepter des frères (jihaut son œuvre 
lithographique , mais sous la condition expresse qu'il n'en serait 
jamais question devant lui. 

Aussi indulgent pour les autres qu'il était sévère pour lui , que de 
choses il a lui-même anéanties ! 

Un jour qu'il avait un dessin presque terminé , un marchand 
arrive et le lui demande pour un amateur auquel il doit plaire sans 
aucun doute. On convient du prix , mais il y a quelques retouches à 
faire. Le marchand revient le lendemain, et compte immédiatement 
cinq cents francs sur la table. Pendant ce temps Charlet tenait son 
dessin à la main.... le regardait.... ; il se décide enfin, prend un 
canif, coupe le dessin en quatre et jette les morceaux au feu; et 
comme le marchand le regardait tout ébahi : « C'est décidément un 
mauvais dessin , lui dit Charlet, et je ne puis y mettre mon nom. » 



lu attire jour j'allais chercher Charlet à s<>u atelier pouf dîner. 



28 PREMIÈRE PARTIE. 

Qui n'a pas dîné avec Charlet et un ou deux convives de son choix , 
ne peut se faire idée de la verve de son esprit et de son imagination. 
Toujours gai , toujours intarissable et ne se répétant jamais. 

Or, ce jour Charlet venait de recevoir la visite de certain duc, de 
certain prince. Son père a reçu son illustration de la victoire. Le fils 
suppose qu'il peut la conserver par les goûts les plus excentriques. 
Le tour des dessins était arrivé . « Vous avez dû vous croiser avec 
lui, me dit Charlet. Il est venu me faire une commande de cent mille 
francs, en m'offrant de les déposer à Favance chez un notaire; et 
comme par hasard j'avais sur ma table un dessin commencé depuis 
longtemps: Tenez, a-t-il ajouté, terminez celui-ci, je le paierai deux 
mille francs , et les autres dans la proportion ,. suivant leur impor- 
tance. » 

Tout en racontant son histoire , Charlet tournait et retournait son 
esquisse entre ses mains (une classe en insurrection contre le maître 
d'école, sépia rehaussée de blanc sur papier de couleur). « Je finirais 
bien ce dessin en deux jours, me disait-il, et deux mille francs, 
c'est cependant un joli denier; mais il y a une difficulté, c'est que 
je me suis dit que je ne le ferais pas... Vous seul pourriez me tirer 
d'embarras, emportez-le. — Je le veux bien; mais cependant je 
réfléchis à mon tour, et tout en comprenant que vous ne vouliez 
pas finir ce dessin pour deux mille francs, je ne vois pas pourquoi 
vous ne le termineriez pas pour moi qui ne vous donnerai rien. 
— A la bonne heure, dit Charlet, voilà une idée... je le veux 
bien , seulement faites-moi tendre le dessin sur un carton. » 

Dix-huit mois plus tard, retournant en province, j'emportais mon 
esquisse, à laquelle Charlet n'avait pas touché... « Soyez tranquille, 
me disait -il, aussitôt que j'aurai rencontré le maître d'école qu'il 
me faut, je tombe chez vous et votre dessin est fait. » 



Il me disait aussi : « Si j'apprenais que vous eussiez acheté un de 
mes dessins cinq cents francs (ils se vendaient en ce moment jusqu'à 
deux mille) , je ne vous reverrais de ma vie; vous m'auriez donné 
la preuve du dérangement de votre cerveau, et pris rang dans une 
catégorie de gens que j'aime peu à fréquenter. Mais pourquoi, allez- 
vous me dire, les vendez- vous si cher, vos dessins? Oh! ceci est dif- 
férent : je les vends aux Anglais, et je fais du patriotisme. » 



Le prince de Hohenlohe, fait maréchal de France pour son dé- 



SA VIE. — SES LETTRES. 29 

vouement à la cause de la monarchie française , cultivait beaucoup 
les arts et particulièrement la peinture ( en maréchal de France , il 
est vrai ) . Prodigue de ses œuvres , le colonel de Rigny fut une des 
nombreuses victimes de cette libéralité d'artiste. Le prince lui avait 
fait présent d'un de ses tableaux. Le colonel , embarrassé de ce chef- 
d'œuvre, ne savait où le mettre. Il recevait quelquefois le maréchal 
chez lui, et il se croyait tenu de faire à la peinture du prince les 
honneurs de son salon. Or ce salon exposait déjà aux yeux des 
amateurs une assez belle collection de toiles, au milieu desquelles la 
dernière venue aurait fait piteuse mine. Dans cette perplexité , il va 
trouver Charlet, lui raconte son embarras, et le prie d'ajouter à 
son précieux paysage quelques figures qui en relèvent la valeur. 
« Volontiers, dit Charlet, laissez là votre galette, je n'ai rien à faire 
en ce moment ; revenez demain, vous serez servi.» Le colonel 
est exact au rendez-vous ; mais quel est son étonnement de trouver 
la toile entièrement recouverte par une énergique pochade , représen- 
tant des grenadiers français en marche dans un pays de montagnes , 
par un temps de neige ! « Voilà ! dit Charlet; j'ai respecté le 
prince, car j'ai peint sur son vernis, et quand vous en aurez trop 
de ma peinture , vous retrouverez l'autre en bon état , dessous. » 
Cette pochade avait été faite en quatre heures. 



Charlet ne travaillait qu'à ses heures ; il ne violentait pas l'inspi- 
ration, il l'attendait. Sa verve ironique s'exerçait volontiers aux dé- 
pens de ces artistes qui arrivent régulièrement devant leurs tableaux 
munis d'une inspiration de commande. « Jean, disent-ils, venez 
donc, je suis prêt; montez la machine. » Jean tourne la clef, et 
l'artiste se met à l'œuvre. Quand arrive l'heure du dîner, notre 
artiste se sent fatigué : « Eh bien ! Jean, venez donc, m'avez -vous 

oublié? il est cinq heures, cependant Allons, vite, arrêtez la 

mécanique. » 

Charlet, après plusieurs jours d'absence, entrait dans son atelier ; 
il y trouvait un de ses élèves : « Oh ! mon brave Canon , vous êtes 
là, vous, toujours à l'ouvrage... C'est bon; nous allons faire de 
bonne besogne, je me sens en train. » Ce disant, il faisait sa toilette 
d'atelier , — la blouse, les sabots, le bonnet de laine , — et pendant 
ce temps il disait mille folies. Enfin, assis devant son dessin ou 
devant sa pierre, il regardait, ne soufflait plus mot; sa figure se 
décomposait... « Ma foi , s'écriait-il , décidément , Canon, je ne puis 
rien faire aujourd'hui ; il fait beau, je vai? me promener... » Et il 



I]() . PREMIÈRE PARTIE. 

restait de nouveau plusieurs jours sans paraître à son atelier. Mais 
aussi quand l'heure avait enfin sonné et que l'inspiration était arri- 
vée , c'était chose merveilleuse à voir que cette rapidité d'exécution. 
Tous ces beaux dessins, d'un trait si pur et d'une si grande justesse 
d'expression, étaient ainsi créés déprime saut, sans avoir été étudiés 
ni croqués à l'avance ; ils sortaient tout armés de son cerveau. 



Gharlet ne voulait pas à son atelier d'élèves payants. Quand il se 
présentait quelqu'un et qu'il demandait : « Combien me prendrez- 
vous? — Combien je vous prendrai? disait Charlet; mais si je vous 
prends quelque chose, il faudra donc aussi que je vous dise quelque 
chose, que je regarde, que je corrige vos dessins?... et si cela ne 
me plaisait pas?... vous voyez donc bien que je ne puis rien vous 
prendre. » 

Et cependant il était plein de bonté pour ses élèves. Il se réjouis- 
sait avec bonheur de leur succès , et les aidait avec un zèle intelligent 
à placer leurs premières œuvres. Disons aussi que ses élèves ont con- 
servé pour leur maître la mémoire du cœur, et dans toutes les occa- 
sions , même depuis sa mort , ont protesté de leur estime et de leur 
pieux attachement pour lui. 



Charlet avait un cœur excellent : on cite de lui une foule de traits 
honorables, et sa bourse, quand elle n'était pas vide, s'ouvrait tou- 
jours pour ses élèves et pour ses amis. Mais il mettait mieux que sa 
bourse au service de ceux qu'il aimait. Nous avons vu déjà comment 
il parvint à remonter le moral de Géricault. Dans les premiers temps 
de sa liaison avec M. de Rigny , Charlet apprend que le colonel est 
sérieusement attaqué d'une maladie noire. Il accourt , fait mettre un 
lit de sangle dans la chambre même du malade, et commence immé- 
diatement son traitement. « Pendant huit jours, nous racontait notre 
camarade de Rigny, je n'ai pas cessé de rire , et j'avançais d'autant 
plus dans ma convalescence que je ne faisais absolument rien de ce 
que m'ordonnait le docteur. » 

Charlet s'amusait beaucoup d'entendre dire à ce dernier : « Je 
comptais bien sur l'efficacité de mes remèdes, mais je ne pouvais 
m 'attendre à un si prompt résultat. » 



SA VIE. — SES LETTRES. 31 

Au chevet d'une pauvre mère mourante , il avait pris l'engage- 
ment d'élever un de ses enfants. Charlet était bien pauvre à cette 
époque , son talent était peu apprécié , et cependant cet engagement 
il Ta fidèlement rempli. Le père de cet enfant était ce Juhel 
qui avait employé Charlet à la fastueuse décoration de Fauberge de 
Meudon. 

Le jeune Juhel était devenu un dessinateur fort habile (1) ; mais 
de mauvais penchants l'entraînèrent de faute en faute, et il finit par 
s'engager dans le troisième régiment du génie. Sa conduite irrégu- 
lière, des caricatures dirigées contre ses chefs, lui attirèrent leur 
animad version. Il devint caporal cependant, et dans l'un de ses 
semestres il vint, à l'âge de vingt -un ans, mourir auprès de son 
bienfaiteur. 

On a imprimé une foule d'anecdotes sur Charlet ; mais la plupart 
sont apocryphes. On a parlé souvent d'un certain Album rempli des 
portraits des personnes qu'il n'aimait pas à recevoir, et déposé ad hoc 
chez son portier. Nous avons assez de faits curieux et honorables à 
la gloire de notre artiste pour qu'on repousse ici tous ceux qui sont 
plus ou moins spirituellement inventés. 

XIII 

Nous aurions bien voulu donner à nos lecteurs quelques-unes des 
lettres de Charlet écrites avant son mariage; malheureusement M. de 
Rigny nous dit les avoir toutes égarées. 

Contentons -nous , il le faut bien , de quelques échantillons 
littéraires où nous trouvons dans toute sa sève cette gaieté folle dont 
la correspondance de Charlet conservera l'empreinte jusque dans ses 
derniers jours. 

1823. 

A Monsieur Bellangé. 

« Je t'envoye une bouteille de MADÈRE et une pièce de 
vingt vers que le chambertin m'inspire; je compte sur ton 
indulgence pour le poêle et PUSSES-TU LE pardonner et 
dire : la bouteille vaut les vers. » 



(1) Nous possédons le plus beau dessin de Juhel. C'est une Tentation de saint Antoine très-grand».' 
aquarelle Charlet estimait beaucoup ce dessin : « Si jamais vous vouliez vous en défaire , nous disait- 
il , je vous en donnerais un treizième de plus qu'il ne vous coûte. 



,T2 première partie. 



À mon ami B ********** 



EN LE REMERCIANT D'UNE ROUTEILLE DE CHAMRERTIN QU'IL M'AVAIT ENVOYEE LE JF.TIH 
D'AVANT LE JOUR DE L'AN , QUI SE TROUVAIT UN SAMEDI. 



Chambertin savoureux qui pour la première fois 
Fis succomber mes sens sous tes aimables lois, 
Naguère aux Provençaux la fougueuse cohorte, 
A pas précipités débouchant vers la porte , 
D'un succès éphémère humilia mon orgueil : 
Le carickà l'indienne, l'huître de Montorgueil, 
La bécassine aimante , le perdreau séducteur, 
En vain de leurs attraits voulaient charmer mon cœur. 
Mais mon corps à mon poids se trouvant délaissé 
Sur le parquet mouvant fut bientôt affaissé : 
Chambertin ! chambertin ! voilà de tes forfaits : 
Mais en ce jour tes crimes sont autant de bienfaits. 
Par les soins d'un ami quand la liqueur vermeille 
Comprimée dans un vase , vient former la bouteille 
Que la main d'un esclave offre à mes yeux surpris , 
Je m'écrie : Ah ! c'est bien du meilleur des amis. 

INVOCATION. 

Grands dieux ! CONSERVELE ! que son mâle génie , 
Semblable au phare brillant des côtes de l'Asie, 
Apparaisse éclatant comme un saphir radieux 
Que le mortel révère et qu'envieraient les dieux. 

Mon cher , si d'après cet échantillon tu voulais consentir a 
t' associer a moi , nous pourrions, je crois, faire une tragédie; 
c'est surtout pour les invocations que je me proposerais, sa- 
chant lire, écrire, et faire une cuisine bourgeoise. 

« Bonjour, mes amitiés. 

« Charlet. » 



■ SES LETTRES. 



33 



Charlet, voulant voir LA PESTE, mélodrame fameux de cette 
époque et dont le peintre Gué avait fait les décorations, adresse à 
ce dernier, par la petite poste , la lettre suivante : 



Monsieur Gué , rue de Buffaut , 16 ou 18. 

Août, 1823, 

** I J "^ 




Le Facteur. —Monsieur Gué, trois sols. 

La Portière. — J'gagerais cent contre un qu'c'est pour des bil- 
lets de la Peste. Faut vous dire que j'Fai PANGORE vue ; c'est 
d'monsieur, les peintures de décoration de la pièce. J'suis bien 
sûre que la p'tite femme du commis voyageur du troisième 
était a la première représentation ; la veuve du second en est 
jalouse comme un tigre ; ça fait jaser la maison ; dame ! écoutez 

3 



34 PREMIÈRE PARTIE. 

donc, un homme en prend où il en trouve. Qui est-ce qui dirait 
ça d'c'monsieur, on lui donnerait le BONDIEU sans confession. 
Le Facteur. — C'est trois sols ! 



A Monsieur Bellangé, artiste et homme de lettres. 

Ce lundi 16 (1824). (janvier.) 

« J'ai reçu ton épître qui m'a fait un sensible plaisir ; j'aime 
la guêtre homicide, et le tableau où ma mère s'attache a mon 
nez et détermine ce beau mouvement de Frérot (1); c'est du 
Racine , c'est parfait. 

« Je vais la faire imprimer, et Barba ne l'aura pas; c'est la 
maison Baudouin qui veut faire cette affaire. J'ai demandé 
neuf mille francs; on offre huit mille cinq cents. Je demande un 
Voltaire avec, ou je la donne à Barba. Ladvocat fait le diable 
pour l'avoir ; son cabriolet est continuellement à ma porte, et 
j'ai été obligé d'y placer un gendarme et un autre , a cheval , 
au coin de la rue Neuve-Saint-Roch. 

« La maison Méquignon est brouillée avec la maison Didot , 
parce qu'elle a su que Firmin Didot, qui a le plus beau carac- 
tère qu'on puisse trouver en librairie, cherchait en sous-main 
a faire acheter, sous un nom emprunté, l'épître que tu m'as 
adressée et qui me revient a trente centimes, tous frais faits. 
Alors la maison Delaunay s'est établie comme médiatrice , et au 
moment où Ton croyait que l'affaire allait se terminer , tout a 
été rompu. 

« Barba, Ladvocat, Didot, Méquignon, Fages, Delaunay, 
Gotelle , Masson , Arthus Bertrand , les frères Baudouin , Paul 
Koukke, Dussard, Bossange, Pitou, Chamerot, Janet et 
compagnie , Bérard frères , Joîivet aîné , Rosa , Le Gallois , 
Martin fils et compagnie, Joubert jeune, Valory , Foubert et 
Dacier, Pérard, Narjent, Gollard aîné, Dubayet, Poinçot, 
Firmin Gosson, Demery, Noblet jeune, Vincent et Messier, 
Gagnant et Gérât , Daubigny et Jossé , Bouquin de la Souche 



(1) Frérot, après avoir travaillé quelques instants a l'atelier de Charlet, avait quitté son état de 
peintre-vitrier pour se faire éditeur d'estampes. C'est lui qui a mis au jour les premières œuvres de 
Raffet. 



SA VI K. — SES LETTRES. 35 

et Jouberl aîné , qui tous dînaient chez moi , se sont dit des 
choses désagréables ; des choses , on en est venu aux voies de 
fait; et moi obligé de jeter un seau d'eau dessus pour les 
séparer. Ils ont mis l'épître en pièces ; mouillée , déchirée : 
quelques vers seulement se sont sauvés a la nage , d'autres se 
sont retrouvés le lendemain dans des hauts de chausses. Plu- 
sieurs s'étaient emparés des derrières, et, retranchés solidement, 
ne se sont rendus qu'a la dernière extrémité , ayant de la crotte 
jusqu'à la ceinture. 

« Quelle désastreuse affaire ! pauvres vers solitaires , main- 
tenant errants sur les côtes, ils cherchent et attendent qu'une 
nef vagabonde les conduise en d'autres climats, au Caire, par 
exemple , où ils pourraient servir dans les troupes du Pacha et 
ronger les Turcs sous le commandement d'Abdala-Méhémet- 
Ledieu (1). 

« Je relis encore en ce moment plusieurs vers réfugiés ; celui 
où se trouve NONNOSNEZNE sont plus. . . une larme s'échappe ! 
Je suis faible... on m'entraîne... je me mm!... eu!!... rs !!!... 
DIEU!... eu!!... eu!!!... où SUIS-JE !... je!!... je!!!... 

« Infortunés vers MICHEL a mon secours ! (Encore un éva- 
nouissement. ) On approche un fauteuil; ma mère, ma femme (2) 
se groupent ; mes élèves fondent en larmes (ainsi que ma femme 
et ma mère) ; divers groupes expriment par leurs gestes le dé- 
sespoir qui les échine. 



Peuple , guerriers , etc. Groupe de ma mère , 

<le ma femme , élèves. 




(1) Ledieu, dont il a été question dans la lettre de Géricault, avait pris du service en Turquie- 

(2) Charlet n'était pas encore marié. 




30 PREMIÈRE PARTIE. 

Les comparses , la queue ren- 
trée sous la casaque en écailles 
de poisson (costumes de Gim- 
bres), pique et casque; marche 
funèbre. De jeunes guerriers svel- 
tes, demi-culottes avec ceintures 
d'acier poli , camisoles tricot , 
couleur de chair; jeunes filles, 
les bras pendants, têtes bais- 
sées; grands-prêtres (de location ou a l'année) portant un 
trépied, flamme éleinte. 

Tout s'arrête ; disposition et tableau. 

La toile baisse ! 

« Rien de nouveau, tout le monde se porte bien; mais ce 
pauvre Géricault est au lit, peut-être pour la dernière fois (1). 
« Adieu , porte-toi bien et compte sur mon amitié. » 



XIY 



Nous sommes en 1824 , année qui vit s'accomplir l'acte le plus 
important de la vie de Gharlet , son mariage. 

Certes , avec une nature bonne et sensible , si notre artiste n'avait 
pas trouvé dans sa femme une affection sincère , un cœur en 
harmonie avec le sien , c'en était fait de son avenir. Charlet fut 
heureusement inspiré en cette grave circonstance , et pendant vingt 
ans il a joui de tout le bonheur que peut donner une femme douce , 
aimable , douée d'un jugement sain et d'un cœur généreux. 

Nous avons dû à l'amitié et à la confiance de M me Charlet la 
communication de lettres qu'il lui écrivait avant son mariage. Elles 
font apprécier cette délicatesse de cœur et d'esprit et cette sensibilité 
qui se retrouvent si souvent dans les dessins de Charlet. 

Voici son premier billet à celle qui devint sa compagne : 

« Quelqu'un s'occupe de vous ; votre âme froissée a touché 
la sienne ; il a pris pari a votre peine , et vous pourriez un jour 

(1) Géricault est mort le 26 janvier 1824 , à l'âf>e de trente-trois ans. 



SA VIE. — SES LETTRES. 37 

embellir sa vie. Gomme vous, il n'a que sa mère, et comme 
vous , il est sans fortune ; le peu de talent qu'il possède lui 
assure cependant une existence et un rang honorables. Les 
qualités qu'il a su reconnaître en vous sont la seule dot qui 
convienne a la fierté de son cœur. Consultez le vôtre , prenez 
conseil du temps ; il ne veut rien devoir qu'à l'entière liberté de 
votre choix. Si les sentiments qui l'animent peuvent être par- 
tagés par vous , confiez-les a votre bonne mère. Il n'a pas besoin 
de se nommer, il pense que vous l'avez deviné. » 

Un assez grand nombre de lettres suivront, écrites de Chartres, 
où Charlet était allé rejoindre son ami M. de Rigny. On en lira avec 
intérêt, nous l'espérons , quelques fragments : 

Après avoir dépeint ses angoisses et ses inquiétudes , Charlet 
ajoute : 

* .... Mes sentiments vous sont agréables, je suis donc 
arrivé à mon but. Je ris maintenant de ce qui faisait mon tour- 
ment; je me figure être sur le rivage contemplant une mer 
orageuse que je viens de traverser , mais dont je n'ai plus rien 
à redouter. Mon âme est satisfaite du bonheur dont elle jouit et 
de celui qu'elle peut donner. Vous êtes désormais nécessaire a 
mon existence, et je crois pouvoir rendre la vôtre heureuse. Vous 
possédez a mes yeux, chère Eugénie, la plus belle dot que la 
nature seule peut donner : c'est un bon cœur, sensible et fier ; 
voila le trésor que j'ambitionnais ; il vous reste a me le confier 
si vous m'en jugez digne » 

Chartres, 12 juillet 1824. 

« Je travaille beaucoup et sors peu. Hier soir je me 

promenais au clair de la lune, sous les arbres de la place, et 
je désirais vous voir près de moi. Mille pensées se présentaient 
à mes esprits, et je regrettais de ne pouvoir vous en faire part. 
J'ai besoin de vous confier mes idées. 

« J'ai fait samedi un rêve charmant : je songeais qu'après 
une fatigante journée une voix douce chantait une romance. 
Les paroles de cette chanson pénétraient mon âme ; je sentais 
quelqu'un me prendre la main et la serrer sur son cœur ; je 
pressais la sienne contre mes lèvres, et je lisais dans les yeux 
de cette intéressante personne que je possédais toute sa con- 



38 PREMIÈRE PARTIE. 

fiance : nous nous regardions sans nous parler, et pourtant, 
nous nous entendions... Je m'éveillai à un bruit assez fort, 
et je vois mon affreux gamin tenant d'une main un balai et de 
l'autre une tasse de lait qu'il me destinait : QUE LE DIABLE 
T'EMPORTE, lui dis-je. — MAIS, MONSIEUR, VOUS 
M'AVEZ DIT D'ENTRER DE BONNE HEURE DANS VOTRE 
CHAMBRE. — OUI, MAIS SANS M'ÉVEILLER. — AH 
BIEN , MONSIEUR , UNE AUTRE FOIS VOUS ME DIREZ 
QUE VOUS RÊVEZ , ET JE N'ENTRERAI PAS. Il m'a fait 
rire, car la repartie était assez spirituelle ; je vous en fais part , 
afin de tâcher de vous faire rire aussi et de vous amuser un 
instant. 

« Je ne suis pas sorti de ma chambre aujourd'hui ; je suis 
fatigué et vais dormir ; puissé-je rêver encore que je suis près 
de vous. » 

17 juillet. 

« Agréable et singulière destinée. Il y a un an bientôt, 

je gravissais les Pyrénées. Excepté ma mère, rien ne me rete- 
nait en ce monde; j'étais aussi sauvage que les rochers que 
je visitais , aussi libre que les aigles qui les habitaient ; les 
hommes me dégoûtaient par leur bassesse ou leur cruauté. Je 
ne voyais d'un côté que des malheureux que je ne pouvais 
secourir , ou des riches endurcis qui n'excitaient que mon mé- 
pris. Enfin, chère amie, j'étais brouillé avec l'espèce humaine. 
Je redescends des montagnes , je m'approche de vous , je dé- 
couvre une belle âme et finis par l'intéressera moi. Alors je 
me réconcilie avec le genre humain ; bien décidé pourtant a 
ne lui faire de concessions qu'autant qu'elles ne troubleront 
pas le bonheur de celle que j'aime » 

Juillet. 

« Je ris en entendant de braves gens faire un tableau 

effrayant du mariage ; les sots ! Ce n'est pas le mariage qui est 
effrayant , c'est eux ; c'est leur esprit mercantile et bas qui leur 
fait faire du nœud le plus doux un objet de commerce. Us n'ont 



SA VIE. — SES LETTRES. 39 

pas cherché une agréable et douce compagne dont l'esprit et 
les goûts fussent en harmonie avec ceux de son époux , dépo- 
sitaire de ses plus secrètes pensées, partageant ses peines 
comme ses plaisirs ; de moitié , en un mot , dans son existence. 
Non , rien de tout cela n'entra jamais dans leurs tristes et misé- 
rables pensées ; et si le dégoût et l'ennui sont la suite de leurs 
mariages, ils n'ont pas le droit de se plaindre. Je souris de 
leurs exclamations et ne me donnerai même pas la peine de 
leur en démontrer les causes, il ne m'entendraient ni ne me 
comprendraient. Je m'arrête , car je finis toujours par me brouil- 
ler avec le genre humain » 



('/tardes.. 



« Bonne Eugénie, ce n'est pas votre belle ligure qui 

fixa mon attention et vous donna sur mon cœur l'empire que 
vous possédez: non! l'empire qu'exercent les charmes de la 
figure est trop fragile; un souffle le détruit, comme un rayon 
brûlant sèche la plus belle fleur d'un parterre. Ainsi le temps 
fait passer l'amour , mais il ne peut rien sur la douce et sainte 
amitié ; elle seule résiste à sa destruction ; elle seule nous 
accompagne jusqu'au bord de la tombe ; c'est elle qui nous 
serre la main et nous ferme les yeux à notre dernier soupir ; 
et même après nous, notre souvenir fait couler des larmes. 
Doux souvenirs ! vous faites aussi couler les miennes ; on aime 
a soulager son cœur dans le silence de la retraite, et la mémoire 
d'un ami qui mourut dans mes bras et me tendit la main a ses 
derniers instants remplit mon cœur d'une tristesse que j'aime 
à éprouver quelquefois. 

« J'aime a me rappeler le jour où, ne me connaissant que par 
quelques faibles essais d'un aussi faible talent, il vint me trou- 
ver a mon modeste réduit et me demanda mon amitié. La for- 
tune était toujours , selon lui , un obstacle à notre intimité ; elle 
me rendait fier , disait-il ; il se plaignait de ne m'être utile à 
rien. Pauvre ami, tu n'es plus, mais tu vivras toujours en ma 
pensée » 

Au moment de son mariage , Gharlet avait trente-deux ans , sa 



40 r-REMIÈRE PARTIE. 

femme en avait dix-huit. Aux qualités essentielles dont nous avons 
parlé elle joignait de rares agréments extérieurs. 

Beaucoup plus tard, Gharlet me racontait ainsi sa première 
entrevue avec sa femme : « Elle raccommodait des bas , disait-il ; 
je fus vivement ému. C'est la Providence qui m'a conduit ici et 
voilà la femme qu'il me faut, moi qui ai toujours des bas troués. » 

Dans ce ménage si uni , avint un jour certaine tribulation que 
Charlet me disait en ces termes : « Je voyais ma femme , si bonne , 
si douce, d'une humeur si égale, devenir triste, inquiète. Je 
m'apercevais qu'elle pleurait ; une explication devenait nécessaire , 
je la provoquai. Voici ce qui était arrivé... ma femme avait trouvé 
dans la poche d'un de mes gilets un papier contenant des cheveux... 
Ces cheveux je les avais en effet oubliés, et cependant c'étaient des 
cheveux de Napoléon , donnés par mon ami MARCHAND , revenant 
de Sainte-Hélène. 

Cette union qui promettait tant de bonheur, fut d'abord troublée 
par de vives douleurs. Deux filles, les premiers enfants, ne vécurent 
pas. Charlet a laissé deux garçons ; le plus jeune est né en 1834. 

Dans la situation nouvelle que lui avait faite son mariage, Charlet 
continua à peu près les mêmes habitudes de travail. Indépendam- 
ment d'un Album de lithographies paraissant régulièrement chaque 
année chez les frères Gihaut , il donnait aux mêmes éditeurs , et 
parfois à quelques autres , un assez grand nombre de pièces 
détachées, ce qui ne l'empêchait pas de faire des dessins qui 
commençaient à prendre plus de valeur près des marchands et des 
amateurs et dont les prix s'élevaient dans une forte proportion. 



xv 



Parmi ces amateurs , nous devons une mention toute particulière 
à M. de Musigny. Cet excellent homme , riche et généreux , faisait 
lui-même de la peinture , aimait les arts et les artistes. Il avait pour 
Charlet l'amitié la plus vive. Cette amitié s'est conservée pendant 
vingt-cinq ans , et certes elle en s'adressait pas à un ingrat ; Charlet 
en sentait tout le prix. 

Parmi les lettres nombreuses de ce dernier à M. de Musigny , nous 
choisissons celles-ci, que nous transcrivons sans les mettre dans notre 
livre à leur ordre de date , cette date d'ailleurs manquant au plus 
grand nombre. 



SES LETTRES. 



« Mon brave défenseur , 

« Je vous engage à faire voire sujet de la mère (Péruvienne , 
je crois) qui suspend son enfant mort. Ce sujet me plaît ; la 
difficulté , c'est de faire une belle lêle à la mère , car la dou- 
leur sans grimaces n'est pas facile a rendre ; il ne s'agit pas de 
faire une larme après avoir copié un modèle qui a bien déjeûné 
et n'a pas envie de pleurer; il faut que les larmes soient dans 
les yeux avant de couler sur le visage ; il faut que les narines 
et la bouche pleurent sans manière; aye, aye , aye, quelle 
besogne ! Mais ne vous effrayez pas , ces choses viennent sans 
qu'on se les dise, en travaillant; il ne s'agit que d'être bien 
pénétré et de ne pas oublier qu'une mère qui a perdu son en- 
fant est depuis plusieurs jours dans la douleur, que ses traits 
doivent être fatigués; les yeux surtout doivent dire tout cela. 

« Je suis vraiment honteux de vous dire que mardi , mercredi , 
jeudi et samedi je suis forcé de dîner en ville ; j'en suis ma- 
lade , ennuyé, tué, échiné ; c'est une tyrannie : 

Contre nous de la gastronomie 
L'étendard fatigant est levé. 

« Puis dans votre repas une bonne occasion mêlait offerte, 
je devais dîner avec vous et un vieux débris de notre gloire ; je 
devais respirer et trouver nourriture a mon estomac. Non , je 
suis forcé de vous refuser et d'aller m'ennuyer chez une tante 
de ma femme; une tante ! y a-t-il quelque chose de plus mor- 
tifiant ! une tante , qu'est-ce que c'est que ça ? 

« Enfin voyez ma peine el mes regrets, et plaignez-moi. 

« Adieu , mon digne ami , comptez sur moi , portez-vous 
bien, et vivez longtemps; car, après le bon Géricault , vous 
êtes le port où je me réfugie lors de la tempête. J'ai vraiment 
grand besoin de vous pour me remonter de temps en temps le 
moral. 

« ClIARLET. " 

Novembre 1826. 



i2 PREMIÈRE PARTIE. 

« La santé ne me manque pas, le courage non plus, et j'en 
ai besoin plus que jamais; car je viens de perdre mon second 
enfant, plein de santé et de vie, une fièvre cérébrale me l'a 
enlevée en quinze jours. Le travail seul me consolera. 

« Je croyais voir votre lettre accompagnée par le dessin en 
question ; faites-le-moi passer , ne sachant en ce moment à 
quel poteau je dois me pendre ; envoyez-le-moi , je m'y accro- 
cherai et vous le finirai, peut-être. Profitez du moment, dépê- 
chez-vous. 

« Je regrette bien ce bon monsieur Goutan (1), et sans vou- 
loir vous faire compliment, c'était après vous un des hommes 
que j'estimais le plus. Il m'encourageait. Vous? vous m'avez 
secouru dans les crises difficiles ; je vous ai noté. 

« Votre soirée a été charmante : j'en ai vu un des meubles, 
c'est-à-dire un des assistants; il y avait du goût, de la richesse. 
Mais maintenant je ne suis plus bon qu'à déraciner des arbres 
autour de ma tanière. 

« Le nombre des vrais amis des arts diminue sensiblement. 
Conservez-vous , et comptez sur ma sincère amitié. 

« Gharlet. » 



« J'ai gardé un peu longtemps mes deux ordures ; il est si 
cruel d'être obligé de se remettre sous le nez de vieux péchés. 
Enfin les voici un peu recalées ; j'ai remis des talons aux bottes, 
des clous aux souliers , raccourci des bras, rallongé des jambes 
et renfoncé des têtes. 

« Vous avez deviné juste, je renfonce mon bonnet sur mes 
oreilles d'ours; je n'aime pas les soirées et je m'y ennuie à la 
mort. Telle estime que j'aie pour les personnes et les meubles 
qui en font l'ornement , je ne puis m'empêcher de ne savoir 
où mettre mes mains C'est bien ennuyeux, c'est bien fati- 
gant. 

« Vous avez sans doute vu cette tête de maréchal ferrant 
que des échappés de bagnes vendent avec mon nom au bas. 



(1) Amateur riche et éclairé. A sa vente, en 1830 , un grand nombre de dessins de Charlet ont 
atteint des prix élevés. 



SA VIE. — SES LETTRES. 43 

J'ai vraiment l'air d'une carpe qui avale un marron d'Inde. Ah ! 
les scélérats ! enfin il faut que je digère le marron. 

« Bonjour et bonne amitié. 

« Je travaille , mais je ne fais rien. 

« Charlet. » 

« Obligez-moi donc de voir cette bonne et spirituelle ma- 
dame G... pour plâtrer ma négligence et mon abrutissement. 
J'irai la voir je ne sais quel jour; il faudrait nous entendre pour 
cela ; je me propose de me jeter à ses pieds en lui présentant 
un poignard et lui adressant ces deux vers dignes de Corneille, 
pas le grand, non, celui qui abattait des noix. 

« Voici les vers : 

Prenez ! prenez ce fer, et dans mon ingrate âme 
Plongez-le sans pitié, je vous en prie, Madame. 

« Je me sauve a mon atelier. 

Paris... 

« Vous me poursuivrez donc jusque dans ce qu'on appelle 
l'autre monde ; je vous trouverai donc partout pour me crier : Cou- 
rage, allons donc... sautez donc... le fossé n'est pas si large que 
vous le pensez... allez toujours, vous retomberez sur vos pieds. 

« Hier soir, j'ai reçu votre missive ; douze pieds sur huit, ça 
fait faire des réflexions. Enfin je ne recule pas : il faut en tout 
de la croyance et de la persévérance. Persévérons donc, et la 
Providence nous donnera le bras. 

« Mon Grenadier a fait envie a plusieurs commerçants : les 
Moyon, les M n,es Hulin , etc. etc., voulaient le mettre sous 
le bras et me disaient: « Faites-en un autre. » Non, je ne 
suis pas de ces tempéraments auxquels on dit : faites-en un 
autre. Ce serait le moyen de m'envoyer étaler ma paresse au 
soleil ; car vous savez que le soleil et la paresse sont frère et sœur. 
(Diogène, livre iv.) 

« Mais je tremble pour vous, quand je pense à l'espèce d'en- 
gagement inconsidéré que vous avez presque contracté en met- 
tant votre marque sur mon torchon , et je suis homme a vous 
proposer de défaire le marché. 



44 PREMIÈRE PARTIE. 

« Figurez-vous que le irembleur épileptique de Moyon m'en 
a offert quatre cents francs; que M me Hulin voulait la préfé- 
rence, et que franchement vous feriez bien de me le laisser 
vendre: car la main sur le cœur et prenant le soleil (toujours le 
soleil ! ) pour témoin , je me proposais de vous en demander 
deux cent cinquante francs. Enfin , les juifs (peut-être par esprit 
de commerce et de colportage) m'ont fait briller quatre cents 

francs quatre cents francs ! ! ! ! ! un bonhomme avec soleil et 

lumière reflétés et de lourdes mains qui ne sont pas encore 
dégrossies. 

« Je vous jure sur mon âme que ces offres m'ont fait regretter 
de ne pouvoir le laisser aller! Je pense que c'est trop cher, et 
vous me connaissez assez , je crois , pour savoir que je ne me 
mets point a l'encan , que je ne ferai jamais fortune et que je 
n'en arriverai pas moins sur le bord du grand fossé, où tout 
finit, avec une somme d'agréments, de tribulations, de damna- 
tions plus ou moins douces. J'aurai engraissé des cochons; 
mais ces cochons, la terre les mangera : c'est ce qui me con- 
sole . 

« Pour en revenir a mon ours , dont la peau devait me servir 
a remettre des fonds a mes culottes (lesquelles malheureuses 
culottes sont terriblement usées sur le banc de l'adversité), on 
m'en offre quatre cents francs, et si vous n'y tenez pas trop 
fort, je le vendrai. Mais quant a vous, dans votre intérêt bien 
entendu , laissez le quatre cents francs! ! ! ! ! 

« La gaieté me revient un peu, j'ai profité d'une veine pour 
écrire; je m'égaie un peu, mais je ne me console pas. 

« Bonjour et bonne amitié. 

« Charlet » 

Nous avons dit précédemment que Charlet était bon pour ses 
élèves, qu'il leur rendait les services qui dépendaient de lui. La 
lettre suivante en donne encore la preuve. 

A M. de Musigmj. 

« Bon et excellent ami, je pense à vous parce que je suis 
occupé par une bonne et louable action a faire et faire faire. 



SA VIE. SES LETTRES. 45 

« Voici le fait. J'ai un jeune élève de talent , un garçon remar- 
quable, dont les études sont d'une sévérité et d'une énergie 
étonnantes ; il est si pauvre qu'il ne peut continuer ses études 
d'après nature aux académies du soir et du matin , car il peint le 
malin et dessine le soir. 

<( Sa mère n'est pas assez aisée pour le soutenir dans ses 
efforts. 

« Il faut m 'aider : voulez- vous vous inscrire pour dix francs 
par mois jusqu'à Pâques? Quand je dis voulez-vous? pardonnez- 
le moi , JE VOUS INSCRIS. Si vous pouvez dans vos connais- 
sances arriver à compléter vingt francs, y compris votre sous- 
cription , ses camarades feront dix francs et moi cinq , et notre 
affaire sera assurée à pleine voile. 

« Je vous ferai voir ses études. Arago en a vu qui l'ont rendu 
pensif. 

« Quand vous viendrez a la fin de la semaine, samedi ou 
vendredi, nous dînerons en philosophes. 

« Que Dieu vous conserve, car vous êtes pour moi un jalon 
de direction dans ce diable de chemin qu'on appelle la vie , et 
où je perds mes chausses et mes savates a chaque instant. 

( Tout a vous de bonne et durable amitié. 

« Chablet. » 



« Voyez-vous un paresseux éveillé par cinquante bouteilles 
de Volney? Qu'est le plus beau rêve près de cette aimable réa- 
lité! c'est effrayant? cinquante bouteilles! et quel est donc le 
mortel généreux dont la main s'étend jusqu'au chevet de mon 
lit? C'est toujours la même main ; c'est toujours l'ami Musighy. 
Mais il veut donc que je sois ivre de reconnaissance ! S'il ré- 
compense ainsi ceux qui lui procurent l'occasion de faire une 
bonne action , de tendre la main au talent et au courage mal- 
heureux, nous courons grand risque de ne plus trouver une 
bouteille sur sa table demain mercredi. 

« Bon et digne ami, je suis vraiment confus de vos bontés; 
c'est qu'il y a bientôt vingt ans que je suis votre débiteur et le 
serai, ma foi, j'espère , encore longtemps. J'aime a être votre 
débiteur, nous y gagnons l'un et l'autre: c'est ainsi que la vie 



iO PREMIÈRE PARTIE. 

se colore et devient supportable , car rien au monde n'est plus 
encourageant que de savoir que de bonnes âmes s'intéressent a 
vous et aux vôtres ; cela réchauffe le cœur. Gomme aussi rien 
de plus doux que de savoir que cette terre de misère et de 
crotte supporte encore quelques cœurs reconnaissants. 

« Tâchez qu'il vous reste une bouteille pour demain. 

« A vous de cœur. 

« Gharlet. » 



XVI 



En 4828, Gharlet voulut essayer de l'eau-forte. Il avait certaine- 
ment tout ce qu'il faut pour réussir dans ce genre : finesse , esprit 
dans l'exécution, profonde intelligence de l'effet et de la couleur. 
Mais le travail de l'eau-forte est long est difficile, il demande beau- 
coup de pratique et d'expérience. Charlet n'était pas assez patient 
pour vaincre ces difficultés. Aussi les quinze essais que nous connais- 
sons de lui sont-ils assez peu intéressants. Dans la plupart l'eau-forte 
a trop mordu ou pas assez mordu. Ces essais n'étaient pas destinés à 
voir le jour, ils ont été cependant en partie édités (1). 



(1) Voici la description succincte de ces essais. Ils ne sont pas numérotés. Nous renvoyons aux pré- 
liminaires de notre catalogue de l'Œuvre lithographique pour l'explication des abréviations dont nous 
nous servons ici. 

N° 1 . Vieillard assis appuyé contre un tronc d'arbre ; il tient entre ses jambes un bâton. A gauche , 
dans le fond, un chasseur et son chien. Au bas, à gauche , la signature de Charlet. P. m. en h., sans 
effet, l'eau-forte ayant a peine mordu. 

N° 2. Un vieillard la figure riante tient un cheval par son licol et le conduit vers un abreuvoir. Sur 
le cheval, un tout petit enfant, un fouet a la main. A gauche, au bas : Charlet, 1828. P. m. en h. 

N° 3. Le même sujet que le précédent. Ici le vieillard qui conduit le cheval a un bonnet de police , 
un panier au bras droit et des bottes a retroussis aux jambes. Le nom de Charlet au bas, au milieu. 
P. m. en h. 

N 08 4 et 5. Deux sujets sur la même feuille : 

1° Encore le même sujet que celui des n os 2 et 3. L'homme qui tient le cheval est coiffé d'un cha- 
peau rond et vu par le dos. L'eau-forte a peu mordu. Le nom de Charlet au bas, à gauche. P. m. en h 

2° Homme assis sur un banc de pierre. Il est coiffé d'un chapeau rond et tient dans sa main droite 
un bâton. L'eau-forte n'a pas beaucoup plus mordu que dans la précédente. Cette pièce ne porte point 
le nom de Charlet. P. p. en h. 

N e 6. Un vieux pauvre est assis sur une chaise devant une table ; un veillard a droite lui offre ii 
boire. Dans le fond, deux autres figures. 

L'effet de cette pièce est assez bon. Au bas, a gauche, le nom de Charlet. P. m. en h. 

N° 7. Invalide en faction appuyé sur une pique qu'il tient des deux mains. A gauche , près de lui , 
un enfant sa casquette à la main. Dans le fond, des Invalides tirent le canon. A gauche , au bas, on 
lit: Charlet, 1828. P. p. en h. 



SA YIE. — SES LETTRES. Al 

Au milieu de ces travaux, la vie de Gharlet se partageait entre sa 
famille et ses amis : s'il acceptait de ces derniers avec plaisir quel- 
ques invitations à la ville , à la campagne , il aimait aussi à les réunir 
à sa table de famille , sobrement et toujours honorablement servie. 
Ce qu'il préférait par-dessus tout , c'étaient les occasions de faire 
quelques bonnes études. 

M. Parguez, caissier de la caisse de Poissy, un des meilleurs 
hommes et des plus honorables collecteurs qui se puissent rencon- 
trer, proposait à Gharlet de le mener un jour au marché de Poissy. 

« Je suis en ce moment sous l'influence de quelque mauvais 
génie, répondait Charlet] encore impossibilité d'accepter voire 
aimable invitation. Je pars pour la Normandie jeudi matin , et 
mercredi est consacré a aller voir... ma femme à la campagne. 
Diable soit... de la Normandie ! 

(( Enfin, j'aurai l'honneur de vous voir a mon retour, et 
si vous êtes toujours dans les mêmes dispositions, nous termi- 
nerons celte affaire qui ne coûtera ni larmes ni sang a la 
France , mais qui pourra bien faire rire quelques amateurs. 
PAUVRES BOUCHERS! 

Tout à vous en toute occasion pour le reparage et le recalage. 

Paris, 9 juillet 1829. 



N° 8. Vieux Garde-chasse marchant vers la droite, le fusil sous le bras. Il a un brûle-gueule à la 
bouche, et son chien court devant lui. 

Jolie pièce sans signature. Haut, du garde-chasse, 160 """. 

N° 9. Plusieurs personnages autour d'une barrique sur laquelle est un pot. Au premier plan, à 
gauche, un enfant debout, la pipe à la bouche ; h droite, un homme en blouse assis. P. p. en h., sans 
signature et très- confuse , l'eau-forte ayant trop mordu. 

N° 10. Feuille de croquis en largeur. A gauche, deux enfants se dirigent vers une école de dessin. 
Au dessous Napoléon, et à côté Louis XVIII vu par le dos. A droite, le nom de Charlet. 

N° 11. Feuille de croquis et de griffonnements en travers, contenant une douzaine de sujets. Le 
principal est h gauche entouré d'un trait carré. C'est un vieillard assis sur un banc , dans la cam- 
pagne. Sans signature. 

N° 12. Autre feuille de croquis en travers , sans signature. A gauche , un enfant assis au pied d'un 
grand arbre. A droite , six sujets différents , dont un enfant faisant danser un singe déguisé en mar- 
quis. Haut, de l'enfant, C0 """. 

N° 13. Griffonnements en travers. Six sujets peu apparents, l'eau-forte ayant peu mordu. Au haut, 
au milieu de l'estampe, Louis XVIII vu par le dos. 

On lit le nom de Charlet vers la droite, au bas. 

Nota. Les deux pièces qui suivent ont été faites plusieurs années après celles que nous venons de 
désigner. 

N° 14, Petit paysage en travers encadré d'un trait carré. Vers le milieu de l'estampe , entre deux 
grands arbres , une vieille femme de face , précédée d'un chien. A gauche , un enfant grimpé sur un 
cheval. Sans signature. 165 mm sur 100 mra . 

N° 15. Étude de la partie supérieure d'un orme. H. totale, 280 "'"'. 

Pièce sans aucune indication. 



48 PREMIÈRE PARTIE. 

M. de Rigny, après sa sortie de la garde royale, ayant pris le 
commandement d'un régiment de hussards, n'habitait plus Paris fort 
heureusement. Nous disons heureusement, car son absence a provo- 
qué une correspondance dont nous allons faire notre profit. 



11 ou 12 août 1829. 

A M. de Rigny , commandant les hussards de la Meurthe , 
à Vendôme. 

« Colonel , 

« Je ne pensais pas a vous écrire , mais j'y suis forcé par la 
visite du pauvre VOISIN (1) ; ce malheureux doit entrer dans 
un pensionnat comme maître d'études , mais il est effrayé d'être 
obligé de faire lire l'A, B, G a trente marmots de quatre a sept 
ans. Cette besogne n'est guère de son goût; aussi dans son 
infortune il se tourne vers vous, et vous prie d'épouser de 
suite une femme très-riche qui vous apporterait des bois dont 
il serait le garde , et déjà un chevreuil m'est promis en recon- 
naissance de l'intérêt que je prends a sa triste position. 11 
ajoute que vous devez profiter de votre activité pour vous ma- 
rier , parce qu'il n'est pas une jolie femme riche qui n'aspire a 
votre main et ne soit glorieuse de captiver un colonel de hus- 
sards, jeune, galant et brave, Français enfin ! car c'est tout 
dire ; et sous ce rapport vous réunissez plus qu'il ne faut pour 
tourner les têtes de Vendôme. Ainsi mariez-vous pour ce pauvre 
Voisin qui vous est vraiment attaché. 

Je ne vous donne pas de nouvelles de vos amis ; le petit 
nombre de ceux qui méritent ce titre sont a la campagne. 
Quant a moi, je ne crois pas pouvoir encore me donner cette 
qualité, car je n'ai rien fait qui puisse vous le prouver. Je me 
classe donc dans les connaissances singulières; mais lorsque 
vous serez renvoyé dans vos foyers sans pension et sous la 
surveillance de la police , je me mettrai sur les rangs. 

(\) Ancien maréchal des logis du colonel de Rigny. 



SA VIE. — SES LETTRES. 49 

« Je lais toujours des affaires avec Schroth (1) ; je suis con- 
tent de lui , il doit l'être aussi de moi. 

<( Je n'ai pas vu LOUIS (2) depuis votre départ; il m'avait 
pourtant engagé à venir passer quelques jours avec lui a la cam- 
pagne; mais tel bon accueil et festoyement que j'y reçoive, ça 
m'étouffe toujours au deuxième jour. Je vous préfère encore, 
malgré vos omelettes; aussi je n'en mange pas sans pensera 
vous, quand elles sont aux fines herbes. 

« Je ne vous donne pas de nouvelles de Paris ; les hommes 
deviennent si dégoûtants que bientôt les boueurs refuseront de 
se charger avec les immondices de la ville. 

« Portez- vous bien , répondez-moi si vous voulez. 

<( Je vous salue amicalement. 

I ClIARLET. 1> 



A M. de Rigny, colonel, à Épïnal. 

Mm 1828. 

« Philosophe commode à la portée de chacun , je ne puis aller 
à Épinal par la raison que ma femme n'est point partie , que j'ai 
consulté Dupuytren , et qu'il ordonne les eaux de Néris. Je m'oc- 
cupe donc d'organiser son voyage; je vais la diriger sur Mou- 
lins, et je me suis permis d'écrire a votre frère (3) que je 
comptais sur lui pour la recevoir et lui donner tous les rensei- 
gnements nécessaires pour n'être pas ébréchée toute vive. Il 
lui sera facile de la recommander à son percepteur de Néris, 
qui S'EMPRESSERA de lui servir de cicérone. Ce brave em- 
ployé sera si heureux de faire quelque chose pour son receveur 
général en chef! 

« Moi , je me trouve pris par les marchands et forcé de rester 
à Paris. Vos Joueurs jouent tranquillement dans un des coins de 



(i) Schroth, le premier qui ait tenu boutique de dessins modernes, avait t'ait avec Charlet cet 
arrangement : Il l'avait logé , meublé, rue de Sèvres, et lui donnait tant par mois. Notre artiste devait 
a son tour l'entretenir de dessins, sauf h régler plus tard. Une pareil'? association ne pouvait et ne 
• levait pas durer longtemps ; aussi fut-elle bientôt rompue. 

(2) C'est ainsi et sans plus de façon que Charlet appelle le ministre des finances, oncle de M. de 
Rigny. Le baron Louis était plein de bontés pour Charlet. 

(3) Alors receveur général a Moulins, 

4 



50 PREMIÈRE PARTIE. 

mon atelier , et votre vieux Cavalier est toujours en faction (1), 
du reste , ils sont en parfaite santé et me chargent de mille 
choses honnêtes pour vous, sans oublier ces dames. 

« Votre vin ÉTAIT excellent, et ma reconnaissance lui survit 
dans l'espérance que vous la soutiendrez encore, autrement je 
ne pourrais répondre de rien. 

« A propos de reconnaissance, n'ai-je pas été reconnu hier 
par M. le comte de ***, ancien préfet, maintenant dans les di- 
gnités au ministère de l'intérieur ! Il a une tête de pestiféré , 
c'est la seule chose qui m'ait fait plaisir dans cette rencontre. 
Dieu, quelle belle couleur! des tons a la Géricault; c'est un 
échappé de la Méduse! Il m'a paru fort brave et fort digne 
homme ; mais je crains bien que les Arts ne soient pour lui les 
affaires étrangères (il est directeur général des Arts.) 

« Vous avez été échiné, me dites-vous; tant pis, mais qu'est- 
ce que cela fait? Avec des fruits, du lait et du pain bis, quand 
on a bien servi sa patrie , on peut trouver le bonheur près de 
ce qu'on aime ; sous le chaume hospitalier du vertueux pasteur 
d'Unterwald. 

Si j'ai servi mon ingrate patrie, 

Si pour elle j'ai prodigué mon sang, 

Maintenant auprès de mon amie 

Je dépose mes honneurs et mon rang. 

En cultivant une terre incertaine , 

Je dois m'attendre à ses nobles bienfaits : 

Le doux murmure des eaux de la fontaine 

Répétera : c'est un digne Français. 

Résumons-nous : 

« Je ne puis aller vous voir; je vous souhaite bien du cou- 
rage et de la philosophie , il en faut dans le civil comme dans le 
militaire: j'en sais quelque chose depuis quinze mois. Allons, 
bonjour et bonne santé. 

*< Gharlet. » 

(4) Deux tableaux a l'huile destinés à M. de Rigny. 



SA VIE. — SES LETTRES. 51 

« P. S. J ai donné soixante francs à ce brave Gérard , qui fait 
de grands progrès. C'est un gentil garçon : il vous regarde comme 
un Mécène. Soixante francs pour un pauvre diable de paysagiste , 
c'est une forêt d'argent ! 



A M. deRigny, colonel, à Êpinal. 



itfuin 1828. 

« J'ai reçu votre agréable billet et votre excellent vin ; comptez 
sur une reconnaissance égale au nombre de bouteilles. Vous me 
demandez vos Joueurs , Vieillard et Cavalier , j'en ai le plus grand 
soin , et j'attends votre présence a Paris pour nous entendre sur 
les moyens d'en finir. 

« Ma femme va partir pour la Normandie ; elle est toujours 
dans le même état , faiblesse extrême et vives douleurs. J'ai 
fait une consultation: Roux, Antomarchi et autres assassins 
brevetés ont dit que la mer, la campagne et le MOUVEMENT 
pourraient seuls déterminer un MOUVEMENT en mieux. Mes 
enfants sont crânes. Ma mère est avec moi; elle est très-charge, 
ma mère ; c'est juste la mère Gérard-Dow . 

« Brocantez-vous toujours sur les vieux tableaux ? et la bonne 
ville d'Épinal contient-elle quelques amateurs? 

« Je pense bien que la société y est très-agréable ; vous 
avez, je crois, préfet, maire, commandant de place, juges, 
commandant de gendarmerie , capitaine du génie , ce qui ne 
laisse pas que de former ordinairement un cercle curieux pour 
le philosophe observateur. 

« PENNOTIER a déserté mon atelier , parce que je lui ai dit 
qu'il était venu au monde pendant que les cornichons étaient 
en fleur, ce qui avait singulièrement influé sur ses destinées. 
Je ne l'ai pas revu, ça me prive, j'en cherche un autre. 

« Adieu, brave comme tous les braves, qui sont braves, 
s'entend. 

« Charlet. v 



Enfin les Joueurs, le Vieux Cavalier, ces tableaux sous les scellés 



52 PREMIÈRE PARTIE. 

apposés. . . par la paresse , sont arrivés à bonne fin , et ont été expé- 
diés au colonel , à Épinal. 

Charlet y joint cette lettre pleine de verve et de gaieté : 



A M. de Rigny , colonel , à Épinal. 

Août 1828. 

« Oui, mon chef, et tellement mon chef que vous avez le droit 
d'augmenter ma paye; et vive mon chef, je ne connais que mon 
chef; oui , vive mon chef! ! 

« Je vous dirai que je vais partir pour la campagne du 15 
au 20; que je suis en train de réunir mes petits fonds afin 
de vivre au milieu de mes galettes tranquillement pendant la 
belle saison; je me fais une petite pelote; augmentez-la donc, 
colonel incomparable , colonel vaillant , parce que tous les colo- 
nels sont vaillants; colonel intègre, parce que c'est rare et qu'il 
y a un vrai mérite... Moi je place la probité au-dessus de toutes 
les vertus possibles; ensuite vient l'amour des arts, parce qu'on 
n'est ni bon père, ni bon époux, ni bon fils, si l'on n'aime les 
beaux arts ou quelques sciences (je préfère celui qui a la pas- 
sion des beaux arts , parce que les sciences rentrent encore dans 
les machines, et en fait de machines, il y en a toujours assez. 
N'avons-nous pas la machine de Marly, puis les machines poli- 
tiques que vous savez!). Vous me dites: mais Paillasse, mon 
ami , tu me tires une carotte , et tu as l'air de me dire qu'il te 
manque encore un sou pour exécuter le saut de carpe et le tour 
du chandelier, ah! je comprends! ! 

« Oui , colonel , je n'attends plus que vous pour la dernière et 
brillante représentation que je vais donner avant mon départ de 
Paris. Si vous m'envoyez trop , je ferai dire des prières pour 
vous ; je suis raisonnable et serai toujours content. En tout cas , 
nous avons une ressource : la marchandise que je vous ai livrée est 
solide et résiste au temps , et dans cent ans vous pourrez me 
la rendre, et je m'engage a vous donner du bénéfice. 

« Adieu donc, brave et digne citoyen, portez-vous bien et 
moi aussi, car la santé est un meuble que j'appelle nécessaire, 
pour ne pas dire commode. 



SA VIE. — SES LETTRES. 53 

« Dites a ces dames que je leur présente mes respects et que 
je les prie de me pardonner mes cascades passées , présentes et . 
à venir en faveur du Jubilé. 

« Voila, colonel, comme on écrit aux gens à qui l'on veut 
tirer une carotte, et je crois m'en acquitter a la salisfaclion 
générale; c'est ce qu'on appelle carotte supérieure, civile et a 
racines carrées. 

« Adieu (encore une fois)*, et croyez-moi toujours avec une 
considération vraiment bien singulière et des sentiments origi- 
naux premières épreuves avant la lettre. 

« Gharlet. » 



XVII 



Arrivons à la révolution de Juillet , à laquelle Gharlet aurait con- 
tribué , dit-on, tout autant avec ses crayons que Béranger avec, ses 
chansons. Un critique ajoute: « Gharlet a sa part dans l'histoire poli- 
tique aussi bien que dans l'histoire de Fart. » 

Disons donc quelques mots de Charlet politique , puisque nous y 
sommes obligés pour compléter notre étude. 

Rappelons , avant tout, que Charlet est fils d'un dragon de la Ré- 
publique, qu'une mère enthousiaste Ta bercé du récit héroïque de 
ces héroïques soldats qui honoraient le nom français au dehors, 
pendant que les proscripteurs le déshonoraient au dedans. Toute 
cette gloire s'est personnifiée pour Charlet dans l'Empire, et pour lui 
l'Empire, c'est l'Empereur. C'est là son idole, et qu'il reviendra adorer 
lors de ses déceptions politiques. 

Mais, comme tant d'autres, il s'était trompé , croyant que Napo- 
léon avait été un de ces météores qui inondent la terre entière de leur 
splendide lumière, mais qui disparaissent, ne laissant aucune trace 
après eux. 

Ces réserves laites , entrons dans la politique de Charlet pendant 
la Restauration et sous le gouvernement de Louis-Philippe. 

Et d'abord, Charlet est caustique, il est de l'opposition. « Sous 
Louis XIV, m'écrivait-il (9 juillet 1844), comme sous la République , 
j'aurais été un bon Français; et cependant les flatteurs du grand roi, 
comme les flatteurs de ce bon M. de Robespierre, de guillotineuse 
mémoire, ne m'auraient pas trouvé de leur goût, parce que j'ai le 



f>4 PREMIÈRE PARTIE. 

défaut de la causticité , défaut qui me fait bien du tort dans l'esprit 
du père Système... etc. etc. » 

Charlet sera donc de l'opposition sous la Restauration ; mais cette 
opposition ne doit pas être confondue avec celle de cette époque , 
opposition étroite, égoïste, personnelle, toute passionnée qu'elle 
voulût paraître pour des intérêts de gloire et de liberté. 

Cette opposition, dont son œuvre lithographique et quelquefois 
ses dessins donnent les preuves , est faite sans fiel , sans haine , est 
bien innocente , si Ton peut s'exprimer ainsi. Charlet rit , plaisante ; 
il ridiculise ce qu'on appelait alors le voltigeur, auquel il oppose le 
héros de ce temps qu'on nommait libéral: et même ces débauches de 
son esprit durent peu; notre artiste revient immédiatement à ses 
idées douces, gaies, morales, philosophiques; c'est là qu'on le re- 
trouve tout entier. 

Hâtons-nous d'ajouter que Charlet est homme de vérité avant tout , 
et que, croyant voir dans les tendances de la Restauration la déca- 
dence de l'honneur militaire , il est dans l'opposition avec son cœur 
et son esprit, mais sans calcul, comme sans arrière-pensée. En effet, 
il se trouve à Bayonne, en 1823, au moment de la guerre d'Es- 
pagne. Là , seul , hors l'influence d'amis presque tous dans les idées 
étroites de cet étroit libéralisme d'alors , il voit défiler devant lui une 
armée française bien disciplinée, bien commandée, animée du feu 
sacré... Il oublie ses précédents, et s'associe à l'enthousiasme de ce 
moment, presque général en France. Car, lorsqu'il s'agit de l'armée, 
Charlet ne voit plus que le drapeau ; son âme tout entière est là , et 
il écraserait de son sarcasme et de son mépris celui qui ne ferait pas 
des vœux pour la gloire de nos armes (1). 

« Vous ne pouvez vous figurer l'air de gaieté des troupes qui 
passent (2), écrit Charlet, et l'union qui règne parmi les offi- 
ciers. Officiers et soldais brûlent de se mesurer avec ces scélé- 
rats de descamisados dont on lue et prend un grand nombre. Je 
n'ai encore pu en voir; mais d'après ce que disent les malades 
qui reviennent, ces banderoles ne se défendent pas et fuient à 
l'aspect de nos soldats. » 

Et pendant assez longtemps , aucun dessin de Charlet n'aura de 
couleur politique. 



(1) Serrons-nous pour emboîter la patrie, qui ne s'importe guère quelle fut notre cocarde.. | I ie de 
Valentin, n" 940 du Catalogue .) 

(2) Bayonne, 28 août 1823. 



SA VIE. — SES LETTHES. S 5 

Dans tous les cas, si Charlet a contribué à l'établissement de 
Juillet , il lui a fait une rude guerre depuis , et devant laquelle ses 
hostilités contre la Restauration ne sont plus que de légères escar- 
mouches. Nous nous abstiendrons d'en donner trop de preuves dans 
notre correspondance; Fœuvre lithographique est plus que suffisant 
pour cela. 

Un dernier mot sur la politique de Charlet. Elle prenait sa source 
dans le patriotisme le plus ardent; ne lui demandons pas un principe 
absolu auquel sa nature si impressionnable ne lui permet pas de 
s'attacher, surtout au milieu de l'anarchie des partis. Chez lui la 
politique pouvait se résumer en ces trois mots : force , intelligence, 
droiture. 

Mais toutefois cette politique, il faut bien le dire, et ceci s'ap- 
plique à d'autres qu'à Charlet , était plus généreuse qu'exécutable ; et 
pour n'en donner qu'un exemple, disons son irritation contre les 
traités de Vienne. Elle éclate dans ses croquis politiques: « Si j'a- 
vais signé les traités de 1815, je me couperais le poing! ait un vieux 
sergent (1)... » Et cependant le premier acte de tous les gouverne- 
ments qui se sont succédé depuis la Restauration, n'a-t-il pas été 
la reconnaissance de ces mêmes traités ? 

Ne confondons pas Charlet avec ces hommes qui depuis si long- 
temps, et avec un enthousiasme toujours croissant, s'écrient: vivent 
les institutions qui assureront mon avenir (2) , foulant aux pieds leurs 
principes de la veille , quand ils ont pris bonne part dans la curée du 
lendemain. 



XVIII 



La révolution de Juillet faisait donc de Charlet un personnage 
politique. Aussi fut-il recherché, choyé, gâté, absorbé par les prin- 
cipaux coryphées de ce grave événement. Nous tenons de Dittmer, 
alors secrétaire intime de Casimir Périer, que Charlet s'étant présenté 
à l'hôtel du premier ministre et ne l'ayant pas trouvé , ce dernier, à 
son retour, — tout puissant et tout préoccupé qu'il était alors — 
témoignait son déplaisir de n'avoir pas vu notre joyeux artiste, et 
insistait pour qu'il revint bientôt. 

Cependant Charlet., au milieu de ces empressements , voulait con- 



(!) Catalog., 97' 

(i) Catalog., 8-2: 



56 PREMIÈRE PARTIE. 

server son indépendance et cette libellé dans sa vie, si nécessaires à 
la nature de son talent. 

Recherché particulièrement par un haut personnage de cette épo- 
que , il avait été présenté à Madame , et cette dernière , pensant 
qu'elle pouvait amuser sa société avec notre artiste, l'avait invité à 
venir passer huit jours à la campagne en compagnie d'un assez grand 
nombre d'autres amis. 

Il n'en fallait pas tant pour effaroucher Charlet, et voici en quels 
termes il me racontait son voyage : 

« Je me levais de très-bonne heure et je chassais. Au déjeuner je 
mangeais de bon appétit, et après une petite promenade solitaire, 
j'allais me coucher. Je me relevais tard, et me promenais de nouveau 
pour pouvoir faire honneur au diner. Je dévorais à ce repas, et 
comme il se prolongeait, je me levais de table pour aller immédiate- 
ment me coucher. Je n'ai pas besoin de vous dire que, matin et soir, 
je ne desserrais les dents que pour manger. 

« Un jour cependant qu'on avait réuni plus de monde qu'à l'ordi- 
naire, et de très-belles dames, on mit à jour une petite conspiration 
ourdie contre moi. A la sortie de table, et au moment où je cherchais 
à disparaître, ces dames m'appellent... Monsieur Charlet..., Mon- 
sieur Gharlet..., venez donc nous mettre d'accord...; et une petite 
duchesse continue, me disant de sa voix flûtée... : Dites-nous donc , 
monsieur Charlet , la vertu que vous préférez dans une femme. — 
Moi , Madame... « je juge d'une femme par la qualité de son bouil- 
lon... » Et faisant un demi-tour sur la jambe gauche, je me donnai 
un air Louis XV. — Eh bien?... lui demandais-je. — « Oh! il y 
eut un grand mouvement parmi ces dames, et la petite duchesse 
disait à sa voisine : C'est une canaille! » 

Ceci ne rappelle-t-il pas la réponse de Napoléon à M me de Staël 
lui demandant quelle était la femme qu'il estimait le plus ? — Celle 
qui a fait le plus d'enfants, répondait le grand général. 

Charlet a eu en mémoire cette anecdote dans sa vie de Valen- 
tin (1). 

Disons maintenant et sérieusement que l'influence de Charlet au- 
près des hommes du pouvoir après 1830, lorsqu'elle s'exerça, fut 
toujours mise au service de personnes dignes d'être recommandées , 
et pour leur faire obtenir quelques petits emplois, quelques modestes 
pensions. Il fit décorer son ami Bellangé , une des bonnes actions de 
ma vie , dit-il dans une de ses lettres. Il est curieux de voir Chariot 

(!) Camion ., 948. 



SA VIE. — SES LETTRES. 57 

demander à cette époque la croix pour Decamps , dont les opinions 
étaient alors en contradiction flagrante avec les siennes. Il est bien 
plus curieux encore de voir Fancien petit élève de Gros jeter sur le 
tapis la croix de commandeur pour son illustre maître. 

Quant à lui, nommé chevalier de la Légion d'honneur, le 27 
avril 1831, non comme artiste, mais pour ses services dans la garde 
nationale, car il reçut la croix des mains du comte de Lobau, il 
bornait ses prétentions à demander un logement dans le palais de 
l'Institut, vacant alors par la mort récente du peintre Lethière. 
Voici la lettre qu'il écrivait à ce sujet. 



Chartet, peintre, à M. Vitet, homme de lettres. 

« Monsieur , 

« Je suis un vil intrigant, un homme qui ne peut ouvrir les 
ailes de son ambition démesurée, faute d'espace, comme ce 
pauvre fou d'ESGOUSSE, qui s'était iiguré devoir se détruire 
parce que la terre ne pouvait contenir son génie ; seulement , 
moi , je n'ai pas envie de me détruire, bien au contraire. Doué 
d'une bonne organisation et d'un caractère anti-cholérique, je 
fais et ferai toujours mon possible pour atteindre un numéro 
assez élevé pour être longtemps encore en dehors des contin- 
gents de l'autre monde. Mais voici le sujet de mon insatiable 
ambition. 

« Notre pauvre Lethière vient de mourir et de laisser un 
logement vacant au palais des Beaux-Arts ; je demande ce loge- 
ment pour moi et ma bonne petite famille. M. d'Argout (1) est 
malade ; je ne puis donc le tourmenter de cette réclamation ; 
mais encore faut-il que je prenne l'avance ; car malgré toutes 
ses bonnes intentions pour moi , j'arrive toujours trop tard : 
la nappe est enlevée; on est désespéré; il n'y a plus rien a 
m'offrir. Moi, je suis philosophe ; je dis : c'est bien ; l'intention 
est réputée pour le fait ; j'ai le ventre creux , mais c'est égal ; 
j'ai ma sangle de consolation ; je serre d'un cran, et me relire. 



(I) Aloi 



58 PREMIÈRE PARTIE. 

<( Aujourd'hui je me présente avant que le couvert soit mis, 
mais j'ai tellement de chances qu'il pourra bien m'arriver de 
n'être pas au nombre des invités ; j'ai donc besoin de vous et 
de votre aide pour dire à M. d'Argout : 

« Monsieur le Ministre , 

« Un logement est vacant dans les bâtiments des Beaux-Arts ; 
Charlet le désire ; il m'a chargé particulièrement de vous faire 
cette demande, et j'ai a cœur de réussir, car je l'estime et 
veux lui être agréable. 

« 1° Parce que c'est ijn bon citoyen, sage et solide; un 
homme sur qui l'on peut compter et qu'il faut avoir dans les 
rangs de ses amis ; 

« 2° Parce qu'il n'a point de fortune ; qu'il a femme et en- 
fants et mère , qu'il sait faire vivre avec son industrie ; qu'il 
est fils d'un dragon de la République ; que son père ne lui a 
laissé pour toute fortune qu'une culotte de peau et une paire de 
bottes un peu fatiguées par les campagnes de Sambre-et-Meuse ; 
qu'il n'a pu acquérir ni rentes sur le grand-livre , ni propriétés 
foncières , avec le décompte de linge et chaussure a lui fait à 
litre d'héritage , et qui s'est monté a neuf francs soixante- 
quinze centimes ; 

« 3° M. de Rigny et M. Louis (\) désirent beaucoup que 
vous fassiez ce que je demande, moi, homme de lettres, pour 
un artiste a qui je dois être en aide. C'est une chose que vous 
ne refuserez pas, attendu que le logement en question est dans 
la troisième cour de l'Institut, totalement isolé, totalement 
indépendant des bâtiments de messieurs les académiciens, et 
que vous ferez, monsieur le Ministre, une chose toute popu- 
laire , qui sera bien reçue des artistes et regardée comme de 
bonne justice, quoique beaucoup de ces messieurs soient au- 
jourd'hui des négociants peu remués et tourmentés de la fièvre 
des arts, mais fort ardents à la curée. 

v( Allons , monsieur le Ministre , que votre retour a la santé 
et aux affaires soit marqué par une bonne action ; cela porte 

(1) Alors minisires de la marine et fies finances. 



SA VIE. — SES LETTRES. 59 

bonheur. Signez, afin que je puisse dire a Charlel : c'est fait... 

« Enfin , monsieur Vitet , j'ai prié le papa Louis de me se- 
conder et de faire la demande à M. d'Argout ; mais il m'a été 
fait tant de promesses, on m'a répété tant de fois : « Mais, 
« mon brave, indiquez-nous ce que nous pouvons faire pour 
« vous , voyons ! » et de tout cet enthousiasme à mètre utile 
il est résulté si peu d'effets, que j'ai recours a vous avant que 
la nuée de corbeaux ne s'abatte sur la proie. 

« Je dois vous faire part dune dernière crainte, c'est qu'une 
dixième Muse. . . (je ne sais où diable on en déterre. . . des Muses. . . 
je ne vois que portraits de femme qui ont été la dixième Muse , 
et j'ai tellement de guignon , qu'une onzième est capable de 
s'être mise en route pour me faire casser le nez). Je dois donc 
craindre qu'une Muse quelconque n'ait fait sa demande en vers 
déchirants ; de ces vers où l'on peint sa malheureuse position 
avec des gants glacés , en rentrant d'une soirée où l'on a perdu 
deux cent cinquante francs à l'écarté. On fait pleurer d'augustes 
yeux, et rien ne peut se refuser au malheur... » 

Ici se terminait ce projet de demande que avons eu entre les 
mains ; la requête ne l'ut pas accueillie. Elle aurait dû l'être cepen- 
dant, ne fût-ce qu'à cause de la forme que Gharlet avait su lui 
donner. 

Quelques jours après, Charlet écrivait à M. de Rigny, promu au 
grade de général et commandant une brigade à Compiègne. 



Paris, mai 1832. 

« Notre canonnier est à Tours ; Poterlet (1 ) travaille et vous 
fait un sujet tiré des Puritains , ça va bien ; seulement , le nerf 
de la guerre, qui est le muscle principal de la paix , s'absente et 
laisse un certain vide dans un endroit peu fréquenté, il est vrai , 
et où l'on trouve plus de mie de pain que de quadruples... je 
veux parler de la bourse des artistes : Poterlet y est en baisse 
égale a celle des Gortès, mais c'est égal..., il a rêvé qu'un de 

(I) Poterie! avait son atelier auprès de celui de Charlet Artiste de talent , il ^si mort jeune 



60 PREMIÈRE PARTIE. 

ses oncles allait arriver d'Amérique, comme il est d'usage dans 
les comédies bien faites, et cela lui fait prendre patience. 

« Du reste, tout va bien, nous comptons vingt mille 
morts (1) ; ça fait des malheureux de moins , des indigents de 
plus, beaucoup de misère et pas de profits; quant au patrio- 
tisme , au-dessous de zéro ; mais le dévouement de vos vieux 
amis est toujours monté entre les vers à soie et le Sénégal 
(REHÉAUMUR), ce qui nous donne cinquante-deux degrés de 
chaleur animale et le plaisir de pouvoir faire cuire des œufs au 
soleil de notre amitié. 

<r Plaisanterie et méchanceté a pari , il y a un logement va- 
cant aux Quatre-Nalions; mais M. d'Argout ne veut plus que 
l'on en donne, c'est un abus; il vaut mieux laisser les rats y 
former des rassemblements qui rongeront et détruiront le 
pouvoir. Notre ami LOUIS doit demander ce logement pour 
moi a M. d'Argout, qui le donnera a un autre , parce qu'il est 
d'usage de ne rien obtenir quand on a des ministres dans sa 
manche , ce qui me fait penser qu'il vaudrait mieux en avoir 
ailleurs, parce que leur position critique leur ferait faire 
quelque chose en notre faveur pour se soustraire a un cas 
inévitable. Je continue mes cours de philosophie élémentaire et 
alimentaire ; l'esprit en profite et le corps s'en nourrit; ou bien 
le corps en profite et l'esprit s'en nourrit ; le moral se soutient, 
le physique fait son chemin, cl j'en rends grâces a la nature. 

« Mon fils commence a dire PAPA DINDON ; il aura de l'es- 
prit et de la justesse dans les idées , ce qui ne lui ouvrira pas la 
porte des honneurs et de la fortune par le temps qui court ; 
mais s'il a l'esprit de l'état qu'il embrassera, il en saura beau- 
coup plus que les grands hommes qui se sont chargés d'élargir 
le foyer des connaissances et de l'émancipation intellectuelle ; 
attendu que s'il donnait dans celle dernière route, je lui con- 
seillerais de se faire saint-simonien ou pierrot aux Funambules , 
lui souhaitant très-particulièrement le talent de Debureau. 

« Toute la petite famille est en bonne santé , ainsi que les 
amis. Rilloux va, je crois, partir pour la Morée et fondre dans la 
Grèce; il est chargé de faire effectuer des rentrées de fonds ; il 
prétend que la Grèce doit. 



SA VIE. — SES LETTRES. 61 

« Enfin Dieu arrangera le tout pour que chacun ait sa 
récompense. Demandons-en bonne part ; lorsqu il s'agit de 
recevoir les bontés divines on ne risque rien d'en demander 
beaucoup... 

« Adieu , portez-vous bien et nous aussi, et bon voyage sur- 
tout (1). 

« CilARLET. i) 

Nous venons de faire connaissance avec Billoux , dont il est sou- 
vent question dans les lettres de Charlet, et qui se trouve plus 
souvent encore représenté avec son bandeau sur l'œil dans les dessins 
et les lithographies de son ami. 

Billoux était un gros, un très-gros bon garçon; ancien sous-lieu- 
tenant d'infanterie, il avait perdu son œil par suite d/une blessure. 
Depuis, et après avoir écrit dans quelques journaux royalistes, il 
était devenu sous-chef de bureau à la marine et capitaine de la garde 
nationale. 

Viveur, spirituel , bon convive , Billoux a été longtemps le satel- 
lite de Charlet, et personne plus que lui ne savait entretenir sa verve 
et sa bonne humeur. 

Nous disions que Billoux était très-gros : entrant dans un omnibus, 
il n'y trouve qu'un ivrogne endormi; celui-ci se réveille, aperçoit 
Billoux, et crie au conducteur : COMPLET ! ! 

Cependant Charlet fît encore quelques démarches pour obtenir le 
logement en question. 

« J'ai vu le marin (2) il y a deux jours (écrit-il à son frère) 
et mangé la soupe aux herbes avec lui ; j'ai fait de la haute 
politique qui l'a fait rire. On disait qu'il devait passer aux 
affaires étrangères et présider le conseil ; moi, je le voudrais ; 
mon logement alors serait enlevé de vive force. Il m'a promis 
de saisir au collet le chef des Arts et de lui faire signer mon 
affaire le pistolet sur le cœur ; tout cela veut dire que mon 
logement est encore en perspeclive. Pourtant je compte sur 
notre marin pour aborder le BATIMENT. 

« Vous connaissez maintenant la composition de la maison 

(1) Le général de Piigny était envoyé à Lille. 

(2) L'unirai de Rigny, ministre de la marine. 



62 PREMIERE PARTIE. 

du CHEF DE L'ÉTAT ; il y a de tout : des parleurs, des fai- 
seurs de vers et même des gens qui font de la prose en parlant ; 
je serais curieux de les voir en tenue. 

« Vous allez à Lille : quand vous y serez , vous m'écrirez si 
l'on peut y caserner un artiste. » 

Un peu plus tard Charlet ajoute : 

« Je ne demanderai rien à vos bons parents ; d'ailleurs mes 
dessins doublent de prix ; je suis content , et ils ne pourraient 
rien m'offrir qui valût mon extrême indépendance et ma fai- 
néante liberté. » 

Vers cette époque l'horizon politique semblait se rembrunir , et il 
devenait difficile d'éviter une guerre, au moins partielle, à l'issue des 
conférences de la quadruple alliance. . . . 

Charlet ne doute pas que son ami le général de Rigny n'obtienne 
un commandement , et il veut se mettre en mesure de faire son profit 
de la guerre. A cet effet il écrit au général , en ce moment en tournée 
de révision dans le département du Nord : 



Paris , 2 septembre 1832. 

« Mon général, 

« Il paraît que vous vous amusez singulièrement au milieu 
du bétail soumis à votre choix. Ça doit être drôle un conseil de 
révision , ou de recrutement ; quel joli bazar ça doit faire ! En- 
fin tirez vous-en du mieux que vous pourrez. 

« Il faut que je vous dise que , voulant absolument me reti- 
rer de ce qu'on appelle le monde , je me fais de petites éco- 
nomies pour avoir un cheval ; mais comme je suis peu versé 
dans ces sortes d'affaires , c'est vous que je vais mettre à la 
tête de mon entreprise, 

« Voici ce qu'il me faut guetter et me faire empletter au 
meilleur compte , et le meilleur possible. Je veux avoir un bon 
cheval à la Vandermeulen , alezan, bai, ou rouge, ou bleu, ou 
vert, à tous crins (j'y tiens), enfin un de ces bons chevaux de 



SA VIE. — SES LETTRES. O'J 

gendarme. Tâchez de me maquignonner cela de manière que 
j'aie le moins possible a payer. Je fais mes affaires et peux le 
nourrir facilement. 

« Vous me le ferez travailler ferme en attendant que je puisse 
aller vous voir et le ramener ; d'ici a ce temps je vais travailler 
au manège. 

« J'ai fait la revue de mon mobilier en fait d'amis ; j'en ai 
rayé un grand nombre, que j'ai portés sur la liste des connais- 
sances. Gomme on peut avoir la guerre , et que vous pouvez 
être appelé a certains commandements actifs , mon intention 
est de faire campagne avec vous. Je veux avoir un bon cheval , 
doux, fort et philosophe , sobre et de bonne société. 

« Je n'ai rien autre chose a vous dire, soignez mon affaire. 
« Tout à vous, de cœur. 

« Charlet. )) 



XIX 



Vers la fin de cette même année 1832, Charlet accompagna dans 
la campagne d'Anvers son ami le général , qui commandait une bri- 
gade de cavalerie. Il a laissé dans ses papiers quelques souvenirs de 
son séjour à l'armée. Tout incomplets qu'ils sont , nous regrettons 
de ne pouvoir (par diverses causes) les donner ici. Nous en détachons 
un seul épisode , que Charlet décrit avec son crayon au n° 809 de 
notre Catalogue. 

Ces fragments, sous forme de journal, sont écrits d'un seul jet, 
comme tout ce qu'écrivait Charlet; on y reconnaît cette droiture 
d'esprit qu'il apporte dans toutes ses appréciations et des choses et 
des hommes, et l'on doit croire que notre artiste eût été, le cas 
échéant, un excellent officier. 

Jeudi, 6 décembre. — De la Pipe-de- Tabac. 

« La carabinière me réveille... je n'y vois goutte... je 

cherche mes bottes... j'ai beaucoup de peine à sortir de la 
maison... je fais éveiller M. Dairoles, nous mangeons du pain 
et du beurre; le général (général Harlet) monte à cheval; 
nous voila partis... 



64 PREMIÈRE PARTIE. 

« L'oflicier d'ordonnance du général marche avec moi... les 
chemins sont exécrables... nous arrivons aux digues... Oh! le 
bel aspect, et comment l'artillerie a-t-elle fait? Rien n'est im- 
possible aux troupes françaises, et toujours delà gaieté... Mon 
guide est un bon garçon , et ce n'est que dans la troupe que 
l'on trouve cette fraternité... COCHONS DE BOURGEOIS DE 
PARIS, JE VOUS HAÏS, JE VOUS ÉGUEXÈCRE !... Mon 
guide me mène a tous les postes avancés; je découvre Anvers, 
la citadelle, je vois le bâtiment incendié... il brûle toujours... 
Ah ! que c'est beau , ces arbres qui se reflètent dans les pol- 
ders inondés; ces millions de canards qui me font envie.,, a 
la broche... Nous sommes dans la boue jusqu'au milieu des 
jambes. Mon sous-lieutenant m'aide à me tirer d'embarras... 
J'enfonce!... j'enfonce!... un bâton!... ah! me voilà sorti... 
On blague... Le sous-lieutenant enfonce à son tour... nous 
enfonçons... nous sommes enfoncés. Quelle canonnade : les 
boulets sifflent... un d'eux vient tomber dans l'eau; il a passé 
par-dessus la citadelle... Ma pauvre femme, si tu me voyais... 
quel déchet!... Il n'y a plus de femme... je m'expose... les ca- 
nards s'envolent... je m'assieds au banc de jonc des troupiers; 
on me respecte... j'ai une bonne tête... je m'acclimate. On me 
donne la goutte... je suis dans les joncs; les troupiers se 
débarbouillent, font la soupe, grattent les buffleteries. Les 
officiers ont des bonnets de laine ; c'est délicieux. Nous frater- 
nisons. La canonnade de l'escadrille hollandaise ronfle a notre 
gauche ; je n'y vais pas , attendu que les boulets des corvettes 
pourraient me casser la mâchoire, et j'en ai besoin pour le 
déjeûner que m'offre le sous -lieutenant. Allons déjeûner à la 
turne... vraie tume... La misère est grande. Je me repasse une 
chope de bière ; je tortille de la vache et mange du beurre 
salé... J'écris à ma femme; un fourrier se charge de ma lettre... 
la canonnade va toujours... Je reviens avec ma trique pour me 
recruter a Saint-Nicolas de tout ce qui m'est nécessaire pour 
m'établira la Pipe-de-Tabac... La carriole m'avait rejoint a 
Boveren... M. Dairoles est rayonnant; il rit... Ah! tant mieux; 
nous soupons ; le général est gai , sa migraine est passée... 



SA VIE. — SES LETTRES. (>:> 

Voici la lettre de Charlet à sa femme : 

« Ma chère amie, je t'écris ces quelques mots, quoique tu 
aies reçu de mes nouvelles il y a peu de jours. Je suis avec la 
division Sébasliani dans les polders de la tête de Flandre ; hier 
j'étais attendu chez le général pour déjeuner; je n'ai pu arri- 
ver, j'étais enfoncé dans la boue a près de deux pieds; les 
camarades du ll me léger m'ont tendu la perche ; service que j'ai 
rendu dix minutes après à un brave officier qui riait de ma 
misère. 

« Surtout ne te tourmente pas ; je ne puis retourner a 
Paris avant la fin de la pièce. Je suis a demi-portée de canon 
d'Anvers , au milieu dé canards sauvages ; mais défendu de les 
tirer. La canonnade roule admirablement , et je ne pense pas 
que la citadelle puisse tenir encore huit jours. 

« Je t'écris en ce moment du bivouac de la Pipe-de-Tabac; 
on y est bien , au frais , au milieu des roseaux et des gre- 
nouilles, s'il y en avait ; mais elles n'y peuvent vivre, le bouil- 
lon étant trop salé. Sitôt que je pourrai passer l'Escaut, je le 
ferai; mais j'attends un mouvement vigoureux sur la citadelle, 
qui nous crèverait la figure si nous voulions passer trop tôt. 

« On passe bien a BURCK; mais une fois de l'autre côté je 
ne saurais où fixer mon quartier-général , et me trouverais en 
rase campagne, offrant mes quilles aux boulets des assiégés, qui 
blessent du monde où ils n'ajustent pas : aussi la tranchée est* 
un abri où l'on peut vivre en toute sécurité. Les Hollandais 
ne savent pas jeter leurs bombes ; nos canonniers les retour- 
nent d'une drôle de façon : la lunette Saint-Laurent est déjà 
en matelotte , c'est très-amusant. Ne te fais pas, surtout, de 
tableaux effrayants et inquiétants ; sois aussi tranquille que 
moi. 

« J'AI DE BONS MATÉRIAUX, j'ai vu de bonnes choses 
que tout le monde ne peut pas voir. La Providence m'a donné 
une santé remarquable , et qui est en plein rapport en ce mo- 
ment. 

« Les bulletins qui parlent du prince (le duc d'Orléans) et 
de l'ouverture delà tranchée sont des plus ridicules, et font de 

5 



66 PREMIÈRE PARTIE. 

la mauvaise politique ; voici le fait : On est allé de nuit , comme 
de coutume , ouvrir la tranchée ; pas un coup de canon n'a été 
tiré. Le lendemain le colonel Auvray a porté la sommation , et 
le général Chassé a répondu que puisqu'on avait commencé 
les travaux, il allait commencer la défense. 

« Donc, il n'y a eu ni dangers, ni action, ni.... Tout ce 
qu'on débite fera plutôt du tort au prince, car on ne peut se 
figurer le mauvais effet de toutes ces blagues de salon aux yeux 
de l'armée... ça fait suer... il faut renoncer à ces niaiseries , 
ce n'est plus dans les mœurs de l'armée. 

« J'ai peu dépensé, mais je vais sans doute quitter le géné- 
ral. Ma foi tant mieux... toujours du général... toujours du 
général... je serai à l'ordinaire du sous- officier , ça me va, je 
suis libre. Si je veux manger, je mangerai; si je veux, je ne 
mangerai pas. Des patates, de la vache, c'est bon ; du beurre 
salé, délicieux... ; de la bierre, ça suffit... 

« J'ai besoin de cette vie frugale; le général est un vrai 
asiatique : nous vivions comme des pourceaux, mangeant toute 
la journée... 

« Je t'embrasse de tout mon cœur, ainsi que mon petit 
Toussaint. 

« Charlet. » 

J'ai de bons matériaux ( dit Gharlet à sa femme ) ; ces matériaux 
consistaient dans deux petits croquis : une vue de la Citadelle , et un 
officier hollandais. C'est avec ses souvenirs que Charlet a dessiné 
les trente et quelques croquis qui lui ont été inspirés par la campagne 
d'Anvers (1). 

Peu de jours après le retour de Charlet à Paris, et sachant qu'il 
allait commencer son œuvre, je lui écrivis; au milieu de mauvaises 
plaisanteries , je lui disais que je croyais le trop bien connaître pour 
avoir pu supposer que lui, philosophe, il pouvait se transformer en 
courtisan. 

Or Charlet , et c'est assez l'habitude des plaisants , n'aimait pas 
trop qu'on le payât de la même monnaie ; aussi me répondit-il : 

« Bon et excellent homme, mais vaincu, tout à fait vaincu , 

(1) Voyez le Catalogue. 



SA VIE. — SES LETTRES. 67 

aurez-vous assez d'indulgence pour excuser ma paresse a vous 
écrire ; j'avoue que je suis un profond gredin, un être immoral 
et digne de la colère de Dieu (car je crois en Dieu, vu que mon 
portier qui battait sa femme a été enlevé par le choléra). 

« Je fais de la lithographie, des croquis de marche, de 
campement, cuisines, etc.; ce sera Anvers, Rotterdam, ou 
Pékin ; je ne célèbre personne depuis que j'ai lu que l'ARCHE 
de triomphe de la barrière de l'ÉTOILE devait élever ses ar- 
ceaux pour laisser passer le géant de la gloire française (1), ce 
bon et innocent Ferdinand d'Angoulême, qui n'a jamais cassé 
une patte à une mouche , ni donné un soufflet à un han- 
neton (2). 

« Billoux est toujours le même ; il vient de m'exécuter d'une 
carotte de quatre-vingts francs; mais j'ai pu lui dire sa grande 
vérité et ne lui ai rien caché. Il prétend s'être liquidé envers 
vous en objets d'art; j'ai pris cela pour argent comptant. 

a Notre général est a Lille ; toujours le même , toujours; j'ai 
très-bien vécu a son quartier général... Ah! quelle guerre... 
quelle guerre ! ! ! 

a Poterlet vient de se faire carliste forcené : il prétend qu'il 
n'y a d'argent a gagner pour les jeunes artistes qu'avec les 
partisans de la monarchie aînée ; il prétend que la cadette nous 
fait la queue. 

« Tâchez donc de venir faire un tour a Paris. 

« Je ne vous en dis pas davantage ; je suis paresseux d'écri- 
ture. 

« Adieu , brave et digne homme ; vaincu , c'est vrai , mais 
toujours l'ami des arts et des gueux d'artistes. 

« Gharlet. )> 
Paris , il février 1331. 

Ce même jour Charlet répond au souvenir d'un officier du 25 me de 

(1) Victor Hugo avait dit après la campagne d'Espagne de 1823 : 

Dressez-vous jusqu'au ciel , portique de l'histoire , 
Que le géant de notre gloire 
Puisse passer sans se courber. 

(2) Charlet parlait en d'autres termes de ce prince , quand il parlait sérieusement. 



68 PREMIÈRE PARTIE. 

ligne , régiment au milieu duquel il avait passé quelques jours de 
bivouac à Wilrich. 



« Mon cher Monsieur Voirin , je vous remercie de votre bonne 
et amicale lettre ; je vous réponds a la course , je suis écrasé 
de travaux. Le sybaritisme ne fait que m'inspirer le regret de 
la soupe du bivouac, en me rappelant les bonnes journées que 
j'ai passées a votre camp. J'ai appris avec peine que vous n'a- 
viez été pour rien dans la nuée de récompenses et avancemenls 
bien ou mal donnés; peut-être votre droiture d'âme et votre 
franchise toute militaire sont-ils des obstacles ; car en ce 
monde , il faut pour faire son chemin être muni de force pas- 
tilles du sérail, de force dose d'encens , le tout infusé dans une 
grande quantité de mensonges , et assaisonné d'hypocrisie. 

« Rappelez-moi, je vous prie , au souvenir de tous vos cama- 
rades qui m'ont comblé de prévenances et d'égards. 

« A peine ai-je pu causer avec les deux officiers qui m'ont 
apporté votre lettre, je suis pris jusqu'au menton. 

Comme dans ses croquis, Charlet , dans le moindre de ses billets , 
revêt au moins une forme nouvelle à défaut d'une pensée originale. 
De là naît pour nous cet embarras , ou de supprimer des lettres qui 
seraient lues avec plaisir, ou d'étendre notre livre au delà des bornes 
que nous nous étions prescrites. 

A M. Pajol (1). 

Mors 1833. 

« Mon cher sous-lieutenant, 

« J'ai eu connaissance de votre aimable invitation hier au 
soir en rentrant; j'ai vu que vous étiez aux arrêts: c'est très- 
bien. Vous allez vide et roide, et la carrière des armes s'ouvre 
pour vous sous de très-heureux auspices. Vous devez bien pen- 



(i) Le comte PAJOL est aujourd'hui (1856) colonel d'état-major ; il est de plus, comme amateur, 
un artiste distingué. Il avait dessiné à l'atelier de Charlet- Celui-ci avait peint, en 1830, à l'huile et 
sur une toile de petite dimension, le portrait en pied et en uniforme du lieutenant général comte Pajol. 



SA VIE. — SES LETTRES. 69 

ser qu'un capitaine ne peut aller dîner avec un mauvais sujet 
de sous-lieutenant aux arrêts ; ce serait d'un trop mauvais 
exemple. 

« D'ailleurs, que peut -on espérer de trouver? un mauvais 
dîner, un mauvais gîte, et puis le mauvais exemple 

« Il faut qu'un garnement comme vous subisse sa peine avec 
toutes ses horreurs ; ainsi ne comptez sur moi que lorsque vous 
serez rentré dans le sentier de la vertu. 

« Amen! Ah! que ça me fait rire! 

« A demain , mon cher Pajol, les vingt-quatre heures d'arrêts 
seront terminées, et nous dînerons mieux dans un bon coin et 
en liberté. 

« Allons, patience, pauvre captif, pauvre victime de l'au- 
torité. 

« Amitiés. 

» Gharlet. » 

Vers cette époque (1833), Canon, dont nous avons déjà parlé 
et dont nous parlerons encore, était chez moi. Ayant écrit à son 
maître, je risquai de nouveau quelques plaisanteries. Voici la mon- 
naie de ma pièce. 



Au colonel de La Combe , à Tours. 

7 octobre 1S33. 

« Il n'y a donc pas un coin de cette maudite terre où un 
pauvre diable puisse se cacher et ronger sa croûte tranquille- 
ment. J'ai sans doute commis de grands crimes et offensé la 
Divinité, car je fais sur cette terre de larmes un purgatoire pro- 
visoire qui devra me compter, je l'espère, dans l'autre monde. 
Gomment! il faudra que je prenne une plume et de l'encre , et 
que je m'ennuie pendant une demi-heure a barbotter, bavarder 
et jeter sur une misérable feuille de deux liards des raisons qui 
ne valent pas deux sous : et tout cela pour répondre à un hon- 
nête homme qui a le cerveau détraqué , et qui m'assassine de 
lettres, rillettes et autres ingrédients ! Gomment! parce que j'ai 



70 * PREMIÈRE PARTIE. 

pour lui la plus haute estime (c 'est-a-dire pour sou cœur, car sa 
pauvre tête...), il faut que je lui écrive malgré moi, malgré le 
diable, dont j'arrose le rôti et tourne la broche depuis quarante 

ans; il faut que je lui écrive , ou sinon Eh bien, je vais lui 

écrire , mais c'est pour avoir des rillettes et des pruneaux ; 
je l'avoue, la gourmandise seule me soutient; puisse-l-elle 
me soutenir jusqu'au bas de l'autre page. Alléluia, alléluia, 
aaalleluillia. 

Pour des rillettes , 
Et caetera , 

De mauvaises lettres 
On écrira; 
Et puis je recevrai tout ça (les rillettes). 
Alléluia. 

Canon profite 

En vrai pacba, 

C'est la marmite 

Qui le rend gras; 
Mais à Paris le choléra 

L'empoignera. 
Alléluia... Alléluia. 



« Colonel, 

« Je n'ai pas le temps de vous écrire ; toute ma famille est 
en bonne santé; le travail donne, l'artiste regorge, enfin 
nous nous chauffons les talons a notre grand poêle, en ren- 
forcés juste milieu : car il faut vous l'avouer, le juste milieu 
fait des progrès effrayants. Thiers s'est emparé de moi , je suis 
son janissaire et son séïde; c'est l'homme de la jeune école et 
je le pousse, car je suis pour les jeunes gens , et mon ami Thiers 
a de bonnes et grandes idées. Vous devez par la penser que la 
soupe est soignée et que le bifteck ministériel fait son effet. 

« Je ne vous parlerai point politique, car au point de cor- 
ruption et de putréfaction où je suis arrivé , je ne sens rien et 
trouve tout pour le mieux , excepté mes bucoliques. 



SA VIE. — SES LETTRES. 71 

« Canon a fait des portraits. Sont-ils vivants? voila la grande 
question; c'est la où gît le grand HEIN de saint Joseph, je 
crois. 

« Vous vous proposez de m'envoyer des rillettes ; dam ! elles 
seront bien reçues; mais moi qui mange les faisans du pouvoir 
et les volailles du gouvernement, je ne leur ferai pas grande 
fête. A moi , des rillettes! moi qui ne vis que des boulettes du 
ministère et des brioches de mon bon roi ! 

Il faut que j'aille a l'atelier gratter la pierre; bien le bonjour, 
mes respects et amitiés, portez-vous bien et longtemps. 



Charlet. 



XX 



Charlet a dit précédemment qu'après avoir servi pendant plusieurs 
années cordialement, civiquement comme sergent-major dans la 
garde nationale, il était devenu, après 1830, capitaine d'une com- 
pagnie de grenadiers. 

Il avait compris et pris au sérieux ce commandement , car il pré- 
voyait les émeutes qui ne firent pas défaut , il faut l'avouer, à l'éta- 
blissement de Juillet. « Je vois, me disait-il à l'origine du nouveau 
gouvernement, que nous aurons de la peine à faire de bonne be- 
sogne; nous ne pourrons travailler que d'une main, ayant toujours 
à nous défendre de l'autre. » 

Dans ces émeutes, Charlet paya de sa personne et même de son 
esprit : il lui arriva en effet plusieurs fois de dissoudre des groupes 
qui pouvaient devenir séditieux , et cela par la popularité de sa p CA - 
sonne, et aussi par quelques paroles et gestes qui ont une si grande 
puissance sur le gamin de Paris. 

« Nous avons fait de l'ouvrage et triomphé sur toute la ligne 
(écrivait-il le 6 juillet 1832) ; je n'ai pas été tué. 

Le lendemain il adressait cette lettre à son colonel (10 e légion) : 

« J'ai remis a M. le commandant de bataillon la liste des 
grenadiers en état de faire l'exercice a feu au détail , car il sera 
prudent de commencer par la. 



72 TREM1ERE PARTIE. 

« Il serait bien a désirer que vous fissiez délivrer des car- 
touehes pour dimanche prochain: car si les bataillons voient les 
premières classes faire l'exercice a feu , nos deuxième et cin- 
quième classes se grossiront , et l'émulation s'ensuivra. 

« Je vous ferai observer, colonel, que jusqu'à ce jour on a 
ennuyé les hommes zélés et capables en leur faisant continuel- 
lement marquer le pas pour attendre les nonchalants ; et si nous 
voulons arriver a un résultat inconnu jusqu'à ce jour, il faut 
faire quelque chose pour ces braves gens ; c'est ainsi que nous 
mettrons le feu sous le ventre des indifférents. 

« Des cartouches, colonel, ou la mort bleu. 

« J'ai reçu votre bonne et agréable lettre, et me suis rendu 
à vos désirs, mon colonel ! Il faut que chacun fasse son devoir : 
je l'ai signifié aux officiers et sous-officiers qui sont venus me 
trouver; la grande majorité est excellente, mais je veux faire 
savoir a certaines personnes que si elles ne s'attèlent pas avec 
moi , comme le veulent les fonctions qu'elles ont acceptées , je 
lâche le timon, pose mes épaulettes, les mets dans l'obligation 

d'en faire autant, et me présente avec elles a la réélection 

Je crois, colonel, que c'est ainsi qu'il faut servir. Qui accepte 
des fonctions doit en subir les conséquences , et remplir reli- 
gieusement les obligations qu'il a contractées. 

<( J'aime ardemment la liberté, mais belle, sage et forte ; je 
ne la comprends pas courant les rues et couverte de boue : 
attendu qu'un peuple qui conserve quelque fierté et quelque 
morale ne peut s'attacher à une prostituée. Voila mes prin- 
cipes , et je saurais me faire tuer, s'il le fallait , a la tête de 
ma compagnie , pour m'opposer à la dégradation de ce que 
j'aime. 

« Charlet » 

Voilà certes une lettre honorable et qui prouve que Charlet savait 
être sérieux quand il le fallait. Cependant,, et comme toujours ^ sa 
gaieté prenait le dessus , et il la mettait souvent à profit dans ses 
ordres du jour à la compagnie. 

En voici un échantillon : 



SES LETTRES. 7.5 



« Messieurs et chers camarades , 

« Hors la bonne tenue, point de salut; on ne trouve le vrai 
bonheur que dans la bonne tenue. Un garde national bien tenu 
est un homme en qui j aurais pleine confiance ; c'est ordinai- 
rement un homme d'une société agréable ; le soin qu'il apporte 
à sa tenue , il le porte dans ses moindres actions : il est exact , 
de parole sûre, bon père, bon ami , bon époux, bon citoyen 
Il aime sa compagnie, il a confiance en son capitaine. 

« Je sais bien qu'il n'est pas de règle sans exception ; mais 
je puis assurer, d'après les observations nombreuses que m'a 
permis de faire ma longue expérience, que c'est parmi les 
gardes nationaux mal tenus que j'ai rencontré ces esprits tra- 
cassiers et malheureux, ces caractères bilieux toujours mécon- 
tents; ou de ces hommes esprits forts, ou capacités gigantes- 
ques , qui se croiraient compromis s'ils se présentaient en bonne 
tenue sous les armes, attendu qu'un génie profond doit toujours 
être malpropre. 

Croyez bien, Messieurs, et recevez-en l'assurance positive, 
ce n'est pas dans nos rangs que j'ai l'ail ces observations; non 
certes, je n'ai pu remarquer parmi vous que l'ensemble le plus 
parfait et le désir de faire de notre compagnie un modèle pour 
la légion 

(Suit la description des diverses tenues d'été). 

En 1834;, après les émeutes de cette époque , Gharlet fut nommé 
chef de bataillon. 

« Nous nous sommes couverts de gloire (dit-il le 30 avril). 
Je suis chef de bataillon ; ce qui me rapporte deux cents francs 
que je viens de dépenser, et beaucoup de temps a perdre. 

« Je viens de faire donner la croix a ce bon Bellangé , c'est 
une des bonnes œuvres de ma vie. J ai jeté sur le tapis la croix 
de commandeur pour Gros , mais il faudrait qu'elle fût flanquée 
de celle de Gérard ; il n'y a rien d'arrêté à cet égard. 

« Puis ma femme est grosse. »' 



74 



PREMIERE PARTIE. 



Cette situation de M me Gharlet ayant amené quelques malaises 
ordinaires , Charlet refuse en ces termes une invitation d'un de ses 
amis. 

« Mon cher ami , ma femme est tellement malade de sa gros- 
sesse qu'il faut que nous ajournions notre réunion chez vous. 

« Vous savez ce que c'est qu'une femme grosse: ma 
pauvre femme se fait une montagne insurmontable de son dé- 
placement. 

« Respectons la grosse S qui est peut-être une petite s d'es- 
prit. Le mois prochain les maux de cœur auront cessé et nous 
prendrons jour. 

« Bonjour el bonne amitié. 

« Charlet. » 



XXI 



Quelques difficultés qu'il rencontrât dans la peinture, Gharlet 
cependant ne se décourageait pas, et bien qu'il eût peine à mener un 
tableau à bonne fin, il ne laissait pas que d'en entreprendre souvent. 
Il attribuait principalement son manque d'adresse dans l'exécution , 
à ce que d'abord chez son maître Gros il avait fait peu d'études 
peintes d'après nature. Puis il était trop impatient d'arriver immé- 
diatement à un résultat , gâté qu'il était par l'habitude des procédés 
de la lithographie, de la sépiaet de l'aquarelle, qui lui permettaient 
de formuler promptement sa pensée et de la livrer au public. Sévère 
pour lui-même et dans sa peinture surtout, rien dans ses œuvres ne 
pouvait le satisfaire. 

« Un jour, nous racontait M. de Rigny , Gharlet tombait chez moi , 
alors que j'étais en garnison à Arras; c'était en 1821. Il avait ap- 
porté des toiles, dans l'intention d'attaque)^ l'huile, comme il le 
disait. Vraiment c'était chose admirable à voir que ces ébauches, où 
les têtes seules , quelque peu finies , étaient belles et touchantes de 
sentiment et de couleur. Je me souviens entr'autres d'un jeune sous- 
officier du génie mourant sur un grabat et soigné par une sœur hospi- 
talière ; Charlet en paraissait content , et me promit bien de terminer 
ce tableau. Quelques jours après, la diligence emportait notre ami 
vers Paris, el mon domestique trouvait sur son lit cette toile et plu- 



SA YIE. — SES LETTRES. 7«% 

sieurs autres crevées , massacrées , au point de ne pouvoir en réunir 
les lambeaux. Il le regretta plus tard, ne fût-ce, me disait-il, que 
comme souvenirs de certaines impressions; mais le mal était fait. » 

Charlet aurait infailliblement réussi dans les parties les plus élevées 
de l'art (il en a d'ailleurs donné la preuve dans son Épisode de la 
retraite de Russie) sans cette mobilité d'esprit, ou plutôt cette pro- 
digieuse facilité d'observation qui lui faisait tout saisir au vol et le 
tracer de même. Il avait le sentiment du beau à un suprême degré. 
Mais pour arriver à l'exécution , il lui aurait fallu dominer ses en- 
traînements, dompter sa nature, c'est-à-dire s'attacher pendant un 
certain temps à une même chose et forcer sa volonté à la pétrir... 
or c'était chose à peu près impossible que de maintenir Charlet dans 
cette voie. 

Aussi cette sévérité pour lui-même et son inconstance ordinaire lui 
faisaient-elles trop souvent abandonner une toile commencée. Ou, 
s'il se complaisait dans son sujet, il ne savait plus s'arrêter à propos 
et finissait par Véreinter. De là toutes ces toiles inachevées qui ont 
fait le fond de la vente après sa mort, en 1846; et ceux qui ont as- 
sisté à cette vente se rappellent ces cris d'admiration au passage d'un 
si grand nombre d'ébauches peintes. « C'est comme Géricault , » 
disait-on. Et en effet , parmi les peintres modernes , un bien petit 
nombre ont eu un pinceau aussi puissant que celui de Charlet. 

Il eût fallu à ce dernier un ami intelligent qui fût là, constam- 
ment près de lui , pour lui donner les encouragements dont il avait 
si grand besoin, pour le remonter, suivant l'expression d'atelier, et 
surtout pour arracher du chevalet un tableau venu à point , et qu'il 
perdait par le désir malencontreux de mieux faire. 

J'ai été assez heureux pour en sauver un de cette manière , tableau 
excellent , et qui seul suffirait pour prouver que Charlet savait très- 
bien peindre. 

Un jour nous fîmes dans son atelier, en son absence bien entendu , 
et avec notre ami M. de Rigny , une revue générale de toutes les 
toiles reléguées sur la planche au fur et à mesure qu'elles étaient 
abandonnées. Dans le nombre, je fus vivement impressionné d'une 
composition d'une assez grande dimension, et déjà fort avancée: c'é- 
tait une levée de bivouac. Dans le fond , ces plans lointains , cette 
immense étendue de terrain dont Charlet possède si bien le secret 
(même dans de simples lithographies) ; au milieu du tableau, mais 
à un plan éloigné, l'Empereur entouré de son état -major et de 
troupes à pied déjà en marche. A gauche, sur le premier plan, des 
cuirassiers délicieusement touchés, également en marche; la partie- 
droite de ce premier plan seulement sans indication. Après avoir 



76 PREMIÈRE PARTIE. 

longtemps admiré cette belle toile, nous la remîmes, comme les 
autres, mais non sans regret, à l'infirmerie. Quelques jours après, 
quel est mon étonnement de trouver Gharlet travaillant, à ce même 
tableau ! — Canon vous a-t-il dit quelque chose? lui demandai-je. — 
Non; j'ai fouillé dans mes vieilles toiles, je n'ai pas été trop mé- 
content de celle-ci, et la voilà reprise. — J'en avais rêvé, lui dis-je,- 
et vous allez donner de la réalité à mon rêve, en me réservant votre 
tableau. — Je le veux bien, dit Gharlet., et comme j'avais dessein de 
remplir ce vide à droite par de l'artillerie , puisque vous voulez mon 
tableau, je vous mettrai 'dedans , ajouta-t-il avec son air goguenard ; 
seulement fournissez-moi un modèle de canon. 

Le lendemain le modèle était à son atelier, et le tableau allait son 
train; il était à peu près achevé peu de jours après, et il avait tenu 
plus encore qu'il n'avait promis. 

Je fus donc un matin pour enlever mon tableau, et je trouvai 
Gharlet peignant un autre sujet. Après quelques mots échangés, il 
me regarde avec malice : — « Est-ce que vous pensez toujours au 
tableau? dit- il. — Mais j'y pense d'autant plus que je viens le 
prendre. — Ah! c'est qu'il est arrivé un petit accident.... voilà ce 
que c'est : avant hier, j'ai dîné à la campagne , et revenant le soir à 
pied, j'ai été saisi, transporté, enthousiasmé par un admirable cour 
cher de soleil; j'en ai rêvé toute la nuit. Le lendemain j'ai couru à 
mon atelier et me suis emparé de la première toile venue pour y 
transmettre mes souvenirs sublimes de la veille; je ne me suis aperçu 
que trop tard que c'était votre tableau.... soyez tranquille, du reste, 
le voici.... » et en même temps il me mettait sous les yeux un ciel 
abominable, et des empâtements d'ocre rouge recouvraient malheu- 
reusement et Napoléon, et son état-major, et les troupes en marche: 
les cuirassiers seuls avaient été épargnés. 

Ce tableau paraissant à la vente de Charlet, j'ai encouragé les ama- 
teurs à l'acheter, leur disant qu'il y avait sous cette peinture une 
excellente chose enfouie; le tableau m'est resté , c'était de droit. J'ai 
eu le chagrin , en faisant enlever ce détestable ciel , d'entrevoir encore 
une fois Napoléon et les troupes en marche ; puis , me décidant à un 
sacrifice nécessaire, j'ai fait extraire les cuirassiers, qui seuls forment 
encore un charmant petit tableau. 

Ce que nous venons de raconter ne rappelle-t-il pas la fantaisie de 
Rembrandt, voulant à toute force peindre son singe favori sous le 
portrait d'un bourgmestre. 

Mais en même temps que Charlet me présentait le résultat de son 
coupable enthousiasme , Canon me faisait signe , et me montrait un 
tableau achevé sur le chevalet du maître, puis me tirant à part: 



SA VIE. — SES LETTRES. 77 

« Emportez-le, me dit-il, car ce soir il n'existerait plus; » et je mis 
le conseil à profit. 

Nous venons de parler de Canon , nommons aussi Lalaisse , tous 
deux dignes amis et élèves de Charlet , et ses professeurs adjoints 
à Técole Polytechnique. Disons immédiatement , quoique cela s'ap- 
plique principalement aux grandes toiles dont nous parlerons plus 
tard , que tous deux ont été utiles , nécessaires même à leur maître 
pour les lui faire mener à bien. 

Mais ne fatiguons pas trop longtemps nos lecteurs de notre prose ; 
pour raviver leur attention , voici quelques lettres de Charlet : 



Au général de Rigny , à Lille. 

21 août 1834. 

« Mon digne chef, je viens de vous faire expédier cette misé- 
rable esquisse; je suis vraiment très-fàché que vous l'ayez fait 
mettre a votre exposition; elle n'en vaut pas la peine. C'est une 
pochade d'artiste a amateur ; ce n'est pas fait pour la masse, qui 
a toujours infiniment de bon sens , mais qui se trompe presque 
toujours. 

Parlons d'autre chose : est-ce que dernièrement je n'ai pas 
rencontré chez le secrétaire général de l'intérieur Mademoiselle, 
vous savez? Ah ! mon Dieu! que le temps est une vilaine chose 
quand il se met a friper une tête douée de grâces et d'attraits; 
pauvre femme!! ! Il a fallu qu'elle se fît reconnaître! Otempus, 
ô morue, un vrai casse-noisette, quoi ! Sa bonne mère boite tou- 
jours, et son mari ne fait pas très-bien marcher son affaire... 
Pauvre homme , pauvres femmes ! tempus], tu dessèches tout, 
coeurs, tonneaux et bouteilles! 

Ah ! Dieu, mon Dieu , mon Dieu , mon Dieu, mon Dieu! et 
mon cœur aussi s'est trouvé sec; cette bonne dame a fait des 
frais pour me prouver que ce qui semblait être n'était pas , 
attendu que ce qu'on croyait avoir été n'était pas, et que ce 

qui était ne devait pas être et puis des méchancetés sur les 

femmes en général ; se faisant , elle , la meilleure part de bonté. 
J'ai tout accordé, excepté la bonté; lui disant que de l'espèce 
je ne m'en souciais . vivant au jour le jour, et tâchant d'éviter les 



78 première partie: 

ennuyeux et le choléra , les femmes savantes et la peste. Enfin 
elle est venue me faire visite a l'atelier. Ah ! que c'est triste chose 
qu'une pauvre femme qu'on a perdue de vue pendant douze 
ans , et que l'on retrouve femme fossile , vraie tenue de si- 
hylle ! 

« Cet esprit, qui a dix-huit ou vingt ans est escorté de fraî- 
cheur, de tournure, déjeune malice, de méchancetés atroces, 
que l'on trouve folâtres et délicieuses; tout cela à trente-deux 
ans , avec des dents de moins , un œil louche et des appas 
comme la place d'armes de Versailles; c'est fini! Adieu, bro- 
cante, friperie , vieux , usé, connu ; on a lu cela dans tous les 
feuilletons et tous les bouquins passés , présents , a venir et à 
mourir. La méchanceté n'est plus que de la méchanceté sèche , 
les zéphyrs qui folâtraient ne sont plus que les chauves-souris de 
M" 6 Lenormand. Menez-moi a Toulon , attachez-moi a la chaîne, 
je consens a recevoir cent coups de trique par jour ; mais mon 
Dieu , mon doux Sauveur, débarrassez-moi d une femme mé- 
chante et bel esprit!... 

« Je pense que toute votre belle famille est éblouissante 
de santé ; la mienne est moins belle , mais elle me suffit. 

« Le musée de Versailles n'est pas encore constitué ; on 
parle toujours de moi comme conservateur des galeries mili- 
taires... le roi ne saurait faire un meilleur choix. Vous répéterez 
cette dernière phrase dans toute la septième division... J'ai 
fait donner l'ordre à Pajol d'en faire autant dans la première. 

<( Bien le bonjour, portez-vous bien ; j'irai vous visiter cet 
automne, et nous irons voir les ouragans a Dunkerque. Il me 
faut a moi des orages , des châteaux , et des grands arbres dont 
le vent balance les cimes audacieuses. 



An même. 



Charlet. 



93 décembre 1834. 



« Encore un port de lettre, mais je vous rembourserai in- 
térêt et principal, foi d'animal. La présente est pour vous charger 
de remercier en mon nom la société des Beaux-Arts de Lille 



SA VIE. — SES LETTRES. 79 

sur la médaille que je viens de recevoir par la diligence Laffitte 
et Caillard. Entre nous deux, et a voix basse, c'est une vraie 
médaille de garde champêtre 

« Mon général , il me faut absolument un grand manteau 
ou mantelet comme les femmes du nord et de la Belgique en 
portent , de couleur claire , et en telle étoffe que vous le jugerez 
convenable ; une espèce de ratine gris-blanc, de la couleur des 
manteaux de cavalerie, ferait bien pour la peinture. Je vous en 
supplie , par tout ce que vous avez de plus sacré au monde , par 
cette étoile de l'honneur qui brille sur votre poitrine, a cinq 
pointes; faites-moi confectionner à peu de frais ce manteau. Je 
vous paierai , foi d'animal , intérêt et principal. 

« J'apprends que beaucoup de promotions vont avoir lieu ; je 
ne sais si vous aurez part au gâteau. Vous êtes d'une pâte 
peu remuante pour espérer d'être de la fournée; enfin tant pis 
si l'on fait des brioches. On devrait se souvenir d'avoir été 
échaudé : on n'a qu'à feuilleter l'histoire, et l'on verra. 

« Mon manteau ; mes civilités a la ville de Lille ; n'oubliez ni 
l'un ni l'autre. Je compte sur votre solide amitié. 

« Chaklet. )) 

« Le père Juhel est tombé mort en sortant de dîner chez 
moi. C'est le Latour d'Auvergne des fricotteurs; mourir en sor- 
tant de table , voila qui est travaillé ! 

« Voici le coupeur de cheveux qui vient , on va m'exé- 
cuter. 

Au même. 

27 Janvier 1835. 

'( On a des amis, ou l'on n'en a pas; on a un buffet, ou 
on n'en a pas; on l'envoie, ou ne l'envoie pas; voila qui est 
clair, mon général de brigade. Allons, voyons , envoyez-moi ce 
bahut; ma femme m'en parle tous les jours, cela devient stupide 
et incohérent. 

« Gomment vous portez -vous ? bien. Toute votre famille 
aussi? c'est d'ordonnance chez vous ; quant a moi , il en est de 
même , tout le monde est en bon état. 



80 PREMIÈRE PARTI U. 

« Je n'ai pas vu le porlrail de votre frère l'amiral ; il parait 
qu'il lui ressemble comme un âne a un cheval ; quand vous 
viendrez a Paris, nous tâcherons d'en faire un a nous deux. 

« Bonjour, mon général ; mon meuble , rue de Sèvres , 102. » 

« Charlet. » 

M. de Rigny demande à Charlet des décorations pour un théâtre 
qu'il établissait chez lui. 

17 février 1835. 

« Si j'ai tant tardé a vous écrire, dit Charlet, c'est que la 
carotte que vous me plantez sur l'estomac m'a privé un instant 
de tout sentiment d'animalité; elle est bonne et bien colorée, 
pour un homme qui n'en fait pas d'habitude. Voici donc ce que 
je viens d'arrêter et de mettre en train. 

« Le cousin de Polerlet, décorateur aux Menus-Plaisirs, va 
nous faire une toile , ce sera SOINIÉ , je lui donne la dispo- 
sition. 

(( Polichinelle vainqueur du lion de la forêt de Némée ; il 
est monté dessus et ne Ta pas tué. La Renommée plane et lui 
apporte des couronnes; puis des ornements Latour, etc. etc. 

« Homme profondément démoralisé, où est ma mante, ou 
manteau de femme, où est ce fameux meuble?... envoyez-le. 
J'ai encore une place dans mon cœur pour recevoir les meubles 
de l'amitié sous le manteau de la reconnaissance » 

M. de Rigny pressant pour Fenvoi immédiat de ses décorations, 
Charlet répond le 26 février 1835. 

« Par escadrons en masse , sur le premier escadron formez 
la colonne, MARCHE. Fermez le rideau, et la toile du fond de 
mon théâtre MARCHE... au galop. 

« Voila les généraux de cavalerie légère, bien , bien , bien ! 
Impossible , mon général , de vous confectionner votre affaire 
pour le premier mars ; notre peintre décorateur, qui est vigou- 



SA YIE. — SES LETTRES. 81 

reusement employé , n'a pu venir qu'aujourd'hui prendre les 
croquis. 

« Vous aurez cela dans le courant de mars; il fallait vous y 
prendre plus tôt. En attendant, mettez une de vos chemises en 
rideau, on rira; puis votre culotte dans le fond...; dame, si 
votre culotte a un bon fond , pourquoi ne pas l'utiliser. . . on rira. 

« Debureau montre son derrière au public... on rit... Bon 
peuple... tu es bien le plus spirituel de l'Europe ! 

« Quand je pense que de jeunes sages , passant leur vie a 
l'estaminet, veulent ramener les masses dans le sentier de la 
vertu , et leur inspirer la dignité première que le Créateur a eu 
l'intention de donner a l'homme pour le distinguer de l'âne; je 
ris, comme je rirais de votre culotte qui est peut-être, et cela 
sérieusement parlant, plus en état de diriger des masses que 
nos modernes MUTIUS CERVELAS. Prenez la culotte d'un 
brave, mettez-la au bout d'un bâton, et enlevez les masses... 
avec une bonne blague, on réussit... gloire et patrie! 

« On parle d'un nouveau ministère ; c'est presque fait , je 
crois; c'est bien ennuyeux. Les changements de ministère ne 
font qu'encourager les malveillants et les nullités. Le peuple dit : 
mais qu'est-ce que c'est donc qu'une boutique où je vois à 
chaque instant de nouveaux maîtres? Le pot au feu allait... voilà 
ma politique. Ah mon Dieu ! moi qui entends la constitution- 
nalité comme feu Napoléon le Grand, protecteur de la liberté, 
mitigée par un bon nerf de bœuf, je voudrais bien couler mes 
dernières années en état de bestialité et de tranquillité, qui me 
permît d'écumer ma marmite avec sécurité. 

(Suit une romance en quatre couplets.) 

« Envoyez-moi donc des pots, des cruches, des meubles; 
allons donc, général, que nous admirons, chérissons, pillons, 
volons, aimons (par votre valet de chambre) (1) et chantons. 

« Bonjour et mille amitiés. 

« Charlet. » 

« Mille baisers (sur les mains) a cette charmante Mademoi- 
selle., je ne sais pas son nom ; enfin la femme que j'adore , com- 
ment l'appelez-vous? 

(1) Il s'appelait Aymon 



PREMIÈRE PARTIE. 



A M. S..., en revenant de chasser chez lui. 

Vendredi, mars 1835. 

« Figurez-vous que votre garde, malade, je pense, n'avait 
rempli mon carnier que de vent; aussi j'ai beau protester de ma 
conduite honorable , ma femme me traite de menteur, de ma- 
ladroit 

Se rit de mes serments, me taquine et me raille, 
Me goguenarde enfin, en m'appelant Broussaille ! 
Aussi pour éviter quelque scène d'éclat , 
Vite, monsieur Santerre, un bon certificat 
Qui dise s'il est vrai que ma main meurtrière 
Aux hôtes de vos bois fit mordre la poussière, 
Et si, dans mon carnier, je ne dois pas avoir 
Un lapin, plus un lièvre, au lieu de n'y rien voir. 

« Recevez le bonjour, etc. 

« Charlet. » 

Vers cette même époque (1835), Charlet écrivait ces deux lettres 
à M. de Querelle, ex-lieutenant au 61 me régiment d'infanterie. 

M. de Querelle avait dessiné à l'atelier de Charlet, où il s'était fait 
remarquer par une imagination vive et une grande facilité d'exé- 
cution. M. de Querelle, légitimiste au fond, avait été compromis 
dans la tentative impériale de Strasbourg. Il est mort à un âge peu 
avancé. 

A M. de Querelle, lieutenant, détenu à la prison militaire 
de l Abbaye, 

EN SON HOTEL. 

« Mon cher Querelle , 

« Je ne pourrai pas aller vous voir, j'arrive aujourd'hui ven- 
dredi d'une partie de campagne, la besogne me tient, bonsoir 
les amis. 



SA VIE. SES LETTRES. 83 

« Je vous remercie de votre bonne lettre, c'est ressemblant; 
il faudra la publier. 

« Je ne vous ferai point de morale , tête sans cervelle, à quoi 
cela servirait-il? Et puis qu'est-ce que c'est que de la morale? 
C'est des bêtises. Quand je vous répéterais que vous êtes un 
brave garçon qui s'enfonce , ce n'est pas nouveau, vous le savez 
mieux que moi, et cela ne vous empêcherait pas de vous en- 
foncer encore davantage; aussi je ne désespère pas de vous vojr 
un jour sur le boulevard du Temple parier deux sous pour 
quatre, avec un chapeau gris, un pantalon garance et une veste 
de chasse en velours (la mienne enfin); vous êtes en roule 
malgré vous et malgré tout : deux sous pour quatre! 

t Poterlet va CAEN QU'A A. Il est toujours au lit. 

« Tout le reste du peuple se porte bien. 

« Patience, au revoir; venez dîner avec moi, quand vous 
sortirez. 

« GUARLET. » 



A M. de Querelle, ex-lieutenant au 01 e régiment de ligne, 
rue Hôtel-de-Rohan . 



Paris, te juin 1835. 

« Charlet a quelque chose d'intéressant a communiquer au 
lieutenant réformé Richard de Querelle , il le prie de venir le 
voir aussitôt qu'il le pourra à son atelier. Seulement il l'engage 
a ne pas se suspendre à son yatagan, ni de s'éperonner et épau- 
letter en argent, a moins qu'il n'endosse le frac vert, boutons 
d'argent, et crucifix sur le cœur, véritable tenue HENRYCIN- 
QUISTUS. Enfin, c'est égal, il l'attend. 

« Dieu , qu'un jeune homme est bête ! ! ! » 



XXII 

M. Feuillet de Conches , s'étant chargé de l'article CHARLET 



84 PREMIÈRE PARTIE. 

pour le Dictionnaire des gens du monde (1) , demandait à Charlet 
lui-même quelques renseignements : il recevait en réponse cette lettre 
intéressante : 



13 août 1835. 

« Mon cher Monsieur Feuillet, vous êtes un si excellent 
homme que je suis vraiment honteux de ma négligence , mais 
cela m'ennuie tant de parler de moi; c'est si hête, c'est si re- 
butant, que je ne sais que vous écrire. 

(( Que vous dire? Que je m'appelle Nicolas-Toussaint Charlet , 
que j'ai été élevé aux Enfants-de-la-Patrie, ce qui n'a pas peu 
contribué a faire de moi un âne illettré ; que j'ai été employé dans 
une mairie, dont j'ai été chassé en 1816 comme bonapartiste; 
que , ne sachant où donner de la tête , je me suis mis a dessiner 
d'après la bosse , chez un croûton , M. Lebel , élève racorni 
de David; qu'en 1817, j'ai essayé de publier quelques lithogra- 
phies; que j'ai eu du succès, et en ai eu une diarrhée de plus 
de huit cents; que j'ai fait plus de quinze cents dessins, tant 
sépias , aquarelles , plumes , etc. etc. ; qu'on a voulu me faire 
faire de Veau-forte , mais que l'ennui de ne pas voir de suite le 
résultat de ma journée m'en a empêché; que j'ai essayé de la 
peinture; qu'en 1819, j'étais chez Gros, où je n'ai rien fait, 
que Gros m'a engagé a travailler seul , ce que j'ai fait , et n'ai-je 
pas bien fait, mon maître?... 

« Qu'en fait d'art, mon opinion est qu'il faut en parler peu 
et produire beaucoup , que les raisonnements exténuent la verve 
productive; qu'il faut voir les vieux maîtres sans en faire des 
pastiches (ressource de l'impuissance) ; que le plus grand peintre 
de l'École française , pour moi, c'est Gros; que Géricault vient 
ensuite. 

« Vous pouvez dire dans votre article que je ne fais point 
de mon métier marchandise ; que j'ai déchiré autant de dessins 
que j'en ai fait (même de haut prix); que je n'ai jamais fait 
deux fois le même sujet, ni reproduit une aquarelle en litho- 
graphie. 

(i) 4* vol. p. 535-537. 



SA VIE. — SES LETTRES. 85 

« Vous pouvez dire que hors mes travaux , je préfère jouer 
aux quilles avec un charbonnier, que d'entendre parler beaux- 
arts. 

« Votre tout dévoué. 

« Charlet. » 

« Vous pouvez dire aussi que je suis un bon citoyen , que 
j'aime mon pays et que j'ai travaillé pour le peuple travailleur; 
que je déteste les bonnets rouges et l'immoralité de ceux qui 
les portent; que je ne trouve point d'homme plus libéral que 
Napoléon le Grand , que je préfère au divin Robespierre et au 
sublime Marat (1). » 

Ainsi Charlet ayant déjà produit plus de quinze cents dessins, 
en 1835, ce n'est pas en exagérer le nombre que de croire qu'il en 
existe aujourd'hui plus de deux mille, éparpillés, il est vrai, dans 
toute l'Europe (un voyageur assure en avoir trouvé dans l'Inde). 

Certes, si l'on pouvait réunir, non pas cette masse de dessins, 
mais seulement un petit nombre d'entre eux, il faudrait bien, bon 
gré, mal gré, prendre une haute idée de Charlet, car c'est sous cette 
forme surtout que sa supériorité se révèle. 

En effet, dans ces magnifiques aquarelles, dans ces sépias si vi- 
goureuses et si transparentes , indépendamment du mérite du pro- 
cédé , du dessin , de la couleur, , se trouve celui de la pensée , à un 
degré aussi éminent que dans l'œuvre lithographique. Charlet est 
encore le peintre de mœurs, le moraliste, le philosophe , passant du 
sujet le plus grave, le plus pathétique, à la scène la plus gaie, et 
d'où ressort presque toujours une fine observation. Ajoutons que 
dans le moindre de ses croquis, il a l'art de jeter de l'intérêt, et sur- 
tout ce cachet qui est à lui , le charme. 

On ne connaissait avant Charlet que des aquarelles lavassées , à la 
manière des études d'architecture, de simples traits à la plume, 
enluminées de teintes plates et ombrées avec de l'encre de Chine , 
témoin entre autres les dessins de chasse de Carie Vernet. 

Ses premiers essais se ressentent donc de ces précédents , ainsi que 
d'une certaine influence classique; mais déjà, comme ceux de son 
crayon , ils sont remarquables par la naïveté et la vérité , caractères 
distinctifs de son talent. Successivement Charlet devient plus habile ; 

(1) Pour comprendre ce langage, ainsi que quelques-unes des lettres précédentes, il faut se rap-. 
peler que Charlet écrit au milieu des émeutes républicaines de ce temps. 



OO PREMIERE PARTIE. 

aux idées qui abondent toujours, il joint la couleur, la vigueur et la 
finesse dans le dessin et dans la touche. Quelques-uns de ses contem- 
porains ont fait de très-beaux dessins ; aucun , nous le croyons , n'a 
réuni cet ensemble de qualités qui assurent à Charlet un rang à part. 
Quand cette fureur « aquarello-monomanique » des albums était 
dans son paroxysme, Schroth, un des marchands qui les premiers 
comprirent si bien le commerce des dessins, fit connaître en France les 
aquarellistes anglais, presque tous paysagistes, il est vrai. Néan- 
moins les artistes français eurent à gagner dans ces importations ; 
ils virent que , même avec de l'aquarelle , on pouvait être vigoureux 
et coloriste; alors ils ont osé. Mais déjà Charlet, lui, avait osé tout 
seul : on a pu apprendre beaucoup de lui , il n'a eu à apprendre de 
personne; et l'on peut même dire que s'il n'a pas inventé les cou- 
leurs à l'eau, il a inventé la véritable aquarelle, et ouvert un chemin 
dans lequel tant d'autres se sont précipités sans pouvoir l'atteindre. 

Indépendamment de l'invention, de la composition et de la cou- 
leur, Charlet introduit dans ses dessins une finesse de ton et de 
demi-teintes a laquelle le plus ordinairement on ne se croit obligé 
que dans une étude grande comme nature. Voyez ses plus petites 
figures bien réussies , vous restez étonné de la finesse des détails et 
de la perfection du modelé : on dirait l'œuvre d'un de ces anciens 
peintres flamands. La plupart des aquarellistes modernes se sont 
contentés d'arriver à l'effet par la seule entente de la lumière et de 
la couleur. Disons aussi que jamais Charlet n'a voulu tenter ces pas- 
tiches si fort à la mode dans ces derniers temps , et dans lesquels 
Decamps, seul peut-être, a obtenu de si grands succès. Nous voulons 
parler de ces dessins qui ont la prétention de rivaliser avec l'huile , 
et qui, à force de couleur, de gouache, de gomme, de lavages, de 
grattages, et de mille et une autres ficelles, arrivent à des effets 
moindres cependant que ceux que pourra obtenir un artiste habile 
par des procédés beaucoup plus simples. 

Charlet vous a dit lui-même quelle masse de dessins il avait dé- 
chirée, et nous avons raconté comment une aquarelle vendue cinq 
cents francs, déjà comptés sur la table, avait été anéantie, parce 
qu'il la croyait indigne de porter son nom. Il est probable cependant 
que ces essais avaient le mérite que nous rencontrons dans un aussi 
grand nombre de compositions lithographiques qui, elles aussi, 
avaient été d'abord condamnées. On reste confondu en vérité , 
quand on voit tant de talent uni à une si grande défiance de soi- 
même. 

Au moment de la plus grande vogue de ses dessins, un de ses 
élèves de l'école Polytechnique lui témoignait un vif désir d'en avoir 



SA VIE. — SES LETTRES. 87 

un ; malheureusement, ajoutait-il, il ne pouvait disposer que de dix 
francs. — « Je n'ai point l'habitude de donner ma marchandise à ce 
prix, répondait en souriant Charlet, mais l'affaire peut s'arranger: 
j'ai promis le spectacle à mes deux gamins, vous paierez leurs billets, 
et vous aurez votre dessin. » 

Charlet, on ne le sait pas assez, était très-habile paysagiste; des 
compositions remarquables semées dans son œuvre lithographique 
suffiraient pour en témoigner. Ses beaux travaux à la plume, cet 
outil excellent , dont il s'est servi si bien pour son enseignement à 
l'école Polytechnique, viendrait au besoin confirmer notre dire; mais 
ce genre de composition reçoit surtout dans ses dessins son plus com- 
plet développement. Nous avons vu, nous possédons nous-même 
quelques paysages qu'on pourrait mettre à côté des meilleurs maîtres ; 
et puisque nous sommes sur ce terrain, nous voulons décrire une 
sépia qui nous appartient. C'est un petit dessin de 260 mm sur 
120 mm . Au milieu, une masse d'arbres faisant fouillis et remplissant 
tout le premier plan, sauf un éclairci à gauche qui laisse plonger 
dans un horizon lointain. A droite, au second plan , quelques hommes 
à pied et des cavaliers jettent en passant un coup d'oeil sur deux 
pauvres diables accrochés à deux potences. 

Ce dessin est un délicieux Ruysdael. 

Le paysagiste Hubert, qui a assez de talent pour avoir beaucoup 
d'admiration pour Charlet , entrait dans l'atelier de celui-ci au mo- 
ment où il terminait le dessin dont nous venons de parler. — « Ah! 
ah ! Monsieur Charlet, lui disait-il, je vous y prends.... du paysage! 
— « Oui, vous voyez, répondait notre caustique ami... quand 
je suis bête à ne savoir que faire , je fais du paysage. » Ne prenons 
point au sérieux cette boutade : car entrant un jour chez lui , je le 
trouvai tenant à la main un dessin de Lalaisse fort beau , il est vrai 
(l'entrée d'une ferme dans le Morbihan) : « Tenez, regardez, me dit 
Charlet avec une vive satisfaction, j'ai fait un paysagiste! » 

Il serait à désirer qu'on fit pour les dessins de Charlet ce que nous 
avons fait pour son œuvre lithographique; ce serait un livre curieux 
et utile que celui-là. Disons avec regret que notre Musée, s'y prenant 
un peu tard, comme cela lui est déjà trop souvent arrivé , ne possède 
pas un seul dessin de Charlet , mais seulement quelques esquisses 
achetées à la vente. 

Un assez grand nombre de dessins de Charlet ont été reproduits 
par la gravure ; mais presque tous d'une manière peu satisfaisante. 

M. Feuillet de Conches dit avec raison (1): « Rien n'est plus dif- 

(1) L'Artiste , 5* vol., p. 63. 



88 PREMIÈRE PARTIE. 

ficile que de traduire Charlet en gravures : Gharlet procède par touches 
fines et délicates , et l'esprit de ses figures , l'originalité de la manière , 
peuvent être saisies seulement par un œil exercé. Que le graveur qui 
essaie de le reproduire soit assez peu habile pour vouloir y mettre du 
sien, ce n'est plus Gharlet. Reynolds, l'un des graveurs anglais du 
talent le plus souple, et en France des graveurs d'une habilité re- 
connue , ont échoué dans leurs essais d'après Charlet. » 

Zachée Prévost est sans aucun doute le graveur qui a le mieux 
compris Charlet; aussi celui-ci, me donnant une épreuve de sa gra- 
vure des Mendiants (1) , disait-il : « Voilà la première fois que je me 
reconnais. » 

Si Charlet a beaucoup produit, il avait encore plus rêvé; on ne 
saurait croire combien d'idées germaient dans son cerveau. Quand il 
commençait un dessin, il hésitait, disait-il, à laquelle de ses nom- 
breuses idées il donnerait la préférence ; de là peut-être aussi le gas- 
pillage dans ses travaux , si l'on peut s'exprimer ainsi. 

Il abandonnait ce qu'il avait commencé avec la même facilité qu'il 
l'avait conçu. Il en était à peu près de même quand il écrivait; nous 
avons trouvé dans des fragments en désordre les éléments pour un 
petit manuel des différents procédés de peinture. Voici dans ce travail 
deux excellentes pages traitant de l'aquarelle : 

AQUARELLE. 

« L'aquarelle est un genre agréable et commode : agréable 
en ce qu'il cause peu d'embarras, peu de salissure, et que tout 
ce qui est nécessaire pour le faire peut se renfermer dans une 
boîte de six pouces sur quatre, et, par conséquent le rendre 
facile pour le voyage. Ajoutez a cette boîte un calepin de feuilles 
de papier tendues les unes sur les autres, et vous pourrez ex- 
plorer la forêt et la montagne. 

« L'aquarelle de marche ou de campagne ne peut être qu'une 
espèce de sténographie des objets qui nous frappent, et dont 
nous voulons rapporter le souvenir ; c'est un léger lavis qui doit 
nous donner l'effet et le sentiment de couleur des objets. Comme 
dans la nature les effets de lumière changent rapidement , il faut 
promptement charpenter son ensemble , ayant soin de l'écrire 

(3) L'Artiste , 3« vol., p. il 6. 



SA VIE. — SES LETTRES. 89 

fortement, ne s'occupant que des masses; puis, d'une leinte 
légère de sépia , accuser fortement la partie d'ombre dans la- 
quelle il faudra se renfermer. Donc, il est urgent de prendre un 
parti , de saisir un moment , un effet , et de s'y attacher ensuite ; 
de là la nécessité d'abandonner les détails pour ne voir que 
l'ensemble des lignes et les grandes masses de lumière et 
d'ombre. 

« J'ai beaucoup pratiqué l'aquarelle, et peut-être puis-je 
donner quelques bons conseils dans cette partie de la peinture 
h l'eau. Ainsi, lorsque votre dessin est charpenté comme trait 
et massé comme ombre , vous vous occupez des grandes teintes 
lumineuses de votre ciel d'abord , puis de vos fonds; ensuite 
de vos premiers plans, terrains, arbres, fabriques. Mais au nom 
de ce que vous avez de plus cher, ne cherchez point a fondre vos 
teintes: où vous voyez du violâlre , mettez-en ; où vous voyez 
du verdâtre , posez-en; de même du bleu, du vert. Ne vous ef- 
frayez pas si votre dessin ressemble à une mosaïque , à une mar- 
queterie, tant mieux : l'importance est de savoir où il y avait du 
bleu ou du jaune. 

« Vous massez aussitôt vos arbres à leur valeur relative , 
c'est-à-dire en harmonie avec la valeur que vous avez donnée 
à la lumière, évitant le noir. Oh! le noir est la mort de toutes 
choses, comme il est chez nous un signe de deuil ; donc, évi- 
tez-le. 

« Votre dessin proprement massé et votre effet arrêté , vous 
pourrez alors mettre le plus ou le moins , sacrifier d'un côté , 
augmenter de l'autre , et ajouter quelques détails de nature ; 
mais avant toutes choses , la grande silhouette comme trait et 
le grand aspect comme effet. C'est ainsi qu'il faut procéder; 
aussi ce n'est pas sans raison que dans les modèles que j'ai 
établis , ou fait établir pour l'École , j'ai sacrifié les détails aux 
masses ; c'est afin de pénétrer les élèves de ce grand principe : 
LES MASSES AVANT TOUT. 

« L'aquarelle qui se fait dans l'atelier ou le cabinet peut, 
quand elle est d'un homme habile, rivaliser avec l'huile, et 
même lui être supérieure comme finesse de ton dans la lumière; 
mais l'écueil est dans les ombres et le clair-obscur. Le papier, 
absorbant le ton et formant un léger duvet blanc à la superficie. 



90 PREMIÈRE PARTIE. 

force souvent a gommer davantage, et dès lors on a beaucoup 
de peine à revenir sur son travail. Le mieux est de masser 
fermement ses ombres en préparant toujours avec des tons 
chauds et transparents ; puis , quand le dessin est presque ter- 
miné, de le glacer avec une eau légèrement gommée , pour n'y 
plus revenir. Il se peut qu'il y ait d'autres moyens ; mais celui-ci 
m'a souvent réussi... quand j'ai réussi... car on peut réussir 
dans le procédé et s'enfoncer comme produit. 

« L'aquarelle est un genre qui s'est perfectionné depuis vingt 
ans (1); pendant dix ans ce fut une fureur aquarello-monoma- 
nique qui s'empara de la haute société ; il fallait avoir son al- 
bum, et dans cet album un choix de dessins plus ou moins 
beaux , plus ou moins chers , qui attestaient le goût de l'amateur 
et lui donnaient position dans le monde , comme connaisseur et 
protecteur éclairé des arts. 

« Bonington , Anglais d'origine , mais ayant étudié en 
France , porta dans son temps l'aquarelle à son plus haut degré 
d'habileté. J'ai vu de lui une aquarelle . de neuf pouces sur six , 
qui avait été vendue trois mille six cents francs. C'était un effet 
de soleil, un dessin entièrement clair; un seul groupe d'arbres 
formait la masse brune opposée a la lumière , et cette lumière , 
la traversant en quelques parties , venait scintiller sur l'eau : 
c'était un vrai Claude Lorrain. 

« Plusieurs artistes après Bonington , MM. Decamps , T. Jo- 
hannot, H. Vernet, Bellangé, P. Delaroche. etc. etc., ont fait 
des aquarelles très-recherchées lors de la fureur des albums. 

« Moi-même j'en ai fait quelquefois d'assez heureuses ; j'en ai 
vendu jusqu'à quinze et dix-huit cents francs, bon nombre à 
mille et a cinq cents francs. J'aurai a en rendre compte au juge- 
ment dernier ; quel VOL ! Enfin, je n'avais pas l'intention ; j'es- 
père donc de la circonstance atténuante. » 

XXIII 

Revenu à la peinture et s'armant de courage , Charlet produisit 

(1) Ceci h dû eue écrit vers 1810 



SA VIE. — SES LETTRES. 91 

enfin cette belle page si connue sous le titre modeste qu'il lui donna : 
Épisode de la Campagne de Russie. Jusqu'alors on avait regardé 
Cfharlet seulement comme un assez bon dessinateur, comme un 
spirituel lithographe. Ce tableau, exposé au salon de 1836, étonna 
les peintres et frappa vivement la critique. Elle lui fut généralement 
favorable. Voici comment Alfred de Musset, chargé de rendre compte 
du salon dans la Bévue des Deux-Mondes , s'exprimait sur cette page 
hors ligne ( 1 ) : 

« La Retraite de Russie de Charlet est de la plus haute portée. Il 
Ta intitulée : Épisode , et c'est tout un poëme. En le voyant, on est 
d'abord frappé d'une horreur vague et inquiète. Que représente donc 
ce tableau? Est-ce la Bérésina? est-ce la retraite de Ney? Où est le 
groupe de l'état-major ? Où est le point qui attire les yeux et qu'on s'est 
habitué à trouver dans nos musées ? Où sont les chevaux , les pana- 
ches, les capitaines , les maréchaux ? Rien de tout cela. C'est la grande 
armée; c'est le soldat, ou plutôt c'est l'homme; c'est la misère hu- 
maine toute seule, sous un ciel brumeux, sur un sol de glace, sans 
guide, sans chef, sans distinction. C'est le désespoir dans le désert. Où 
est l'Empereur? Il est parti, là-bas à l'horizon, dans ces tourbillons 
effroyables. Sa voiture roule peut-être sur des monceaux de cada- 
vres, emportant sa fortune trahie; mais on n'en voit même pas la 
poussière. Cependant, cent mille malheureux marchent d'un pas 
égal, tête baissée et la mort dans l'àme. Celui-ci s'arrête, las de 
souffrir; il se couche et s'endort pour toujours. Celui-là se dresse 
comme un spectre et tend les bras en suppliant...; mais la foule 
passe et il va retomber ; les corbeaux voltigent sur la neige , pleine 
de formes humaines. Les cieux ruissèlent , et , chargés de frimas , 
semblent s'affaisser sur la terre. Quelques soldats ont trouvé des 
brigands qui dépouillent les morts; ils les fusillent. Mais de ces 
scènes partielles pas une n'attire ni ne distrait ; partout où le regard 
se promène, il ne trouve qu'horreur, mais horreur sans laideur 
comme sans exagération. Hors la Méduse de Géricault, et le Déluge 
du Poussin, je ne connais point de tableau qui produise une impres- 
sion pareille; non que je compare ces ouvrages différents de forme et 
de procédés; mais la pensée est la même, et (l'exécution à part) 
plus forte peut-être dans Charlet » 

Hippolyte Bellangé , juge compétent en pareille matière , nous 
disait depuis : 

« Je considère ce tableau de Charlet comme un chef-d'œuvre du 
genre. J'ai rompu bien des lances pour lui. Messieurs les critiques 

(i) Ce tableau est au musée de Lyon. 



92 PREMIÈRE PARTIE. 

ne pouvant s'attaquer ni à la pensée, ni à la composition, ni au 
caractère , cherchaient à prendre leur revanche sur l'exécution , et 
pour moi elle est admirable : maladroite pour d'autres, en ce qu'elle 
manque de ce qu'on appelle chic , en terme d'atelier ; elle acquiert 
un nouveau charme, précisément par sa naïveté. » 

Dans une de ses lettres, Gharlet parle de son tableau et de son 
succès avec un laisser -aller qui ne pouvait être au fond de sa pen- 
sée. Il savait bien que de la réussite ou de l'insuccès de cette tenta- 
tive pouvait dater pour lui une toute autre phase. Voici comment 
il s'exprime : 

« Les journaux vous ont peut-être appris mon début au salon 
de 1836. Tableau peu terminé ; j'avais peur. Couleur assez 
bonne, bonne même; le tout sévère et énergique, dit-on. Je 
laisse dire pour ou contre, m'inquiétant peu de l'un ou de 
l'autre. 

« On repélrit et on réchauffe le four à la pâle ferme : je re- 
commence une grande galette ; nous verrons ; un grand pas est 
déjà fait ; il faut poursuivre l'ennemi. » 

Voici quelques détails intimes qui prouvent que Gharlet n'était 
pas aussi brave qu'il veut le paraître en cette circonstance. C'est 
M me Charlet, qui va parler : 

« Pendant que mon mari faisait son tableau, il était fort triste. 
11 a passé bien des nuits sans sommeil , me disant : « Ce malheureux 
« tableau n'est pas ce que je voudrais. » Plus il avançait, plus son 
découragement augmentait. Il était vraiment à plaindre, et tous 
mes efforts pour lui donner du courage étaient inutiles. « Non, di- 
sait-il, je ne suis pas content, et plus je vais , plus je suis inquiet; 
comprends -tu, ma mère (c'était son nom d'amitié), combien il me 
sera pénible d'entendre dire et écrire : « Pourquoi Charlet veut- il 
faire de la peinture ? il devait s'en tenir à ses lithographies. Mon 
cœur se brise à une idée pareille. Pardonne-moi de t'affliger, mais 
je suis tout à fait découragé. » 

« Rien ne pouvait le distraire de ces tristes pensées. Arrive enfin 
l'ouverture du salon ; mon pauvre mari n'eut pas la force de sortir 
de la maison ; il avait l'air d'un coupable qui attend sa condamna- 
tion Un de nos amis vint bientôt nous dire que non- seulement 

le tableau avait été admis, mais que le premier effet avait été favo- 
rable. Les yeux de Charlet se remplirent de larmes . et m'embras- 
sant : « Mon Dieu, dit- il, je vous remercie ! » 



SA VIE. — SES LETTRES. 93 

En 1837 , Charlet fit pour le musée de Versailles le Passage du 
Rhin par le général Moreau (24 juin 1796). 

Enfin en 1843, il exposa au salon un assez grand tableau : un 
Convoi de blessés faisant halte dans un ravin (1). Sa santé était déjà 
gravement altérée lorsqu'il parvint à terminer ce dernier tableau, 
fait et refait plusieurs fois. 

Le Passage du Rhin et le Ravin sont, sans aucun doute, infé- 
rieurs à Y Episode delà Campagne de Russie, mais n'en sont pas 
moins remarquables par des qualités éminentes et surtout par la 
composition, l'énergie et la vérité. Peut-être leur reprochera-t- 
on , comme dans quelques autres peintures de Charlet , l'abus des 
tons bleus et violacés. 



XXIV 



Nos lecteurs désirent sans doute connaître le résultat de la négo- 
ciation engagée entre Charlet et son ami , le général de Rigny , au 
sujet de certain meuble , de certain bahut. 

En voici la suite : 



Au général de Rigny , à Lille. 

12 mars 1833. 

« Êtes-vous un général? êtes-vous un ami? avez-vous un 
cœur, des entrailles? allez-vous a la garde-robe? C'est sur ce 
dernier point que je m'appesantirai ; car je ne sais rien de maus- 
sade , je ne connais rien d'impropre à toutes choses , ni de plus 
inquiet, de plus malheureux et de plus à plaindre qu'un homme 
constipé. Je ne répute homme de capacité , homme d'esprit 
supérieur que celui dont la manière de FAIRE est large, facile, 
généreuse , et je ne plaisante pas. 

« Or, si vous allez à la garde-robe, je vous demanderai mon 
meuble; faites-le emballer et filer rue de Sèvres, 102. 

« J'ai un tableau en échange tout prêt, ce paysage où vous 

(i) Aujourd'hui au musée de Vali 



u 



PREMIERE PARTIE. 



m'avez fait votre signature au revers: j'y ai mis vingt-cinq 
petites figures et un Christ peint avec finesse et touché avec 
adresse (et vous connaissez mon adresse : rue de Sèvres , 
n° 102.) 

« Mon meuble ou la mort. » 





M. de Rigny tope à la proposition ; et comme il se plaint de sa 
santé, Charlet écrit cette lettre qui, pour la pensée, le pittoresque 
et l'énergie de l'expression , ne nous semble pas inférieure à une 
page de Montaigne. 

Au général de Rigny , à Lille. 



24|mar.s 1836. 

« Un bon tu ïauras est quelque chose dans la bouche d'un 
général français; ATTENDONDON, car il ne peut faillir, et je 
suis certain d'avoir un beau meuble; aussi je vais reglacer 
un coin du tableau et finir précieusement les premiers plans. 
ATTENDONDON. 

«. Pauvre homme , que la brume de l'ennui et des dégoûts 
vient pénétrer jusques aux os ( ZOZO) ; vous luttez contre ce je ne 
sais quoi qui nous prend a quarante ans, tous, plus ou moins. 
C'est un je ne sais quel sentiment de notre misérable condition 



SA VIE. — SES LETTRES. 95 

sur terre, un je ne sais quel dégoût des hommes et presque des 
choses. On se blase , on a besoin d'émotions douces, mais so- 
lides en philosophie ; tout devient saltimbanque et oripeau; enfin 
nous nous effaçons comme une vieille pièce de sixliards lorraine. 
Adieu l'animal , nous devenons slupides et craquelars , cassants , 
humoristes , quinteux ; on nous marche sur nos durillons , et les 
angoisses de notre future pourriture commencent à nous prendre 
par les mâchoires; nous avons des rhumatismes de tête et de 
queue ; enfin c'est le commencement de la fin. 

Voilà ce qui vient vous battre en brèche, malgré votre triple 
enceinte , votre citadelle et vos casemates ; tout cela est à l'abri 
de la bombe et du boulet , mais non de l'ennui. L'ennui ! 
cette goutte d'eau qui fait son trou et perce le rempart le plus 
épais. Voilà ce qui vous tue; allons , venez manger la soupe aux 
choux de l'artiste , c'est encore le remède aux punaises morales ; 
venez! 

« Adieu , on vous aime toujours. 

« Charlet. )> 



XXV 



Cependant Charlet, en avançant dans la vie, sentait plus vive- 
ment chaque jour le besoin de son indépendance et de sa liberté. 
Ayant déjà rompu des relations qui, après 1830, l'avaient entraîné 
hors de sa sphère , en quelque sorte , il se partageait entre ses tra- 
vaux, sa famille et ses amis; il continuait avec ceux-ci ce laisser- 
aller, ces rendez -vous au cabaret chez la mère Saguet- Bourdon, 
où, après un diner aussi gai que modeste, les distractions consis- 
taient à raconter et à improviser des vaudevilles, de la comédie, de 
la tragédie, voire même de Topera, paroles et musique; ou bien en- 
core on fondait des sociétés, société Lyrique et Anti- politique, des 
Frileux, Anti -cholérique, des Festins de Balthazar; et souvent on 
se réunissait le soir à l'atelier de Charlet, et on s'y livrait à la gaieté 
la plus folle et la plus communicative. Quelquefois aussi Charlet 
acceptait de quelques très -rares amis un diner aux Frères Proven- 
çaux et une stalle au spectacle; et son faible pour Debureau ne 
Fempêchait pas de prendre grand plaisir aux spectacles sérieux et 
même à la grande musique du Conservatoire. 



96 PREMIÈRE PARTIE. 

Parmi les amis qui fréquentaient ces réunions joyeuses , nous en 
pourrions nommer plusieurs qui depuis ont conquis un rang élevé 
dans les arts et la politique. Citons seulement ici dans une condition 
plus modeste MM. Mouffle, Feine et Aubry, qui ont bien voulu 
mettre à notre disposition les lettres qu'ils ont reçues de Charlet. 

M. Mouffle, sous -chef de bureau au ministère de la guerre, 
poëte lauréat de la belle Isaure , comme dit Charlet , a entretenu 
avec ce dernier une correspondance en prose et en vers pendant les 
années 1836 à 184-5. Nous en donnerons successivement quelques 
fragments, dans lesquels on reconnaîtra notre gai moraliste. 



30 janvier 1836. 

A M. Mouffle, capitaine dans la 10 me légion. 

« Très-honorable camarade , 

« Honorable est le mot vrai; vous! moi! nous sommes 
honorables. Nous avons des femmes el des enfants que nous 
aimons, et des amis auquels nous cherchons a être agréables. 

Nous remplissons nos devoirs de citoyens en hommes qui 
aiment leur pays, veulent sa liberté, son indépendance et le pro- 
grès sans fureur, sans effusion de sang. Nous voulons que la 
raison triomphe , que i'égoïsme et l'hypocrisie soient démasqués 
et vaincus ; enfin que la tyrannie , sous quelque bannière qu'elle 
se montre, soit abattue et refoulée dans le néant. 

Voila ce que nous voulons ; mais , très-honorable camarade, 
nous avons encore loin du point où nous sommes au point où 
nous voulons arriver. Voir les imperfections, c'est bien peu; 
les détruire , chose facile ; mais constituer en les évitant , ar- 
river a mieux, voila le difficile. La main de l'homme est partout; 
partout le manque de désintéressement se fait sentir, l'intérêt 
personnel domine. L'intérêt personnel ! figure de bronze au cœur 
de fer, colosse que la rouille du temps n'a pu détruire. Ce cochon 
de temps qui détruit tout ce qu'il y a de beau , n'épargne rien , si 
ce n'est le vice ; car, Dieu merci , nous sommes vicieux, nos 
pères Tétaient , et nos enfants le seront, pourtant on peut être 
honorable et vicieux, n'est-ce pas, Mouffle?... 



SA Y1E. — SES LETTRES. 91 

« A propos de vices et de vertus (et versi versa) comme disait 
un vieux capitaine de hussards , latiniste de chabraque et pro- 
fesseur vinicole. A propos de ce pathos ou patos , nous dînons 
jeudi prochain, a quatre heures, rue de l' Ancienne-Comédie, 
au petit Rocher-de-Cancale. 

« J'y serai (exactitude et dévouement). 

« Bonjour et amitiés sincères. 

Charlet. » 



Au même. 

Poëte quinquagénaire, 

Demain, en habit militaire, 

A onze heures très -précises , 

Sobrement, sans friandises, 

Nous mangerons à la maison 

La côtelette de l'élection. 

L'ordinaire sera court et bon , 

Acceptez -le donc sans façon. 

Nous y joindrons sans importance 

Le brie de la reconnaissance ; 

Mais surtout grande exactitude , 

En tout j'aime la rectitude ; 

Torênos en a l'habitude, 

De sa vie c'est la seule étude. 

Sur lui je crois pouvoir compter, 

Comme sur vous me reposer. 

A demain donc, soyez exact , 

Placez le pompon avec tact , 

Surtout brossez bien votre frac ; 

Que le sous -pied ne fasse pas crac ; 

Assurez - le par deux boutonnières ; 

Astiquez bien plaque, mentonnières, etc. etc. 

A demain... Mes amitiés. 

Enfoncé, Mouffle ! pas de force ; enfoncé ! ! ! 

« Charlet. 

7 



PREMIERE PARTIE. 



XXVI 



On connaît le proverbe espagnol : // fut brave tel jour. Ne pour- 
rait-on pas dire d'un homme d'esprit : // en manqua tel jour. Et 
c'est précisément ce qui arriva à notre pauvre Charlet en certaine 
circonstance où non- seulement son esprit lui fit défaut, mais encore 
son bon sens , sa haute intelligence et des choses et des hommes. 

A quoi pensait -il donc quand il adressait à Messieurs les membres 
de l'Académie des Beaux- Arts cette lettre si courte et si modeste? 



Paris , 10 décembre 1836. 

« Messieurs , 

« La mort de M. Garle Yernet laissant vacante une place à 
l'Institut, je viens vous prier de vouloir bien m'admetlre au 
nombre des candidats, si toutefois vous jugez que par mon 
œuvre j'ai mérité cet honneur. 

« J'ai l'honneur d'être, Messieurs , etc. etc. » 

Gomment! demander à remplacer Carie Vernet, à faire partie 
d'une compagnie qui compte dans son sein MM. X..., Y..., Z... (j'en 
passe, et des meilleurs ) ! Quelle vanité ! quelle outrecuidance ! quel 
oubli de soi-même ! 

Il est vrai que notre candidat a mis au jour un œuvre lithogra- 
phique immense, dans lequel se trouvent des compositions que ne 
renieraient pas les plus illustres maîtres , qu'enviait quelquefois Gros , 
nous l'avons déjà dit; qu'il a produit plus de quinze cents dessins, 
dont un grand nombre sont des chefs-d'œuvre de composition, de 
verve, de sentiment et de couleur, et dont un, analysé un 
jour par Gérard , lui arrachait cette exclamation : « Appelez cela 
comme vous voudrez, mais c'est du génie (1); il est vrai, enfin, 
que dans un tableau récent il vient de prouver que son talent pou- 
vait atteindre aux sujets les plus élevés...; peu importe, Gharlet, 

(1) Mercure du xix* siècle. , 28 janvier 1826. Article signé A. .lAL. 



SA VIE. — SES LETTRES. 99 

Géricault, votre illustre ami, n'a point été de l'Académie; de nos 
jours Delacroix y parviendra- 1- il? 

Quoi qu'il en soit , le tact merveilleux qui abandonnait si rarement 
notre artiste lui revint bientôt. A peine avait -il risqué sa demande 
qu'il écrivait à M. Heim cette lettre dans laquelle il cache son anxiété 
sous une forme ironique. 



29 janvier 1837. 

A M. Heim , peintre d'histoire , membre de l'Institut. 

« Mon cher Heim , je vous avais prié de me donner un ren- 
seignement d'ami : je pense que votre silence signifie que je dois 
m'épargner une mauvaise posture, et vous n'avez pas voulu me 
le dire, craignant peut-être de m être désagréable; je dois vous 
rassurer. En effet, connaissant votre amitié pour moi , je vous 
avais même écrit une petite lettre joviale , afin de vous mettre 
a votre aise. 

« Croyez bien, mon cher Heim, que je sais ce que je pèse; 
je connais la difficulté, et sais combien nous sommes loin du 
but que nous nous proposons. Je voudrais bien avoir un peu 
plus de contentement de moi-même , j'éviterais bien des cau- 
chemars ; et vous savez vous-même , n'est-ce pas? ce que c'est 
que la misère du cauchemar. 

« Enfin , mon brave ami , ne craignez pas de me dire ce que 
vous pensez : je sais que le genre que je fais n'a que très-peu 
d'appréciateurs a l'Institut, a tort ou à raison ; mais à chacun 
son idée. Il faut un peu de tout, et l'art ne peut pas toujours 
être sévère. 

« J'aurais donc pu penser que si l'Institut admettait un 
homme de genre, je pourrais avoir quelques suffrages; mais si 
tout membre de l'Académie doit être peintre d'histoire ancienne, 
je n'ai que faire de me refroidir les pieds. 

« Dites-moi donc franchement ce qu'on en pense, c'est un 
service à me rendre, car je ne suis que très-peu chatouilleux 
sur l'article ambition. Quand j'ai réussi à peu près à faire 
quelque chose que les amis des arts apprécient un peu , cela 
me suffit avec le coin du feu. 



100 PREMIÈRE PARTIE. 

« Je pense bien que vous n'avez pas pris au sérieux mon 
indemnité d'E...; c'est une naïve plaisanterie faite sur les pillards 
qui me méprisent , mais qui me volent. 

« Mes amitiés. 

a Charlet. » 

Charlet ne fut donc pas admis ; il n'en pouvait être autrement , 
et il en sera toujours ainsi pour les artistes qui, se refusant à s'in- 
féoder dans une école, dans une coterie, voudront marcher dans 
leur indépendance et leur liberté. 

Charlet fut repoussé ; il n avait fait que de petites choses , comme 
si la dignité de l'art résidait dans le sujet ou la grandeur de la toile 
plutôt que dans le style imprimé à l'œuvre; et comme si les anciens, 
nous dit M. Feuillet de Conches , dans son excellente étude sur Léo- 
pold Robert, n'avaient pas trouvé autant de majesté divine dans une 
statuette de Jupiter , par Polyclète, que dans le colossal Jupiter Ton- 
nant de Phidias. 

Ne regrettons pas la mésaventure de Charlet ; car si l'Académie 
s'était honorée en le recevant dans son sein, n'y avait -il pas à 
craindre qu'il eût voulu se modifier, et qu'en pénétrant dans le sanc- 
tuaire il n'eût laissé à la porte sa verve et sa naïveté. 



XXVII 

Le gouvernement prit Charlet plus au sérieux que l'Académie , 
car après l'avoir fait officier de la Légion d'honneur au commence- 
ment de 1838, il le nomma à la fin de cette même année professeur 
à l'École polytechnique. 

Cette dernière nomination le combla de joie. Il écrit à ce sujet : 

« J'avoue que j'aurai du plaisir a professer sous un point de 
vue élevé un art qui me plaît, dans lequel j'ai acquis quelque 
expérience, et surtout au profit de jeunes gens que j'aime, et 
qui seront appelés a relever les postes de notre génération. » 

Et dans une autre lettre : 

« Je professe comme un César a l'Ecole , et fais le bonheur 



SA VIE. — SES LETTRES. 101 

de l'élève par une philosophie encourageante, bienveillante et 
surtout éminemment française. » 

Cette nomination , toutefois, si heureusement inspirée, ne se fit 
pas sans de grandes difficultés. Quelques membres de l'Institut s'é- 
taient mis sur les rangs ; ils ne comprenaient pas qu'on pût leur 
préférer un faiseur de caricatures , et le placer à côté de Steuben , 
déjà professeur à l'École et destiné à l'Académie. 

Mais Charlet fit taire bientôt ces injustes critiques : il se mit à 
l'œuvre avec toute son intelligence et sa bonne volonté. Après avoir 
vu de ses propres yeux les méthodes employées à l'École , ou plutôt 
après s'être assuré qu'on n'en suivait aucune, il chassa d'abord de l'en- 
seignement le grenage , l'estompage , le pointillé et toutes ces petites 
choses inventées pour empêcher d'apprendre; puis après quelques 
essais qui réussirent, rappelant les usages des anciens maîtres, il 
introduisit le dessin à la plume, dont il obtint bientôt les meilleurs 
résultats. Lui-même, joignant l'exemple au précepte, faisait pa- 
raître une suite de cinquante -deux dessins à la plume, que d'autres 
modèles vinrent plus tard compléter ( 4 ) . 

Nous avons entre les mains de nombreuses notes recueillies çà et 
là dans des papiers en désordre. Ces notes donnent les raisons judi- 
cieuses qui ont déterminé Charlet à bouleverser de fond en comble 
l'ancien enseignement. 

En voici quelques fragments qui prouvent avec quel entrain 
Charlet avait pris la direction de son enseignement. 



« J'ai lu quelque part, je ne sais plus où, que ce monde était 
une vallée de boue et de larmes. Si celte pensée toute poétique 
a quelque chose de vrai , me suis-je dit, je ferai en sorte de 
ne pas me croller, et pour cela je remplirai mes devoirs con- 
sciencieusement , j'acquitterai ma dette religieusement. En 
quelque coin que nous soyons jeté, et quelque minime que 
soient nos moyens et notre position , concourons donc , ne 
serait-ce que pour une faible fraction, a l'œuvre humanitaire; 
apportons notre faible javelot au faisceau commun. Qui a fait 
ce qu'il a pu , a fait ce qu'il a dû; s'il n'a pas réussi, s'il se 



(i) Ces dessins a la plume sur pierre ont été successivement adoptés pourl'eiiseiguement des Ecoles 
spéciales. Ils ont été imprimés chez les frères Gihaut , qui en sont demeurés les acquéreurs. 



102 PREMIÈRE PARTIE. 

trouve brisé, ma foi ! résignons-nous. Peut-être dira-t-on de nous 
ce que Napoléon disait en se découvrant devant des prisonniers 
autrichiens : HONNEUR AU COURAGE MALHEUREUX ! c'est 
une consolation. Quant a gémir sur les malheurs de cette vie, 
ce rôle larmoyant peut convenir a certaines organisations qui 
s'y procurent une infinité de jouissances ; le fait est que j'ai vu 
certaines gens qui n'étaient vraiment heureux qu'alors qu'ils 
étaient très-malheureux. Je ne veux point non plus être un Dé- 
mocrite; mais la devise de COURAGE ET RÉSIGNATION me 
plaît ; c'est avec ce drapeau que je vais me mettre a l'œuvre. 

« Pour bâtir, il faut d'abord examiner le terrain sur lequel 
on veut construire, et faire la construction en raison de sa des- 
tination. Je veux élever ici une chose utile et a peu de frais 
d'exécution : donc je dois chercher la simplicité. Je veux tâcher 
de rendre fructueuses le peu d'heures que les élèves de l'école 
Polytechnique peuvent consacrer a l'étude du dessin; donc je 
dois débarrasser cette étude de ses superfluités ; je dois cher- 
cher les moyens les plus prompts et les plus simples pour di- 
minuer la difficulté de l'exécution, en multipliant la production , 
c'est-a-dire faire pratiquer beaucoup par des moyens rapides, 
afin d'exercer l'œil et le jugement. 

« Le progamme des conditions d'admission a l'École exige 
que l'aspirant soit en état de dessiner une figure académique 
massée, c'est-à-dire avec un côté ombré. Tous les élèves de 
l'École satisfont-ils a cette condition? Non. Le Conseil, par 
exception il est vrai , se laisse aller a l'indulgence pour les 
élèves dont les examens sont supérieurs. Et chaque année, 
sur cent cinquante élèves admis, il n'y en a guère que dix des- 
sinant a peu près bien. Cette faiblesse du dessin chez les 
aspirants vient de ce que renseignement dans les écoles pré- 
paratoires est dans une direction fausse. On fait perdre aux 
jeunes gens un temps précieux dans des choses puériles ; on 
leur fait cribler de hachures des tètes d'étude sur lesquelles 
ils passent des mois entiers, parce que les chefs d'institution 
ont besoin de frapper et de charmer les regards des parents 
par une exhibition de magnifiques dessins plus ou moins bien 
grenés, égrenés et hachurés, d'un fini doux et précieux. Je 
comprends celte condescendance des chefs d'institution pour 



SA VIE. — SES LETTRES. 103 

leurs clients , je n'accuse point ici les hommes honorables 
placés a la tête de l'instruction publique ; ils subissent une 
des tristes nécessités de leur état. Je ne trouve pas mauvais 
que Ion fasse faire des yeux, puis des nez, et enfin des têtes, 
des pieds et des mains avant de donner aux jeunes élèves des 
figures académiques. Mon Dieu ! tous les moyens sont bons ; 
il faut voir le résultat ; mais une fois que vous avez dégrossi 
l'élève (passez- moi l'expression) n'allez pas (ici, j'entends 
élève destiné aux écoles du gouvernement) n'allez pas , dis-je , 
lui faire perdre son temps a confectionner des tissus crayonnés. 
Donnez-lui une estompe de papier pour lui apprendre a étendre 
promptement son noir sur le grand côté de l'ombre , toutefois 
après avoir massé ses ombres très-vigoureusement avec la 
pointe d'un crayon pas trop dur ; celte estompe ayant deux 
bouts, l'un servira pour les ombres, l'autre pour les demi- 
teintes. Faites copier a l'élève avec ce moyen d'exécution 
quelques figures académiques; puis, promptement et en même 
temps , mettez-le a la bosse ; joignez a cela des traits massés 
à la mine de plomb , d'après les Loges de Raphaël ou des 
figures de Michel-Ange, et cette éducation, d'un confortable 
bien démontré, vous amènera a l'École des élèves qui sau- 
ront dessiner. 

« En dehors des maisons d'éducation , il y a les volontaires , 
les irréguliers qui étudient chez leurs parents : ceux-là se 
présentent quelque temps avant le concours chez un maître 
de dessin en lui disant : Monsieur, je me présente cette année 
a l'école Polytechnique, et je voudrais apprendre a faire une 
académie. On peut juger de ce qu'il saura au bout de ses 
trois ou six mois. 

« Il ne manque pas d'hommes de talent comme exécution 
dans l'enseignement du dessin ; mais il manque d'hommes qui 
savent le diriger et ne pas fléchir devant le goût et les idées 
des honorables parents de leurs élèves. — Je donnerai aux 
professeurs une recette bien simple pour se débarrasser des 
réclamations; dites ces seules paroles : SI VOUS VOULEZ 
QUE VOTRE FILS SOIT REÇU !... Oh ! alors , c'est le tom- 
beau de Mahomet qui apparaît aux bons musulmans , ils se 
prosternent. 



104 PREMIÈRE PARTIE. 

« Les élèves arrivent donc 1res -faibles à l'École quand 

ils devraient arriver déjà forts. Combien auront-ils a consa- 
crer à l'étude du dessin pendant leur séjour a l'École ? Six 
mois chaque année, deux leçons par semaine, enfin cinquante 
leçons par an de deux heures chacune. Otez de ces deux heures 
le temps de se rendre à la salle d'étude et d'être en place; 
crayons taillés , encre broyée , etc. etc. , il vous restera sept 
quarts d'heure. C'est donc environ vingt -quatre jours de tra- 
vail de douze heures pour les deux années. L'élève peut- il 
apprendre le dessin dans un temps aussi court? Non ; donc, on 
doit exiger qu'il sache dessiner en arrivant a l'École , afin d'y 
recevoir un haut enseignement qui sera en harmonie avec ce 
qu'il est appelé à pratiquer un jour. 

« Or, que doit -on faire à l'École ? Y acquérir une instruction 
dont on fera plus tard l'application dans les services publics, 
après avoir passé par les écoles affectées à chaque genre de 
services. Les élèves deviennent donc des ingénieurs civils ou 
militaires, des officiers d'artillerie, etc.; ils ne deviennent ni 
peintres, ni sculpteurs, à moins qu'ils n'abandonnent leur car- 
rière pour cultiver les arts. 

« Eh bien , c'est en partant de là que je me suis dit : il faut à 
ces gens pour faire leur route ni trop, ni trop peu de bagage; 
il ne faut point les surcharger de choses inutiles, donnons- 
leur seulement ce qu'il leur faut ; mais qu'ils soient mis en 
demeure surtout de pouvoir pratiquer seuls avec les principes 
généraux que je leur donnerai , et de savoir comment ils doi- 
vent procéder. Il ne s'agit pas de mettre un élève devant un 
dessin hérissé de difficultés comme exécution , et de lui dire : 
Faites ce que vous voyez. Ce serait jeter a l'eau un homme 
qui ne sait pas nager et lui crier : ALLEZ! Avant tout , soute- 
nez-le. La première chose est de lui donner un modèle 
simple, fort simple, où il lise bien clairement la marche à 
suivre dans l'exécution; que la charpente s'offre à son œil bien 
nette ; c'est ce que j'ai cherché dans l'organisation de mes 
cours; j'ai élagué tous les détails inutiles, de ces riens qu'en 
termes artistiques on appelle des détails de nature. Je ne fais 
d'abord voir à l'élève que des grandes lignes et des masses ; 
puis je cherche dans la démonstration à frapper son espril 



SA VIE. — SES LETTRES. 105 

par des comparaisons ou des images qui lui laissent des 
traces » 



« L'égoïsme est une affreuse maladie , une lèpre bien repous- 
sante, bien honteuse, qui malheureusement afflige une grande 
parlie du corps social ; cherchons donc a empêcher la conla- 
gion et a détruire même la source du mal, en payant (chacun 
selon nos moyens physiques, moraux et sociaux) le tribut que 
nous devons a la sociélé, dussions-nous ne pas recevoir en 
échange une somme de reconnaissance égale a nos sacrifices 
et à nos travaux. 

« L'artiste , comme le savant et le littérateur , est appelé à 
celte noble lâche. L'artiste , du fond de son atelier, peut faire 
froncer le sourcil du despote et rougir le servile ; son crayon , 
qu'il consacre au triomphe des idées généreuses, est une arme 
dangereuse pour la tyrannie comme pour l'immoralité ; et tout 
en suivant les règles de l'art , sans s'écarter de l'étude et du 
bon goût, le choix de ses sujets doit tendre au but que je 
viens d'indiquer. Le peintre comme le sculpteur doivent s'en- 
tendre et marcher dans cette voie de réforme morale, dans cet 
enseignement du noble et du beau. 

« Être utile a la science est un noble devoir pour l'artiste. 
Apporter son tribut au complément d'une instruction qui doit 
former des hommes utiles , des hommes appelés a marcher a 
la tête de la civilisation , est une mission qui n'est pas sans 
gloire dans son accomplissement. Mais pour atteindre ce but 
il faut d'abord procéder avec prudence pour agir ensuite avec 
vigueur; car, en toutes choses, il faut que la conception, que 
la pensée soient mûries et lentes, mais que l'exéculion soit 
rapide. 

« J'examine d'abord la situation des choses ; je prends con- 
naissance du terrain où je vais construire. Le dessin a l'école, 
c' est-a-dire son enseignement, n'était pas dans des voies assez 
simples. Le fond était absorbé par la forme. Une figure (je dis 



106 PREMIÈRE PARTIE. 

figure pour académie) prenait pour son exécution de dix à qua- 
torze séances. Deux séances seulement étaient employées a 
l'ensemble ou charpente (ou esquisse, suivant l'expression 
usitée par les élèves) ; les autres séances étaient dévorées par 
l'exécution des ombres et des demi-teintes , à l'exécution du 
modelé enfin; le dégoût arrivait promptement, et la figure 
académique servait de maintien a l'élève pour se livrer en 
toute sécurité a une conversation qui compensât l'ennui du 
travail, sans attirer la consigne. 

« Ainsi Télève, après avoir été absorbé par l'exécution de 
deux ou trois mille hachures soutenues d'un grené serré , avait 
dépensé une somme de temps immense, et cela pour une 
figure. Il sentait bien qu'il n'avait rien appris; que son œil 
ne s'était point exercé a construire la forme humaine et à 
retenir quelque chose dans son esprit : il comprenait parfaite- 
ment qu'il avait perdu son temps dans des détails au lieu de 
s'exercer sur la masse et l'ensemble, choses nécessaires et 
principales pour lui. 

« Enfin dans toutes les parties de l'enseignement, soit figure, 
chevaux ou paysage, le crayonnage rongeait le temps, et le 
découragement était grand. C'est alors que je songeai au 
dessin a la plume. Je pensai que ce genre convenait a des 
gens qui ne sont point destinés a faire des peintres ou des 
sculpteurs ; quoique je prétende qu'il est même fort bon pour 
ces derniers ; et pour preuve , je citerai les vieux maîtres : les 
Michel-Ange, les Raphaël et autres. Je donnai donc quelques 
dessins a la plume à faire a des élèves ; la promptitude de 
l'exécution, l'aspect vigoureux obtenu par des moyens simples, 
leur fit préférer ce genre à tous les autres. Ce qu'une partie 
seulement des élèves avait fait , tous voulurent le faire : le 
dessin à la plume chassa le crayon et le refoula dans les ate- 
liers; les écoles de dessin égrené, estompages et hachures 
crayonnées furent impitoyablement exilées. La plume admit 
seulement les hachures fermes et vigoureuses. 

« Il est de fait qu'un plus grand nombre d'élèves parvint a 
une certaine force , qu'on produisit bon nombre de bons des- 
sins, dont quelques-uns même remarquables. 

« Pensant alors au paysage, je m'arrêtai a une idée que je 



SA VIE. — SES LETTRES. 107 

crus bonne : celait de ne donner aux élèves que les espèces 
d'arbres les plus nécessaires. Ainsi je choisis l'orme, l'arbre 
des routes; le chêne et le sapin pour les forêts; puis le 
saule et le peuplier, compagnons des rivières. Je fis ce choix , 
toujours dominé par cette pensée qu'il faut qu'a l'École l'art 
ne prête a la science que juste ce qu'il faut pour sa roule et 
ne la charge pas d'un bagage inutile. « Je veux que chaque 
chose, dis-je à mes élèves, porte avec elle une méthode, un 
principe que vous appliquerez plus tard, si vous voulez vous 
exercer; c'est la science de l'art a laquelle je veux vous initier. 
Vous avez peu de lemps a me donner ; je ne dois pas espérer 
vous faire arriver a un degré remarquable d'exécution ; mais je 
vous apprendrai a voir au premier aspect que la grande char- 
pente des objets et la masse des ombres sont les deux objets 
qui doivent d'abord vous occuper. J'empêcherai voire œil de 
voir les détails. Les détails ! oh ! mais Ton en fait et l'on en 
met presque toujours trop. Les hommes de détail ! mais il y 
en a par centaines dans les rues de Paris ; on les heurte , on 
les coudoie ; mais les hommes d'ensemble , les hommes larges , 
oh! ceux-là, il se faut fatiguer pour en Irouver quelques-uns. 
On en cile, mais peu. » 

« Charpenter est ce qu'on appelle esquisser. On charpente 
une figure (académie), on charpente une maison, un poëme, 
une iragédie ; on conçoit une opéralion : on la charpente dans 
la pensée, puis l'exécution et les détails viennent ensuite. Ainsi 
je vous présente une figure massée autant qu'elle doit l'être 
pour vous. Cette ligure , je l'ai d'abord charpentée , j'ai cherché le 
mouvement par des lignes, sans m'occuperdes détails; puis, le 
mouvement trouvé, j'ai cherché la forme, puis alors seulement 
j'ai mis les détails , comme on met des points et des virgules a 
une lettre. — Nous sommes au théâtre , vous au parterre, moi 
aux quatrièmes loges : certes aucun des détails de ma figure ne 
peut être saisi par vous. Si vous me reconnaissez, ce ne sera 
pas parce que j'ai les yeux bleus ou un signe à la joue, mais 
par la construction de ma tête et ses grandes divisions. La lu- 
mière, en frappant sur les parties les plus saillantes, fera projeter 
de grandes et fortes ombres qui vous accuseront la forme et le 
caractère qui vous feront me reconnaître. Eh bien, voila ce dont 



108 PREMIÈRE PARTIE. 

je veux que vous vous occupiez d'abord eu lotîtes cboses : de ce 
qui accuse la grande forme et f ASPECT. » 



« On a voulu donner au corps bumain des proportions com- 
passées, évaluées, chiffrées; tout cela a disparu, et cela devait 
être. Vous avez mesuré le Laocoon, bien; mais Phidias faisant 
un autre Laocoon aurait pu faire encore un chef-d'œuvre dans 
des proportions différentes. 

« On a remarqué seulement que le squelette humain variait 
très-peu dans trois longueurs : de la tête , des clavicules au 
péroné, de l'os des îles au milieu de la rotule, et de la rotule 
au talon. 

« On a remarqué aussi que la construction humaine avait le 
plus ordinairement de sept têtes a sept têtes et demie; les an- 
ciens donnaient souvent huit têtes à leurs figures drapées, on 
en comprend la raison. Les draperies, pour bien se développer 
et donner de belles lignes , ont besoin d'être jetées sur une figure 
de grande taille; nous en avons la preuve, nous modernes, 
par le manteau. Jetez un manteau sur un homme petit et épais, 
c'est une borne recouverte. Taima seul, ce grand artiste d'un 
goût si pur, trouvait le moyen , quoique de taille moyenne et 
assez gros , à force d'art et de goût dans l'ajustement de son 
costume, de se grandir, et de conserver la sévérité et l'aspect 
des belles statues antiques. Mais Talma était un homme de 
génie, très-versé dans la numismatique; lui-même était une 
belle médaille vivante. 

« Ainsi les anciens se gardaient bien de la grosse tête : la 
grosse tête rabougrit la figure; joignez a cela des draperies, 
et vous aurez un je ne sais quoi , que j'appellerai CABOCHARD ; 
une grosse tête est tout ce qu'il y a de plus disgracieux dans la 
forme humaine, principalement chez les femmes. 

« Il ne faudrait pourtant pas tomber dans l'excès contraire, 
il vous mènerait aux têtes de linotte , à ces têtes où l'on ne 
peut soupçonner la présence d'un cerveau; donc sept têtes et 



SA VIE. — SES LETTRES. 109 

demie est une division qui doit se retrouver souvent dans les 
hommes bien proportionnés » 



XXVIII 



Ces pensées judicieuses, imprégnées d'un amour et d'une connais- 
sance de l'art si remarquables, n'ont été écrites que vers 1842, nous 
le supposons. 

Mais déjà en 1839, et en guise de préface à son cours de cin- 
quante-deux dessins à la plume, dont nous avons déjà parlé, Char- 
let avait écrit une causerie artistique qu'il a intitulée : LA PLUME. 
Cette causerie nous semble tout simplement un petit chef-d'œuvre. 
Sous une forme aimable, naïve, spirituelle, comme toujours, elle 
s'élève aux plus hautes considérations de l'art. 

Nos lecteurs vont en juger , car, quoique déjà imprimée, elle doit 
trouver ici sa place ; elle entre, en efFet, dans le bagage du moraliste 
et du grand artiste. 



LA PLUME 

CAUSERIE ARTISTIQUE 

« La plume est un outil excellent, commode et peu dispen- 
dieux ; il donne a la main résolution et fermeté dans l'exécution. 
Avec lui point de tâtonnements ; il fait aborder la difficulté , 
sauter le fossé sans le sonder; il guérit de la frayeur en faisant 
oser; et, en toutes choses, il faut oser, oser faire mal même. 
C'est un courage qu'il faut avoir; autrement on n'arrive pas; car 
souvent qui veut trop bien faire ne fait rien de bien. 

« Je n'encouragerai pas a dessiner à la plume pour arriver à 
exécuter des ouvrages de patience, des trompe-l'œil rivalisant 
avec la taille-douce, ce n'est pas là le but de la plume. La 
plume! c'est l'eau-forte , large et vigoureuse, c'est un moyen 
simple et énergique d'exprimer une pensée et de rendre une 
forme ou un aspect. 

« Les anciens maîtres aimaient la plume, et nous ont laissé 



i 10 PREMIÈRE PARTIE. 

de beaux et savants dessins en ce genre, dessins qui ne sont 
pas à la portée du plus grand nombre , et pour lesquels , bien 
des gens , d'ailleurs fort honorables , fort bien nés et de très- 
bonne compagnie, ne donneraient pas le plus mince cro- 
quis de leur album. C'est très-naturel : il faut de la nourriture 
pour tous les estomacs. Respectons les opinions, les religions, 
même les faiblesses. Comme dans la pratique des arts , des 
lettres ou des sciences, respectons ceux qu'une opiniâtre per- 
sévérance rend victimes d'un noble sentiment, d'un ardent 
amour du bien et du beau; ils n'auront jamais pu atteindre leur 
but, ni rendu leur pensée; et poursuivant leur rêve, ils ne se 
seront éveillés que pour mourir. Saluons-les , et répétons avec 
le grand homme. « Honneur au courage malheureux ! » Cou- 
rage et malheur... honneur et indigence vont, hélas! trop sou- 
vent de compagnie, ne trouvant que des épines et des ronces 
sur le chemin de la vie , alors que maître Aliboron se roule sur 
le pré et pâture a souhait. 

« Le portier de la maison que j'habite, ingénieux mécani- 
cien , travaille depuis vingt-cinq ans a un instrument chimique 
qui pèsera l'or et en donnera le titre comme l'alliage; puis il a 
inventé une machine à vapeur pour nettoyer les rues de Paris. 
J'admire l'organisation de cet honorable ouvrier: quelle persé- 
vérance ! quel courage ! Je reste honteux quand je me compare à 
lui; aussi , tous les jours je le salue , en répétant: « Honneur 
au courage malheureux !» Il y a des instants où l'on regrette 
d'être sans fortune. Près du travailleur demeure un faquin , pi- 
lier d'estaminet, nullité, calamité sociale; il hérite de dix mille 
francs de rente d'un vieil oncle d'Amérique. Voila maître Alibo- 
ron dans la litière jusqu'au menton; il est ignare , il est riche; 
l'autre est pauvre, mais intelligent et capable. Cela s'appelle, 
selon M. Azaïs, le système des compensations. 

« Mais revenons a la plume , à cet excellent outil fait pour 
l'ingénieur et l'homme de guerre, l'artiste, le graveur, enfin 
pour tous ceux qui, par état ou par plaisir, doivent voyager, 
voir, recueillir et butiner pour l'histoire. 

« L'ingénieur, l'officier, ou tout autre attaché à une expé- 
dition , a une reconnaissance , doit saisir a tire d'aile les princi- 
pales lignes des objets comme des mouvements qui s'offrent a 



SA VIE. — SES LETTRES. 111 

sa vue. Un léger calepin, un crayon de mine de plomb, voila 
son bagage du moment ; avec cela il croque vivement ; puis le 
soir, a son bivouac ou a son logement, il revoit sa sténographie. 
La mémoire fraîche et l'esprit encore impressionné , il prend sa 
plume et fixe son croquis , dont il indique les ombres par quel- 
ques traits ou par une teinte lavée. Dès lors il peut dormir en 
paix sur la paille, s'il en a, ou sur la terre de misère, si la 
litière manque. Ses dessins , fixés solidement et rapidement par 
la plume , n'auront rien a redouter des frottements et des avaries 
inévitables en voyage. 

« Ce que je dis ici sera senti et approuvé par les hommes 
d'expérience , attendu que c'est l'expérience qui me dicte. J'ai 
longtemps pratiqué et couru le chemin et la montagne : j'espère 
donc convaincre les officiers, ainsi que les élèves des Écoles, 
quele dessin , comme je l'entends et le vois pour son appli- 
cation dans les services , est chose utile. J'ai souvent entendu 
dire aux élèves: « Le dessin ne sert a rien. » Certes, j'avoue 
tout le premier que le dessin pointillé, que les estompades per- 
lées au coton et autres colifichets, ne sont pas nourriture pour 
leur estomac. Je n'aime pas à voir un ingénieur compromettre 
sa santé et perdre ses heures de soleil a polir, lécher et poin- 
tiller de charmants petits riens dans l'album de la châtelaine ; 
j'aimerais autant voir un éventail a l'Hercule Farnèse. 

« J'ai donc travaillé pour l'ingénieur et l'homme de guerre 
dont le temps est absorbé par de sérieux et pénibles travaux , 
et par ce qu'on appelle la pioche en X. Je leur ai fait du 
paysage a peu de frais, écrit et massé un bout de terrain, un 
fragment de roche, quelques buissons , quelques arbres, où les 
morceaux de clairs et d'ombres sont indiqués par de simples 
lignes horizontales ou perpendiculaires , par quelques piqués 
noirs. J'ai mis de côté les finesses et malices d'exécution qui , 
ne prouvant rien , n'en apprendraient pas davantage. 

« J'y ai joint quelques figures au trait, et à peu de frais 
comme ombres, et quelques costumes militaires de différents 
règnes depuis Henri IV; j'ai tracé le plus simplement possible, 
sans tours de force, sans ce qu'on appelle en terme d'atelier 
ficelles. Les ficelles sont la triste ressource des gens qui n'ont 
que des bras, mais de tête et de cœur, point. Arrière donc les 



I h2 PREMIÈRE PARTIE. 

ficelles! on doit chercher a être fort sans cesser d'être simple. 
« Voulez-vous dessiner a la plume?... Ayez une plume, une 
bonne plume d'oie bien claire , se fendant nettement; joignez-y 
un crayon de mine de plomb n° 2, puis un peu d'encre de chine 
ou de sépia noire. Votre crayon vous servira a chercher l'empla- 
cement de vos masses , vos lignes, enfin le mouvement. Dès que 
vous serez sûr de leur plus grande exactitude possible, attaquez 
franchement votre trait avec la plume, ayant soin que votre 
encre de chine ou votre sépia fasse noir : votre encre trop claire 
vous mènerait a ce que l'on appelle babocher.. La où le trait 
indique en même temps l'ombre portée , appuyez ou piquez ; 
que votre plume assez fendue sente votre main , comme le cheval 
sent la botte du cavalier. Les noirs pointillés de blanc que vous 
trouverez dans les vigueurs des fouillis ou des dessous d'arbres 
doivent être obtenus par des hachures croisées en divers sens ; 
il faut souvent croiser cinq ou six fois , en laissant sécher entre 
chaque couche de hachures, afin d'éviter l'empâtement et le 
lourd. ( Voir les planches 9 et 15. ) 

« Quand vous serez exercé avec les huit premiers numéros , 
tous d'exécution facile, vous aborderez ceux où j'ai mis quel- 
ques figures, ce qui vous conduira naturellement a copier 
quelques-uns des types et costumes qui font suite aux premiers 
fragments. Les planches 38 , 39 et 48 serviront a vous former 
la main aux travaux larges et fermes ; celles 49 et 50 a des 
travaux plus fins et plus serrés; les planches 35, 36, 37, 
51 et 52 vous serviront a tracer a peu de frais les lignes de 
fond des étendues de terrain. 

« Dans les n os 43-46 j'ai cherché à rendre facile et simple 
la manière de saisir l'aspect ou l'ensemble d'un arbre. J'ai 
laissé les détails pour ne prendre que ce qui doit d'abord fixer 
l'attention : 1° la silhouette générale ou galbe, le jet, le mou- 
vement , les masses ; 2° l'effet pris dans son grand aspect , le 
côté noir et le côté blanc; le reste n'est que du plus ou 
du moins de noir et de clair , toujours subordonné au grand 
aspect, a l'effet général qu'il ne doit ni absorber, ni détruire. 
,1e n'ai donc fait qu'exprimer ce premier aspect dans ces quatre 
numéros, évitant de les avancer et terminer davantage afin 
d'en faire mieux sortir le principe. 



SA VIE. — SES LETTRES. 113 

« Cette règle ou cet enseignement est bien simple ; mais 
encore faut-il y penser. On se jette toujours trop tôt sur les 
détails; c'est l'ensemble qu'il faut avant tout ; l'ensemble !... 
hors l'ensemble point de salut... 

« La manie, la soif des détails est une véritable maladie 
dans les arts; elle ne mène qu'aux petites choses. On fait de 
très -grandes petites choses. Pourquoi? Parce qu'il y a peu 
d'hommes a talent large et fort qui résistent a la mode ; on lui 
cède, on cherche même a la contenter. On laisse couper son 
habit au goût du jour, puis on livre le tableau (in courant, 
avec garantie. Il faut faire du commerce. Le commerce est 
entré dans les arts sous la forme de rubans, meubles, velours, 
soieries et nouveautés; aussi entend-on souvent citer une 
grande page historique pour son fauteuil et son velours a 
mettre la main dessus. Oui, je le répète, le commerce s'est 
emparé de la peinture ; les marchands ont envahi le temple et 
menacent d'étouffer l'histoire y cette belle et noble femme, si 
facile pour les anciens , et si dure, si intraitable pour nous, alors 
que pour gagner ses bonnes grâces nous nous couvrons de 
parfums, de vanille, de jasmin, et lui offrons tout ce que 
l'Indoustan et le Visapour produisent de plus riche et de plus 
élégant. Non, rien ne la touche; elle nous traite en vrais cri- 
quets ; nous sommes pourtant bien plus aimables et bien plus 
jolis que ces vieilles et enfumées barbes sales d'anciens 
maîtres... Mais la mode n'est -elle pas la femme coquette, 
délicieuse et capricieuse ? Cherchons donc à lui plaire , étour- 
dissons-nous. Courte et bonne!... 

« Tu ne cherchas pas à plaire , toi , Géricault , noble et 
généreux ami , quand tu fis la Méduse ! mais ton grand cœur 
suffit a peine pour vaincre les dégoûts dont tu fus abreuvé. Tu 
fus presque méconnu pendant ta vie ; les tableaux que l'on 
s'arrache aujourd'hui , que l'on paie au poids de l'or , je les 
ai vus dans ton atelier ; on les regardait comme sans consé- 
quence , et tu les donnais ! Un petit nombre d'artistes et d'amis 
t'appréciaient ; ils t'ont pleuré; ce qui les console, c'est que le 
jour de la justice est venu pour toi , et que ta mémoire grandit 
incessamment. Ton œuvre est la, a côté des Paul Véronèse, 

8 



114 PREMIÈRE PARTIE. 

des Poussin ; il s'aligne noblement et dignement dans le rang. 
Ce n'est pas la mode qui l'a placé la! 

« Retournons a jiotre plume. Je disais donc qu'on ne 
devait pas se laisser aller trop aux délails ; qu'il fallait les 
sacrifier à propos au grand aspect , a la grande tournure. Donc, 
que vous fassiez un cheval , un homme , un chien , un arbre , 
ou tel objet que vous voudrez : voyez d'abord la silhouette , 
les lignes, les masses. Dans une tête, par exemple, il faut 
qu'au premier aspect vous saisissiez son caractère, sa grande 
construction, ses lignes. Dans une tête, deux parties se dis- 
putent la possession : la partie pensante et la partie maslicante. 
Dans Tune, c'est la partie supérieure qui domine ; dans l'autre, 
c'est la partie inférieure. L'une est remarquable par le déve- 
loppement des frontaux et du casque osseux ; l'autre, étonnante 
comme développement des mâchoires (j'ai dans ma vie rencon- 
tré beaucoup de ces dernières conformations). Il faut donc, 
au premier coup d'œil , comparer ces différentes variétés de la 
production; l'un tient de l'aigle, l'autre du mouton; celui-ci 
du renard, celui-là du bœuf. Le nez recourbé, les lèvres 
minces et rentrées, avec le menton saillant , vous donnent les 
lignes de l'aigle; le nez pointu , allongé, la bouche et le men- 
ton rapprochés , l'œil vif, voilà du renard ; le nez busqué , le 
menton en retraite , les lèvres légèrement béantes , nous tenons 
du mouton; puis arrive le bœuf, avec ses fortes mâchoires, ses 
grosses lèvres et son nez carré. Permis de sourire à ces 
observations; elles ne sont pas neuves, mais plus utiles qu'on 
ne pense a l'artiste ; elles rentrent d'ailleurs dans les principes 
que j'émets sur la manière de voir et comparer la nature , tou- 
jours par son grand aspect de lignes et de masses. Je ne veux 
pas que dans mon portrait on me reconnaisse à une verrue ou 
a une lentille que j'aurai a la joue , non plus qu'a des grains de 
petite vérole horriblement et admirablement étudiés. Je sais 
bien que mes bons parents se pâmeront d'admiration : qu'est-ce 
que cela me fait à moi? Je vénère et chéris mes parents , mais 
je n'aime pas la peinture vue de la sorte. Non , ce n'est pas ainsi 
qu'on doit la voir, pas plus la grande peinture historique , par 
son fauteuil et son velours, que mon portrait par ses verrues. 



SA VIE. — SES LETTRES. HT) 

(( J" affirme, sans aucune hésitation , que dans les arls il n'y a 
pas de juste milieu, mais tout simplement un parti a prendre. 
S'il y avait un juste milieu , ce serait la perfection , et la per- 
fection n'existe nulle part ; il n'y a rien d'absolument parfait. 
On est Gros, on est Ingres; deux extrêmes, deux sommités , 
deux grands artistes. On produit Jaffa, Aboukir, ou Homère 
divinisé. On est Raphaël, on est Rubens; deux extrêmes , deux 
génies, deux grandes organisations, l'une sublime, l'autre 
puissante. La flamme divine de l'un n'amortit pas le feu de 
l'autre, et l'admiration respectueuse que j'éprouve devant les 
vierges de Raphaël n'ôte rien au plaisir que je ressens devant 
la brillante et admirable couleur du Flamand ; c'est de la chair, 
c'est la vie. 

« Je me suis un peu écarté de mon sujet pour entrer dans 
quelques considérations et observations sur l'art, que beaucoup 
de personnes pourront trouver erronées, hasardées, surtout 
venant d'un homme qui devrait rester dans sa giberne. C'est 
vrai, j'en conviens ! Mais ne me permettrez-vous pas de mettre 
un peu la tête dehors, et de cherchera vous prouver que sous 
ce couvre- giberne il y a peut-être une âme de quelque chaleur 
a laquelle le sentiment des choses nobles et belles peut n'être 
pas étranger ? Le malheureux ver de terre , que l'homme écrase 
impitoyablement, se redresse et lui dit des vérités, que l'homme 
vain et superbe est obligé d'entendre. 

« Je reviens encore une fois à ma plume. Cette suite de 
dessins que l'on ne devra pas juger comme chose d'art seule- 
ment, aura atteint le but désiré si son utilité et son application 
sont senties par ceux auxquels je la destine. Elle est dégagée 
de tout ce qui est inutile et difficile à saisir ; tout est renfermé 
dans des lignes; les moyens d'exécution sont simples, et la 
plume qui dresse un rapport peut également tracer les objets 
dont il traite : économie de temps et de moyens , deux choses 
précieuses pour l'homme de génie ou l'homme de guerre. Je 
trouverais donc le résultat très-heureux , si j'étais parvenu à 
faire prendre le dessin en plus grande considération aux élèves 
des écoles des hautes sciences , où, par je ne sais quelle rai- 
son, il est généralement et depuis longtemps traité comme un 
misérable. J'entends un railleur me dire : « Cuvier ne savait 



146 PREMIÈRE PARTIE. 

pas dessiner... » C'est vrai (1); La place, Monge ne le savaient 
peut-être pas davantage; M. Arago n'est pas non plus, je 
crois, très-fort dans cette spécialité. Qu'il me pardonne cet 
audacieux doute en retour de la sincère admiration que je pro- 
fesse pour sa personne et pour son haut mérite. Après tout, 
qui donc peut compter graviter jusqu'à ces hommes illustres? 
Voyons ! s'il est quelqu'un , qu'il sorte des rangs , et je le tiens 
quitte, sauf a lui dire en lui tendant la main : « Tenez, voyez- 
vous, pour plus de sûreté, comme provision, comme en cas, 
il ne peut pas vous cire nuisible de savoir dessiner. Croyez- 
moi, c'est une bonne et intelligente langue... Apprenez-la 
toujours. » 

« Je ne pense pas en effet que la science retarde sa marche 
en donnant aux arts un bras amical; je crois, au contraire, 
que du frottement de ces deux corps il ne peut jaillir que de 
bonnes étincelles utile dulci. 

« Pour moi , maintenant et à l'heure de ma mort , si j'ai dit 
quelque chose de vrai , si le bon sens ne m'a pas fait faute, et 
si j'ai pu réussir a donner quelques bons préceptes, si enfin 
l'élève et l'amateur comprennent et exécutent avec plus de 
facilité et en connaissance de cause, je serai content, j'aurai 
bien rempli ma journée. » 



C'est ainsi que Charlet remplissait sérieusement, et de la manière 
la plus intelligente, la mission qui lui avait été confiée. 

A ces cinquante- deux dessins, avec lesquels il avait commencé 
son enseignement à la plume, il en joignit successivement plusieurs 
autres, dont une belle suite de grands arbres. On trouvera tous ces 
dessins indiqués à notre Catalogue. 

Les deux artistes qu'il avait fait nommer ses adjoints , Lalaisse et 
Canon, ses élèves et ses amis, lui prêtèrent le concours le plus zélé 
et le plus utile; le premier, par une suite de chevaux qu'il dessina 
pour l'École; le second, par des académies faites dans le même but. 
jM. Steuben partageait avec Charlet l'enseignement du dessin à 
l'École ; et malgré les succès remarquables obtenus par ce dernier , 
il avait voulu conserver dans sa division les anciennes habitudes et 

(i) Charlet se trompe : Cuvier dessinait fort bien. 



SA VIE. — SES LETTRES. 117 

les anciens modèles. Peu de temps après M. Steuben quitta la France 
pour aller s'établir en Russie , et son collègue resta seul chargé de 
renseignement, qui devint le même pour tous les élèves. 

Bien que Charlet dût être satisfait des résultats obtenus pendant 
les six années qu'il professa à l'École , encore et jusqu'au dernier 
moment était -il préoccupé de perfectionner son cours. 

Il demandait et redemandait sans cesse qu'on accordât à l'étude 
du dessin un peu plus de temps que le temps si minime qui lui était 
consacré. 

Un jour qu'il siégeait comme un des membres au conseil de per- 
fectionnement de l'École , Charlet renouvelait ses efforts , mais sans 
plus de succès: au nom des hautes mathématiques, sa demande 
était repoussée. Charlet saisit alors une plume, et en quelques ins- 
tants trace un croquis. Les membres du Conseil se lèvent et l'en- 
tourent pour voir son dessin. En voici le sujet : un élève de l'École 
est frappé par une apoplexie. Le médecin accourt, lui ouvre la 
veine... pas une goutte de sang... seulement des x et des y. 

Ce dessin, Charlet me le destinait, me disait- il; mais il lui fut 
demandé, séance tenante, par le général Vaillant, alors gouverneur 
de l'école Polytechnique. Cet honorable général, devenu depuis 
maréchal de France, avait pour Charlet estime et sympathie. Char- 
let, de son côté, avait une haute opinion du général; car nous 
trouvons dans une de ses lettres ces quelques lignes que nous trans- 
crivons ici pour prouver une fois de plus l'esprit observateur de notre 
artiste. Il avait en quelque sorte prévu la haute fortune à laquelle 
le mérite du général devait le conduire. 



« Peut-être le général (écrit Charlet, le 9 avril 1844) pourra- 
t-il jeter un mot aux gros bonnets. S'il le peut, il le fera; c'est 
un digne homme, de ces hommes calmes qui agissent plus 
qu'ils ne parlent. Ce n'est point un flatteur arrivé par le servi- 
lisme , c'est un honorable caractère; puis (ajoute -t -il dans 
son langage pittoresque) une de ces CAPACITÉS ARGENT 
COMPTANT dont on ne peut se passer au PÉTRIN. » 

Nous sommes heureux de pouvoir terminer ce chapitre en disant 
que M. Coignet , quoique membre de l'Institut , n'a pas partagé les 
fausses impressions de ses collègues , et que , succédant à Charlet , il 
a religieusement conservé son enseignement dont il a su tirer de 
nouveaux fruits. Charlet, de son côté, professait pour celui qui 



I 18 P&EMJÈSUE PARTIE. 

devait continuer son œuvre la plus parfaite estime, et nous en trou- 
verons bientôt la preuve dans sa correspondance. 



XXIX 



Dès l'année 1838, à la suite d'une grippe opiniâtre, la santé de 
Charlet se trouva gravement altérée, et malgré tous les soins, les 
remèdes et les prescriptions d'une hygiène sévère , rigoureusement 
suivis, le mal faisait des progrès. Si parfois il parut s'arrêter, s'il 
a permis des espérances, elles ont été courtes, et la maladie a conti- 
nué avec la plus déplorable intensité. Plus son état s'aggravait, plus 
notre grand artiste était dévoré du besoin de travailler; il semblait 
que,, voyant la vie lui échapper, il voulût l'arrêter en quelque sorte 
par sa laborieuse volonté. 

Indépendamment de ses travaux pour l'École , de dessins à l'aqua- 
relle, à la sépia, au crayon, il continuait à faire de la lithographie- 
C'est dans cette année (1838) qu'il commença à écrire la Vie civile , 
politique et militaire du caporal Valentin. Cette histoire ne contient 
pas moins de cinquante planches (N oe 943 à 965 du Catalogue). Elle 
ne fut terminée qu'en 1842. Ravissante d'esprit et d'observations 
philosophiques et morales , elle devait être précédée d'une préface 
dont nous avons seulement retrouvé cet amusant fragment : 

« J'entends un railleur dire au public : N'achetez donc pas ce 
cahier de croquis; c'est encore un soldat laboureur, une vieille 
friperie , un vieux grognard qui vient labourer la terre avec son 
briquet vieille-garde; c'est détestable, nous ne voulons plus de 
cela. Il nous faut de jeunes femmes à leur toilette, des sujets 
aimables et folâtres, du croustillant, de la gaze, des fleurs, des 
amours. Un caporal ! qu'y a-t-il de pittoresque et d'aérien dans 
un caporal? Nous n'en voulons pas; que vient-il nous chanter? 

« Erreur! mon caporal Valentin n'est point un grognard , il ne 
vient point chanter : Je reconnais ce militaire, Je V ai vu sur le champ 
d'honneur (1). Mon caporal ne chante pas, vous dis-je, il parle... 
assez mal peut-être; cela se peut; mais c'est un bon garçon 

(I) Le Soldat laboureur, vaudeville. 



SA ViE. — SES LETTRES. 119 

Ce n'est point un héros, un Épaminondas refusant les présents 
d'Arcas , au pied de la statue de Pallas , ou de tout autre en 
AS; ce n'est point un Philopémen vieille -garde, comme celui 
que nous allons tous admirer au jardin des Tuileries. 

« Pourtant mon Valentin a su souffrir avec résignation , et, 
comme il le dit, la jambe qui lui est survenue de moins le 
prouve. Oui, mon Valentin est brave, sans fanfaronnade; il ne 
regarde pas dans une glace pour voir s'il a la figure d'un crâne. 
Si par hasard il s'est miré, c'est dans sa giberne, afin de s'as- 
surer des agrafes de son col , et d'éviter les reproches du ser- 
gent de planton a la grille du quartier. Non , mon Valentin est 
un de ces bons soldats silencieux et calmes qui emboîtent reli- 
gieusement en présence de l'ennemi ; de ces bons soldats qui ne 
renversent pas la poudre a côté du bassinet , et servent la pra- 
tique en bourrant ferme, le coude au corps. Cette espèce 
d'hommes s'appelle la pièce de bœuf du champ de bataille , 
parce qu'elle nourrit bien le feu. 

« On ne sera peut-être pas fâché de savoir comment j'ai 
fait la connaissance de mon modeste héros. Mon Dieu ! c'est de- 
vant Anvers : j'étais allé me promener au siège , ou plutôt réin- 
staller au quartier général , où je fus accueilli avec une frater- 
nité chaleureuse et nourrissante. Là , je faisais avec précaution 
quelques reconnaissances prudentes, car je n'étais pas venu 
pour rapporter mes jambes de moins, comme dit Valentin, ni 
pour faire des actions d'éclat; je me défiais, au contraire, des 
éclats de toute façon. 

« Un jour donc, je rôdais dans le camp du 25 me a Wilric, 
lorsque, saisi par une vigoureuse averse, je fus invité par un 
caporal d'une compagnie du centre à venir me réfugier dans la 
baraque de son escouade, puis invité a me chauffer à un feu 
d'enfer allumé près de la. Le caporal m'offre des pommes de 
terre; j'accepte, et riposte par un coup de snaps; puis nous 
fumons la pipe de bonne amitié. Sa franchise et sa bonne hu- 
meur me plaisent, et l'envie me vient de faire plus ample con- 
naissance. Je paraissais aussi inspirer certaine confiance. J'entre 
en matière: « Savez-vous, caporal, que voila un tonnerre de 
temps, et que si vous montez de tranchée ce soir, vous ferez 
bien de prendre de la paille et de vous ficeler les fumerons. » 



12<> PREMIÈRE PARTIE. 

— L'avis est bon , me dit le caporal , d'autant mieux que la 
froid de la nuit est humide et transperçante, et que nos capotes 
c'est de mauvais drap ; pas assez serré , de véritable éponge. 

— Vous aimeriez mieux un temps sèche , lui dis-je , plutôt que 
d'avoir les pieds dans l'eau et d'être chagriné par le projectile. 

— Assurément, » me répondit-il. 

<( Cet assurément, net et sans amphigouri , ce calme , celle 
manière honnête et simple , me font désirer de cultiver ce ca- 
marade de bonne nature. — N'êtes-vous pas Normand, caporal? 

— Non , je suis Briard-Dammartin ( Seine-et-Marne). — Ah ah ! 
une goutte? — Ce n'est pas de refus. — Vous êtes déjà ancien ; 
vous passerez bientôt sergent? — Je n'ai pas d'ambition: un 
caporal d'ordinaire est un homme heureux quand il sait faire son 
affaire en faisant celles des autres. Je suis philosophe... — Ca- 
poral, une goutte! — Oh! doucement... C'est pour ne pas vous 
refuser... elle est bonne. — Quand il n'y en aura plus, il y en 
aura encore , lui dis-je. » 

« Cette dernière chose lui inspire une grande confiance, et le 
camarade continue : « Moi , voyez-vous, je suis philosophe; pas 
de ces caractères ténébreux et fesmaliques » 

Plaçons à côté de cette préface inachevée le commencement d'une 
autre causerie de Charlet. Elle était destinée à un ouvrage qui devait 
contenir un assez grand nombre de dessins, dont deux seulement 
ont vu le jour (Catal. n os 355-357). 

Le chapitre des MALADROITS est plein à' humour, d'originalité 
et d'esprit. Il nous semble n'avoir nulle part de modèle, et en être 
lui-même un véritable. 



LE MAITRE DE CEUX QUI N'EN VEULENT PAS 

OUVRAGE A LA PLUME POUR DESSINER SANS APPRENDRE ET SAVOIR 
SANS ÉTUDIER 

« Moi , je suis assez rôdeur ou flâneur, si vous le voulez ; j'adore 
le bric-a-brac ; je ne sais pourquoi, mais j'ai toujours dans l'idée 
que je vais découvrir au milieu de tous ces rogatons de cuivre 
ou de bois doré quelque chef-d'œuvre échappé a l'œil scrutateur 



SA VIE. SES LETTRES. 121 

de la bande noire, quelque morceau précieux que moi seul 
apprécierai, un Benvenulo Cellini que le marchand me donnera 
pour quelques pièces de monnaie. Avec celte heureuse idée , 
je pousse ma loupe avec un charme tout particulier le long des 
quais et des boulevards , ainsi qu'au Temple. Avec cette pas- 
sion, j'encombre mon logis d'une masse d'objets précieux qui 
l'ont le désespoir de ma femme , mais qu'elle s'empresse de faire 
disparaître aussitôt que mon ardeur paraît sommeiller. 

« Oh ! vous qui ne connaissez pas l'innocente passion du 
bric-à-brac , de combien de jouissances ne vous privez-vous 
pas ! Tenez, dernièrement, je trouve une espèce d'horloge dé- 
mantelée , en cuivre , avec un Amour portant perruque a la 
Louis XIV; je m'en empare, moyennant quinze francs. Vite, 
je l'apporte a mon vieux raccommodeur de curiosités et de pen- 
dules : homme pittoresque, génie incompris dont les ailes n'ont 
pu se déployer faute de cent sous. Il passe un mois a combiner 
un mécanisme pour faire marcher mon horloge , me demande 
vingt-cinq francs ; mon chef-d'œuvre me revient a quarante 
francs; il marche pendant vingt-quatre heures, la combinaison 
se détraque: alors mon chef-d'œuvre vaut cent sous, et ma 
femme se moque de moi. 

« Ce n'est pas tout : arrive le moment où vous avez encombré 
votre appartement de ces précieux produits du génie et de l'in- 
dustrie; votre ménagère s'ennuie de voir tous ces greniers a 
poussière détruire l'ordre et la propreté de son intérieur. Elle 
fait venir le père Habits-vieux-galons , et livre pour cinquante 
francs ce qui en a coûté cinq cents. Elle détruit en un moment 
le fruit de dix ans de peine, de recherches et de combinaisons. 

« Mais vous me direz : Qu'a de commun le bric-a-brac avec 
vos croquis? M'y voici. De l'étalage du marchand de curiosités 
je passe au marchand de gravures ; j'ai aussi la passion des 
gravures , des eaux-fortes; je cherche particulièrement des Gallot 
et des Berteaux. 

« Donc, ces jours passés, je rôdais, selon ma paresseuse 
habitude, le long des quais, admirant toutes ces charmantes 
productions du crayon et de la gravure destinées à être don- 
nées aux jeunes personnes des deux sexes; comme dit mon 
portier, pour leur apprendre ce qu'on appelle le CROQUIS. J'ad- 



122 PREMIÈRE PARTIE. 

mirais l'adresse particulière, inimitable de ces charmants dessins. 
Mon Dieu ! me disais-je, qu'il faut être habile pour copier ces 
coquets et inimitables modèles !.. Ma foi ! moi je ne les copierais 
pas ; je les colorierais , les découperais et les ferais coller sur de 
jolies boîtes a ouvrage, de délicieuses bonbonnières que j offri- 
rais ensuite aux dames patronesses quand elles viendraient me 
demander des dessins pour leurs loteries philanthropiques. Car 
je suis convaincu que ces charitables dames préféreraient ces 
gracieuses productions a mes dessins heurtés et malpropres. 

<( Enfin, j'étais embarqué dans une masse de réflexions et 
d'admirations, quand il me vient subitement a la pensée que 
les auteurs de ces charmantes choses avaient totalement compté 
sans leur hôte; qu'ils avaient complètement oublié une classe 
nombreuse et intéressante du public: Eh! qui donc?... Les 
MALADROITS ! Morbleu , parlez-moi des maladroits , c'est avec 
eux qu'il y a des affaires a faire. Ils cassent immensément de 
crayons , salissent et barbouillent une énormité de papier, ren- 
versent de l'encre , de la sépia , sur leurs modèles , parce qu'ils 
ont généralement l'habitude d'en broyer des assiettes rases, où 
vous voyez nager le pain Newrnan, réduit a l'état de lentille : tout 
cela pour faire un bonhomme ou un chien... et sans parler des 
accidents. Car, en renversant l'assiette de sépia, on veut sauver 
un modèle ; en sauvant le modèle , on renverse la lampe; voila 
un tapis , un guéridon , une toile de perdus ; que sais-je? Il y a 
chance, en faisant travailler les maladroits, pour une infinité 
d'accidents profitables au commerce. 

(( Au lieu qu'avec les jolis dessins mignardés que je trouve 
partout, les choses se passeront tout autrement. D'abord il faut 
des gants glacés pour travailler et éviter que l'humidité de la 
main n'imprègne le papier, et ne nuise a l'éclat et a l'excessive 
propreté du sujet ; ensuite il faut mille précautions dans l'exé- 
cution. 

« Ce n'est point comme dans ces croquis écrits avec ru- 
desse, dessinés largement; il faut de la fougue, et ceux qui les 
copient manquent rarement de se barbouiller et d'exterminer 
quelque objet autour d'eux pour se monter la tête. 

« J'ai vu des jeunes filles ravissantes de gentillesse et de fraî- 
cheur, dans leurs personnes comme dans leurs toilettes de 



SA VIE. — SES LETTRES. 123 

travail, devenir en moins d'un quart d'heure des monslres 
sortant de l'enfer, les joues balafrées de brun-mader, la bouche 
écumante de sépia colorée, les doigts couverts de vermillon et 
la robe chamarrée de rigoles de laque et d'essuyages de pin- 
ceaux. Puis , c'était vraiment amusant d'entendre ces jolies pe- 
tites artistes dire en me montrant leurs dessins : « N'est-ce pas , 
monsieur Charlet , qu'il y a de la couleur? i — « Grand Dieu ! 
s'il y en a de la couleur! mais Rubens n'était qu'un sot près de 
de vous. » Puis quel bonheur de se présenter a leurs parents , 
au public, dans cet état artistique ! Elles iraient a l'Opéra , cou- 
vertes de ces nobles stigmates ; a l'Opéra , que dis-je ? elles iraient 
chez le roi de France et de Navarre. REX... décidément, il n'y 
a d'affaires a faire qu'avec les maladroits , et je vais travailler 
pour les maladroits. 

« Mais , entendons-nous , je ne prétends pas encourager le 
désordre... » 



XXX 



Dès Tannée 1837 , Charlet avait voulu résigner son grade de chef 
de bataillon de la garde nationale, et dans la prévision d'une 
élection dans la légion , il prenait quelques renseignements près de 
M. Dehèque, secrétaire de la mairie du dixième arrondissement. 



« Monsieur le secrétaire , 

o J'ai écrit hier a M. le maire pour le prier de régulariser 
mon inscription sur un contrôle de bataillon , afin d'être ap- 
pelé a l'élection qui va se faire dans une des compagnies du 
bataillon. 

« On m'a dit à l'Intérieur que je rentrais de droit dans la 
compagnie dont j'étais sorti , ainsi que l'homme redevient 
poussière ; est-ce la jurisprudence la plus rapprochée de l'esprit 
qui a présidé a toutes choses? ou est-ce une erreur, fruit de 
l'orgueil des hommes? le ne sais; mais je vous soumets le cas, 



124 PREMIÈRE PARTIE. 

à vous, Monsieur le secrétaire, qui êtes le pivot sur lequel 
tourne la machine municipale. 

« Quant à ce qui peut être mon désir, il y a parfaite indiffé- 
rence : j'irai où le doigt de mon chef supérieur, de mon doux 
magistrat, de mon maire vénéré, m'ordonnera de me rendre. 
Oui, j'ai toute confiance en mes magistrats, je les aime, je les 
révère , et baisse la pointe de mon épée devant leur toge muni- 
cipale , car nos MAIRES sont nos PÈRES. 

«Vous aurez donc la bonté, monsieur le secrétaire, de vouloir 
bien seconder et éperonner Faction de la régularisation de po- 
sition , car je tiens avant tout a être en règle devant la loi , comme 
à être bien dans votre esprit. 

« Votre tout dévoué et affectionné serviteur, 

« Charlet. » 



Cédant alors aux sollicitations empressées de ses chefs et de ses 
camarades, Charlet n'avait pas donné suite à sa demande et avait 
conservé son grade jusqu'en juillet 1840. 

A cette époque , il annonce au maire du dixième arrondissement 
qu'il vient d'adresser sa démission à son colonel. 



« Un des motifs de ma démission , dit-il , est l'extrême sévé- 
rité du régime que je dois suivre pour le parfait rétablisse- 
ment de ma santé , fortement compromise depuis deux ans. 

« Le second motif, très-impérieux aussi , de ma retraite, est 
la complication de mes travaux et la grande liberté de pensée 
qu'ils réclament , principalement pour mon cours de l'école 
Polytechnique , que je réorganise sur des idées et une base toute 
nouvelles et adoptées par le conseil supérieur. » 



Nous verrons tout à l'heure que les raisons alléguées par Charlet 
n'étaient que secondaires : sa démission était amenée par son oppo- 
sition à la politique de ce temps. 

Quoi qu'il en soit , il ne perdait rien de sa gaieté : 



Vous savez que j'étais commandant du 2 e bataillon de la 10* 



SA VIE. — SES LETTRES. 125 

légion , renommé avec enthousiasme (écrit-il à un de ses amis). 
Eh bien ! j'ai abdiqué , et me fais grenadier, comme Xénophon . 
« Ces bonnes gens m'ont dit : Mais pourquoi , grand Dieu, 
nous quittez-vous? — Ma foi , parce que ça m'ennuie ; je lâche 
le premier rôle et prends ma place au parterre: c'est plus 
amusant ; et avant tout, je veux m'amuser, je veux rire. » 

Charlet voulait rire , et pour atteindre son but il écrit ces deux 
lettres à son capitaine en second, M. Feine, un de ses amis, et 
caissier au ministère des travaux publics. 



io juillet 1840. 
« Mon doux capitaine , 

<r C'est en vain que je demande des armes et du courage , 
des armes, il y en a peu ; du courage , il n'y en a pas. Votre 
gros Volet de sergent-major, que je respecte comme mon supé- 
rieur, et que j'aime comme un de ces hommes qui sont là pour 
inviter à bien vivre et a ne s'inquiéter de rien , qui sont la pour 
dire: — Voyez mon teint, voyez ma panse, — votre bon ser- 
gent-major n'en finit pas de m'envoyer les armes que me doit la 
patrie, et que réclament mon dévouement et mon courage. 
Comme capitaine en second , l'armement vous regarde; je vous 
somme donc de me faire délivrer un fusil , et de plus un briquet 
pour entretenir le feu sacré. 

« Je vous prie aussi, mon doux capitaine, de vouloir bien 
dire a votre aimable sergent-major que malgré le congé d'un an 
qui m'a été accordé en récompense de mes bons services et de 
ma mauvaise santé (qui est très-bonne en ce moment), j'en- 
tends participer et concourir, comme tout bon citoyen le doit, 
a toutes prises d'armes, services du jour, corvées d'enterre- 
ment; étant en ce dernier point tout disposé à mettre en terre 
mes capitaines, lieutenants, etc. etc., et à leur témoigner toute 
ma reconnaissance pour les bons procédés qu'ils n'ont cessé 
d'avoir a mon égard. 

« C'est pourquoi , tendre ami , je ne crois pouvoir mieux 



I^<) PREMIÈRE PARTIE. 

m'en remettre (Je la défense de mes droits de citoyen, qu'en 
vous constituant mon défenseur. 

« J'ai aperçu hier ce pauvre Godard ; il est bien bas percé! 
Quand je dis bas, je crains bien qu'il n'en ait pas; il finit 
comme j'ai commencé. 

<( Mon fusil ! mon briquet ! ou la mort ! 

« Adieu, mon bon capitaine; mes amitiés quand même. 

a Charlet, 

« Professeur à l'école Polytechnique, membre élu du Conseil 
supérieur de ladite école, officier de la Légion d'honneur, 
peintre par état et par goût, philosophe par habitude , 
rieur par tempérament , membre de la section des Beaux- 
Arts à l'Institut historique, et de plusieurs Sociétés 
aussi nulles que savantes. » 



Juillet 1840. 

« Mon cher capitaine, 

« C'est avec un vif regret, c'est avec le sentiment le plus 
profond d'un véritable chagrin que je viens vous annoncer l'in- 
tention de quitter la compagnie de grenadiers. 

« Doué d'une philosophie à répreuve du temps et de la 
bombe , au milieu du tourbillon des grandeurs et des hommes , 
je n'ai jamais oublié que terre je fus , et que terre je redevien- 
drai (pensée sage que je vous engage a ne pas perdre de vue 
pour votre intérêt personnel). Or, mon bon et excellent capi- 
taine, vous que je regretterai toute ma vie, comme le modèle 
des époux et des pères, homme vraiment rare que j'appellerai 
FEINE AU MAINE , je viens déchirer votre sensible cœur , en 
vous demandant à passer SAPEUR. Cette demande va paraître 
mirobolante à votre esprit, comme à celui de bien des gens 
qui n'en ont pas ; mais en réfléchissant, et pris sous un certain 
point de vue , le poste de sapeur n'est point sans quelque agré- 
ment. Cette compagnie, composée d'ailleurs de gens ayant 
généralement une position large et solide, ne peut que gagner 
à se recruter de quelques intelligences. J'ai donc résolu d'y 
porter mon zèle et mes faibles lumières ; mais il me faut votre 



SA VIE. — SES LETTRES. 127 

consentement pour former ma demande auprès de M. le vicomte 
Lemercier, qui, de fil en aiguille, la fera passer au maire, pré- 
sident du conseil de recensement; conseil éminemment pater- 
nel et lumineux qui, j'en suis certain, s'empressera de me 
donner la première place vacante. » 



L'opposition de Charlet à la politique du gouvernement fut, 
disions -nous, le principal mobile de sa démission. Cette opposition 
grandissait depuis longtemps; le divorce fut prononcé lors des 
affaires d'Orient, en 1840. La rentrée de notre flotte devant la 
flotte anglaise bombardant Beyruth, notre effacement devant les 
actes des grandes puissances excitèrent, à tort ou à raison, dans son 
cœur français la plus vive indignation. 

« J'ai le cœur froissé par notre politique extérieure (écrit-il 
a cette époque). Notre coq fait la poule et ne défend pas sa queue. 

« Je ne reconnais plus mes Français ; ils ne sont ni les 
enfants du panache de Henri IV, ni les fils du drapeau d'Ar- 
cole ; ils me dégoûtent ; il n'y a plus de sexe, c'est un trou- 
peau de vils agioteurs civils et militaires, un peuple de courtiers 
marrons. IGNOBILITAS MUNDI. 

Le spleen vous tient, l'avenir vous occupe; comme moi, vous 
dites : Que d'ennuis, que de peines, et tout cela pour crever 
comme Job sur un fumier, ou plutôt comme un jobard; car 
nous sommes de fameux jobards ! Soyez donc honnête 
homme , imbéciles que nous sommes ; il n'y a de bons os que 
pour les mauvais chiens. » 

C'est à regret que nous nous trouvons forcés de revenir sur Char- 
let politique ; mais il nous faut bien motiver sa démission de la 
garde nationale, et expliquer par cette opposition et cette irritation la 
naissance de ses croquis dédiés à Béranger, espèce de pamphlet écrit 
avec la plume et le crayon. On trouvera tous ces croquis catalogués 
aux n os 966 à 985. Ils sont remarquables par l'énergie de la pensée 
et de l'exécution. Un assez grand nombre fut empêché par la cen- 
sure; on le comprendra facilement. Un de ces derniers (n°981) 
résumait la question d'Orient avec toute la verve et la causticité 
dont Charlet était capable. Puis, dans ces mêmes dispositions, il 



128 PREMIÈRE PARTI K. 

écrivait à un ami cette lettre si curieuse par son entrain et par des 
prévisions politiques que les événements postérieurs sont venus 
confirmer en tous points. 



12 septembre 1840. 

a SALUTEM OMNIBUS. Ton chien a des puces? répond 
Polichinelle. Polichinelle ! ce sage qui n'est pas de la Grèce , 
mais qui n'en est pas moins le sage le plus sage que je con- 
naisse, et le seul philosophe que j'estime véritablement; je 
l'estime , parce qu'il fait de la bonne philosophie avec une pa- 
nouffle sur la tête et un énorme gourdin enlre les bras; ce 
n'est point un monsieur Cousin , dont la philosophie d'alambic 
coûte quarante mille francs au pays : non , c'est de la philoso- 
phie a bon compte, du gouvernement véritablement à bon 
marché. Tout s'y résout par la force du gourdin , et c'est vrai- 
ment ce qu'il y a de mieux et de moins cher ; car enfin, en ce 
moment : NOTRE CHIEN A DES PUCES ; eh bien ! il faudrait 
agir du gourdin. Au lieu de cela nous discourons, nous f...ti- 
massons , on cherche la finesse de la finesse , et il en résulte de 
la jeanf.... ie. Oui, honorable, les temps sont passés, ils ne 
reviendront plus ; nous ne serons plus qu'une misérable contre- 
façon. Nous sommes au temps des demi-moyens, des tâtonne- 
ments; les trembleurs tiennent la queue de la poêle, et je 
crains fort que la friture ne renverse; alors incendie général ! 
à qui la faute ? 

« Comment vous portez-vous, et votre belle famille, qui, 
dit-on , est éblouissante de fraîcheur , enfin un vrai parterre où 
votre femme brille comme la mère des roses, et vous l'oreille 
d'ours? J'ai toujours grande envie d'aller vous voir ; mais les 
affaires me tiennent. Je ne sais comment je fais mon compte; 
je fais des affaires, j'économise, puis le diable emporte la 
boutiqife, et je redeviens pauvre Jean comme devant. Heureu- 
sement que Dieu donne aux petits des oiseaux sa pâture , et que 
sa bonté s'étend sur presque toutes les personnes ; ce faisant , 
j en aurai assez pour me faire enterrer. 

« J'ai dîné il y a huit jours avec le petit T***** à sa maison 
d'Auteuil ; petit dîner d'amis, dérangé par l'arrivée de l'ami- 



SA VIE. — SES LETTRES. 429 

rai X..., grand homme de mer, je crois, mais {.... bête de 
(erre, à ce que j'ai pu voir dans la conversation. Ah! quel 
potet ! 

« Je ne sais quel rôle joue T***** , ni qui il joue , mais je crains 
que le jeu ne finisse mal. 

« La réforme fait d'effrayants progrès: il y a eu un dîner de 
six mille radicaux ; puis les ouvriers, qui cependant sont rentrés 
à leurs travaux , s'organisent, et ne veulent plus suer pour l'en- 
trepreneur au même prix. Le radicalisme de toute classe 
marche et prend de l'unité dans son action; le progrès est im- 
mense ; aussi je m'attends d'une année à l'autre à un craque- 
ment effroyable. L'armée est aussi rudement travaillée; j'ai 
souvent été effrayé (manière de parler) d'entendre jusque dans 
le palais de NOS ROIS des propos a en faire écrouler les 
voûtes, et cela par des officiers. 

« Que faire a cela? Que faire? l'une ou l'autre chose; le 
juste-milieu est une imbécillité. Soyez monarchiques ou répu- 
blicains , il n'y a pas a balancer, et en ce moment on balance. 
L'inquiétude est dans tous les esprits, personne n'a confiance 
en l'avenir, même ceux qui approchent le soleil. Chacun fait 
sa pelotte, l'avarice est a l'ordre du jour; les serviteurs du roi 
mettent sous sur sous et font provision ; ils aperçoivent l'orage , 
le nuage est gros. 

« Or si ces gens tremblent et n'ont pas foi, qui l'aura? Nous 
sommes donc dans le plus pire état : qu'en adviendra-t-il? Il en 
adviendra que le roi mangera le parlementage ou que le parle- 
mentage le mangera. C'est inévitable : on est en présence, dent 
contre dent, griffe contre griffe. 

« Le roi a pour lui les commerçants ; mais la classe popu- 
laire l'a en horreur. Je voudrais pour lui que la position fût le 
contraire, parce qu'il n'y a aucun fonds à faire avec les bouti- 
quiers : ils livreraient et leur pays et leurs amis pour un pot de 
raisiné. Qui faisait la force de l'Empereur? c'était la masse , ce 
que j'appelle la veste ; il se fichait pas mal de la redingote; c'est 
la veste qui frappe, et, avant toute chose, il faut lavoir dans 
son panier. 

« La guerre seule pourrait rallier au pouvoir et l'affermir: 
a cela vous direz: il faut des succès; oui, cela est certain. Mais 

9 



430 PREMIÈRE PARTIE. 

ces succès ne pourraient s'obtenir qu'avec des moyens révolu- 
tionnaires, et la demi-monarchie ne peut les employer, ces 
moyens: le remède emporterait le malade. Nous sommes donc 
en triste route , legouvernement et son chef le sentent ; aussi on 
laissera tout faire, on prendra une attitude, et l'on dira: ils n'ont 
pas eu l'intention de nous insulter, rentrons chez nous. On 
criera, mais la honte passera ; la rente montera, et tout sera dit. 
« La morale?... la morale? Ma foi, c'est qu'il n'y en a pas! 



« De tout ceci, il ne découle donc rien de rose et d'aimable , 
mon cher ami; vous me direz que je vois tout en noir, ainsi que 
mêle disait M. M*****, révolutionnaire a la vanille, homme de 
talent sans aucun doute, qui croit que la France est heureuse et 
contente parce qu'il a une place de vingt-cinq mille francs. Il 
dînait avec moi chez T*****, ou plutôt je dînais avec lui, car 
il est l'ami intime du MAIRE du Palais. Je les ai effrayés : 
je me suis déboutonné, et leur ai dit qu'ils étaient aussi ridi- 
cules que les voltigeurs de Louis XVIII, qu'ils ne voyaient pas 
arriver le colosse révulutionnaire qui les écraserait sans dire 
gare ; que je pouvais leur paraître voir en noir, mais qu'eux 
me faisaient l'effet de myopes. Ils ont ri; riront- ils long- 
temps? 

« Ma santé, grâce à l'homéopathie, est rétablie entièrement; 
je repique le terrain : ça allait mal ; enfin je suis recampé sur 
mes pattes. J'ai grand besoin de vous voir, mais vous êtes trop 
loin. 

« Ma famille est en bon état; mes fils ont eu des prix , ce qui 
ne fait pas l'éloge des concurrents. 

R GHARLET. » 



SA VIE. — SES LETTRES. I.'tl 



XXXI 



Nous avons déjà dit que Charlet avait fait peu de tableaux ; ses 
dessins sont disséminés dans toute l'Europe, en Amérique, en Asie: 
mais l'œuvre lithographique du grand artiste nous reste tout entier, 
et suffit à sa gloire. 

Quelle fécondité ! quelle richesse ! quelles magnifiques compositions ! 
On ne sait ce qu'on doit le plus admirer, de la pensée ou de l'exé- 
cution. Ces dessins ont de plus l'intérêt que leur donne l'esprit jeté 
à pleines mains dans ces légendes frappées aucoin de l'observation la 
plus fine; et si, comme l'a dit Jules Janin, je crois, le crayon s'ex- 
prime aussi bien que les paroles , et les paroles peignent aussi bien 
que le dessin , il faudra reconnaître à cet œuvre une originalité qui 
ne se trouve dans aucun autre. 

Et ceux qui n'y auraient vu qu'un assemblage fortuit de pièces plus 
ou moins spirituelles, se seraient étrangement trompés. Comme 
Balzac, Charlet a voulu écrire une histoire delà comédie humaine; 
dans tous les cas, il a fait un traité de morale et de philosophie, et je 
ne sache guère de positions et de circonstances de la vie où l'on n'ait 
à recueillir une leçon, un enseignement dans l'œuvre de Charlet. 

Cet œuvre a pris naissance en quelque sorte avec l'invention de la 
lithographie. Les pierres alors étaient rares , souvent défectueuses , 
les procédés incomplets, les tirages imparfaits. Cependant, malgré 
l'absence de tout encouragement , et en dépit du défaut d'intelligence 
de ses éditeurs et de la froideur qui accueille toujours les noms 
nouveaux dans les arts , Charlet a su produire des chefs-d'œuvre. 
Peu lui importait qu'il vendit ou ne vendit pas. Pour lui, la ques- 
tion n'était pas là. Indépendant par nature, d'un caractère plein 
à' humour et de fantaisie, il s'inquiète peu du goût du jour, ne tient 
nul compte de ses intérêts matériels, sacrifie tout aux exigences de 
son génie , et le crayon qui résume des inspirations neuves , produit 
dès le début des compositions remarquables. Plus tard, il connaîtra 
mieux le métier, son dessin sera plus correct , son effet plus spirituel ; 
mais jamais il n'aura plus de verve, jamais il ne dépassera, il n'at- 
teindra même peut-être pas les premiers essais de sa poétique ima- 
gination. 

On veut bien convenir assez généralement que Charlet est le peintre 
du soldat, on ajoute même qu'il a inventé le grognard: mais ce 
qu'on ne sait pas aussi bien, c'est que là ne s'arrête point son talent. 



132 PREMIÈRE PARTIE. 

Jl grandit en effet dans les scènes de sensibilité, dans ces occasions 
où le cœur paraît au premier plan. Nous pourrions citer à l'appui 
bon nombre de ses dessins; contentons-nous d'indiquer dans son 
œuvre lithographique, puisque nous l'avons sous les yeux, des 
pièces telles que les deux grenadiers de Waterloo (n° 40) , la mort 
du Cuirassier (n° 44), l'Aumône (n° 87), le petit Malheureux 
(n° 524), FRANCE: Là finit leur misère (n° 847), compositions 
qu'on ne peut regarder sans être ému. 

Mais où Charletnous semble inimitable, c'est dans la peinture des 
enfants. Il en a semé à profusion dans son œuvre; citons entre 
antres les deux suites qu'il a intitulées : Croquis à l'usage des petits 
enfants (n os 504 à 514 du Catal. ), et Croquis lithographiques à l'u- 
sage des enfants (n os 641 à 658). Gamins et bambins ont-ils jamais 
été croqués avec plus de naïveté, de finesse et d'esprit? 

Disons, cependant, pour rassurer sur notre impartialité ceux-là 
surtout qui, ne connaissant pas l'œuvre de Charlet , pourraient croire 
nos éloges exagérés, que bien rarement notre artiste a su dessiner 
une femme. Presque toujours sa bonne d'enfant, sa maîtresse de 
soldat, manque de gentillesse et de naïveté; quand il a voulu, par 
hasard, s'élever jusqu'à la femme de salon , il a fait une portière. 
Voulez-vous apprécier la valeur réelle d'un artiste ? Parcourez les 
cartons des anciens maîtres, puis ouvrez ceux des contemporains. Si 
l'un de ces derniers, soumis à cette épreuve, y résiste, il est jugé, 
il peut être rangé parmi les hommes d'élite. L'art est multiple dans 
ses formes , mais il est un dans son essence ; les branches diverses qui 
le composent ont pris naissance à la même source , et la meilleure 
preuve, selon nous, qu'on ne peut dénier à Charlet un talent de 
premier ordre, c'est le plaisir avec lequel on le revoit, même après 
s'être retrempé dans les anciens. 

Et cependant quel avantage avaient ceux-ci sur les modernes , avec 
ce procédé de Feau-forte , dont ils connaissaient si admirablement les 
effets; procédé qui semble perdu aujourd'hui. Il est vrai qu'au génie 
ils savaient unir la patience , qui manque si souvent aux artistes de 
nos jours. Quoi qu'il en soit, ne soyons point injustes envers la litho- 
graphie. On a eu pour elle beaucoup trop d'engouement à sa nais- 
sance; on en a usé, abusé; mais comme toujours la réaction a 
dépassé les bornes. Certes , la lithographie ne peut avoir la préten- 
tion de lutter avec l'eau-forte , ni avec le burin , ni même avec la 
gravure sur bois ; mais elle a l'avantage de mettre à la portée de tous 
de premières pensées échappées au maître, et qui souvent n'auraient 
plus la même énergie, la même naïveté, si elles avaient été réservées 
pour des œuvres plus châtiées. Voilà la mission artistique de la litho- 



SA VIE. — SES LETTRES. 133 

graphie; le reste appartient au commerce. Et félicitons-nous que ce 
procédé ait pu nous conserver ces dessins si remarquables de Géri- 
cault, de Charlet et de quelques autres, dont nous eussions été 
privés si ces grands artistes n'avaient eu ce moyen de transmettre 
immédiatement leurs pensées. 

L'espèce de mépris où est tombée la lithographie dans le 
monde artiste est donc injuste et doit cesser plus tard; alors 
les œuvres des maîtres seront recherchées. Et déjà n'avons -nous 
pas vu quelques pièces atteindre dans des ventes des prix très- 
élevés ? 

Disons que le choix des épreuves lithographiques est essentiel. 
Nous ne voulons pas certes établir de comparaison entre leur impor- 
tance et celle des premiers états des gravures à l'eau- forte et au 
burin, qui apporte une si énorme différence dans leurs prix; la 
lithographie est beaucoup plus modeste. Cependant la reproduction 
exacte du dessin du maître ne peut se retrouver que dans de pre- 
mières épreuves pures , transparentes , et non dans celles que donne 
une pierre fatiguée, usée, sur laquelle un crayon a bavé, et qui 
ne rend plus la finesse et la couleur du dessin , en supposant même 
que quelques parties de ce dessin n'aient pas disparu. Ces considéra- 
tions s'appliquent surtout à un grand nombre des dessins de Charlet ; 
à ces derniers plans d'un horizon si éloigné, et à ces impercep- 
tibles personnages qu'on ne distingue plus après un tirage consi- 
dérable. 

Nous avons recueilli et décrit tout ce qui, sorti du crayon, de la 
plume ou du pinceau de Charlet , a été reproduit par des procédés 
lithographiques. Nous ne croyons pas qu'une seule pièce nous ait 
échappé , et cependant cet œuvre ne comprend pas moins de mille 
quatre vingt -neuf pièces. 

On s'étonnera sans doute d'y trouver un aussi grand nombre de 
croquis inachevés , de premières idées remplacées par d'autres , etc. 
etc. ; cela tient à plusieurs causes : au peu de cas avant tout que 
Charlet faisait de ses ouvrages ; à la mobilité de son esprit et à la fer- 
tilité de son imagination. 

Il a eu sous ce rapport de l'analogie avec un célèbre maestro. Un 
de nos amis, Crémont, nous racontait qu'alors qu'il conduisait l'or- 
chestre de l'Odéon, lors de l'apparition du Freyschutz , il entrait 
un matin chez Rossini ; il venait lui demander un duo dont il avait 
besoin le jour même. Tout en causant , Rossini l'écrivait et la besogne 
avançait, quand un peu de vent, arrivant d'une fenêtre entr 'ou- 
verte, enlève la feuille de musique, qui va se perdre sous le lit. Cré- 
mont se lève : « Laisse donc , dil Rossini, nous aurons plus tôt fait 



134 PREMIERE PARTIE. 

d'en écrire un autre. » Tel était Gharlet. Quand il était resté quelques 
jours sans paraître à son atelier, ce qui lui arrivait si souvent, au 
lieu de perdre son temps à chercher une pierre commencée, il en 
prenait une autre et faisait un nouveau dessin ; la pensée était quel- 
quefois la même, la composition toujours différente. Les éditeurs 
intelligents Gihaut ont sauvé un grand nombre de ces croquis. 
Nous-même, muni plus tard d'un blanc- seing de Charlet, nous 
avons pu en conserver quelques-uns. 

« Très-bon et très-honorable, m'écrivait-il, j'ai dit a l'im- 
primeur Bry de faire tout ce que vous demanderez et requerrez 
de lui, s'il ne veut se voir brûler et sa cendre jetée au vent. 
Bry est très-intelligent, et a le sentiment de l'art... » 

Ce n'était pas chose facile que de classer un œuvre aussi considé- 
rable. Il y a quelques années, M. Buizard, connu par un malencon- 
treux catalogue de l'œuvre lithographique d'Horace Vernet, l'avait 
essayé. Son travail est resté inédit. Il avait adopté une espèce d'ordre 
par matière. Toutes les suites, toutes les pensées du maître se trou- 
vaient perdues dans telle ou telle catégorie ; les militaires, les bour- 
geois, les enfants; puis les militaires et les bourgeois réunis, etc. 
etc. ; il faisait même figurer dans ces cadres de simples croquis 
contenant à peine quelques indications. 

Un seul exemple nous montrera le défaut capital de ce système. 
Charlet écrit avec son crayon l'histoire du siège d'Anvers (1). Ce 
sont des marches, des campements, des anecdotes; puis l'assaut, la 
prise du fort Saint-Laurent ; et quand nous arrivons à la fin de cette 
narration, notre philosophe nous surprend, nous émeut en nous 
montrant d'abord une ferme en cendres, une jeune fille cherchant 
quelques débris au milieu des décombres ; puis prononçant ces mots 
si touchants, si profonds : Pauvre peuple! Évidemment on restera 
froid en rencontrant cette jeune fille dans la catégorie des enfants ou 
des pièces non militaires. 

Nous dirons un peu plus tard comment nous avons classé cet 
œuvre. 

Mais restait une dernière difficulté , et ce n'était pas la moindre ; 
il fallait le décrire. En effet, une description minutieuse, sèche et 
lourde, comme toutes celles à peu près que nous connaissons, aurait 
été en désaccord manifeste avec l'esprit de Charlet ; cependant com- 

(1) Calai., n- 700 à S10. 



SA VIE. — SES LETTRES. 



135 



ment, en voulant employer une forme moins sérieuse , comment, 
dis- je, encadrer dans sa prose la prose de notre spirituel artiste ? 
Nous nous sommes toutefois arrêté à ce parti, tout insuffisant que 
nous nous sentions pour l'employer avec succès. Puis nous avons 
établi des tables générales, non -seulement alphabétiques, mais 
même par ordre de matière. Car, nous ne saurions trop le répéter, 
il y a dans Charlet de hautes pensées , et telle lithographie qu'on 
entrevoit à peine contient les meilleurs préceptes, les plus ingé- 
nieuses observations. Qu'on parcoure l'œuvre entier, et bien peu de 
personnes ont pu le faire , on restera étonné de la profondeur , de la 
fécondité de l'artiste. Nous désirons que notre description réveille 
chez les uns des souvenirs, et donne aux autres le désir de connaître. 



XXXII 



Charlet va chez M. Feuillet de Gonches, ayant à lui parler. Il ne 
le trouve pas , et trace sur son bureau cette carte de visite : 




> i 



136 PREMIÈRE PAHI1K. 

Il revient quelques jours après. M. de Couches est encore sorti 




^ *W Voù Charib/r 



Au général de Rigny, à Bourges. 



« Bon général, je m attendais a votre bonne et philoso- 
phique épître ; je m'attendais a vos regrets et à vos reproches ; 
c'est vrai, je suis un malheureux; mais figurez- vous que la 
chaleur m'avait neutralisé, asphyxié, abîmé et réduit a un état 
de bestialité complet ; puis j'ai un grand tableau qui me cau- 
chemarde et que je veux finir ; il est bien temps , voila six ans 
qu'il est commencé. 

« Mais je vous jure (ainsi que dit toujours un de mes amis» 
sur la tête de ma femme (et cet ami la rosse au moins deux fois 



SA VIE. — SES LETTRES. 137 

par semaine en l'appelant ma poule), je vous jure qu'aus- 
sitôt les vacances de l'Ecole, j'irai passer une quinzaine avec 
vous. 

i Vous êtes donc en ce moment a Bourges? Mais n'est-ce pas 
le pays des ânes de Piron , et n'y avez- vous pas en ce moment 
un roi d'Espagne, monarque consigné? Il doit aussi s'y trou- 
ver une quantité de LAS TORDESILAS, de LAS MARISMAS ; 
vous allez leur paraître bien aimable , car vous êtes un véri- 
table HIDALGO, SENOR... . puis cette noble et belle langue 
castillane vous reporte à une si belle époque de votre vie ! 

« Je vous dis bien des choses de la part de M. de La Combe 
que j'ai vu hier , et avec qui je dîne mercredi ; vous voyez que je 
consulte les vents et commence a naviguer de façon a me pro- 
curer un abri : je déjeûne avec les républicains et dîne avec 
les légitimistes ; ces derniers entendent beaucoup mieux le 
confortable , et puis mon estomac ne peut supporter le brouet 
noir des Spartiates, ce qui pourra bien me rattachera la vieille 
branche. 

« Vous avez su comment ce pauvre général Tbolosé a été 
cruellement enfoncé par une fatalité (4). C'est un brave homme 
que le professeur regrette, ainsi que l'élève. 11 est remplacé, 
oublié, c'est l'usage... quoique regretté , oh ! toujours ! ! 

Et Madame X... c'est bien mal, elle n'a pas fait faire un 
marbre de son mari ! et d'autant plus que vraiment le buste est 
parfaitement ressemblant. Elle en prend des épreuves en plâtre , 
c'est moins cher. Hein ! si votre femme mourait et vous laissait 
deux cent mille livres de rente , comme nous lui ferions faire 
des marbres , quelle noce ! comme nous la pleurerions ! bonne 

dame! autant de vertus, autant de marbres Ah! si ma 

femme tenez, j'irais m'élablir près de vous , et nous fini- 
rions nos jours de la manière la plus pittoresque ; deux veufs , 
dont un philosophe casemate a l'épreuve de la bombe et de 
l'adversité. 

« Je prends mon bonnet de coton et vous souhaite bien le 
bonsoir; ma femme est a son rouet et file : voila la femme 
comme je l'ai rêvée , une femme versée dans le pot au feu et 

(I; Le général .iv.m perdu k' commandumenl supérieur de IV ■ 



138 PREMIÈRE PARTIE. 

qui file, et qui file doux même ; puisse la vôtre en faire autant 
pour le repos de votre âme. 

« Adieu, honorable ami ; portez -vous bien, et attendons un 
temps meilleur ; le diable ne couchera pas toujours a notre 
porte. 

« GlIARLET. ? 

« J'ai une canne a pomme d'or ; si vous me voyiez avec ma 
barbe blanche , j'ai une tête superbe ; c'est juste le connétable 
de Montmorency. » 



XXXIII 



Indépendamment de ses travaux ordinaires, Charlet voulait ter- 
miner son tableau le Ravin, dont nous avons déjà parlé, dont nous 
parlerons encore, et qui, pris et repris , fait et refait, ne vit le jour 
qu'à l'exposition de 1843. Cette peinture, si péniblement élaborée, le 
fatigua beaucoup , et déjà à cette époque on put prévoir une pro- 
chaine catastrophe. Cependant, en 1841, il accepte de l'éditeur 
Bourdin la mission d'illustrer de cinq cents dessins le Mémorial de 
Sainte-Hélène (1). L'idée de rappeler ces souvenirs de Napoléon lui 
plaisait beaucoup ; aussi se mit-il à l'œuvre avec une telle ardeur, 
que tout en continuant sa peinture , et faisant à la fois des dessins et 
de la lithographie, l'ouvrage était achevé en moins d'une année. 

Et si l'on trouvait qu'en cette occasion Charlet est au dessous de 
lui-même, que l'on compare ses dessins à ceux qui ont illustré 
d'autres livres du même genre , et on reconnaîtra sa supériorité. Il 
faut savoir aussi qu'à l'époque où Charlet fit cette illustration , les 
artistes n'étaient pas aussi bien avisés qu'ils l'ont été depuis, c'est- 
à-dire ne traçaient pas eux-mêmes leurs dessins sur le bois , les gra- 
veurs pouvant suivre le trait original du maître, comme cela se pra- 
tique aujourd'hui. Alors ce dessin original était copié sur bois par 
un autre artiste, et remis au graveur. On peut dire qu'il était deux fois 
défiguré, en quelque sorte. 

Un jour que Charlet était plus mécontent que de coutume : 



(1) Mémorial de Sainle-IIéléne , par le comte de Las Cases, suivi de Napoléon ilatis l'exil, par 
MM. O'Meara et Antomarchi, el de l'historique de la translation des restes mortels de l'Empereur aux 
Invalides. 



SA VIE. — SES LETTRES. 139 

a Voyez , me disait - il dans son langage pittoresque , c'est la mort 
chargée de traduire la vie. » 

Puis enfin déjà malade, fort malade, il était , avec son esprit mo- 
bile , ennuyé d'une tâche aussi longue } tournant trop souvent dans 
le même cercle. 

Aussi se promit-il de ne jamais entreprendre rien de semblable, 
et refusa-t-il plus tard les propositions pécuniaires les plus avanta- 
geuses (1). 

Dans le courant de cette même année 1841 , le graveur Claessens 
( Fauteur de la Femme hydropique ) , causant avec Charlet de ses 
essais à l'eau-forte de 1828, lui conseillait d'essayer de la gravure au 
vernis mou (2). 

Charlet , avide de procédés qui pouvaient lui permettre de rendre 
sa pensée sans l'intermédiaire d'un interprète, mit au jour immé- 
diatement vingt-quatre croquis. 

Dans ces croquis on retrouve Charlet , sans aucun doute ; quelques- 
uns même , peu surchargés de travaux , sont charmants : mais on 
peut dire néanmoins que quand on veut pousser son dessin et lui 
donner du ton , le procédé est mauvais et donne un résultat froid , 
lourd et pâteux. 

Voici la description de cette œuvre, composée d'un portrait de 
Charlet , d'un frontispice et de vingt-deux pièces numérotées et pour 
la plupart encadrées; nous ne tenons pas compte de quelques diffé- 
rences dans l'état des épreuves , et nous renvoyons aux préliminaires 
de l'œuvre lithographique pour l'explication des abréviations. 

FRONTISPICE. Un jeune marchand, les bras croisés, est assis à 
terre près de l'étalage de ses estampes. Sur un portefeuille, on lit : 
Tout état deux iars ; vouliez maicieux zédam. Au dessus, sur le mur: 
Recueil de vingt-quatre pièces gravées à l'eau-forte par Charlet. Au 
dessous: Publié par Blaisot, etc. etc. (P. en t., sans encadrement). 

PORTRAIT DE CHARLET. (Sans encadrement.) La tête de profil, 
tournée à droite et ornée de moustaches et d'une royale. Au bas , à 
gauche, les initiales Ch. 



(1) En 1833, Charlet avait fourni trente dessins pour une histoire de ['Empereur Napoléon pai 
A. Hugo. — Paris, Perrotin. 

Ces dessins , quoique très-mal gravés , nous paraissent supérieurs a ceux du Mémorial : quatre 
d'entre eux sont dessinés sur hois par Charlet lui-même. 

(2) Voici ce procédé déjà employé dans le siècle dernier pour reproduire des Boucher et des 
Greuze, dit-on. 

Une planche de cuivre, recouverte d'un verni mou , reçoit une feuille de papier fort sur laquelle l'ar- 
tiste dessine avec, un crayon a mine de plomb un peu dur. Le trait se communique au vernis, et l'on 
l'ait mordre a l'eau-forte. 



1 10 PREMIÈRE PARTIE. 

1. POSITION DU SOLDAT SANS LE SOU. Un entant, à la po- 
sition du soldat sans armes, se tient fixe devant un vieux soldat 
assis sur un banc, les bras croisés, le brûle-gueule à la bouche. (P. 
en h. avec les noms. ) 

2. Tête d'un vieux gredin, vu de trois-quarts , et tourné à gauche ; 
Charlet lui fait dire : J' suis innocent ! mon doux juge! (En h. sans 
encadrement. ) 

3. LES MARGUILLIERS DE SAINT-BONAVENTURE. Celui du 
milieu , vu de profil , cause avec son voisin ; à gauche , au second 
plan, le troisième marguillier vu de face. (P. en h. avec les noms. ) 

I. LE RETOUR A LA FERME. (Paysage en t. ) On n'aperçoit que 
la toiture de la ferme , au fond , dans le milieu de l'estampe. Au pre- 
mier plan, un peu à gauche, un enfant sur un gros cheval blanc. 

5. A LA CHIAN Ll-LI, dit un pauvre diable assis sur un tronc 
d'arbre; il tire la langue et s'adresse à un enfant qu'on voit par le 
dos, et qui probablement a écrit sur le mur: E vilain Mayeuxt de 
Mayeuxt. (P. en h. avec les noms.) 

6. LES ASPIRANTS A L'ÉCOLE MILITAIRE. (Charmant cro- 
quis en h. , sans encadrement. ) Deux enfants : celui de gauche, vu 
par le dos, coiffé d'un bonnet de police, tient un balai en guise de 
fusil. Celui de droite, vu de trois-quarts, est armé d'un bâton. 

7. LA DÉROUTE. Trois militaires (époque Louis XV) ont trop 
copieusement bu. L'un deux est déjà par terre, et le second, tenant 
un fusil dans la main gauche, serait près du camarade, s'il n'était 
retenu par le troisième, ivre comme les deux autres. (P. en h. avec 
les noms.) 

8. LE REPOS. Un grenadier de la garde est assis dans la cam- 
pagne, au pied d'un arbre. A droite, une jeune paysanne et une 
vache. ( P. en t. ) 

9. LA BONNE PHILOSOPHIE. Un jeune officier (époque 
Louis XV) boit et fume assis à une table. A ses pieds, un chien; à 
une fenêtre, une vieille femme vue à mi -corps. Dans la marge de 
gauche, croquis de la tête de Billoux. (P. en t. ) 

10. LES BORDS DE L'ESCAUT. (Paysage en t.) A gauche, Napo- 
léon interroge un paysan. Au milieu de l'estampe, sur un tertre 
planté d'arbres , un chasseur à cheval de la garde tient deux chevaux 
en main. 

II. GRENADIER DE LA REDOUTABLE 32 e DEMI-BRIGADE. 
Figure énergique d'un vieux troupier do la République. La tête, vue 
de face, est coiffée d'un phapeau. (P. on h. sans encadrement.) 



SA VIE. — SES LETTRES. li] 

12. OFFICIER DE L'ÉTAT MAJOR DE L'ARMÉE DE SAMBRE- 
ET-MEUSE. Il a mis pied à terre, tient sa pipe à la bouche , et a la 
bride de son cheval passée dans le bras droit. (P. en h. ) 

13. LES ENNEMIS POLITIQUES. Ce sont un ancien militaire dé- 
coré et un vieux bourgeois assis sur le même banc dans un jardin. 
L'épicier tient un journal à la main et en fait la lecture , qui semble 
plaire très-médiocrement au troupier. (P. en h.) 

14. Deux bohèmes sont debout à la porte d'un cabaret; sur le mur, 
on lit: Vin à quatre sous, et au bas : Vive Chicard ; ce qui fait dire 
à l'un des deux voyous : Vois - tu , Chicard domine son époque ! 
( Croquis en h. ) 

15. SOLDAT SUISSE. Il est assis sur un rocher, revêtu d'une 
armure complète. Croquis à la Salvator Rosa. (En h. sans enca- 
drement. ) 

16. LE COMTE DE LAS BLAGUERASSE, lieutenant -général, 
commandant les forces combinées du Paraguay ; chevalier des ordres 
la Conception, du Soleil , de l'Eléphant du Bengale et la Tortue de 
de Chandernagor ; membre correspondant des sociétés non libres de 
Toulon, Brest et Roche fort. Il est représenté de profil, un brûle- 
gueule à la bouche, les mains derrière le dos, appuyé sur un gros 
bâton. Dans le fond, à gauche, un gendarme. (Croquis en h. ) 

Type primitif de celui qui figure dans la vie de VALENTIN. 

17. UNE RECONNAISSANCE. Dans un paysage, entre deux bou- 
quets de bois, Napoléon débouche sur un cheval blanc, suivi d'un 
officier. (P. p. en t.) 

18. Croquis en h. sans encadrement. Huit têtes de vieillards: 
quatre en haut, trois en dessous; la huitième, plus petite, tout à fait 
au bas. 

19. Neuf croquis de Napoléon à pied et à cheval. (En t. sans enca- 
drement. ) Le croquis du milieu , plus grand que les autres , repré- 
sente Napoléon sur un cheval au galop. 

20. LA SENTINELLE AVANCÉE. A droite, masse de grands 
arbres; à leur gauche, un grenadier en sentinelle, l'arme au pied. 
Dans le fond, à gauche, une masse de troupes dans lesquelles on dis- 
tingue Napoléon sur un cheval blanc. (P. en t. ) 

21. LE VOYAGEUR ÉGARÉ, Un bâton à la main, enfoncé dans 
une mare couverte de hautes herbes , il a vu venir de son côté un 
vieux garde-chasse suivi de son chien; et comme il lui demande 
son chemin, le garde-chasse répond: Vous voilà dans le bourbier!... 
Si vdtis continuez, vous êtes perdu!,.. Fallait prendre a gauche, et 



142 PREMIÈRE PARTIE. 

marcher franchement... vous auriez gagné le cœur du pays!... (P. 
en t.; ne porte pas le nom de CJiarlet. ) 

22. Nous sommes devant le théâtre de Polichinelle. Au premier 
plan, trois spectateurs (une vieille femme, un troupier et un jeune 
soldat ) font leurs réflexions : Si polichinelle s'amuse avec le diable , 
dit le troupier, la farce ne durera pas longtemps. Au bas de l'es- 
tampe, en h. , à droite et en dehors de Fencadrement , deux petites 
têtes sont griffonnées. 

Charlet, après ces derniers travaux, se trouva tellement fatigué 
qu'il se vit dans la nécessité de renoncer à tout service dans la garde 
nationale, et, pour se mettre en règle, il formula ainsi sa demande: 



A MM. le Président et membres du Conseil de recensement 
de la dixième légion. 

« Messieurs , 

« Je ne dirai pas comme feu Louis XVIII : C'est toujours 
avec un nouveau plaisir que je viens, Messieurs... moi, c'est 
toujours avec un nouveau regret que je viens , Messieurs , vous 
exposer mon piteux état. Après avoir subi toutes les mystifica- 
tions médicinales, voire même homéopathiques, j'en suis 
réduit a vous dire, Messieurs, qu'un bon nombre d'ânes sont 
aux bancs de la Faculté, et que leur impuissance est bien cons- 
tatée par l'état de ma pauvre personne. Ils n'ont pu m'extirper 
mon affection catarrhale ; donc, il me faudra vivre en société 
de cet ennemi intime , avec lequel je me trouve aux prises à 
la moindre variation atmosphérique , qui me coudoie à la moin- 
dre imprudence et me saisit au moindre écart : sa griffe est 
toujours la ; elle s'enfonce et me rappelle a l'ordre au moindre 
oubli. 

Cette position, Messieurs, sans être un état de maladie 
aigu , demande pourtant tellement de ménagements et de pré- 
cautions, qu'il m'est physiquement impossible de passer la 
nuit au corps-de-garde, et bien moins de supporter les factions. 
Je suis honteux, je l'avoue, d'être forcé de vous demander 
encore une exemption de nuit , mais je suis commandé par la 
triste nécessité. C'est d'autant plus humiliant et plus dur pour 



SA YIE. — SES LETTRES. 143 

moi, que je suis rempli de zèle et que j'en ai donné l'exemple 
depuis 1814; car en 1814, a la bataille de Paris, je brûlai les 
dernières cartouches des funérailles de l'Empire. 

« Je pourrais, Messieurs, vous donner à l'appui de ma re- 
quête des certificats de médecins honorables, qui ne sont pas 
des ânes; si vous les exigez, je vous les fournirai ; puis, vous 
avez pour vous le droit de visite auquel je serais forcé de me 
soumettre ; mais je suis certain que vous le repousserez comme 
toute la France, excepté le seul homme qui a osé le proposer. 

« J'attendrai avec confiance votre décision, qui sera juste, 
je n'en doute pas ; fût-elle injuste, je m'y conformerais en tout. 

« Votre bien dévoué serviteur , 

<< Charlet , 

« Grenadier y deuxième bataillon, professeur 
à l'école Polytechnique , officier de la 
Légion d'honneur, s 
8 juillet 1842. 



XXXIV 

Parmi ses amis , Charlet comptait à juste titre M me Lejeas, qui ha- 
bitait avec sa famille une maison de campagne située à Brainville , 
par Ponthierry , route de Fontainebleau. Déjà précédemment notre 
ami avait été affectueusement accueilli dans cette maison hospita- 
lière; et vers la fin de 1842, il recevait de M me Lejeas une nouvelle 
et pressante invitation. 

Voici quelques lettres en réponse : 

Paris, 30 novembre 1842. 

« Madame et amie, 

« Vous saurez que je suis dans le coup de feu de mes tra- 
vaux et qu'il m'est impossible de m'absenter, même pour 
quelques jours : j'ai ma leçon à l'école Polytechnique quatre 
fois par semaine, puis un grand tableau en chantier ; or, je ne 
puis répondre a vos aimables désirs, et vous conviendrez qu'il 



J.H PREMIÈRE PARTIE. 

est cruel pour un galant homme de ne pouvoir répondre aux 
désirs d'une femme aussi bonne que vous. 

« Mais je prendrai ma revanche ce beau lemps; je me suis 
arrangé pour passer la belle saison a Brainville , comme il y a 
deux ans. J'aurai de plus l'agrément de n'être pas astreint a 
revenir à jours fixes a Paris. Je compte aller vous voir aux 
jours gras, et prendre mes mesures pour m'établir un atelier a 
Brainville. 

« Bien des remerciements à M. Auguste; ce faisan était 
admirable, et je l'ai mangé presque a moi seul; c'est pour moi 
ce qu'il y a de meilleur au monde. 

« Je n'entends pas parler ici de vos enfants ; peut-être n'en 
entendez-vous pas plus parler que nous. Pauvres crédules et 
faibles humains que nous sommes! nous comptons sur eux 
pour consoler nos vieux jours; que de cruelles désillusions 

nous attendent! Enfin il faut prendre son parti et trouver 

en soi assez de philosophie pour supporter l'amertume du 
calice. 

« Que Dieu vous soit en aide, ainsi qu'à nous, et tout ira 
bien. 

« Agréez , Madame , nos hommages respectueux , et croyez 
à notre sincère et bonne amitié. 

« Gharlet. » 



20 février 1843. 



Madame et amie, 



« Je m'étais promis d'aller faire mardi gras a Brainville; 
mais Dieu dispose, si l'homme propose , or donc, la Volonté 
suprême n'a pas voulu. Je suis forcé de faire mardi maigre a 
Paris ; je dis mardi maigre , car je suis condamné à l'eau 
pure jusqu'au beau temps; puis je suis tellement fatigué du 
travail forcé et assidu que je viens de faire, que j'ai les plus 
grandes précautions à prendre contre la saison humide. 

« Je remets donc cette agréable visite pour moi aux pre- 
miers beaux jours d'avril , quand le soleil aura pris quelque 
force et pénétrera les malheureux de ses rayons bioufaisanls 



SA VIE. — SES LETTRES. - 1 i5 

« Ma femme me parle souvent de vous et du désir de me 
voir confié à vos bons soins, car ma santé est bien délabrée ; 
Brainville peut seul me donner du nerf, aussi je me promets 
d'y établir mon atelier cet été ; je vous envahirai , et Brainville 
deviendra le sanctuaire des arts. Oui, Brainville est la terre 
promise; c'est le fleuve de Jouvence; on n'y a pas plutôt mis 
le pied , qu'on se sent revenir a une nouvelle vie ; aussi ai-je 
prévenu ma femme qu'elle ne me verrait guère cet été, et que 
le pavé de Paris n'userait pas beaucoup mes souliers. 

« J'ai appris avec plaisir que mademoiselle votre fille était 
près de vous. J'aime a voir les membres d'une famille se res- 
serrer ; dans cette vie ne doit-on pas chercher à se rendre les 
jours agréables les uns aux autres , et n'est-il pas du devoir 
comme de l'intérêt de nos enfants de s'éloigner le moins pos- 
sible de nous? Où trouveront-ils ces soins et ce dévouement 
de tous les instants que nous nous faisons un bonheur de leur 
prodiguer, pour quelquefois, hélas! n'en recueillir que l'in- 
gratitude? 

« Ce bon et hospitalier montagnard va bientôt reparaître sur 
sa montagne pour offrir aux voyageurs égarés cette loyale et 
antique hospitalité que pratiquaient si bien nos pères. Quand 
vous le verrez, dites-lui bien qu'il est le plus généreux comme 
le plus brave des Écossais présents et à venir , ce que 
M. Mouffle jure avec moi, comme un vrai charretier. 

« Arrive le lilas ! arrive le 1 er juin ! après lesquels je soupire ; 
car jamais Paris ne me parut plus sale sous tous les rapports , 
moralement, physiquement et politiquement ; j'ai hâte d'arri- 
ver au SAUT (1), pour me débarrasser des sots qui sont ici 
en si grand nombre. Encore, s'il n'y avait que des sots, mais 
les fripons... mais... je finis, car si je passais en revue 
tous les infâmes de l'espèce , ma lettre ne suffirait pas. Prenons 
donc le temps comme il est, l'homme pour ce qu'il vaut ; pour 
moi, je ne suis pas venu sur la terre pour pleurer sur les mi- 
sères de la vie ; donc, avec quelques bons amis, peu, très-peu, 
quelques écus dans mon tiroir et du pain pas trop dur, je me 
trouve heureux. 

(i) C'est le nom de la propriété de Brainville. 

10 



146 PREMIÈRE PARTIE. 

« La petite famille me charge de tous ses respects et amitiés, 
loujours avec l'espérance. 

« Adieu, Madame et amie, veuillez agréer mes respectueux 
hommages, en y joignant les compliments affectueux de ma 
femme. 

« Charlet. » 



25 avril 1843. 

<( Madame et amie, tenez-vous sur vos gardes : samedi nous 
nous abattons comme des vautours sur votre maison. Oui, 
bonne et honorable dame, vous allez avoir a héberger une 
bande de BOHÈMES ; j'en suis effrayé. 

« Je suis bien faible et bien fatigué , mes travaux de cet 
hiver m'ont réduit a l'état d'ombre chinoise, ou plutôt de 
spectre ; mon catarrhe a doublé , mes forces ont diminué , 
l'appétit s'en est allé ; le cœur seul est resté ferme , d'accord 
avec la tête ; du reste, je ne suis plus qu'une ombre d'homme, 
mais je compte sur Brainville. 

« Ma femme vient passer une quinzaine ; elle veut me voir 
renaître avant de me livrer a vous. 

« J'ai grand besoin de repos, de calme, de bon air et de 
liberté , enfin de tout ce qu'on trouve près de vous. 

« Nous avons failli perdre notre bon Villain (1) ; dans la 
nuit du vendredi au samedi , il a été saisi par une espèce d'at- 
taque d'apoplexie; s'il n'avait pas été saigné sur-le-champ, 
c'était un homme mort. Il va mieux. Brave et digne garçon, 
que Dieu le garde pour les siens ! 

« Si M. Auguste peut nous prendre à Ponthierry, cela nous 
obligera, car j'ai à peine la force d'aller a mon atelier; donc, 
il me faudrait trois jours de marche pour rejoindre Brainville. 

Agréez, Madame, etc. 

« Charlet » 

(1) Villain a imprimé le plus grand nombre des lithographies de Charlet. 



SA VIE. — SES LETTRES. 117 



XXXV 



Charlet arrivait donc à Brainville avec une santé bien délabrée ; 
aussi ne put-il mettre à exécution son projet d'établir un atelier , et 
de faire de la peinture sérieuse ; il fallut se contenter de quelques es- 
quisses peintes ou dessinées. 

Mais comme il était dans sa nature de toujours produire, il écrivait 
beaucoup , et nous avons entre les mains un grand nombre de lettres 
datées de cette époque. 

Et d'abord ses préoccupations se portent sur l'École, sur les per- 
fectionnements à y apporter : à ce sujet , il entretient une correspon- 
dance avec ses deux maîtres adjoints, Lalaisse et Canon. Au milieu 
d'idées sérieuses, relatives au sujet qui l'occupe, Charlet introduit, 
comme de coutume, quelques-unes de ces gaietés, de ces drôleries, 
dont il y a si ample provision chez lui. 

Les lettres de Charlet ressemblent à ses croquis ; les unes et les 
autres renferment toujours quelque chose qui intéresse , qui amuse 
du moins. 

Nous choisissons dans cette correspondance les deux lettres qui 
suivent. 



A M. Lalaisse, professeur à l'École. 

Mai 1843. 

« Intrépide prévôt, mon digne Atlas, je vous remercie de 
votre bonne et obligeante lettre ; vos bons sentiments et votre 
dévouement pour tout ce qui m'a pu être utile et agréable 
me sont connus , et si quelques gens ne vous jugent que sur 
l'écorce, je ne suis pas de ce nombre. Donc, n'ayez jamais 
aucun doute sur l'estime profonde que je vous porte, non de 
ces estimes du monde qui varient en raison du vent, mais 
bien basée sur un concours et un ensemble de faits qui me 
font vous apprécier comme vous le méritez. 

« Vous me demandez un conseil ; je ne puis guère vous en 
donner , car j'en ai bien besoin pour moi-même. Donc, si je me 



148 PREMIÈRE PARTIE. 

hasarde à vous en risquer un , c'est celui de vous laisser aller 
à votre impulsion, a votre sentiment. Voyez la Bretagne : j'ai 
vu des intérieurs de paysans de ce pays , ce sont de vrais Rem- 
brandt. Un officier d'artillerie, L'Haridon, qui a travaillé a 
mon atelier, a fait plusieurs dessins fort remarquables sur 
cette province. Partez donc , VOYEZ ! Tout ce que je vous 
recommande, c'est de ne pas oublier d'éviter de faire comme 
certaines gens qui ont rempli deux cents toiles d'études, quatre- 
vingts volumes de croquis, puis sont venus expirer devant 
la difficulté de leur emploi et de la production. Comme ces gens 
qui s'en vont chercher la colonne de Pompée et les Pyramides , 
pour revenir dans leur pays construire une cabane à lapins. 
Faites votre affaire bretonne, mettez quelque argent de côté; 
puis AU TABLEAU, comme Annibal à Rome, avec la même 
fureur et la même persévérance , seulement avec un autre dé- 
nouement. PÉRISSE ROME (4)1 

« Dites donc a mon filleul Villain que dans le commerce il 
faut une tête toujours SOURIANTE , même si Ton vous dit une 
injure. 

« J'ai été bien content de l'empressement que Canon a mis 
à m'annoncer la solution de votre petite affaire avec les élèves ; 
il m'écrit en termes de bon camarade. Ce gros raton paraît 
froid, mais il ne faut pas le juger sur l'enveloppe; c'est un 
homme juste , bon et point capricieux. 

« Planète vacillante et frêle, je gravite pourtant vers le 
mieux. 

« Votre bien affectionné , 

« Charlet. )) 

<( Je mets sur l'adresse : PROFESSEUR , pour frapper l'ima- 
gination de votre portier et consolider votre crédit. 

A M. Canon, etc. 
Quelques mots sont nécessaires pour faire comprendre cette lettre. 



(1 ) Lalaisse a pris au séripux ces bons conseils , et a fait d'excellents dessins sur la Bretagne , édités 
par Charpentier de Nantes. 



SA VIE. — SES LETTRES. 14-9 

D***, maître de dessin à l'École, division Steuben, avait fait un 
voyage en Italie. Ce voyage revenait à tout moment dans sa conver- 
sation. 

« Il avait fait , disait-il , un grand tableau à Naples ; puis il avait 
habité quelque temps Sorrento , où il avait laissé de vivants souvenirs , 
tant par des études remarquables que par grand nombre de bonnes 
fortunes. » Et voyant Charlet aussi malade , il lui conseillait d'aller 
habiter Sorrento. 

Sorrento, le 6 mai 1843. 

« Mon cher Canon, ONCQUES je n'ai des nouvelles de vous 
ou de ceux qui vous sont chers ; êtes-vous donc mort? Si vous 
êtes mort , dites-le ; mais comme vous ne donnez pas signe de 
vie, c'est que vous vous portez bien, sans doute. 

« Vous aurez a vous entendre avec M. Coriolis pour établir 
les deux ou trois figures (académiques) qui doivent être remises 
à l'examinateur pour l'admission des élèves. Elles devront être 
plus grandes que les nôtres de l'École, et un peu plus ombrées 
pour augmenter la difficulté. Tâchez de donner du caractère à 
ces têtes ; les noires pèchent peut-être par la. 

« Vous direz a D*** que je vous ai écrit de Sorrento . près 
Naples, où il m'a conseillé d'aller. Je n'y suis arrivé qu'après 
une navigation pénible et après deux combats avec des pirates , 
que nous avons capturés et sur lesquels nous avons repris son 
GRANDISSIME tableau qu'il avait fait a Naples, et qui lui avait 
été enlevé, ainsi qu'un grand nombre d'études, par un corsaire, 
tripolitain. Lorsque nous nous sommes présentés à l'abor- 
dage, nous avons trouvé les forbans retranchés derrière le 
tableau ; alors le combat s'est engagé avec fureur DANS 
L'OMBRE , à la hache et au poignard : en moins d'une demi- 
heure, toute LA LUMIÈRE a été enlevée; ce que les barbares 
voyant, ils ont demandé merci. Alors nous les avons conduits 
à fond de cale, et condamnés a copier les études qu'ils avaient 
enlevées a ce brave D***. 

« J'ai aussi retrouvé sur ce corsaire bon nombre de mes 
aquarelles et dessins du bon temps où je les faisais bien et pas 
cher: maintenant qu'ils sont moins bien et plus cher, les for- 
bans n'en veulent plus. 



150 PREMIÈRE PARTIE. 

« Un de ces forbans avait vu Brune (1 ) au bagne de Toulon , 
où il était pour LAVIS ; Brune lui a conté que S... et D... me 
regardaient comme un homme perdu , et se partageaient déjà 
ma succession. Ce bon Brune ne formerait pas de pareils 
vœux , c'est un trop bon camarade. 

« D. . . a laissé de très-bons souvenirs a Sorrento ; j'ai vu plu- 
sieurs enfants blondins , frisés , qui lui ressemblaient beaucoup ; 
ils ont tous de petits habits d'état-major avec des éperons et 
des épées moyen âge. 

« Je crois bien avoir vu le fils de S...; il dormait a côté d'un 
plat de macaroni ; il était assis sur sa palette : aussi je crois 

qu'en fait de peinture il en a plein le Qu'il a une figure de 

bien honnête homme ! 

« Je commence a reprendre vie; le silence des bois, le bon 
air des champs et la frugalité me sont plus salutaires que toutes 
les drogues. Dans une huitaine de jours, j'essayerai de tra- 
vailler. 

« Gomment vont vos enfants? quant aux miens, je n'ai qu'a 
m'en louer ; ils sont très-joueurs , très-mangeurs et très- 
paresseux. 

a Tout à vous de cœur, 

« Charlet. » 

« Bien des amitiés au bon Montfort (2), quoiqu'on dise qu'il 
lait le las (FELLHAS) depuis qu'il a été en Egypte, et qu'il 
trouve le travail PYRAMIDAL et son quartier DÉSERT ; mais 
je ne veux plus faire de calembours; jadis c'était MONFORT ! » 

Cette amélioration dans la santé de Charlet apporte chez lui une 
recrudescence de gaieté; il faut bien qu'elle s'épanche. De là ces lettres 
à son ami Mouffle , que nos lecteurs connaissent déjà. 

Nous savons que Charlet est essentiellement railleur: ajoutons 
que pour donner libre cours à cette verve , qui surabonde chez lui , 
il faut qu'il trouve pour interlocuteur un homme d'esprit, avant 
tout, mais bon, naïf et ne pouvant, dans aucun cas, s'effaroucher 
<lc ses innocentes plaisanteries. 

(1) Alors professeur de lavis a l'école Polytet hnîque 

(2) M, Montfort était aussi rrifiitre de dessin a l'École, 



SA VIE. — SES LETTRES. 151 



Vendredi 24, 25, 26 ou 27 mai 1843. — Brainvdle. 



« Mon cher Mouffle , je vais de mieux en mieux ; l'appétit 
reparaît, les forces reviennent, et fasse le soleil, tout s'arran- 
gera, jusqu'à ce que cela se dérange, car c'est ainsi qu'est faite 
la machine humaine. A propos de machine, j'espère que vous 
vous portez bien , mais que vous ne portez plus votre gilet qui , 
sur ma foi, je vous le déclare, est la chose la plus sale que j'aie 
jamais vue. Je pensais que vous pourriez l'utiliser, et voici 
comment : L'empereur de Russie vient de menacer les Grecs 
de sa colère , si avant peu ils ne s'acquittent pas envers la 
Russie de je ne sais combien de millions. Eh bien , faites fondre 
votre gilet au profil des Grecs , ou bien envoyez-le au roi Olhon 
qui le fera fondre sur l'armée russe. Les deux moyens sont bons 
et vous feront honneur comme Philhellène (fil et laine, votre 
gilet en est fait, je crois). 

« Savez-vous que vous êtes bien maladroit , mon cher Mouffle, 
en parlant d'une grosse femme; celle GROOOSSE FAME, 
cette GROOOOSSE f FAAMME ; ma femme qui vous faisait des 
yeux sans parvenir a vous arrêter. Mouffle ! je ne connais point 
d'homme qui vous soit comparable pour les gaucheries ; il n'y 
a vraiment chez vous que le cœur de terminé; la têle est ii 
moitié faite; c'est une tête débauchée. Mouffle! vous êtes la 
bouletle personnifiée. 

« Une des bonnes charges que nous vous ayons faites a élé 
de vous faire accroire que vous buviez régulièrement Irois ou 
quatre carafes d'eau tous les soirs, et vous l'avez cru avec une 
naïveté digne des temps primitifs. 

« Au reste, mon cher Mouffle, vous êtes l'homme primitif, 
tout ce qu'il y a de plus primitif; aussi j'en suis à comprendre 
comment votre femme a pu découvrir en vous quelque chose 
qui pût vous faire supporter. Je pense bien qu'elle n'est pas a 
son premier regret d'un pareil acte de folie de sa part; enfin il 
faut qu'elle vous digère comme cela ; non , mais M me Mouffle 
qui a de si bonnes manières, et je dirai même un certain par- 
fum de comtesse... de marquise... aller s'accrocher a un pareil 
animal , un véritable ours , un orang-outang dont le nez devient 



152 PREMIÈRE PARTIE. 

comme une mûre ou une framboise gâtée. Ce n'est point en 
suçant de la glace , homme de lettres! que l'on se rend le nez 
ainsi. Bourdon (1 ) !... 

« Assez d'injures comme cela , mon cher Mouffle. Je lis Tite- 
Live; j'apprends mes Romains, l'an 429 avant J. -G. Quel tohu- 
bohu que cette bonne république romaine. Ah ça! mais ces 
gens-là avaient donc tous mille écus de rente ; je les vois conti- 
nuellement occupés a tailler des bavettes dans le Forum ou à 
tirer la savate au Capilole ; puis quand la pauvre République 
expire sous leurs coups, c'est un dictateur qui la sauve. J'avoue 
que c'est peu encourageant pour la forme gouvernementale. 
Nous, nous sommes plus adroits, nous avons le JUSTE- 
MILIEU; un gouvernement à bon marché; monarchie entou- 
rée d'institutions républicaines, de forts détachés et d'enceinte 
continue. 

« J'irai à Paris jeudi prochain et dînerai chez vous, mais 
sans faste : un plat de viande et un plat de légumes ; je suis 
comme vous , frugal ; seulement je conserve mieux mon nez ; 
car s'il fallait qu'a l'état de détérioration où je me trouve, se 
joignît un gueux de nez comme le vôtre, je le mettrais dans 
un étui et je n'oserais plus sortir. 

« Adieu, poëte couronné de l'Académie de Toulouse, adieu , 
favori de la belle Isaure ; car c'est elle qui a fondé cette acadé- 
mie. Oh! si elle pouvait voir fondre votre gilet! 
« Adieu , Mouffle. 

« Gharlet. » 



Brainvillc, 22 juin. 

« Aimable favori de la belle Isaure, vous dont le nez se 
colore a l'ombre des lauriers, posés sur un front vignicole par 
celte espèce de muse, dites-moi. J'entends parler de vous a 
Brainville; je distingue, quoique confusément... Saint-Jean... 
M. Mouffle... bien laid... franc, bon cœur... boit trop d'eau... 
et samedi , convoi de trois heures, sans doute. 

,1) M;irchnnd devins Irnimm, BOCCesseor (1 e M"« Saguel 



SA VIE. — SES LETTRES. 153 

« Est-ce que vous êles dans l'intention de nous donner un 
coup de pied ; si TANT EST , vous serez bien reçu ; vous con- 
naissez la châtelaine, c'est vraiment l'hospitalité écossaise; 
seulement, mon brave, évitez- nous votre gilet; une mise dé- 
cente est de rigueur : veste de chasse et linge blanc. 

« Ma femme me dit que mon fils aura l'honneur de commu- 
nier h Saint-Sulpice, en compagnie de votre gars; c'est très- 
bien, mais que cela dure peu. Que de grimaces I que d'ennuis ! 
MAIS on n'a pu encore remplacer tout cela; et nous autres 
hommes, qui faisons les superbes et les crânes, nous nous 
soumettons et faisons comme le commun des martyrs. Vous 
êtes une ganache, Mouffle ! et moi aussi. 

« Si vous venez, tant mieux; si vous ne venez pas, cela 
suffit. 

« Adieu, bonne santé. 

« Charlet. » 

Brainville, 28 août. 

« Enfant gâté des neuf sœurs ! triomphateur des jeux floraux ! 
je suis chargé de vous dire que nous avons ici beaucoup de 
perdreaux et pas mal de lièvres ; trois sont déjà venus folâtrer 
sous le bout du fusil du grand destructeur, qui les a punis de 
leur inconséquence. 

« Le jour de l'ouverture n'est pas encore indiqué ; on vous 
avertira. 

« Je vais bien : je pense que votre bonne famille est aussi en 
bonne santé, sauf ce pauvre Ultime (1); enfin il faut espérer. 
Moi, vieux cinquagénaire catarrheux et rhumatismal, j'espère 
bien ; ce serait bien le diable qu'un voyageur à peine aux portes 
de la vie, les vît se fermer sur lui, ou fût condamné a faire sa 
route en souffreteux. Espérons donc! 

« On vous dit mille bonnes choses, et on vous en réserve 
un nombre égal. 

<i Salut et fraternité. 

<( Le Vieux de la montagne. » 

(1) Le plus jeune des fils de M. Mouffle, 



154 PREMIÈRE PARTIE. 

1 er septembre. — Brainvdle. 

« HAUT LE MOUSQUET ! LA MÈCHE AU SERPENTIN ! 
APPRÊTEZ -VOUS A MARCHER I PASSEZ LE MOUSQUET 
SUR L'ÉPAULE ! MARCHEZ ! 

« Allons, chasseur timide, viciez le domicile conjugal; 
débarrassez cette bonne M mc Mouffle de votre criarde et gros- 
sière personne ; donnez quelques jours de calme a votre bonne 
petite famille. Arrivez ! C'est pour le 5; le 5, entendez-vous? 
et n'allez pas prendre mon 5 pour un 3, vieil absurde. Dire 
qu'une femme aussi bien et d'aussi bonnes manières que la 
vôtre a pu épouser un vrai charretier du train ; vieille horreur 
d'homme ! 

Madame Hélène vous attend à Tombre de la nuit ; 
Loin des chats-loups vous vous verrez sans bruit. 
On vous attend , 
Vieux sacripan ; 
Mettez vos guêtres, ne perdez pas de temps. 

< Arrivez. 

« Mille choses aimables de la part des hôtes et des autres. 

« Charlet. » 



Samedi, 2 septembre. — Brainvdle. 

« ARAISSEZ LE MOUSQUET ! ÉTEIGNEZ LA MÈCHE ! 

« Un contre-ordre arrive a l'instant; l'ouverture n'est plus 
que pour le 10 ; et moi qui m'étais mis en frais dans ma der- 
nière pour vous dire bien des infamies, me voilà réduit à 
capituler et à vous demander la vie sauve. 

« Je vous verrai a Paris avant ce temps, car je renvoie mes 
ustensiles de travail. J'ai quelque chose à faire pour un prince 
russe ; et comme les étrangers sont aujourd'hui plus Français 
que nous, les artistes peuvent, sans faire violence a leurs sen- 
limenls patriotiques, traiter les sujets qu'ils leur demandent 



SA VIE. — SES LETTRES. 155 

Ce sont des sujets pris dans notre grande histoire contempo- 
raine, et tout à notre honneur. 

« Mille choses aimables de la part de tout le monde , enten- 
dez-vous, vieux scélérat! On dit que l'Académie des jeux 
floraux , dont vous êtes lauréat, a proposé cette année un prix 
de six mille francs pour celui qui pourra prouver dans trois 
cents vers que M me Mouffle jouissait de toutes ses facultés intel- 
lectuelles le jour où elle vous prit pour époux. 

« Adieu et bonne amitié. 

« Gharlet. )) 

« P. S. Dieu me pardonne, depuis que je suis loin de votre 
monde de deuxième bataillon (incurables) mes idées ont repris 
de la verve ; on s'endort au milieu de ces effroyables nullités , 
forcé que l'on est de se faire violence et de s'aligner sur la 
stupidité ; c'est qu'une fois encadré dans la médiocrité, l'homme 
le plus solide a fort a faire pour rompre les rangs ; on y est 
cloué par l'imbécillité et mastiqué par l'ignorance. » 



KXXV1 



Mais cette correspondance, dont nous venons de donner d'assez 
longs extraits, ne suffisait pas à l'activité fiévreuse de l'esprit de 
Charlet. Certes il lui fallait une dose inépuisable de gaieté pour 
en trouver chaque jour à tout venant, car elle débordait dans sa con- 
versation tout autant que dans ses lettres. 

Charlet raconte dans son œuvre ( n° 428 ) un petit voyage de Cor- 
beil fait a,vec Vilain et Aubry. Nous connaissons déjà le premier, 
nous allons faire connaissance avec le second. 

M. Aubry, maître chaudronnier, très -habile ouvrier, est un 
homme franc, loyal et spirituel. Charlet l'aimait et l'estimait beau- 
coup ; il le connaissait depuis longtemps , Aubry ayant servi avec le 
grade de caporal dans sa compagnie de la garde nationale. 

C'est de Brainville, dans ce paroxysme de gaieté et de besoin 
d'écrire , que Charlet adresse à Aubry ses premières lettres. 



156 PREMIÈRE TARTIE. 



Brainville, 19 mai 1843. 

A M. Aubry , chaudronnier , propriétaire , électeur et caporal de 
voltigeurs au troisième bataillon de la dixième légion. 

« Aubry, vous n'êtes qu'un criquet, un mauvais résidu de 
vert-de-gris ; pourtant dans ce composé il y a une certaine 
intelligence qui m'a fait rechercher votre société; une certaine 
intelligence qui vous place a la tête de l'industrie cuivrière... 

« Aubry , la vie est un songe ! heureux ceux qui parviennent 
à rêver le bonheur et a ne pas s'éveiller. Un poëte distingué , 
Duveyrier, homme essentiellement romantique et saint-simo- 
nien, n'est pas de cet avis: il nous interdit, a nous autres 
malheureux , de jouir en songe ; il prétend que la vie est une 
VALLÉE DE BOUE ET DE LARMES. Si bien que les pauvres 
diables qui n'ont ni chevaux, ni voiture, ni la monnaie d'une 
citadine ou d'un omnibus, sont condamnés a enfoncer dans la 
vase jusqu'au menton en traversant le CLOAQUE HUMAIN. 
Mais attendez ! un autre poëte classique et BOUTON DE ROSE 
au premier chef a cherché à nous consoler en faisant chanter a 
Lays, dans les mystères d'ïsis : 

La vie est un voyage. 
Tâchons de l'embellir ; 
Jetons sur son passage 
Les roses du plaisir. 

Voilà qui (si toutefois ce n'est pas plus parfumé d'essence de 
rose que de vérité) est au moins consolant au premier coup 
d'œil ; je dis premier coup d'œil , et, si votre petite intelligence 
cuivrière veut bien me suivre et peut s'élever a la hauteur d'une 
marmite (neuf livres de viande), nous reconnaîtrons qu'il n'y 
a rien de consolant ; car celui qui aurait dit a JUHEL : « Jette 
les roses sur le chemin de la vie, » JUIIEL aurait répondu : 
Avoz-yous de l'argent à me prêter? » vu que les roses se 



SA VIE. — SES LETTRKS. 157 

vendent et que les malheureux n'en ont que les épines. Tout 
cela, mon ami, c est de la philosophie de papier Joseph dont 
on ne peut faire usage, dans la crainte de 

« Votre petite intelligence va me dire : e que fasto (et que 
faire) ? prendre les hommes pour ce qu'ils sont et la soupe pour 
ce qu'elle vaut , ayant soin de ne pas compter sur votre voisin 
pour soigner votre bouillon. 

a Prendre les hommes comme ils sont : être indulgent, ne 
les juger que par leurs actions; voila ce qu'un vrai philosophe 
doit faire, et ce que j'ai cherché à pratiquer toute ma vie. 

« Mais que voulez-vous que je dise de ce FORT A BRAS , 
dont le seul titre est d'avoir pour frère un bon garçon et de 
profiter de son nom ? 

« Croyez-vous que je puisse regarder sans rire cet ARIS- 
TOCRATE orgueilleux de fraîche date, ce professeur de langue 
hottentote qui pendant trente-cinq ans s'est dit l'AMI de 
CHARLET et s'en va déblatérant sur mon compte? Savez- vous 
pourquoi ? C'est que nous ne nous sommes pas empressés de 
lui approcher le fauteuil des MONTMORENCY. L'amour-propre 
froissé ne pardonne pas, et ces produits monstrueux du lapin 
et de la carpe en sont gonflés. 



« Et que dire de ce MATADOR des MATADORS, sorti 
de la hanche d'Agamemnon , que la voix publique accuse d'a- 
voir renié trois cents francs qu'il devait à une pauvre femme 
qui l'avait nourri pendant sa misère dévergondée? Combien de 
fois ne m'a-t-il pas reproché de recevoir B*** chez moi ! B*** 
vaut mieux que tous ces gens-la. B*** a fait, comme beaucoup 
d'hommes d'esprit, des maladresses pour cinquante sous. 
Quand on fait tant que de se laisser signaler comme un gueux, 
il faut au moins que la chose en vaille la peine : deux cent 
cinquante mille francs, par exemple, parce qu'alors vous avez 
des amis qui disent que ceux que vous avez escroqués sont des 
scélérats. 



« Maintenant que j'ai prodigieusement bavardé de mon 



158 PREMIÈRE PARTIE. 

prochain sans haine ni mauvaises pensées , mais seulement 
comme observations de faits qu'il faut savoir apprécier et juger 
a leur peu de valeur, disons ensemble, mon brave Aubry, que 
les vrais amis sont rares, et que quand on en a quelques-uns 
d'à peu près bons, il les faut garder soigneusement et s'en- 
durer quelques verrues réciproques. 

Si la vie est un songe , 
Dormons longtemps. 

« Je vais bien , pas gras encore. 

« Charlet. » 

25 mai. — Brainville. 

« Aubry ! c'est en vain que vous cherchez a nous en impo- 
ser par vos discours fallacieux , votre abdomen rebondi et 
renfermé dans un gilet de soie, cul-de-hanneton-mordoré, 
gorge de pigeon et broché d'or; cet aplomb et ce luxe 
ne nous éblouissent pas. Aubry ! le peuple s'assemble sur la 
place publique et demande votre tête. Quoi ! s'écrient ces 

malheureux, cet homme est propriétaire ! d'une maison où 

l'on peut tenir de face (1), il est vrai , mais enfin il est pro- 
priétaire. Et où a-t-il gagné cette maison ? voilà la question 

et le peuple demande votre tête ! Moi, je dis au peuple : Eh 
bien , quand vous aurez cette tête avec ses deux favoris d'épi- 
cier , qu'en ferez-vous ? Croyez-moi, laissez-la sur ses épaules. 
Approchez de l'animal et regardez bien : il est drôle, c'est un 
drôle de corps ; puis ce n'est point un riche orgueilleux , il fait 
bon emploi de sa fortune ; souvent il me paie à dîner chez 

PHILIPPE, pas LOUIS - PHILIPPE Non; le bon, rue 

Montorgueil ; puis , nous allons prendre le café à l'estaminet 
CHARLES. Vous voyez , ce petit produit de l'industrie a 
quelques qualités ; puis d'ailleurs , c'est mon ami. — Votre ami ! 
un chaudronnier! un mauvais vert-de-gris enrichi par des 



(1) Cette maison , située en face de la fontaine de Grenelle, est élevée de plusieurs étages n'ayan 
tons qu'une croisée sur la nie. 



SA VIE. — SES LETTRES. 159 

moyens inconnus ! Oh ! non , vous lui feriez trop d'honneur. 
Ah! si du moins, pour reconnaître cette insigne faveur, il vous 
payait a dîner UNE FOIS PAR SEMAINE, AU MOINS, CAFÉ 
CHARLES COMPRIS. — Oui, sans doute mais il ne de- 
mande pas mieux Alors, le peuple s'écoule en silence et se 

rend au Capitole 

« Savez-vous, être ignorant, ce que c'est que le Capitole... 
Je viens de lire dans Tite-Live que c'était un temple où Ton allait 
rendre grâces aux dieux des victoires et des succès des armées 
romaines. La, il y avait des vestales qui entretenaient un ré- 
chaud toujours allumé ; c'était le feu sacré. 

« C'était un grand peuple que le peuple romain ; eh bien , 
mon cher Aubry, il a fini comme tout finit dans le monde; il 
est devenu un peuple de prêtres et d'enfants de chœur, et l'on 
chante aujourd'hui le De profundis au Capitole 

« Un vieux paysan, avec qui je causais dans la plaine, me 
disait: Voyez, mon bon Monsieur, comme les choses vont; 
aussi c'est pas possible qu'il n'y ait pas de grabuge avant peu , 
et je crois qu'en fait de révolution , y en couve une , et qu'les 
p'tits quéclora auront le bec b ment dur. Comment voulez- 
vous, Monsieur, c't'homme-là dévore l'argent de la France; y 
tire tout a lui et a sa famille , nous sommes écrasés de corvées et 
d'impôts... Savez-vous que l'impôt est doublé depuis 1830... 
Jamais , du temps de l'Empereur, nous avons été traités comme 
ça. — Oui , mais vos enfants ? — Ah bah ! ça se donne plus 
facilement qu'une vache , ça ne coûte pas tant d'façon ! et puis , 
faut servir son pays ; y n'y avait que les feignans qui se plai- 
gnaient, les muscadins! Cré nom , on était fier et on 

avait pu d'écus de cent sous qu'on n'a de monnerons aujour- 
d'hui, que le malheureux ouvrier travaille au rabais Qui 

vivra verra mais j'crois qu'tout vieux que j'sommes, j'en 

verrons encore 

« Voilà, mon cher Aubry, l'esprit dominant de la campagne, 
tout autour de Fontainebleau jusqu'à Nemours. L'opinion na- 
poléonienne a toujours son culte , jusque chez les enfants. » 

Charlet entre ici dans de très-longues appréciations politiques sur 



160 PREMIÈRE PARTIE. 

les partis républicain et napoléonien; le premier puisant sa force 
dans la presse , tandis que le second s'appuie sur les masses. Quant 
au parti orléaniste, il marche à sa perte, dit Charlet, qui ne peut 
lui pardonner les traités de 1840 , d'avoir laissé la France au deuxième 
rang , au lieu de l'avoir replacée au premier. 

« L'aristocratie du jour, ajoute-t-il, la banque et le com- 
merce , ces produits du CACAO et de la MÉLASSE , nous ont 
lancés pendant quinze ans sur la Restauration. Je me suis fait 
fouler aux pieds des chevaux, bousculer, signaler à la police, 

saisir, etc., pour obtenir quoi? obtenir le renversement de 

la vieille aristocratie, de la vieille noblesse, pour la voir rem- 
placée par cette noblesse nouvelle restée ce qu'elle était, BOUT 
DE CHANDELLE. Elle n'a pas compris que c'est à elle que le 
peuple s'en prendrait de ses misères : eh bien ! qu'a-t-elle fait 
pour le bien-être des masses ? Rien ; des entreprises pour la 
commodité et au profit des riches; rien pour le pauvre 

Ce concours de circonstances rend une révolution plus ou 
moins éloignée, mais inévitable. Il n'y a pas de finasseries, de 
roueries du pouvoir qui puissent la conjurer. Elle est marquée 
du doigt de Dieu. 

« Aubry , votre intelligence cuivrière s 7 élèvera-t-elle a la 
hauteur de ce que je viens de vous dire? je l'espère. En tout 
cas, nourrissez-vous des bons principes que je vous adresse, 
et affermissez-vous dans la bonne voie. 

« Adieu, chaudronnier de première classe, 
et intelligence de seconde. 

« Charlet. » 



Au même. 



Brainville," juin 1843. 



Aubry, n'oubliez pas que vous êtes poussière, et que pous- 
sière vous redeviendrez. Arrivé au faîte des jouissances sociales, 
arrivé au dernier échelon de l'échelle du bonheur, n'oubliez 
jamais que la Providence, qui a fait de vous un propriétaire, 



SA TIE. — SES LETTRES. \(j\ 

un électeur, un caporal de voltigeurs, peut, par un de ces ca- 
prices qui lui sont si familiers, vous précipiter du haut de ce 
Capitole, témoin de votre triomphe. L'éclat fatigant de vos 
gilets brochés or sur argent et soie peut attirer la foudre; suivez 
donc les conseils d'un ami physiquement détérioré, mais dont 
le moral domine le flot. 



« Ce bon Villain s'ennuie, me dit-il. Eh! mon Dieu, cet 
ennui, c'est l'inquiétude et les soucis d'un honnête homme qui 
voit vingt-cinq ans de travaux perdus, un présent embrouillé, 
un avenir incertain. Une tête autrement organisée ferait face 
avec vigueur, et supporterait la vue de la plaie à nu ; mais il 
n'a pas l'énergie, et règle générale , quand on veut mellre une 
pièce, il faut voir le trou. Il y a cinq ans , je perds vingt mille 
francs. Je dis à ma femme : Faut boucher le trou ; mais pendant 
que je mettrai le moellon d'un côté, il ne faut pas que le ciment 
s'en aille de l'autre. Voyons... , combien dépensons-nous par 
mois.... Tant... C'est trop. Réglons à la somme de... Oh! alors, 
j'ai vu de ces amis de la marmite commencer à mesurer leur 
estime sur le nombre des dîners. Tout cela ne m'a pas gêné ; . . . 
le trou s'est bouché. Voila ce qu'un homme de (êle et de carac- 
tère fait ; je sais que beaucoup de gens sont retenus par l'amour- 
propre , ils craignent la criarderie publique. Eh I qu'est-ce que 
cela fait? On laisse les oies et les pies bavarder, LE TEMPS LES 
USE. 

Notre bon François (Villain), je ne le retrouve plus; il n'v 
en a pas même de débris. On vieillit, on se détériore sans 
doute; on ne peut plus, ainsi que j'en suis la trisle image, se 
livrer a ses anciennes évolutions ; mais au moins on conserve 
un bouton qui fait reconnaître l'ancien régiment et son numéro. 
Mais mon François n'y est plus; ce philosophe est tombé dans 
la mitraille; c'est un vieux. loquet , une vieille serrure qui n'a 
plus de pêne et plus de clef. Ce brave garçon a de graves 
chagrins qu'il étouffe et qui le rongent. Voilà sa plus cruelle 
maladie ; et nous, ses vrais amis, nous ne pouvons le guérir, 
le seul médecin serait cinquante mille francs Voilà la ques- 
tion. 

Il 



162 PREMIÈRE PARTIE. 

fi Le mauvais temps me fait vous écrire tout ce bavardage. Il 
fait froid; j'ai du feu. 

« Ma santé se reconstitue ; le moral est surtout solide. 
« Adieu , homme OPULENT ! 

« Gharlet. )) 



XXXVII 

Gharlet quitta Brainville vers le milieu d'octobre. Dès son arrivée 
à Paris, M. Perrotin, l'habile éditeur de Béranger, dans la prévision 
d'une nouvelle édition de son auteur favori , et dans laquelle , tout 
naturellement, Gharlet devait avoir sa bonne part, le mit en relation 
avec un M. Tissier, inventeur d'un procédé de gravure en relief sur 
pierre (4). 

Charlet, toujours amateur de procédés nouveaux et curieux , surtout 
de ceux qui pouvaient lui épargner le déboire de passer par les mains 
des graveurs sur bois, accueillit avec empressement cette idée, et 
mit au jour quelques essais. Mais il fut immédiatement découragé. 

Voici quelques lettres écrites à M. Perrotin sur ce sujet : 

20 octobre 1843. 

« J'ai vu M. lissier, et me suis fait expliquer ce que sa 
femme m'avait baragouiné en faux-bourdon. 

« Voici ce que c'est : sur une pierre, je pourrai faire mon 
dessin a la pointe de mine de plomb, comme sur bois, puis 
on le fera mordre et se produire en relief; on aura donc un 
dessin original. 

« Demain , on m'apportera une pierre , et je ferai un essai ; 
s'il est satisfaisant , nous prendrons des arrangements. J'a- 
voue que si le succès couronne l'œuvre , cette façon de repro- 
duction aurait encore, et surtout pour moi, ce grand avantage 
de ne passer par les mains de personne, car il en est de cela 
comme du beurre , il en reste toujours quelque chose. 

« Ce serait une affaire bien importante pour M. Tissier; 



1 1) M. Louis Tissier a fait imprimer en 1843 , chez Lacrampe , une brochure dans laquelle il explique 
son procédé , et donne quelques dessins-spécimen. Il appelle ce procédé Tissiérographie. 



SA YT£. — SES LETTRES. 1G3 

je lui ai dit ; Il faut que je sois reproduit exactement . enfin 
un MOI-MÊME. Ne venez pas demain, car il faut faire fessai 
avant toutes choses. 

« Au revoir ; tout a vous de cœur. 

« Charlet. » 



5 novembre 1843. 

« J'ai mon affaire dans la tête pour le roi d'Yvetot ; j'en ai 
fait le croquis. Tâchez d'ici a quelques jours, le plus tôt possible 
même , de me faire envoyer des bois ; il est toujours nécessaire 
que j'en aie un ou deux de rechange. 

« J'ai pensé qu'il fallait que les sujets eussent de l'aspect 
comme effet, et qu'il fallait se garder de tomber dans le froid 
et le blafard comme.... 

Je n'ai pas eu de nouvelles de l'incomparable M me Tissier, ni 
de la TISSIÉROMAME. 

« Tout à vous de cœur. 

« Charlet. » 



15 novembre. 

« Mon cher monsieur Perrolin , depuis que je ne vous ai vu , 
je me livre avec patience et ardeur aux essais tissiéromani- 
ques ; j'ai voulu voir et tenter de pousser le travail, de manière 
que, s'il venait comme je l'ai exécuté, nous n'aurions pas 
besoin de faire remettre a la plume. Mais , hélas ! le procédé est 
impuissant pour cela, et j'en serai pour ma peine, et cela avec 
plaisir, car je veux savoir ce qui se peut et ne se peut pas. 

« Donc , quant à présent , il faut en repasser par les repas- 
seurs ; je vais faire un dessin par le procédé , dont je n'attends 
rien: parce que repasser, c'est la mort qui vient sur la vie, 
quoi qu'en dise M. Tissier, que je ne veux pas décourager, et 
dont je dois reconnaître l'intelligence et la capacité. 

« Je ne crois pas que le repassage vaille le bois , parce que 
le repasseur ne peut que tuer; je sais que le bois peut estro- 
pier, mais il peut conserver pure une louche, s'il est fait par 



164 PREMIÈRE PARTIE. 

une intelligence Donc, j'augure peu du résultai de notre 
affaire. 

s En second lieu, j'ai une peur de chien des travaux froids 
et absorbants qui seront ajoutés par les repasseurs ; enfin, mon 
cher monsieur Perrotin, je vais donner quelques jours a la 
tentative, quoique sans espoir. 

« Je vais donc faire un dessin sur pierre , que j'avancerai 
jusqu'à un certain point, donnant aussi le même dessin mis a 
l'effet sur papier. Mais il va arriver que les travaux que j'aurai 
faits sur pierre ne s'accorderont plus avec ceux qui seront ajoutés 
par le repasseur. 

(( Enfin, il faut voir; peut-être ai-je tort. 

« D'ici à trois ou quatre jours, tout sera décidé... Il est temps. 

Je crains tout, cher Abner, 

« Et j'ai mille autres craintes... Tissiéromanie ! 
« Votre bien dévoué et affectionné, 

« Charlet. )> 



Vendredi. 

« Mon cher monsieur Perrotin , ne venez pas me voir avant 
jeudi de l'autre semaine; j'ai déchiré tout ce que j'avais fait; 
quand je dis déchiré, mis dans le sac : mes figures étaient trop 
grandes. 

« Je m'appose aujourd'hui quelques sangsues, et dimanche 
je me mettrai a l'œuvre , au coin du feu; je rêve a mon affaire. 

« Ce n'est pas petite chose que de faire marcher de com- 
pagnie l'esprit, le goût et la raison : je ne sais si je parviendrai 
a les mettre d'accord. 

« J'avais fait mon Roger Bontemps trop grand : il était réussi 
comme gaieté et comme effet; mais je me suis aperçu que 
cette proportion tuerait les autres sujets , ou j'aurai besoin de 
réduire les figures. Donc, je vais aviser à mettre l'ouvrage en 
harmonie; c'est une des choses essentielles, vous devez com- 
prendre cela. 

« Non pas qu'il ne faille pas faire les individus types un 
peu plus grands, comme Roger le Roi, le Vieux Vagabond. 



SA VIE. — SES LETTRES. 165 

etc. etc., afin de donner du caractère aux physionomies; mais 
il faudra queje les tienne, malgré cela, en rapporl avec les autres 
sujets, de façon qu'ils soient de la même paroisse. 
« Votre tout dévoué, 

« Charlet. » 



Au milieu de ses travaux d'essais tissiéro nautiques 9 et de la créa- 
tion de nouveaux dessins pour l'illustration des œuvres de Béranger, 
Charlet ne perd rien de sa gaieté et répond en ces termes à une invi- 
tation à diner de son ami Aubry. 

IJl octobre 1843. 

« Mon cher Aubry, tel simplement qu'on veuille recevoir 
des hommes comme moi et Villain, encore faut-il leur offrir 
des mets soignés, quoique peu recherchés; ainsi je crois 
devoir vous adresser les renseignements et instructions sui- 
vantes : 

(( Vous devez veiller a ce que votre tilet d'aloyau ne soit pas 
trop cuit, afin qu'en coupant la tranche, on aperçoive une 
belle viande rosée, d'où coulera un jus délicieux et recon- 
fortant. 

« Vous'joindrez a ce rôti , qui doit être la seule pièce de 
viande, et par conséquent d'une solide dimension, UN BON 
PLAT DE CHICORÉE NON HACHÉE , mais seulement coupée , 
pour n'être pas dans toute sa longueur; vous devez veiller à ce 
qu'elle soit bien nourrie de jus de viande. 

« Je ne vous parle pas de vos perdrix aux choux , elles 
sont confiées a des mains qui me commandent le respect et 
le silence. 

« Il serait bon de vous pourvoir de bonnes et belles sardines 
a l'huile. Vous veillerez à ce que le beurre que vous mettrez 
sur table soit de première fraîcheur et qualité , que le goût de 
noisette le domine ; vous le servirez en morceaux , et non en 
coquilles. 

« Vous aurez beaucoup de peine a vous procurer du bon 
raisin ; n'en offrez pas si vous n'en trouvez de BIEN DORÉ. 
coûte que coûte Voyez Chevet, ou la Grande-Halle. 



166 PREMIÈRE PARTIE. 

« Vous devez aussi vous procurer quelques belles poires ; 
l'année a été mauvaise, et il vous faudra chercher pour en 
trouver de dignes de nous. Apportez à celte partie du dessert 
une grande attention , et ne reculez devant aucun sacrifice. 

« La position de Villain , comme la mienne, ne nous per- 
met de boire que très-peu d'excellent vin de Bordeaux. Vous 
apporterez encore dans ce choix toute votre aimable sollici- 
tude. 

« Quoique très-persuadé de votre zèle et de votre extrême 
désir de bien faire , j'ai cru devoir appeler votre attention sur 
les différents points que l'on aurait pu négliger ou exécuter 
d'une manière vulgaire. 

« Bonjour, honorable Aubry; soignez le rôti de l'amitié. 

(j Charlet. » 
« A demain; six heures précises, fourchette en main. » 

Voici encore deux lettres qui méritent d'être conservées. Elles 
sont adressées à un ami de Charlet , riche amateur qui avait pris de 
ses leçons. 

Mardi, 13 mars 1844. 

« Figurez-vous, honorable D***, c'est-a-dire Monsieur D***, 
que j'ai un oncle d'Amérique qui a des bas et des souliers à 
boucle, une canne à pomme d'or et un habit de velours. Il me 
fait l'honneur de venir dîner chez moi , et je n'ai plus une seule 
bouteille aristocratique. Envoyez-m'en donc une demi-douzaine 
pour l'influencer : ma femme hérite ! 

« Vous comprenez que je les lui ferais goûter en lui disant: 
Ceci est du 1823, j'en ai deux feuillettes, en désirez-vous cin- 
quante bouteilles ? La charge est bonne , . . . hein ? 

« Je dirige ma carotte sur vous : l'ami M***, dont j'ai abusé , 
ne peut être attaqué, et le moment est critique. C'est jeudi que 
le gilet a paillettes vient CHEZ MOI. Pour m'acquitter envers 
vous , je vous offre cinquante retouches , trente conseils , vingt- 
cinq avis et quinze glacis , que je m'engage a vous livrer franco 
et fin du mois , avec toute garantie. 



SA VIE. — SES LETTRES." 1 1>7 

« Vous comprenez l'importance du service que vous allez 
me rendre. Pour cet oncle, un artiste est un gadouarcL un 
meurt de faim, chez qui l'on doit renfoncer son mouchoir et se 
garder de prendre du tabac dans sa tabatière d'or... vous com- 
prenez. Faites-moi porter cela par votre vieux portier; tâchez 
de trouver un vieux panier, je ne sais quoi... Sauvez-moi! ! ! 

« De cinq à six bouteilles, pas plus;... sans blague. 

« A moi , Auvergne ! 

« Votre professeur, Charlet. 

« D'ici a quelques jours, hein? 

« Mes esclaves pourraient exécuter le transport. » 



7 mai 1844. 

« Oh ! le plus digne et le plus aimable , comme aussi l'un des 
plus forts de mes élèves ! Que dis-je, l'un des plus forts, le 
plus fort, le plus doué de ce goût parfait qui se fait si bien 
sentir dans ce délicieux petit tableau , que la France ne peut 
laisser sortir du territoire sans s'exposer a être traitée de Van- 
dale. N'est-ce pas, donc? Parbleu! 

« Digne et honorable élève, j'apprends que vous êtes venu 
deux fois pour voir votre maître, infiniment détérioré, profon- 
dément détérioré, je puis dire. Ce digne maître a déserté Paris 
avec armes et bagages, fuyant le bruit de la ville et le fracas de 
la cour. Oui, digne élève, je suis a Viroflay, on y vient en 
quinze minutes par le vapeur; on demande le chemin de Ma- 
dame, et la maison de M. Peigné; là on trouve le philosophe. 

En somme, je suis bien, et ma santé semble vouloir se 
recomposer sur un vieux pied, il est vrai, mais il faut bien 
l'accepter. Le temps marche, Monsieur, et sa faux (Sapho) 
moissonne. Heureux celui qui peut prolonger et ajourner la 
moisson, car nous ne sommes, Monsieur, que de malheureux 
épis couchés sur terre,... hélas! 

« J'ai deux riches partis à vous proposer. Pensez-vous tou- 
jours au conjungo ? Et les grandes affaires ! vous savez? Je regrette 
bien de ne vous avoir pas vu. 



lt)8 PREMIÈRE PARTIE. 

% H y a le chemin de fer, moyennant soixante-Quinze cen- 
times; voyez! 



« Tout a vous de cœur. 



Charlet. 



XXXVIII 



Remontons de quelques mois dans la vie de Charlet. Au commen- 
cement de 1843, M. Letellier était proviseur du collège de Saint- 
Brieuc. Il ne connaissait Charlet que par ses œuvres , et avait conçu 
pour lui une grande admiration. Cette admiration avait fait tant de 
progrès, que M. Letellier ne résista pas à l'envie d'avoir un dessin 
du maître qu'il affectionnait. Il lui écrivit pour lui faire part de son 
désir, sans lui cacher sa modeste position de fortune. 

Courrier par courrier, Charlet répondit, et d'autres lettres suivi- 
rent; nous allons en donner quelques extraits. « Ce fut ainsi, dit 
M. Letellier, qu'à cent quinze lieues de Paris, je fis la connaissance 
de Charlet, sans aucune autre recommandation que ma confiance en 
son excellent cœur. » 



Paris , 1 er février 1843. 



Monsieur , 



« Entre gens d'art et d'étude, on se doit mutuellement 
secours et assistance ; ainsi le veulent les lois de la morale. 
Je me prêterai donc à tout ce qui pourra vous être agréable. 

« Seulement , en ce moment je termine un grand tableau (1; 
et ne puis m'occuper d'autre chose; ensuite, pour me mettre 
en mesure vis-à-vis de quelques amateurs, je dois en mettre 
une demi-douzaine de petits en train. Voici donc un obstacle ; 
il peut être franchi , mais avec le temps. 

« Je ne fais presque plus de dessins, ils m'ennuient. 

« Voici ce que je puis vous proposer : Cet été , au mois de 
mai, je vais m'établir près de Fontainebleau pour rétablir ma 
santé, fort délabrée en ce moment. 



lljEncc 



SA VIE. — SES LETTRES. 169 

« Amassez cent francs, mettez-les de côté; dites : Je les 
place pour mes enfants, neveux , collatéraux , etc. etc. Je vous 
mettrai uue petite pochade et croquade de coté; et qui sait? 
vos héritiers la vendront peut-être quatre fois ce que vous l'au- 
rez payée. Vos enfants vous béniront et m'honoreront. Ils vous 
béniront, comme nous bénissent nos héritiers, parce qu'ils 
calculeront que votre argent aura été bien placé , et ils me 
comprendront dans la bénédiction. 

« Merci mille fois , Monsieur , de votre bonne et honorable 
lettre. Je désire, si vous venez a Paris, que vous me fassiez 
l'honneur de votre bonne visite. Un amateur fervent qui a une 
passion, une foi quelconque, est un homme que je recherche; 
il y a toujours quelque chose de bon a recueillir à son frotte- 
ment. Puis, en France, les amateurs véritables , les hommes de 
goût disparaissent; il pousse sur le terrain qui les voit tomber 
des produits commerciaux, machines a spéculer , ayant figures 
d'hommes, espèces de scarabées qui ne prononcent qu'un mot : 
AUGENT ! Pour cette espèce d'hommes , qui malheureuse- 
ment se reproduit en véritable vermine, un artiste, un savant, 
un littérateur, sont autant d'animaux malfaisants, de bêtes 
venimeuses. Oui , les amateurs s'en vont ! 

« Veuillez, Monsieur, croire a toute la cordialité de mes 
sentiments et au plaisir que j'aurai a faire votre connaissance. 

« Charlet. » 



Paris , 7 février. 
Au même. 

<( Je reçois à l'instant votre agréable lettre ; et prêt a partir 
pour mon atelier , je remets mon chapeau au clou pour vous 
répondre aussitôt. 

« Vous êtes mille fois trop bon ; j'accepte les poissons avec 
lesquels je vois que vous entretenez des relations. 

a Je partage entièrement vos idées, relativement a la grande 
ville , et , comme vous , je déteste la misérable vie tracassière 
el cvmmèPe - Jeanneton des petites et même des grandes villes 



170 PREMIÈRE PARTIE. 

de province. On respire mal , il est vrai , a Paris ; l'air est infect. 
Oui , c'est un air de courtisanerie qui suffoque , ou c'est un air 
de raisiné et d' épiciérisme qui abrutit ou asphyxie. Il faut donc 
se former une enceinte continue de bons amis muets ; soit de 
bonnes gravures, bons tableaux ou bons auteurs. Avec cela et 
le coin du feu , on se console. Je dis consoler , quoique je ne sois 
pas d'une nature morose ; pourtant je crois qu'en ce moment il y 
a peut-être quelques motifs sérieux pour s'effrayer des progrès 
de l'esprit d'égoïsme et de brutalité qui semblent vouloir gan- 
grener notre beau pays. J'ai cinquante ans, et ne crois pas être 
atteint de cet esprit-vieillard qui fait blâmer ce qui est aujour- 
d'hui pour exaller ce qui élait hier : eh bien ! je vois avec un 
sentiment profond de regret et de tristesse un ignoble esprit 
vouloir se faire jour ; un esprit qui n'a rien du terroir, un esprit 
antifrançais. D'abord, peu de politesse dans les relations; la 
jeunesse oubliant totalement qu'elle a une patrie. On est CHI- 
CARD. Je ne sais si vous êtes, au fond de votre province, au 
courant de cette réputation gigantesque : Chicard est le grand 
homme par qui l'on jure. Tout doit être Chicard ; c'est le type 
du jour. Quand vous viendrez à Paris, je vous montrerai ce 
grand profil de notre époque. 

« Comme vous , je vais fuir la ville au mois de juin ; je vais 
dans une ferme , au milieu des vaches, des oies et des dindons ; 
société équivalente à celle de mon quartier. Je fuis dans les 
bois sitôt le beau temps; j'attends pour cela mes vacances de 
l'école Polytechnique ; car vous savez que je suis professeur a 
cette noble école ; je vous avoue que j'y éprouve quelque plaisir. 
J'aime cette jeunesse ardente et toute a l'espérance et aux idées 
généreuses. Pourtant, et je le dis avec regret, l'esprit du jour 
cherche à s'y montrer; on ne l'aperçoit encore que par le bout 
du nez, mais je remarque déjà quelques rejetons du COLZA et 
de la MÉLASSE qui viennent a l'École pour faire leur affaire. 
Heureusement que ces boutons vénéneux sont en minorité et 
que le corps est bon. 

« Je lis une masse de mauvais ouvrages : les œuvres de 
M me d'Abrantès ; l'histoire contemporaine, par M tte d'Abrantès. 
qui vous raconte le 18 brumaire, et interrompt son récit pour 
vous dire ; M mfl Bonaparte avait un corsage de velours bleu de 



SA VIE. — SES LETTRES. 171 

ciel, et une ceinture nakarat. Eh bien! j'avale six volumes 
remplis de ce slupide bavardage. Peut-être n'auriez-vous pas 
un gosier aussi complaisant ? Les femmes ne sont bien qu'a 
leur quenouille et a leur ménage; moi, je n'estime que celles 
qui font des fautes d'orthographe ; car, plus elles font de fautes, 
moins elles font de sottises. 

« Je pense à votre petite toile ; mais je ne pourrai guère 
m'en occuper que vers le mois de mai ; ayez un peu de pa- 
tience ; si je vous demande du temps, c'est avec l'intention de 
vous solder les intérêts. 

« Votre tout dévoué, 

« Çharlet. » 

Au même. 

Brainville, 7 juin. 

« Puisque vous avez la bonté de persister a M EMPOIS- 
SONNER, le mieux est de toujours adresser a Paris, parce que 
ma femme y reste pour l'éducation de nos deux garçons, et 
qu'elle a les moyens de me faire promptement parvenir, si 
l'animal peut supporter le voyage, ou de le manger, s'il est 
douteux. 

« Pour votre toile, j'attendais le soleil; car le soleil est le 
père des bonnes choses et des bonnes idées. 

« Je vous dirai que je vais beaucoup mieux, et que 

depuis quelques jours j'ai repris la palette ; c'est , en en usant 
modérément, un aide pour la guérison, que le travail ; car, 
lorsque le délabrement de ma santé et le manque total de mes 
forces me condamnaient au repos le plus absolu , ma diable de 
cervelle, restée intacte, bouillait continuellement et aurait lini 
par faire crever la marmite. Mais, Dieu merci, me voila ras- 
semblé. La partie physique peut en partie satisfaire au travail 
moral. 

« Votre bien dévoué serviteur, 

h Gharlet » 
Charlp.t revint à Paris , sans avoir pu remplir sa promesse envers 



172 PREMIER! PARTIE. 

M. Letellier. Celui-ci cependant ne se décourageait pas, et, en atten- 
dant avec confiance le tableau promis, il envoyait poissons sur 
poissons. 

« Quel animal ! quel monstre ! s'écrie Charlet (23 novembre). 
J'envoie chercher tous mes amis pour lui rendre les honneurs 
qu'il mérite, et je le livre, en attendant, à l'exécuteur des 
hautes-œuvres, pour que le supplice du court-bouillon soit 
infligé à cet habitant des mers, poétiquement parlant. Quelles 
côtes que celles du Nord, pour produire de pareils cétacés ou 
ovipares ! 

« Ma santé, bien chancelante pendant cet été, qui n'en fut 
pas un, ne m'a pas permis de travailler; et, pour comble 
d'infortune, en revenant a Paris , j'ai été saisi par une infernale 
fièvre inflammatoire qui heureusement a cédé grâce aux 
bons soins d'amis qui sont accourus a mon aide. Je dis amis... 
car j'en ai jusqu'en enfer, et jusque dans la faculté de l'Aca- 
démie de Paris. Enfin cette fièvre a cédé, après m'avoir abattu, 
aplati et réduit a ma plus misérable expression. 

« Pourtant je dois vous dire qu'une convalescence bien 
menée m'a rendu une santé sinon complète, du moins accep- 
table. L'appétit est revenu, et avec lui une immensité de jouis- 
sances, au nombre desquelles je placerai celle de goûter le 
monstre marin. 

(( Enfin j'ai repris mon travail ; peu , il est vrai , d'après 
Esculape ; mais enfin je travaille et pense à vous. 
« Votre bien dévoué , 

« Charlet. » 

Nos lecteurs voudront bien nous permettre d'aller plus avant , et 
de ne pas interrompre une correspondance qui doit avoir, nous le sup- 
posons, quelque attrait pour eux. 

Paris, 1 février 1844. 
A M. Letellier 

« Mon cher monsieur Letellier je vous TIENS. Aujour- 
d'hui, 6 février, je lais tendre pur mou rapin une feuille des- 



SA VIE. — SES LETTRES. 17^ 

tinée a recevoir voire dessin. Je vous fais un dessin; car de 
longtemps peut-être je ne reprendrai la toile ; ma santé est si 
chancelante que mon esculape m'y a invité. 

« J'ai vu ce digne M... que vous m'avez annoncé et recom- 
mandé. Il est fort honnêtement provincial : je n'ai point aperçu 
en lui une résolution d'étude bien arrêtée. Il veut faire sa 
petite affaire. Je lui ai dit de m'apporter de ses études, dessins 
ou peintures. Je ne sais, ce digne jeune homme me fait l'effet 
d'un enfant arrivé avant terme ; d'une espèce d'embryon con- 
servé dans un bocal ; peut-être me trompé-je ! 

« Il paraîtrait qu'il attend une pension de sa ville natale ou 
de son département; et que cette pension, jointe a ce qu'il 
gagnera en faisant des copies, lui ferait, comme il dit fort 
bien , sa petite affaire ; moi , je doute que l'étude y trouve une 
grande place , dans cette petite affaire. Il faudrait , quand on 
envoie de bons jeunes gens de cette espèce a Paris, les mettre 
sous la tutelle de quelques hommes solides et marquants, qui 
les dirigeassent et rendissent compte de leurs efforts et de leurs 
travaux a ceux qni s'intéressent a eux. 

« Ma santé se soutient, mais fragile, craignant le vent, la 
pluie, la grêle, tout enfin. 

« Cependant, avec des soins j'arriverai au soleil de mai, je 
l'espère. 

« Le moral est excellent ; la baïonnette est bonne, mais le 
fourreau est décousu. 

« On m'a parlé d'un chien de Terre-Neuve 

« Votre bien dévoué , 

« Charlet. » 

4 mars 1844. 

« Mon cher monsieur Letellier, je vous envoie un noble 
enfant (1) ; et si je n'avais pris la précaution d'écrire sur le bord 
de sa jupe : Pour M. Letellier, certes, vous ne l'auriez pas eu. 
Il m'a fallu combattre comme un vrai tyran de mélodrame, a 



(1) Ce noble enfant est une magnifique aquarelle. (En h. 50 c. sur 36 c.j On vieux sergent Messe . 
an milieu de ta famille, raconte an épisode de ses campagnes — Neuf personnages, dont di u\ chiens 



MA PREMIÈRE PARTIE. 

la hache et au poignard, pour le faire porter a la diligence. 
Enfin, le voila ! vous n'aurez, je crois, rien perdu pour atten- 
dre , car je pense que le sujet vous plaira. 

(( Je suis heureux de vous envoyer une de ces choses que 
l'on ne fait pas très-souvent , de ces choses de tête et de cœur; 
CAR DANS LES ARTS IL Y A DEUX CLASSES DE PRO- 
DUCTION RIEN DISTINCTES; LUNE, OU L'ŒIL ET LA 
MAIN SEULS ONT PART; ET L'AUTRE, OU LA TÊTE ET 
LE CŒUR DIRIGENT ET PARLENT. Je désirais vous ren- 
dre possesseur d'une chose de ce dernier genre, et j'ai attendu 
quelle me vînt a la pensée. 

« La partie honteuse pour moi est de vous dire ce que vous 
me devez. Vous m'avez dit, je crois, que vous aviez mis deux 
a trois cents francs en réserve. Eh bien ! envoyez-les-moi (1), 
je paierai le cadre , et le reste servira a acheter des culottes et 
des paletots pour mes deux gars ; si vous avez moins, envoyez 
moins; si vous n'avez rien , n'envoyez rien; enfin faites comme 
vous pourrez. Et puis les gueux sont des gens heureux, a dit 
Béranger, ce grand poète. Je me suis un peu inspiré de son 
vieux Sergent pour mon dessin. 

« Je ne vois point notre peintre ; je crains que le séjour de 
Paris, la grand'ville, ne lui devienne contraire. Il ne m'a point 
semblé qu'il eût de bonnes et solides idées pour se consacrer 
l'étude. Je me reporte a vingt-cinq ans , j'étais dans sa position 
alors , quand j'avais un cervelas , la peau me servait de dessert 
C'était un dur, mais bon temps; un temps heureux que celui 
où j'étais malheureux ! Pourtant , je n'ai pas à me plaindre , 
si ce n'est de la santé. J'ai conservé dans le travail une cer- 
taine vigueur qui fait qu'on m'empêche de travailler autant que 
je le voudrais, parce qu'alors le vieux lion abuse de ses forces, 
qui, elles, trahissent bientôt son courage. 

« J'ai eu le désir de vous être agréable en vous faisant un 
sujet d'âme. Je crois avoir touché la bonne corde et je m'en 
réjouis, parce que mon enfant est en bonne maison. 
« Votre bien dévoué , 

« Charlet. » 

(!) A .elle époque ce dessin devait valoir de quinze a dix-huit cents francs 



SES LETTRES. I7:> 



« Nous avons reçu hier la magnifique toile que vous avez 
fait la folie de nous envoyer. Je ne puis refuser une chose 
offerte si noblement et comme l'expression de sentiments si 
honorables pour moi ; car je tiens avant tout a l'estime des 
gens de cœur. J'accepte donc votre trop beau présent. 

« Mais je ne puis m'empêcher de vous dire que vous êtes 
fou. Vous vous en allez sur un mauvais cheval , peut-être a 
travers de mauvais chemins , risquer une pleurésie, une fluxion 
de poitrine , que sais-je ? lorsque vous m'avez envoyé une somme 
énorme, un monceau d'or; ah ça, mais! ce n'est pas le col- 
lège de Saint-Brieuc qui peut faire face à ces folies. Certaine- 
ment c'est vous qui dévalisez les diligences dont vous me 
parlez, et je ne serais pas éloigné de penser que la nuit, enve- 
loppé d'un vaste manteau, muni d'une lanterne sourde, vous 
sortez par un souterrain et vous vous mettez en relations avec 
des corsaires qui s'en vont jusque sur le Gange enlever tout ce 
que l'Indoustan et le Visapour ont de plus beau. C'est de la, 
sans doute , que vient cette pièce de toile , car elle est un vrai 
produit des Mille-et-une-Nuits. Elle est si belle que je n'oserai 
pas y toucher. Comment ! envelopper un vieil ours aussi dété- 
rioré que moi dans un si beau fourreau ! Heureusement ma 
femme y suppléera. 

« Maintenant c'est moi qui vais être votre débiteur ; et 

si par la suite des temps vous pouvez m' envoyer un fils de votre 
Fidèle, je serai alors un débiteur de chien. 

« Votre Monsieur m'a enfin apporté ses études.... Ce gar- 
çon ne manque pas de dispositions ; il a surtout une certaine 
facilité d'exécution que je lui ai presque reprochée ; j'aimerais 
mieux un peu plus de naïveté, même de maladresse : je crois 
découvrir en lui un faiseur habile. Je lui ai conseillé de se pré- 
senter dans un grand atelier, et d'étudier la nature. Malheureu- 
sement les moyens pécuniaires lui manquent. Voici ce que 
je lui ai dit : Mon cher monsieur, le temps des nobles et affec- 
tueuses hospitalités est passé. On fait de l'art un moyen, et un 
métier que l'on cherche a rendre le plus lucratif possible II en 



170 • PREMIERE PARTIE. 

est de cela comme de l'impôt, que le pouvoir cherche a faire suer 
le plus possible. Si ma sanlé m'avait permis de continuer mon 
atelier d'élèves, je vous aurais offert un gîte. Je ne le puis. 
Allez-vous-en trouver Goignet , un de mes amis ; je ne veux 
rien lui demander ; je veux que ce soit votre œuvre et votre 
position qui le touchent et le déterminent. Vous vous recom- 
manderez de moi. S'il s'intéresse a vous et vous demande une. 
lettre de moi,., venez. 

« Votre jeune homme paraît très-décidé à suivre les con- 
seils que je lui ai donnés , et qui l'empêcheront de se livrer au 
métier avant qu'il soit en état de produire. Maintenant, que 

nous donnera l'oeuf? un aiglon un c'est encore dans 

l'immensité. 

« Je m'en vais pour six mois a Virotlay, où vous m'adresse- 
rez vos lettres. Seulement, n'envoyez plus de cétacés 

C'EST ASSEZ. 

« J'attends toujours la nouvelle d'une grossesse intéres- 
sante (1). 

« Votre très-reconnaissant serviteur. 

« CHARLET. h 



Uroflay, 2 juin 1844. 

« Mon cher monsieur Letellier, je suis vraiment bien recon- 
naissant de la peine et de la persévérance que vous mettez pour 
me pourvoir d'un pur sang Terre-Neuve. 

« J'ai , comme vous le savez peut-être , arrangé l'affaire de 
M... (son diable de nom ne me revient pas) ; mon bon confrère 
Coignet le reçoit gratis dans son atelier. Coignet est un homme 
de cœur et de sentiment, étranger au fumier corrupteur du 
jour; et si M... (que le diable l'emporte avec son nom) veut 
travailler, et si toutefois il est doué de ce je ne sais quoi qui 
souffle la vie à l'œuvre , il pourra, près de ce grand maître, 
développer ses facultés. Le gaillard a de la main , et arrivera 
facilement au métier. Mais , grand Dieu ! le métier , quoique 
partie assez importante de l'art, n'est qu'une chose secondaire. 

I Cfearlel rail parler dû fchieii Se Terre-Neim 



SA VIE. — SES LETTRES. 177 

en raison de la facilité a l'acquérir. Nous avons trois mille ma- 
nipuleurs de peinture qui brossent plus facilement que beau- 
coup de grands maîlres anciens dont on admire les œuvres; et 
pourtant ces ficeleurs de l'art ne produisent que des médiocri- 
tés bien conditionnées. Mon épicier ne comprend pas cela. 

« Ma famille est en bonne santé , moi en bonne route. La 
Providence étant grande, j'ai tout espoir de pouvoir encore 
faire quelque chose qui ait quelque âme et quelque vie , de ces 
choses où le métier n'est que secondaire. Mon point de mire est 
toujours la ; le reste arrive comme il peut. 

« Ma femme a vu à Paris ce monsieur dont vous nous avez 
parlé : il lui a dit avoir été mon camarade d'atelier. Quand on a 
eu la chance d'enlever le plus mince drapeau , tout le monde 
veut avoir combattu avec vous. S'il vient me voir , j'ai du petit 
vin et des œufs frais. 

'< Recevez l'assurance de mes sentiments affectueux. 

« Charlet. )) 



XXXIX 



Hors d'état d'aller à son atelier, et voulant cependant travailler 
davantage , Charlet cherchait à lutter contre cet affaiblissement qui 
chaque jour faisait des progrès. Voici comment il agissait: il travail- 
lait pendant trois heures, se couchait pendant trois heures, et ainsi 
successivement. Dans les soirées, il faisait encore quelques études à 
la lampe, puis il écrivait beaucoup. 

Nous avons reçu de notre ami un grand nombre de lettres pendant 
ces deux dernières années de sa vie. Malheureusement la plupart 
sont des lettres politiques, dans lesquelles son irritation tient une 
trop large part. Nos lecteurs sauront apprécier les motifs qui nous 
font croire qu'elles ne doivent pas être publiées. Il en est une cepen- 
dant que nous désirons leur faire connaître, parce qu'elle fait hon- 
neur au cœur généreux de Charlet, et qu'elle nous paraît d'ailleurs 
remarquable de style et de pensée. 

Mais avant de laisser parler Charlet, un préambule sera néces- 
saire. 

Je revenais à Paris en 1841; j'allai voir Charlet. Il tira d'un 

12 



178 PREMIÈRE PARTIE. 

carton un grand et magnifique dessin qu'il avait laissé inachevé de- 
puis longtemps. « Tenez , me dit-il , rendez-moi le service de me 
débarrasser de ceci. Vous le mettrez dans un de vos cartons de rebut. 
C'eût été un dessin d'artiste, si j'avais pu le terminer. Je vous le donne 
pour ces enfants et ces arbres du fond. » En effet, ce qu'il m'indiquait 
ainsi était remarquable de composition et d'exécution; mais la partie 
droite du premier plan était restée complètement blanche. « Mon cher 
maître , lui dis-je, pour vous être agréable, je veux bien accepter votre 
cadeau, mais à une condition cependant , c'est que vous me bouche- 
rez ce trou à droite par une teinte neutre au moins. » — « Eh bien, 
dit Charlet, je le veux bien; tendez-moi ce dessin, et écrivez au des- 
sus: Trou à boucher, afin que je m'en souvienne. » 

Ce qui fut dit fut fait, et le dessin resta, comme tant d'autres 
choses, sur la planche. Deux ans plus tard, revenant en province, 
j'allai prendre congé de Charlet à son atelier. « Tenez, me dit-il en 
me montrant le dessin, il est signé, et le trou est bouché. Vous pouvez 
vous vanter de m'avoir fait faire ce que je n'avais fait encore pour 
personne. » Le dessin était en effet magnifiquement terminé par une 
troupe de cavalerie en marche, et une voiture de cantinier, et deve- 
nait ainsi une des plus belles aquarelles du maître. « Grand merci, lui 
dis-je; mais comment m'acquitter envers vous? tous les pruneaux de 
la Touraine n'y suffiraient pas. — Peu importe, et cependant 
je ne vous ai pas fait ce dessin pour des prunes ! » 

J'arrive à Tours, et j'écris: « Point de pruneaux, cette année. » 
Voici la réponse: elle vaut le dessin. 



Paris, 13 mars 1844. 

« Si j'ai bouché votre trou pour des prunes, j'ai donc bien 
mal choisi mon temps, puisqu'il n'y a pas eu de récolte; espé- 
rons que 1844 nous dédommagera. Je vous remercie de votre 
bonne lettre, et des offres toutes bonnes et aimables que vous 
me faites pour cet été (1) ; je ne dis pas non; l'état de la santé 
en décidera. 

« Je vais de mieux en mieux; mon être, infiniment dété- 
rioré, se reconstitue tout doucement; je reprends vigueur et 
m'aperçois des progrès par quelques dessins assez énergiques 
que je viens de lancer dans l'espace. Depuis dix-huit mois j'étais 

(1) .l'avais engagé Charlet a venir passer une partie de son été en Touraine. 



SA VIU. — S liS LETTRES. 179 

affaissé; aussi ma dernière grande tartine (1) s'en est ressentie; 
au lieu d'amener ce tableau a bien , ou à peu près , je l'ai 
exterminé. Quelques parties accusent bien encore le sexe de 
l'animal , mais je n'ai pu me dissimuler que j'ai l'ait chou 
blanc, ou plutôt choucroute; enfin, c'est revanche à prendre: 
je fais comme le roseau , je plie, et laisse passer la honte , puis 
me relève... N'est-ce pas l'ordre du jour de nos grands faiseurs! 
Plions donc. 

« A propos d'ordre du jour, j'espère que l'on nous en fait de 
propres; j'en ai le rouge jusque dans la pointe des cheveux; 
j'avoue que je n'aurais pu croire a tant de lâcheté et de bas- 
sesse (2). Aussi notre pauvre drapeau tricolore a perdu tout 
son prestige; il n'est plus le symbole d'une ère de gloire et de 
puissance, pour nous autres enfants de la Révolution; ce n'est 
plus qu'un morceau d'étoffe multicolore, servant a une mysti- 
fication , ou à couvrir une table d'escamoteur. Enfin il faut que 
tout s'accomplisse, et je commence a croire , oui vraiment, je 
crois fermement qu'il y a quelque chose d'écrit la haut. Il faut , 
ace qu'il paraît, que nous passions par l'état de crapaud, ainsi 
que vous l'avez pu voir sur une gravure , où l'on a fait une 
période de types qui font descendre la tête d'Apollon à celle 
de crapaud (3). Eh bien ! nous devons peut-être passer par le 
crapaud pour remonter à l'Apollon. Qui sera l'Apollon ? Voila la 
question.... 

« Vous n'êtes pas flétri (4), vous! Mais vous avez comme 
moi le cœur flétri par tout ce qui se passe. Nos hommes poli- 
tiques ont fait une brioche avec leur flétrissure ; ils ont rendu 
ce jeune homme intéressant. Car moi , que l'on ne peut soup- 
çonner de légitimisme, moi, fils d'un soldat de 92, issu du plus 
pur sang révolutionnaire , s'il peut y avoir du sang pur en révo- 
lution, excepté celui des victimes, eh bien! je me sens un 
sentiment bienveillant pour ce pauvre garçon , proscrit sans 



(1) Le Ravin , exposé au Louvre en 1843. 

(2) Charlet ne peut oublier les affaires d'Orient de 1840. 

(3) Dans La va ter. 

(4) Quoique ce soit en quelque sorte de l'histoire ancienne, on se rappelle peut-être que cinq 
députés, ayant été présenter leurs hommages au duc de Bordeaux , alors a Londres . turent flétris par 
l'adresse de la Chambre. Ils donnèrent leur démission , et turent réélus. 



180 PREMIÈRE l'ARTIE. 

avoir rien fait contre son pays. Un enfant ! et moi , vieux ligueur 
endurci , je me surprends a laisser tomber mon arquebuse. Ici 
je ne fais point de sentimentalerie politique ; mais je ne puis me 
défendre dune certaine émotion , d'une certaine pitié pour une 
fortune imméritée. Au reste , cela s'explique : le cœur froissé , 
humilié , dégoûté par l'état de putréfaction où nous ont enfoncés 
les fauteurs du système, je me suis retiré dans ma cahute de 
sauvage ; j'ai fait comme le dauphin de la fable : voyant que je 
ne sauvais qu'un singe , je l'ai replongé. 

« G*** m'a dit vous avoir écrit. Ce bon G*** , sa boutique ne 
va pas, et dès qu'il s'aperçoit d'un peu de baisse dans la recette ; 
il est aux abois; aussi je lui trouve les traits altérés. Bon G*** ! 
nature indifférente et calme au milieu des orages : il me vantait 
dernièrement son bonheur, et son heureuse organisation qui 
lui permet de rester indifférent à tout ce qui passe autour de 
lui , en fait d'événements politiques, « Mon Dieu, mon cher G***, 
lui ai-je dit , vous êtes un violon auquel il manque une corde, 
selon moi, et je ne crois pas que cette indifférence soit une 
qualité. Je vous vois porter cette indifférence politique dans 
toutes vos actions; je ne vous vois jamais saisi par quelques- 
unes de ces saintes et généreuses chaleurs qui nous font con- 
cevoir et exécuter de ces choses que le métier seul ne peut ré- 
soudre. Est-ce que les Michel-Ange, les Raphaël, les Salvator, 
n'étaient pas des hommes passionnés , et mêlés aux événements 
et aux disputes de leur époque? Voyez le Benvenuto, et même 
les hommes qui ont produit les choses les plus calmes; ces 
calmes ont été engendrés au milieu des orages de la vie ; les 
plus indifférents même des caractères des grands maîtres avaient 
la passion de ce qu'ils faisaient , de leur peinture ; ils avaient une 
sainte chaleur qui les brûlait intérieurement. C*** ! vous êtes un 
violon à trois cordes, entendez-vous? Je rends malheureux ce 
digne G v * + , qui s'endort près de sa bonne et dolente épouse. » 

« L*** va, lui; c'est un sanglier forcé, rageant, mauvais 
comme la gale ; il y a du nerf chez ce garçon ; je cherche à lui 
éviter les écueils , et lui crie gare sur le bord de l'abîme. Il n'a 
pas dans le sang le sentiment du beau ; son dessin est commun , 
mais il se rectifiera ; c'est un Géricault , encore en bocal , il est 
vrai , mais il y a beaucoup de ce maître dans L "\ 



SA VIE. — SES LETTRES. 181 

« Mes grands hommes en bocal (1) se portent bien ; ma femme 
aussi ; el presque moi encore, je côtoie la santé. El ce dernier 
point atteint, ça ira , en y joignant votre bonne amitié, et celle 
de quelques bien rares amis. 

« Veuillez, je vous prie, présenter a votre aimable femme 
mes très-respectueux hommages. 

« Charlet. > 



On a peut-être remarqué que les dernières lettres de Charlet à 
M. Letellier étaient datées de Viroflay. C'est un village situé entre 
Meudon et Versailles, où Charlet passa les étés de 1844 et 1845, 
dans une modeste retraite. Là il lui était prescrit de ne s'occuper que 
de sa santé ; mais le besoin de produire l'obsédait sans cesse , et il 
pensait déjà à de nouveaux et sérieux travaux. 

C'est de Viroflay que sont écrites les lettres suivantes : 



Au colonel de La Combe. 



M juin 1844. 

« Très-honorable, votre bonne lettre me parvient ici, où je 
suis au vert, et reprends un peu de chair; je suis en bon che- 
min , mais pas assez luron pour me donner des airs de grande 
route et de Touraine; mon triste individu était tellement dété- 
rioré , que je ne puis reprendre qu'à force de soins et de 
précautions auxquels préside ma femme ; donc, ne m'atlendez 
point. 

« Depuis quinze jours, je dois vous adresser réception du 
convoi tourangeau, qui a été accueilli, festoyé el consommé 
parla joyeuse famille, avec des estomacs d'une profonde recon- 
naissance ; merci donc de votre générosité. 

« Je n'étais point a Paris lorsque le M .... est venu, je le 
regrette peu: c'est un habile individu, habile, el voila tout. 
C'est un homme comme je les aime peu , et comme vous ne les 

(1) Charlet parle ici do ses deux petits garçons. 



182 PREMIÈRE TARTIE. 

aimez pas du tout ; point d'âme; il est au moral ce que vous le 
voyez au physique, un bubon social. 



« Soignez bien vos rhumatismes et conservez-vous , car je 
crois avoir assez d'expérience des choses pour vous prédire , 
avec assurance , que nous sommes appelés a voir de grands 
événements d'un moment a l'autre. Pour moi, qui suis obser- 
vateur et scrutateur dans les rangs obscurs de la masse, je 
remarque un changement étonnant dans l'esprit du peuple. 
C'est une grande leçon que je prends ; je ne puis vous en rai- 
sonner ici ; nous en causerons quand je vous verrai. 

« Ma famille est superbe. 

« Votre bien dévoué et reconnaissant, 

( Gharlet. ï) 



Virojlay , 9 juillet 1844. 

« Très-honorable, je vous dirai comme le célèbre physicien 
MIETTE: TENEZ, MESSIEURS, VOUS ALLEZ RIRE, et 
je vous adresse a cet effet une chanson qui est un peu a la 
façon de bnrbari. Rilloux est le président de la société litté- 
raire et lyrique, où l'on a chanté ma complainte, et j'ai dû lui 
en faire les honneurs. Les Baijards du raisiné ont fait la gri- 
mace , mais il a fallu avaler le morceau... 

Air : Verse , verse du vin de France , c'est la Suisse gui paiera. 

Aimable auteur du Cabaret ( l ) , 

Beau nourrisson de Polymnie , ( 150 kilog. ) 

Je n'entends plus aucun couplet, 

Ta muse est -elle donc endormie ? 

Endormie. 
Non, la gaillarde en quelque coin 
Fait délicieuse et grasse vie ; 

(I) Rilloux esl le père d'une chanson intitulée : le Cabaret. 



SA VIE. — SES LETTRES. 183 

Ou la friponne d'un air mutin , 
Offre ses charmes à l'orgie , 

A l'orgie. 
Reprends le sceptre de la folie, 
Joyeux auteur du Cabaret. 

Nous vieillissons , ami Billoux. , 
Aussi tout change et tout nous pousse ; 
Nouveau langage , nouveaux goûts ; 
On n'entend plus que le mot BOURSE 3 

Le mot BOURSE ! 
Loin du comptoir qui lui déplaît, 
Fuyant son riz et sa semouille , 
L'épicier joue au baronnet 
Dans le fauteuil de La Trémouille ! 

De La Trémouille ! 
Crie -lui donc qu'il se débarbouille , 
Joyeux auteur du Cabaret. 

Les preux Bayards du raisiné 
Nous donnent triste comédie ; 
Au dénouement il se pourrait 
Qu'on en vînt à la tragédie, 

Tragédie. 
Trop bon peuple, on t'a fait chasser 
La noblesse de vieille souche , 
Et pourquoi ? Pour la remplacer 
Far la bande à monsieur Cartouche ! 

Monsieur Cartouche ! 
Votre blason nous paraît louche , 
Croupiers de la rue Vide-Gousset. 

Couverts de croix et de crachats, 
Hommes de banque et de finance, 
Le peuple en vous a des pachas 
Dont il châtiera l'insolence ! 

L'insolence ! 
Pauvre France ! comme le Dauphin, 



184 PREMIÈRE PARTIE. 

N'aurais- tu sauvé du naufrage 
Qu'un sapajou! un vil crétin ! 
Replonge-le loin du rivage ! 

Loin du rivage! 

Mais taisons -nous, voici l'orage; 
Adieu Rilloux, plus de refrain. 



Charlet , si bon , si facile , si faible même dans le commerce de la 
vie, savait être ferme à l'occasion, quand il s'agissait de ses devoirs, 
ferme surtout quand ses devoirs touchaient à cette école Polytech- 
nique, pour laquelle il professait une espèce de culte. 

Voici en quels termes il répondait à son ami, M. Mouffle, qui lui 
transmettait une recommandation en faveur d'un candidat à l'É- 
cole. 



I "irojlay , 20 novembre 1844. 

NOUS RENDONS DES ARRÊTS 
ET «NON PAS DES SERVICES. 

« Mon cher Mouille, dites à M... que c'est un excellent 
homme que j'aime de tout mon cœur ainsi que sa bonne famille, 
mais invitez-le a garder sa note. Je ne sais pas les noms de 
ceux dont le conseil me charge d'examiner le travail ; si ce 
fatal zéro est mérité, c'est un arrêt de mort ; et , je vous le jure, 
je condamnerais mon fils; je suis inexorable ; aussi pour m'é- 
viter tout mouvement de sensibilité , je me suis fait la loi de ne 
pas regarder le nom du justiciable. 

« S'il était possible de faire parvenir des notes et d'émou- 
voir les examinateurs , l'École n'existerait plus depuis long- 
temps. Il faut la transmettre pure a nos petits-enfants. 

« Charlet. )) 



XL 



Vers le commencement de 1845 , Charlet mit à exécution un ou- 
vrage important, auquel il rêvait depuis longtemps. 



SES LETTRES. 185 



Voici la lettre qui me fait part de ses projets ; elle étonnera peut- 
être quelques-uns, mais elle prouvera à tous que le grand artiste 
avait secoué depuis longtemps cet étroit libéralisme de la Restau- 
ration. Tout ce qui était grand et digne allait droit à son cœur. 



Paris , -24 mars 1845. 
An colonel de La Combe. 

« Très-bon et très-honorable , je perche toujours rue Saint- 
Maur, jusqu'au 1 er mai ; vous m'y trouverez tous les jours, au 
coin de mon feu, près de ma femme, qui me taille mes crayons, 
et loin de mes enfanls qui me donnent la paix ; PAX ! 

« J'aurai donc bien du plaisir a recevoir votre bonne, ami- 
cale et honorable visite. 

« Ne pouvant pas, quant a présent, me livrer a des travaux 
de peinture, qui me fatiguent, je me suis remis a crayonnailler . 
Il m'est venu en tête de faire une galerie militaire, depuis 92, 
y joignant même quelques hommes de Louis XVI : les Gardes- 
du-Gorps, Suisses, Gardes -Françaises, etc., enfin ceux qui 
ont figuré dans les principaux événements de la Révolution. 
J'y mets l'Empereur dans toutes les phases de sa vie : a l'École- 
Mililaire , à Toulon et jusques a Sainte-Hélène. 

« J'ai évité le froid costume en donnant ou cherchant bien 
le caractère a chaque espèce; puis mettant une action qui se 
rattachât au temps : je vous ferai voir mes premiers essais , qui 
ne sont pas trop malheureux. Il me faudra deux ans pour exé- 
cuter celte collection vraiment nationale ; j'y mettrai les Ven- 
déens et l'armée de Gondé; noblement vus et en philosophe 
qui a fait des écoles et acquis a ses dépens , comme tous les 
cœurs un peu honnêtes. 

« Le bruit de ce travail s'est répandu dans la gent-éditeurs, 
et j'ai reçu de brillantes offres ; mais je suis décidé a garder pour 
moi cet ouvrage qui sera une propriété pour ma famille (1). 

<( Bien mieux , un des loups-cerviers du jour s'est informé 

[\j Aujourd'hui cette belle suite apparlieul a M. Pc; rotin. 



486 PREMIÈRE PARTIE. 

de mes moyens pécuniaires, près d'un de mes élèves, et m'a 
fait proposer vingt-cinq mille francs espèces, me laissant tout 
le loisir de faire l'ouvrage en sécurité , quitte a traiter avec lui à 
la fin de l'œuvre. J'ai repoussé Artaxerce ; mon pain est sur ma 
planche; j'en ai très-médiocrement, il est vrai, ce qu'il m'en 
faut; mais l'ouvrage se fera avec soin, et, je l'avoue, avec 
plaisir, par la pensée que je travaille pour mes enfants. 



« Les chemins de fer sont non-seulement AUX PAIRS, mais 
encore aux lieutenants généraux , aides de camp du roi ; on 
voit figurer M. de R... comme inspecteur, directeur du che- 
min de fer de Bientôt on lira sur quelque enseigne : épicier- 
droguiste, en gros, et aide de camp du roi. 

« Voila le Français né malin et qui a créé le vaudeville : on 
lui fait faire bien des infamies; il va, il chante, et pourvu que 
le bal Ghicard ne ferme pas, peu importe le reste. Malgré ce 
degré de pourriture, je ne désespère pas. 

« Je vous attends. 

« Votre très-reconnaissant et affectionné, 

a Gharlet » 

Après avoir fait imprimer quelques pièces détachées , Gharlet mo- 
difia le plan de son ouvrage. Laissant de côté la partie antérieure ou 
prenant naissance à la Révolution , il voulut faire paraître avant tout 
l'Empereur et la Garde impériale, et le reste plus tard,... s'il y a 
lieu, dit-il: paroles touchantes , tristes pressentiments d'une fin 
prochaine. 

A cet effet , il lance au public un prospectus , où il annonce que 
l'ouvrage paraîtra par livraisons lithographiées par Fauteur lui-même 
(sans aide ni copie). La première livraison verra le jour le 2 
décembre, anniversaire de la bataille d'Austerlitz. 

« Dans cet^ié œuvre consciencieuse et national? , dit Gharlet , 
l'auteur ne s'est pas contenté de donner simplement l'uniforme 
de chaque arme; il a cherché a reproduire fidèlement les types 
originaux qui distinguaient les régiments de cette immortelle 
garde , comme aussi a rendre la physionomie et l'aspect que 



SA VIE. — SES LETTRES. 187 

donnent les misères et les fatigues de la guerre. Il a dessiné 
les hommes qu'il a vus et observés , avec qui il a vécu ; aussi , 
Dieu aidant, il croit avoir réussi a donner un ouvrage utile à 
l'histoire du pays , et que Ton sera curieux de consulter. » 

Pendant l'enfantement laborieux de cette œuvre , qui a dû contri- 
buer à épuiser ses dernières forces, Gharlet sentit renaître son vieil 
enthousiasme de l'Empire ; ayant fait divorce avec le présent , il se 
retourne vers le passé. 

« Si j'étais venu vingt ans plus tôt, écrit-il, l'Empereur 
aurait eu en moi quelqu'un qui l'aurait bien compris ; car il 
n'a pas été compris des gens qui l'ont approché, au moins en 
grande partie. Ces gens-là étaient taillés sur des patrons trop 

exigus Je fais de l'empire, j'y suis jusqu'au cou , cela seul 

intéresse et paraît sérieux aux masses ; le reste est pour elles 
jeux d'enfants. » 



XLI 



Nous marchons à grands pas dans la vie de Charlet. Recueillons 
maintenant ses dernières lettres. On y trouve encore la même gaieté, 
il est vrai, mais à laquelle viennent se joindre, plus souvent que 
par le passé , des pensées empreintes de sensibilité et de tristesse. 



Au colonel de La Combe. 

7 janvier 1845. 

« Aussitôt pris , aussitôt pendu ; je suis saisi à la gorge par 
votre billet, hier matin , a mon lever. A quatre heures, un con- 
voi colonial et demi-tourangeau s'arrête majestueusement à 
ma porte ; des coquins de valets, écussonnés aux armes de la 
grande messagerie, déposent un ballot renfermant ce que Cuba 
peut produire de meilleur , ce que la belle Touraine fournit de 
plus beau. En vérité, mon digne colonel, vous nous comblez 
de bonnes choses, et vous faites bien ; moi, cela me réjouit. 



188 PREMIÈRE PARTIE. 

Quand il marrive un lapin ou un chou , je me dis : Il y a donc 
encore quelques bonnes gens de la vieille roche , aux bonnes 
et simples mœurs patriarcales, qui ne peuvent jouir de quelque 
chose sans en faire part aux malheureux. Je suis enfant,. je 
l'avoue, j'éprouve une satisfaction incroyable; l'objet ne fût-il 
que de quinze sous, peu importe, c'est une pensée ; je ne suis 
pas seul sur cette terre si malpropre par le temps qui court. 

« Ce temps qui court pour nous , pauvres diables qu'il marque 
au front et sabre si impitoyablement, semble marcher à reculons 
pour ce malheureux pays... Quel infect bourbier, quelle démora- 
lisation ! Pauvre France ! courbée sous la verge de la bourgeoi- 
sie et des agioteurs ; de cette bourgeoisie ignorante, ridicule, 
dont l'aristocratie, la morgue et la brutalité me révoltent et me 
feront envoyer mon âme a Dieu un de ces malins. Quel régime ! 
quelle vie ! quelle honte ! mais qui le croirait ? au milieu de celle 
pourriture , une classe nombreuse et forte conserve le sentiment 
national ; cette classe , que la bourgeoisie a longtemps ameutée 
contre la noblesse , se trouve aujourd'hui sous sa coupe et peut 
comparer. Dieu sait si l'avantage reste aux Bayards du raisiné. 

« Ma santé est toujours fragile ; pourtant je crois pouvoir 
traverser mon hiver assez bien. Notre École est reconstituée , 
et je suis monté en grade; on a porté mon traitement a trois 
mille francs, de plus il) ; mais voyez comme tout porte le ca- 
chet de l'époque, je n'en jouirai que quand il sera possible de 
me parfaire la somme; si bien que je jouis en perspective. Et 
ces gens-la osent crier après les jésuites 1 Les jésuites ne sont 
pas ceux en robe noire. 

« J'ai connaissance de vos procédés el de votre bienveil- 
lance pour cela ne m'a pas étonné; vous avez celle mala- 
die passée dans le sang. 

« Adieu donc, noble el très-excellent ami , producteur d'une 
quantité de bonnes choses pour lesquelles je vous conserve 
une reconnaissance qui n'a pas besoin de carnet. Adieu, mettez 



(1 ) Quand il y avait deux professeurs de dessin a l'Ecole oîiacim ne touchail qu'un traitement du 
'2000 IV. Un de ces deux professeurs ayant été supprimé , il .Haït naturel de traiter le seul restant 
comme tous les professeurs de l'Ecole, c'est-à-dire de lui donner un traitement de 5,000 fr. Charlel 
n'en a jamais joui. 



SA VIE. — SES LETTRES. 189 

mes hommages aux pieds de Madame, et attendons un temps 
meilleur. 

a Gharlet. )) 



Au même. 



Viroflay, 6 juin. 

« Très-bon et très-honorable, que Dieu soit avec vous et 
avec les vôtres ; soyez béni entre tous. Vous m'assassinez de 
bonnes choses et avec préméditation ; donc, point de circon- 
stances atténuantes. Mais Dieu est avec vous et avec ce que 
vous m'envoyez ; je me prosterne et me laisse égorger. 

« En fouillant dans mes cartons, je voyais l'autre jour un 
projet de lithographie qui est resté au fond du panier et qui a 
rapport à ceci : ce sont des gamins ; l'un dit : « Dieu est par- 
tout et dans tout, même dans les bonbons que nous man- 
geons. » L'autre s'écrie : « Même dans les amandes amères? » 
— Y N'VA PAS DANS CEUSES-LA , répond le docteur gamin. » 
J'ai gardé celte idée : Il ne faut pas jouer avec certains tisons. 

« J'ai eu un assez vilain événement depuis que je ne vous 
ai vu; l'épée de Damoclès brisait son fil, et j'étais empoigné 
au milieu de la nuit par une hémorrhagie ou épanchement de 
sang. On a couru et trouvé un saigneur de village, qui est 

accouru et m'a soulagé Enfin, me voilà debout, mais faible 

du jarret ; ce brigand de temps me nuit et jour, le soleil 

est rare et la récolte inquiète les Bourguignons, ce qui m'in- 
quiète fort peu. 

« Mon grand garçon me demande en grâce des croquis ; je 
lui cède. Il a le sentiment de l'harmonie et du beau : je vais 
le laisser mordre au gâteau , puisse-t-il ne s'y pas casser les 
dents! 

« Je vous en écris peu ; je suis encore faible. La famille me 
charge de mille choses. 

« Votre, etc. 

:' Gharlet » 



11)0 PREMIÈRE PARTI K. 

A M. M ouf fle. 

Viroflay, 18 juillet 1845. 

« Mon cher Mouffle, je viens encore d'être éprouvé par la 
Providence, qui pour nous doit s'appeler plutôt l'adversité. 
Mon pauvre Edmond vient de faire une très-grave maladie: 
fièvre nerveuse, typhoïde, avec menaces de congestion céré- 
brale. Mon pauvre enfant a dormi dix-huit jours de suite , et n'a 
pas été éveillé une demi-heure par jour pendant cette effrayante 
léthargie. Mouffle ! c'est atroce , pour un pauvre père , d'assis- 
ter pendant dix-huit jours a celte image de la mort. J'ai beau- 
coup souffert , vous en jugerez par votre cœur. 

« Enfin mon enfant est sauvé ; aujourd'hui il mange un peu 
de poulet avec moi. J'ai le cœur à la danse, seulement les 
jambes n'y sont pas. J'ai de la peine a reprendre du jarret , j'ai 
perdu tant de sang ! J'ai joué le litre et ne pouvais que cho- 
pine ; aussi je suis encore faible et pourtant en bonne voie. 

« J'admire ma femme : quel courage I vingt-cinq nuits de 
suite, toujours sur pied, calme et solide! 

« Je ne vous dis pas de venir, la maison est un hôpital. 
« Bonjour et amitiés. 

<< Charlet » 



A M. Hipp. Bellangé, à Rouen (1). 



Viroflvy, 31 juillet. 

« Il n'était pas bien nécessaire que je t'ÉCRIVISSE , mais 
ta lettre a réveillé en moi quelques bons souvenirs , et j'ai be- 
soin d'en parler a quelqu'un. HAGUELON ! Haguelon (2)! ! ! 

(4) Cette lettre est la réponse a une de mes lettres, dans laquelle je faisais l'état de ma maison depuis 
les gens jusqu'aux chiens , poules , canards , etc. etc. (Note d'Hipp. Bellangé.) 

(2) Haguelon était un traiteur du quartier de la Halle-aux-Draps , renommé pour la qualité de ses 
vins. C'était là que nous allions h peu près deux fois par semaine faire de la philosophie transcen- 
dante après avoir exploré toute la ligne des boulevards , les escamoteurs , les parades , les chevaux 
de bois et autres industries fourmillant alors sur les boulevards du Temple et Beaumarchais. Nos soi- 



SA VIE. — SES LETTRES. 191 

Hélas ! mon cher, ce bon temps est loin ; et cependant le temps 
présent serait encore bon pour moi si je n'étais pas aussi fêlé. 
Figure-toi, avec le catarrhe, des douleurs rhumatismales dans 
les jambes; puis, je suis obligé de vivre de potages et de lai- 
tage ; point de vin, point de viande : c'est enrageant, mais il 
s'y faut conformer. 

« J'ai usé de tout; c'est chronique, dit-on; donc, fort heu- 
reux que je tienne encore bon. Pourtant, il y a un mois, j'ai 
failli défiler. J'ai eu un épanchement de sang au milieu de la 
nuit; il a fallu courir chercher un esculape, qui m'a saigné; 
sans cela j'étouffais. Je suis resté calme, impassible ; je me re- 
commandais a Dieu , et Dieu m'a donné la force nécessaire pour 
ne pas perdre la tramontane. 

« Enfin je m'en suis tiré. C'était un mouvement de sang aux 
poumons, par suite d'une vie peut-être un peu trop succulente 
et échauffante : le bouillon allait plus vite que la marmite. 
ASSEZ ! 

« Tu es heureux et calme au milieu de ton aimable famille, dont 
le personnel, y compris ton chien , compte quatre cent trente- 
deux ans de vertu. Tu as un Terre-Neuve ; eh bien ! moi aussi; 
un pur sang, qui me vient d'un capitaine baleinier. C'est une 
fameuse espèce pour l'intelligence calme et raisonnée, autant 
que chien le peut; le mien est noir, avec un peu de blanc au 
poitrail; plongeur intrépide ; quinze mois. Il n'est pas de la plus 
forte espèce : le capitaine m'a dit l'avoir pris dans la taille la 
plus estimée , qui est la deuxième , fortement membrée. 
ASSEZ ! 

« Je ne puis t'offrir un personnel aussi respectable que le 
tien. Je n'ai que ma moitié, toujours la même, seulement che- 
veux gris, mais nature de Jeanne d'Arc, bien conservée, ar- 
dente à l'aiguille et aux confitures. 

« Vient ensuite mon n° 1. Cinq pieds huit pouces , quatorze 
ans et demi. Les mains comme des battoirs, jouant du bâtonnet 



rées se terminaient presque toujours par une séance aux Funambules , dont nous connaissions a foud 
le répertoire. 

J'ai connu beaucoup de flâneurs ; mais peu savaient bien flâner. Charlet était le plus beau type de 
l'espèce. Flâneur sans volonté , sans intention arrêtée , toujours prêt à marcher du côté où le caprice 
nous portait, acceptant toutes les propositions, se laissant attirer par tous les accidents imprévus , 
enfin un flâneur profond, philosophe , et surtout si spirituel ! (Noie de Bellangé.) 



H)2 PREMIERE PARTIE. 

avec un fusil de munition, un Goliath méprisant les beaux-arts, 
voulant se faire une position et gagner de l'argent ; parlant assez 
purement et écrivant assez bien sa langue, un peu de latin. 
Samedi, je l'ai embarqué. Il va entrer chez son oncle, exploi- 
tant a Angers une usine, où il fait sa fortune. Mon fils aîné va 
donc fabriquer, triturer, distiller des drogueries. Je le vois 
avec plaisir prendre ce parti , car les beaux-arts , nous en sa- 
vons... Précisément il va fabriquer du SAVON. 

Le second , dix ans et demi , belle nature. Il relève d'une 
fièvre typhoïde, j'ai manqué le perdre. 

« Tu vois que je ne puis me former en bataille vis-a-vis de 
toi. J'ai bien encore ma bonne; mais c'est égal, pas de force. 



« Je soigne particulièrement mon ouvrage de la Garde , parce 
que, vois-tu, à part les frénétiques, les générations présentes 
et à venir ne connaîtront que cette époque colossale; tout ce 
qui s'y rattachera sera recherché et de bonne valeur. Je suis 
harcelé par l'éditeur; mais ma femme veut en garder la pro- 
priété ; . . . je verrai. . . ASSEZ ! 

« Si tu viens à Paris , vient me dire bonjour à Viroflay ; je ne 
t'invite a rien, parce que je ne puis participer a rien : je suis 
hors la loi. Embrasse toute ta famille pour moi, pour nous 
pour la France! 

(Sans signature.) 



Au colonel de La Combe. 

i5 septembre. 

« Très-bon et très-honorable, c'est parce que j'ai trop voulu 
vous écrire que je ne vous ai point écrit. Mille diableries me 
sont arrivées. La fièvre typhoïde a failli m'enlever mon fils 
Edouard, une tante de ma femme nous a déshérités, puis ma 
publication m'occupe Je fais le pître; j'ai une queue rouge, 
avec une culotte jaune et des papillons. 

« Je vais commencer le 2 décembre ma publication. Je 



SA VIE. — SES LETTRES. 193 

donne la Garde Impériale et l'Empereur; d'abord quatorze li- 
vraisons de six feuilles , de mois en mois. 

« Si vous avez un ami ou plusieurs qui veuillent se laisser 
arracher une dent, je me recommande a votre tenaille bienveil- 
lante et amicale. 

« J'aurais beaucoup a causer avec vous ; mais je ne puis ; a 
un autre jour ; ma pauvre tête est ailleurs. 
« Recevez, etc. 

« Gharlet. » 



Au même. 



14 octobre 1845. 



« Très-noble et très-digne , je ne sais plus où j'en suis avec 
vous, et les amis comme vous ne doivent pas être négligés. 
Ils passent avant tout, ils doivent emboîter immédiatement le 
Père éternel. 

« Je ne sais si Bry vous a fait passer les épreuves, et les 
prospectus nécessaires pour piper quelques souscripteurs. 

« Le souscripteur est difficile à recruter: traqué, battu, 
effarouché, on ne peut l'approcher que difficilement, et on ne 
peut que par surprise le tirer à portée. Enfin , si vous pouvez 
m'en tuer un ou deux , tant mieux. 

« La place d'armes s'améliore, et cependant je suis en triste 
état. Les pieds enflés par les rhumatismes, et cela au point de 
ne pouvoir sortir; enfin toutes les calamités possibles me tom- 
bent sur la casaque; mais je résiste,... comme le roseau, à la 
vérité. 

« Le peu d'amateurs auxquels j'ai montré ma collection 
me disent que l'affaire sera belle QUAND ON AURA VU. On ne 
peut se figurer que c'est une espèce de suites de tableaux , et 
non de froids costumes. 

« Je tiens compte de vos observations (1). 

« L'estomac est bon, le cœur davantage, et ce dernier bien 
reconnaissant de votre bien noble et bien généreuse amitié. 

« Gharlet , bien pressé. » 

(1) Elles avaient trait a quelques pièces de la Garde Impériale. 

13 



194- PREMIÈRE PARTIE. 

Qui pourrait croire qu'au milieu de toutes ces misères , que notre 
pauvre Charlet vient lui-même de nous retracer, il ne fût pas écrasé 
par la conception et l'exécution de la Garde Impériale. Eh bien ! cette 
œuvre ne suffisait point encore à l'activité de son esprit. Il saisit 
avec empressement les ouvertures qui lui sont faites par son intelli- 
gent éditeur Bry, et, essayant d'un nouveau procédé qui lui est in- 
diqué, de l'estompe sur pierre, il fait une douzaine de croquis (1). 

Ces études sont remarquables de finesse et de modelé. Plusieurs 
d'entre elles , dessinées comme essais , ne devaient pas être publiées. 
Après la mort de Charlet , on a dû céder aux sollicitations des édi- 
teurs qui se disputaient ses derniers ouvrages. 

Et pendant la création de cette nouvelle œuvre, aux derniers mo- 
ments de son séjour à Viroflay, Charlet, dans sa fièvre impériale, 
mettait encore au jour deux grands dessins lithographies (2): Les 
Anniversaires de la fête et de la mort de Napoléon (les 15 août et 
5 mai.) 



XLII 



Cette lettre inachevée, et ne portant pas de suscription, a dû être 
écrite dans les derniers temps de la vie de Charlet. Elle porte avec 
elle un tel cachet de sensibilité , de bonté, de naïveté, qu'elle nous 
semble compléter son portrait. 

Les amis de notre artiste, et nous avons la confiance que tous nos 
lecteurs le sont devenus, liront donc cette dernière page avec un 
douloureux intérêt. 

« Que peut faire un pauvre diable dans sa chambre quand le 
ciel vomit des torrents de pluie , et surtout quand ce pauvre 
hère est infiniment détérioré par un catarrhe et des rhumatis- 
mes! Ce qu'il doit faire, ce qu'il peut faire de mieux , c'est d'op- 
poser a l'orage et au sombre tableau de la nature quelques idées 
douces et philosophiques , quelques souvenirs du bon temps. 
Alors la tristesse et la monotonie du ciel deviennent un acces- 
soire heureux dans sa disposition d'esprit. Il n'est point distrait 



(1) Nous les avons catalogués aux n°" 986 a 999. 

(2) Voyez les »•• 358 et 360 du Catalogue. 



SA VIE. — SES LETTRES. 195 

par le chant du rossignol ou quelque bel aspect de la nature. 
Son âme est seule, ou plutôt en compagnie de ceux qui lui 
reviennent à l'esprit. Quant à moi, voyageur échiné sur le che- 
min de la vie, je ne rencontre plus guère que des gens qui ne 
parlent pas ma langue. Si j'interroge un de ces passants , 
il me répond: INTÉRÊTS MATÉRIELS, ou plutôt il me 
le crie en rugissant comme notre célèbre David me criait 
dans le temps: SPARTE!!... ATHÈNES!! ... PEUPLE!!... 
VERTUS! !... Infâmes saltimbanques ! passez votre chemin! 

« Je traversais dernièrement le Pont -Neuf, quand je me 
trouvai nez a nez avec un monument déchiqueté des vicissitudes 
humaines ; je l'aperçus le premier. (Pauvre M*** ! est-il un mortel 
plus favorisé que toi pour réunir tout ce qui peut rendre la vie 
insupportable?) Je lui demandai de vos nouvelles; il ne m'en 
donna pas de satisfaisantes , et me dit que vous étiez au mo- 
ment de votre départ. Je courus chez vous : vous étiez parti la 
veille. Je revins à mon trou campagnard, très-fâché de ne vous 
avoir pas serré la main, d'autant plus qu'a nos âges, on est sur 
le versant et le plus glissant du chemin , et que , ma foi , il n'est 
point certain qu'on puisse se rejoindre. 

« Espérons pour notre compte qu'il n'en sera pas ainsi , et 
que vous me régalerez encore d'une stalle et d'un filet sauté. 
Où sont-ils ces beaux jours de santé et de travail , comme de 
plaisir, que l'on n'apprécie pas assez?... Hélas! ils sont passés. 
Bon et honorable ami, vous m'avez aidé a sauter le fossé dans 
des moments de découragement et d'ennui ; vous m'avez donné 
des preuves d'une bien noble et bien sincère amitié; et moi , je 
n'ai rien pu faire pour vous prouver que j'étais aussi sincèrement 
votre ami; a vous l'avantage. 

« Depuis quelques années, je ne puis rattraper ma santé , ou 
au moins un état acceptable ; je suis amoindri , mécontent , je ne 
fais rien: la santé est nécessaire pour la production. Enfin il faut 
en prendre son parti ; je suis du reste si heureux dans mon petit 
intérieur ! Une femme douce , vertueuse , aux petits soins 
pour moi , qui se récrée en tricotant des chaussettes a ses en- 
fants: deux bons petits garçons qui ne seront peut-être pas des 
imbéciles , et, avec cela , dix-huit cents livres de rente, fruits de 
mon travail et de mes intérêts mal entendus' Ma femme me 



190 PREMIÈRE PARTIE. 

dil : « Avec cela je le ferai vivre, sois tranquille. » El moi, je 
suis tranquille. 

« Il y a des choses singulières: nous voyons de ces intelli- 
gences pitoyables a qui l'affaire d'argent réussit admirablement, 
tout leur vient... Puis d'autres a qui un long travail ne produit 
qu'a peu près le nécessaire. Pour moi , la question d'argent fut 
toujours mon cauchemar , je n'ai jamais su vendre ou défendre 
mon pré. Puis , généralement , les chances n'ont pas été pour 
moi. Ma femme avait un oncle, véritable oncle d'Amérique; 
il meurt sans avoir fait d'arrangements, nous perdons tout. 
BON ! Un de mes anciens élèves avait disposé ses affaires de 
manière à me donner UNE MAISON EN PIERRES DE TAILLE , 
s'il mourait sans enfants. Il n'en avait jamais eu, et vivait depuis 
cinq ans malheureux avec sa femme. Il meurt... BON! Mais sa 
femme était accouchée six jours avant. Diable de diable ! que 
le diable t'emporte! 

« Il y a des instants dans la vie où tout paraît craquer sous 
les pieds; les âmes faibles succombent; les âmes fortes se 
cramponnent, et l'orage passe. A nos âges, on a vu tomber 
bon nombre de ses amis, on ne peut les renouveler; on reste 
donc isolé ou entouré de gens qui , ainsi que je l'ai dit , ne 
parlent pas notre langue. S'ils ne nous dégoûtent pas, ils nous 
sont indifférents. Puis nous avons la colonne des déceptions : 
nous avons les ingrats , race infâme qui ne nous pardonne pas 
le bien que nous leur avons fait; moi, chélif individu, j'ai pu 
quelquefois obliger. Eh bien! je n'ai trouvé d'ennemis que dans 
ceux qui me devaient quelque chose. S'il m'était permis de rire 
de ces ignobilités , je citerais ce mot de Cadet Roussel : 

«. NE DONNONS RIEN A NOS AMIS , SI NOUS VOULONS 
QUE LEUR RECONNAISSANCE SOIT ÉGALE A NOS BIEN- 
FAITS. 

« Après cela , dois-je me rendre malheureux , et empoison- 
sonner le peu de jours qui me restent?... Non ! mais on est 
faible... » 

Ici se termine cette lettre retrouvée dans les papiers de Charlet 
après sa mort. 



SA VIE. — 9ES LETTRES. 197 



XLIII 



Charlet avait reçu de Dieu une trop belle organisation, il était trop 
sensible pour n'être pas religieux. 

« Mon mari était très-religieux, nous disait sa digne veuve; il 
avait du mépris pour ceux qui ne Tétaient pas. S'il lui arrivait 
quelque chose d'heureux , il remerciait Dieu et me disait : « Ma mère , 
la Providence n'abandonne jamais ceux qui croient en elle. » Lorsque 
nos enfants étaient petits , il aimait beaucoup à leur faire dire leurs 
prières. Il était si bon père ! » 

Ces bons sentiments se rencontrent souvent dans les œuvres de 
Charlet, et pour n'en citer qu'un exemple, quoi de plus touchant 
que ce grenadier s'arrêtant tout ému à l'aspect de deux enfants age- 
nouillés sur une tombe ( probablement celle de leur mère) , et disant : 
Je crois que je me sens de la religion (1). 

Mais quelles meilleures preuves pourrions -nous donner que ces 
pensées que nous recueillons dans une de ses lettres : 

« Dieu est grand! Je ne suis pas dévot; mais je l'avoue, 
sans rougir et sans croire être un homme faible , je suis reli- 
gieux et sincèrement religieux. Il faut dans les grandes commo- 
tions quelque chose a l'homme , et ce sentiment de la force 
d'une divinité dominante et créatrice console et soutient le 
malheureux ; je ne l'avais jamais senti de si près. 

« Me voyez-vous avec une cuvette pleine de sang,... puis des 
gens qui me regardent comme un homme mort.... Où aller 
demander du courage, si ce n'est a quelque chose de plus fort 
que nous? » 

Les derniers jours de cette vie si bien remplie étaient arrivés; plus 
plus que jamais Charlet aurait besoin de repos, mais de l'art il a 
fait sa vie, et il mourra le crayon à la main. Chacune de ses jour- 
nées était marquée par de nouveaux travaux, et dans tous notre 
grand artiste se montrait toujours consciencieux, et le plus souvent, 
comme par le passé , mécontent de lui-même. 

(1) N" 894 de notre Catalogue. 



198 PREMIÈRE PARTIE; 

En voici un bien remarquable exemple : Son Chasseur à cheval 
(Garde Impériale) (!) était une fort belle pièce , qui certes pouvait 
prendre rang parmi les autres. L'imprimeur Bry lui en porte une 
épreuve : à l'instant même il la condamme, et fait une autre pierre, 
préférable sans aucun doute (2). Jamais amour de son art a-t-il été 
poussé plus loin , et dans quel moment encore ! 

Dans ces derniers temps, Gharlet fit quelques beaux dessins. L'un 
d'eux, conservé par M me Gharlet , est remarquable d'énergie et d'ex- 
pression. C'est une aquarelle sur papier gris-bleu : un émigré traduit 
devant un tribunal révolutionnaire fait, par la noblesse de sa tenue 
et de sa personne , un touchant contraste avec ses ignobles juges. Les 
deux dessins dédiés à M me Belloc (3) , et faits dans le même moment 
(la queue et la tète de la République: ici un marquis, là un sans- 
culotte ; au début le peuple, à la fin une aristocratie nouvelle), n'in- 
diquent-ils pas, comme le précédent, les pensées intimes de Charlet 
sur ce qui se trouve au fond des révolutions populaires ? 

Cependant ce courage , ces nouvelles productions , des éclairs de 
gaieté , auraient pu laisser quelques illusions aux amis de Charlet , 
comme il en conservait lui-même , si les signes extérieurs n'avaient 
pas détruit toute espérance. M. de Rigny n'avait pas vu Charlet 
depuis longtemps : il vient à Paris , court chez lui , et voici ce qu'il 
m'écrivait après l'avoir revu : 

« Représentez- vous notre ami dans son lit , parlant avec son âme 
seule, dépouillée de sa nature railleuse, et me reprochant ce qu'il 
croyait un abandon sacrilège. Hélas! j'étais loin de le savoir en ce 
triste état. « Je vous écrivais , me dit-il d'un ton affectueux et triste 
à la fois, je vous écrivais, et je me plaignais de vous... » Ces der- 
nières paroles ne me laissaient aucun doute : ses jours étaient comptés. 
Il lut probablement sur mon visage cette impression soudaine , car il 
ajouta: « Vous êtes effrayé de ma maigreur, mais ce n'est rien, tout 
cela reviendra. Au printemps prochain , j'irai vous voir. » 

Jusqu'au dernier moment, Charlet, vous conserviez le souvenir 
de vos amis. Nous-même nous n'étions pas oublié ; nous recevions 
deux croquis faits à votre lit de mort , avec ces paroles si touchantes 
que nous ne pouvons transcrire sans nous sentir encore profondément 
ému : 

Je vous l'ai déjà dit: Dieu soit avec vous ! oui, Dieu soit avec 



i, .v m 

(i) No 252. 

!.'!) L'Illustration a reproduil cei deux dessins dans son numéro du ISfévrier I8i&. 



SA VIE. — SES LETTRES. 199 

vous ! il sera mieux qu'avec d'autres ; et surtout , je suis cer- 
tain qu'au festin de sa bienvenue , vous me mettrez ma part 
de côté. Oui, que Dieu soit avec les bonnes âmes, et tout ira 
bien!... » 

Dans les derniers jours, on portait Charlet mourant à son fauteuil ; 
mais, le crayon à la main , ses yeux s'animaient , la parole lui reve- 
nait , et sur son pâle visage brillaient encore la vie et le génie. 

« Vois, ma mère, disait-il à sa femme, la veille de sa mort, en 
lui montrant son dessin (1), cela ne ressemble-t-il pas à Géricault? » 

Ce dessin était encore sur sa table le lendemain , ainsi que la der- 
nière pierre à laquelle il ait travaillé, et qui fait partie deson grand 
ouvrage (2). 

Le 30 octobre 1845, vers quatre heures du soir, Charlet était dans 
son lit. 11 manquait d'air; il fait signe d'ouvrir la fenêtre, et se fait 
conduire à sa table de travail , soutenu par l'aîné de ses fils. Assis 
dans son fauteuil-, il veut saisir un crayon... mais c'est en vain... Il 
prend la main de sa femme, celle de son fils: « Adieu, mes amis , 
leur dit-il , je meurs, car je ne puis plus travailler. » Paroles qui, 
dans la bouche de Charlet, résument si bien sa vie. Quelques mo- 
ments après , il avait rendu à Dieu sa belle âme ! 

(1) C'est un Napoléon h cheval resté inachevé :. Mine de plomb rehaussée de blanc et surchargée 
d'estompé. 

(2) N» 257 du Catalogue. 



FIN DE LA PaEMIERE PARTIE. 



DEUXIÈME PARTIE 



ŒUVRE LITHOGRAPHIQUE 

( DESCRIPTION RAISONNÉE ) 



PRÉLIMINAIRES 



L'œuvre que nous allons décrire contient raille quatre-vingt-neuf 
pièces, dont soixante-onze pièces rares, c'est-à-dire qu'on ne peut se 
procurer qu'assez difficilement; soixante -dix pièces plus rares en- 
core, qu'on ne trouve chez les marchands, ou dans les ventes, qu'à 
de longs intervalles; quatre-vingt-six pièces, enfin, très-rares et qui 
n'ont jamais été mises dans le commerce. Elles ont été tirées comme 
épreuves d'essai , au nombre de trois à dix épreuves ; de huit d'entre 
elles, on ne connaît qu'une seule épreuve. 

Dans notre description, pour indiquer le degré de rareté de ces 
diverses pièces, nous nous sommes servis des signes déjà en usage. 
(MroNNET, Description des médailles , etc.) 

Ainsi : 

r désigne une pièce rare; 

rr — une pièce plus rare encore ; 

rrr — une pièce très-rare. 

Dans notre classement, nous avons suivi Tordre chronologique pour 
les premières productions de notre artiste , et pour les suites de ses 
albums, fantaisies, croquis, etc. etc., parus par recueils. 

Pour le reste de l'œuvre , nous établissons de grandes familles dans 
lesquelles nous réunissons les pièces qui ont entre elles de l'analogie, 
et dans ces familles nous suivons encore à peu près l'ordre chrono- 
logique ; nous disons à peu près , car nous ne voyons pas qu'il eût 
été bien utile de se livrer à de laborieuses investigations pour avoir 
la date précise de chaque pièce. 

L'œuvre lithographique sera donc divisée en dix sections : 

f i° Portraits de Charlet; 

(2° Portraits divers par Charlet. 



204 DEUXIÈME PARTIE. 

11 e Section. Pièces imprimées chez Lastey rie. 
III e Section. — — chez Delpech. 

IV e Section. — — chez Motte. 

V e Section. Costumes militaires parus par suites, et sortant de 
diverses imprimeries, depuis 1817 jusqu'en 1846. 

VI e Section. Pièces détachées, terminées, avec ou sans texte, sor- 
tant de diverses imprimeries; le plus grand nombre de celle 
de Villain. 

VII e Section. Griffonnements ; pièces diverses non terminées. 

!1° Pièces faites avec le concours d'autres artistes; 
2° — tirées de divers recueils ou faites dans un 
but spécial; 
3° Vignettes pour romances ou chansons. 

IX e Section. Recueil des albums, fantaisies, croquis, etc. etc., 

depuis 1822 jusqu'en 18-45. 
X e Section. Pièces faites pour l'école Polytechnique, presque 

toutes à la plume. 

Nous n'avons pas voulu décrire nos dessins avec la minutieuse 
exactitude employée d'habitude pour les œuvres des anciens maîtres. 
La plupart des lithographies de Gharlet ayant été tirées à très-grand 
nombre, il nous suffisait en quelque sorte de les indiquer. Nous nous 
sommes étendu plus longuement sur les pièces rares , et pour celles- 
ci seulement , nous avons donné quelques dimensions. 



PRÉLIMINAIRES. 205 



ORSERYATIONS. - ABRÉVIATIONS. 



1° La désignation de droite et de gauche des lithographies que nous appe- 
lons indistinctement , pièces, dessins ou estampes , se rapporte à la droite ou 
à la gauche de celui qui les regarde en face. 

2° Nous appelons pièce encadrée celle qui est entourée par un ou plu- 
sieurs traits ou filets. Quoique le plus ordinairement ces contours soient des 
parallélogrammes, nous disons pièce encadrée par un trait carré. 

3° Toutes les mesures sont prises en millimètres. 

4° Quand les pièces sont encadrées, ces mesures sont prises sur les traits 
carrés. 

5° Une estampe dont la largeur est plus grande que la hauteur est dite 
estampe en largeur ou en travers. On dit, au contraire, estampe en hauteur, 
quand cette dimension l'emporte sur la largeur. 

6° Tous les titres imprimés dans notre description en grandes capitales, 
le sont également sur les pièces originales et appartiennent à Charlet. Nous 
avons marqué d'un astérisque ( * ) , les titres que nous avons été obligés 
d'introduire pour aider à la classification de l'œuvre. 

7o Tout ce qui dans le texte est imprimé en lettres italiques appartient 
à Charlet et figure sur les lithographies. 

ABRÉVIATIONS. 



h. 




veut dire 


: hauteur. 


1. 




— 




largeur. 


t. 




— 




travers. 


a. t. c. 




— 




avec trait carré. 


s. t. c. 




— 




sans trait carré. 


c. 




— 




croquis. 


t. p. p. 




— 




très -petite pièce. 


p.p. 




— 




petite pièce. 


m. p. 




— 




moyenne pièce. 


g- p. 




— 




grande pièce. 


t. g. p. 




— 




très -grande pièce. 


Avec 


les 


noms : 


c 1 


est-à-dire le nom de Charlet , de l'éditeur, et le plus 


souvent celui de l 


'imprimeur. 



DEUXIÈME PARTIE 



ŒUVRE LITHOGRAPHIQUE 



r SECTION 



1° PORTRAITS DE CHARLET 



a. CHARLET, par Benjamin (Roubaud). La figure, vue de trois 

quarts, est tournée vers la gauche, et ornée de 
moustaches et d'une royale. (Galerie de la 
Presse , etc.) 

b. — sur bois, entouré de six de ses lithographies. 

(L'Illustration, 10 janvier 1846.) 

c. dessiné et lithographie par L. Dupré. Vu de trois- 

quarts, l'air riant. 

d. — par Deveria( A). Lithographie d'après un croquis 

en charge dessiné sur l'album de Géricault, 
par H. Vernet. Vu de profil , tourné à droite ; 
la bouche ouverte laisse voir les dents. 

e. — par Raffet. Extrait d'une feuille de croquis , 

h. totale 45. Il est représenté au milieu de la 
campagne , coiffé d'une casquette. 

f. — par Raffet. Extrait d'une autre feuille de cro- 

quis. Assis et coiffé d'une casquette , il parle à 
une petite fille, à laquelle il va donner une 
poupée qu'il tient cachée derrière son dos. 



<208 DEUXIÈME PARTIE. — l re SECTION. 

g. CHARLET, par Julien. Portrait lithographie: fait partie de 
la Galerie universelle, publiée par Blaisot; le 
portrait semble avoir été copié sur la médaille 
en bronze de David d'Angers. La tête de profil, 
tournée vers la gauche; la bouche entrou- 
verte, l'air riant. 

h. — par Raffet. Pièce tirée d'un album. Charlet est 

assis dans son atelier, devant sa table de travail. 
Une troupe de petits enfants a pénétré jusqu'à 
lui ; l'orateur, la casquette à la main , lui dit : 
« Vous qui avez fait le portrait de nos pères ,... 
voulez-vous faire celui de leurs enfants, qui 
sont sages et pas gourmands?... » 

i. — par Hippolyte Bellangé. Frontispice d'un de ses 

albums. Parmi la foule qui obstrue l'entrée 
d'un petit théâtre , on distingue à la droite de 
Bellangé portant des lunettes, Charlet en 
redingote, le chapeau sur la tête, vu de profil 
et tourné à droite. 

j. — par Bellangé. Réunion de convives chez la 

mère Saguet. Un ouvrier ivre est tombé près 
de la table. Charlet s'est levé, et cherche à re- 
mettre le pauvre diable sur ses jambes. J'ai 
connu le malheur, et j'y sais compatir! 

k. — par Bellangé. Charlet déjeûne avec un vieux 

peintre. A la vue d'un jeune artiste qui s'ap- 
proche , il se lève avec empressement, et semble 
en accepter une invitation, faisant cette judi- 
cieuse réflexion : Déjeûnez avec le classique et 
dînez avec le romantique, il y a de fort bonnes 
choses à manger dans les deux écoles (1). 

1. — par Bellangé. Charlet est assis dans son atelier, 

se chauffant devant son poêle. Derrière lui , sa 
mère , un enfant sur les bras , continue une 
conversation qui a déjà fait rire son fils. « Tu 
as beau rire , Toussaint , je te dis que sans les 
malheureux événements de 1815, il aurait 
remboursé les assignats ;... c'était son intention ; 
il en parlait souvent à ses maréchaux... Au 
reste , il était assez délicat pour ça » (2) . 

(1) Ces deux pièces ont été publiées par la Silhouette en 1830. 

(2) Il a été tiré de celte pierre quelques épreuves seulement. 



PORTRAITS. 209 

m. CHARLET, par Valerio. Charlet, sa femme et ses deux fils. 
G. p. en h. y imprimée par Bry. 

n. — par Valerio. Le portrait seul de Charlet, copié 

e), réduit sur la pièce précédente. Il a paru dans 
le journal l'Artiste, en 1843. 

o — par Dantan. Lithographie, d'après la charge 

sculptée. 

p. — (Miroir Drolatique, publié par le Charivari.) 

Charlet, assis dans un tonneau, coiffé d'un 
vieux bonnet de police , dessine un tambour- 
major et des soldats de bois placés devant lui , 
sur un escabeau : au-dessous on lit ces vers : 

Qui voudra de Charlet expliquer les succès 

Peut en deux mots résumer leur histoire; 
Simple comme un enfant, et le cœur tout français, 
Il peignit l'enfance et la gloire. 

q. Apothéose de CHARLET. T. g. p. composée et lithographie*- 
par Hipp. Bellangé, en 184-6. Le buste de Charlet est placé 
sur un socle. Autour de ce buste se pressent des militaires ; 
des hommes du peuple et des enfants présentant des cou- 
ronnes. En t. 

r. CHARLET. Vingt-quatre pièces à l'eau-forte (vernis mou); chez 
Blaisot. Son portrait par lui-même. 
CHARLET. D'après le buste en marbre d'ÉTEX ; de profil, tourné 
à droite; la figure, un peu penchée, porte des moustaches 
et une royale; au bas, à gauche, les initiales Ch. 

C'est d'après ce portrait , lithographie par Charlet lui- 
même, que Bellangé a dessiné sur bois le portrait très- 
ressemblant qui orne ce livre (1). 



2° PORTRAITS DIVERS PAR CHARLET 

2. rrr. — Jeune garçon, qu'on suppose être le fils de M. Vivant 
Denon. Il est vu de trois quarts, tourné vers la gauche; la 
signature Ch. se trouve au bas , à gauche du dessin. H. d20. 

(1) Charlet s'est représenté plusieurs fois dans son œuvre : nous indiquerons entre autres les 
n" 474 , 682 , 948 et 978 de notre Catalogue. 

14 



210 DEUXIÈME PARTIE. — I re SECTION. 

Cette pièce sort de chez Lasteyrie; c'est probablement la 
première lithographie de Charlet. On n'en connaît qu'une 
seule épreuve. 

3. — L'acteur Odry (rôle de Beldame) dans la Leçon de danse. Ce 

dessin, imprimé en 1822 chez Motte, a paru dans le journal 
le Miroir. 

Odry, en costume de sergent- tambour, porte sa canne 
sous le bras droit. Il est en pied, vu presque de face. Au bas, 
à gauche, la signature du maître. 

4. r. — Portrait en buste de M. Canon (père de l'artiste de ce 

nom) ; de profil, tourné vers la droite; des cheveux blancs, 
un peu ondulés, tombent sur le collet, de l'habit. Au bas, à 
gauche, Charlet. 

5. rr. — Portrait en buste du maître de classe des enfants de 

Charlet (1842). La figure, vue de profil, est tournée à droite; 
la bouche est ornée de moustaches. Au bas, à gauche, le nom 
de Charlet écrit à rebours. H. totale, 130. 

6. rrr. — Portrait du même, en pied. Assis dans un fauteuil gon- 

dole, il est vu de trois quarts, les yeux tournés vers la droite ; 
il porte une redingote et un pantalon avec des sous-pieds. Au 
bas, à gauche, Ch. H. totale, 200. 

7. — Portrait en pied du duc d'Orléans, fils de Louis-Philippe. Il 

orne la Vie de ce prince , écrite peu de temps après sa mort , 
par J. Janin. 

Le tirage de cette pierre a fourni peu d'épreuves, et comme 
l'édition s'est écoulée à grand nombre , on a fait graver sur 
bois une copie assez trompeuse du dessin de Charlet, en y 
ajoutant son nom. 

8. — Portrait en pied du prince Louis-Napoléon, pendant son pro- 

cès à la Chambre des Pairs, en 1840. Il est représenté assis 
(le siège n'étant point indiqué), les jambes croisées, le coude 
gauche appuyé ; il tient un chapeau rond dans la main droite. 
Vêtu d'un habit noir, boutonné jusqu'au haut, le prince porte 
le crachat de la Légion d'Honneur. Au-dessous du portrait on 
lit : CROQUIS. H. totale, 90. 

9. r. — * NAPOLÉON AU BIVOUAC. G. p. en h. ne portant aucuns noms 

(1822). H. 469 ; 1. 319. 

Napoléon, en pied, est debout devant un feu de bivouac 
établi entre deux grands arbres dépouillés. Les bras croisés , 
les yeux levés au ciel, il paraît méditer. 



PORTRAITS. 211 

10. — * NAPOLÉON A IÉNA. G. p. en t. Cette pièce, comme la précé- 

dente, ne porte aucuns noms. Imprimée chez Villain en 1820. 
Napoléon -, monté sur un cheval blanc , consulte une carte 
sur laquelle on lit : Prusse. Dans le fond, à gauche, l'état- 
major ; à droite, des chasseurs de la Garde. 

1 1 . — * NAPOLÉON EN CAMPAGNE. Comme les précédentes, cette pièce 

ne porte aucuns noms. Imprimée en 1822, chez Villain. 

Napoléon , portant par-dessus son habit une ample redin- 
gote, est debout les bras croisés derrière le dos, se chauffant 
à un feu de bivouac. P. m. en h. 

12. — * NAPOLÉON UNE CRAVACHE A LA MAIN. Debout, presque de 

face, la tête de trois quarts tournée à gauche, sa main droite 
sur la poitrine ; derrière lui on aperçoit F avant-main d'un 
cheval. 

Cette petite pièce en h., imprimée chez Villain en 1828, 
ne porte aucuns noms ; elle semble être la première idée de 
la pièce cataloguée au N° 454 . 

13. — * NAPOLÉON. Croquis. Il est vu de profil, la main droite dans 

la veste, la main gauche derrière le dos. Cette petite pièce, 
terminée jusqu'aux hanches seulement , ne porte aucune in- 
dication. 

14. — * NAPOLÉON ASSIS AU PIED D'UN ARBRE. Vu de face, sa main 

gauche est cachée dans sa redingote croisée ; sa main droite 
est posée sur une carte. Au bas le chiffre 1 et les noms de 
Charlet et de Gihaut. P. m. en h. 

15. — * NAPOLÉON VU PAR LE DOS. Debout, le bras gauche croisé 

sur la poitrine; le bras droit pendant. La figure, dont on 
aperçoit à peine le profil , est tournée à gauche. 

Cette pièce moyenne en h. ne porte aucuns noms. Elle a 
été imprimée chez Villain en 1826. 

16. — * NAPOLÉON SUR UN CHEVAL BLANC ÛUI SE CABRE. P. p. en h. 

terminée sans aucune indication. Imprimée chez Villain 
en 1829. 

La tête tournée vers la gauche est de profil. Dans le fond , 
à droite, des grenadiers à pied chargent leurs armes. 

17. — * NAPOLÉON DEBOUT SUR UN ROCHER. Les mains derrière le 

dos, il est vu de profil, tourné à droite; il porte un habit et 
des décorations. Au bas, en gros caractères, 1805. P. m. 
en h. 



212 DEUXIÈME PARTIE. — II e SECTION. 

48. rrr. — * BONAPARTE, GÉNÉRAL EN CHEF DE L'ARMÉE D'ITALIE. 

Grande pièce à la plume et à l'encre, en h., a. t. c. 

Bonaparte, à cheval, tient dans ses mains une carte dé- 
ployée; la figure, presque de profil, est tournée à gauche. 
Au bas, à droite, le nom de Charlet. 
18 (bis) rrr. — Nous cataloguons ici, avec quelque réserve, un 
très-petit portrait de Napoléon, portant 70 de hauteur totale. 
Il est en habit, les mains derrière le dos et appuyé contre un 
arbre (1) 



II e SECTION 



PIÈGES IMPRIMÉES CHEZ LASTEYR1E (2) 

Des cinquante pièces imprimées chez Lasteyrie^ del817àjuil- . 
let 1818, nous renvoyons à la cinquième section les dix-sept cos- 
tumes militaires. 

Voici la description des autres pièces , en suivant à peu près Tordre 
chronologique. 

49. rrr. — * HUSSARD AU GALOP, LE SABRE A LA MAIN. Il est 

tourné vers la droite. Le cheval porte un H sur la cuisse. Au 
bas, à gauche : Ch. Haut, du cavalier et du cheval, 160. 

Cette pièce est mal à propos comprise dans les pièces sorties 
de Timprimerie Lasteyrie ; elle a été imprimée chez Engel- 
mann en février 1817. 

20. rrr. — * DEUX HUSSARDS AU GALOP, LE SABRE A LA MAIN. 

Haut, du dessin, 172. 

Les deux hussards, au premier plan, se dirigent vers la 
droite; sous leurs pieds, un homme mort. 

21. rrr. — * VOLTIGEURS EN TIRAILLEURS DERRIÈRE UNE PALIS- 

SADE. P. m. en t. ; à gauche, au bas: Charlet, 1817. 



(1) D'autres portraits de Napoléon sont catalogués dans l'œuvre a leur ordre de bataille. Dans notre 
collection particulière nous les avons réunis en double dans cette section. On les trouvera sous les 
n" 218, 219, 220, 232, 245, 257, 258, 260, 261, 262, 263, 266, 763, 764, 824, 856. 

(2) Delpech vendait les lithographies imprimées chez Lasteyrie. 



LASTEYRIE. 213 

Sur le premier plan, un soldat en grande tenue fait feu. 
Derrière lui, à gauche, un autre soldat, en capote, apprête 
son arme. Haut, du soldat qui fait feu, 190. 

22. rr. — * LANCIERS AU BIVOUAC. L., 395; h., 295. Au bas, 

à droite, Charlet. 

Sept lanciers au bivouac fument et causent; l'un d'eux, 
à droite et assis, raccommode un habit. 

23. rrr. — * CANONNIERS PRÈS D'UNE PIÈCE EN BATTERIE. L., 

370; h., 270. On ne connaît qu'une seule épreuve de 
cette pièce. 

Huit canonniers à cheval, sont à pied et entourent un 
obusier en batterie. Un petit trompette, également à pied, 
arrive et, saluant militairement, prend les ordres d'un de 
ces canonniers, probablement gradé. 

24. r. — * POSTE AVANCÉ. P. m. en h.; à droite, en bas, les 

initiales Ch. 

Dans le fond, des militaires au bivouac. Au premier 
plan, un voltigeur d'infanterie de ligne, décoré, trois che- 
vrons, se dirige vers la gauche, portant son arme sur 
l'épaule droite. 

25. rrr. — POSTE AVANCÉ. F. m. en h. Première idée de la pièce 

précédente. 

Le voltigeur a son fusil au port d'armes. Sa ligure, de 
profil, est tournée à gauche. H. du voltigeur, 210. On 
ne connaît qu'une seule épreuve de cette pièce. Elle est tirée 
au recto et au verso. 

26. r. — DÉROUTE DE COSAGlUES. G. p. en t., entourée d'un t. 

c. Elle porte les noms de Charlet et de Lasteyrie. 

Sur le premier plan, des Cosaques, au galop, fuient vers 
la gauche. Ils sont poursuivis par des chasseurs à cheval 
de la Garde Impériale. 

27. — * COLONNE D'INFANTERIE EN MARCHE. G. p. en t., encadrée. 

La colonne marche vers un champ de bataille qu'on voit 
à droite; à sa tête, un officier, tenant son épée dans la 
main , vient d'être blessé ; il est soutenu par un soldat. 

28. rrr. — * COLONNE D'INFANTERIE EN MARCHE. Très-grande et 

belle pièce en t. L., 450; h., 330. Entourée d'un t. c; elle 
porte le nom de Charlet au bas à gauche. 

Des colonnes d'infanterie marchent de droite à gauche 
dans un pays de montagnes. Au premier plan, sur la gauche, 



l\i DEUXIÈME PARTIE. — II e SECTION. 

un officier salue militairement un officier supérieur à cheval, 
et prend ses ordres. On ne connaît qu'une seule épreuve de 
cette pièce ( 1 ) . 

29. r. — *LA CONSIGNE. P. m. en t. , avec les noms. 

Dans un poste avancé, deux sentinelles, s'étant présenté les 
armes , se relèvent en présence d'un caporal. 
;!0. r. — *LES INVALIDES A LA PÊCHE. P. m. en t., avec les noms. 
Dans le fond , à droite , un invalide , placé sur un bateau , 
vient de prendre un petit poisson. Au premier plan, un 
autre invalide se dirige vers son camarade ; il tient son mou- 
choir dans ses mains placées derrière son dos. 

31 . R. — * CUIRASSIERS CHARGEANT. P. m. en t. , avec les noms. 

La charge au galop sur l'infanterie russe se fait de gauche 
à droite. Sur le premier plan, un fantassin, le sac au dos, est 
étendu mort. 

32. r. — - LA BIENFAISANCE. P. m. en t., avec les noms. 

Trois militaires blessés se sont arrêtés près d'une ferme. 
Une jeune paysanne, accompagnée d'un petit garçon, leur 
porte des rafraîchissements. 

33. r. — L'HOSPITALITÉ. Pendant de la pièce précédente. 

Un soldat blessé, le bras droit en écharpe, donne le bras à 
un paysan qui le conduit à sa demeure. Un jeune garçon s'est 
chargé du bagage. 

34. rr. — *LA CONVERSATION. P. m. en t., avec les noms. 

La scène se passe entre trois chasseurs de la Garde, un 
hussard et un fantassin. H. du fantassin ,140. 

35. r. — LA BIENVENUE. Un jeune soldat de la ligne régale de petits 

verres un chasseur à cheval et deux grenadiers , tous les trois 
de la vieille Garde. Il fouille dans sa poche pour payer le can- 
tinier, qui, debout dans sa charrette, lui tend la main. 
G. p. en t., encadrée. Le nom de Charlet, à droite. 
3(>. rr. — LE DÉCROTTEUR. Jeune garçon, vu de trois quarts, et 
tourné à droite. Il est appuyé sur une borne, les bras et les 
jambes croisées. Devant lui, un chien. H., 275; 1., 190. Pièce 
encadrée. 



(1) Comment se t'ait-il que cette belle pierre n'ait produit qu'une seule épreuve ? Cela prouve évi- 
demment toute l'incurie de Chariot et la maladresse de ses éditeurs. Maladresse , disons-nous ; non en 
cette circonstance ; car M. Parguez a donné en échange de cette pièce une Madone dp Muller avant la 
lettre, et Us amateurs savent que cette estampe vaut douze cents francs. 



LASTEYRIE. 215 

37. rr. — LES QUATRE MENDIANTS. Au milieu, le plus grand de ces 

enfants tient son chapeau de la main droite, et de la gauche 
a saisi une poignée de ses cheveux. A droite, un autre vu de 
face nettoie la tête du plus jeune frère, placé devant lui. 

Cette pièce fait le pendant de la précédente, a les mêmes 
dimensions, et porte comme elle les noms de Charlet et de 
Lasteyrie. 

38. r. — *LE GRENADIER DE WATERLOO. T. g. p. en t., encadrée, avec 

les noms. 

Un grenadier de la Garde, debout, appuyé contre un arbre, 
veut défendre et sa propre vie et celle d'un camarade qui, 
plus grièvement blessé que lui, est à genoux, l'étreignant de 
ses deux bras. A gauche , une troupe anglaise conduite par 
un officier, arrivant la baïonnette en avant , s'arrête , étonnée 
de tant de courage. 

La pierre s'étant cassée après un petit nombre d'épreuves , 
Péditeur en demanda une seconde à Charlet. 

39. — *LE GRENADIER DE WATERLOO. Ce second dessin, de la même 

dimension que le premier, n'en est point une copie exacte. 
Nous indiquerons seulement deux différences qui suffiront 
pour les faire reconnaître. Le nom de Charlet n'est plus au 
milieu, comme dans la première pierre, mais un peu à droite. 
Dans cette seconde pierre, l'épée de l'officier anglais est des- 
sinée en travers de la tête d'un homme mort à ses pieds. Dans 
la première pierre, cette épée passe au-dessous (1). 

40. rrr. — *LES DEUX GRENADIERS DE WATERLOO. Une des plus 

belles pièces de l'œuvre. G. p. en h. H. du grenadier de 
droite, 250. 

Un grenadier de la Garde , debout , vu de profil , soutient 
dans ses bras un camarade blessé comme lui, sans armes, 
sans coiffure; regardant avec désespoir le champ de bataille, 
le bras droit étendu, et le poing fermé, il s'écrie: Malheu- 
reux! vous ne savez donc pas mourir ! 

41. rrr. — * COMBAT ENTRE DES FRANÇAIS ET DES ANGLAIS. T. g. 

p. en t. (447, sur 347.) Le nom de Charlet au milieu de l'es- 
tampe , au bas. 

A droite des Anglais , à gauche des Français , se battent à 



(1) Ces deux pièces sont la traduction du mot célèbre atuibué au général Cambronne. Nous avons 
déjà dit dans la vie de Charlel que nous avions des raisons de croire qtw le mot appartient a l'auteur 
de ce» beaux dessins. 



^I<> DEUXIÈME PARTIE. — II e SECTION. 

coups de fusil. Dans le fond, à gauche, un grenadier français 
déchire la cartouche, pendant qu'un soldat lui panse le pied. 
Cette idée fournira le sujet de la pièce décrite au N° 74. Ou 
ne connaît qu'une seule épreuve de cette estampe. 

42. r. — *LE DRAPEAU DÉFENDU. T.-g. p. en t., encadrée, avec les noms. 

Des grenadiers français abordent à la baïonnette des Prus- 
siens. Un de ces premiers arrache avec ses deux mains un 
drapeau que défend l'ennemi. A gauche, un jeune tambour 
s'est emparé d'un fusil, il perce de sa baïonnette un officier 
prussien. Très-belle et énergique composition. 

43. rr. — LES FRANÇAIS APRÈS LA VICTOIRE. T.-g. p. en t., avec 

les noms (455 sur 300). 

Des soldats autrichiens, blessés et prisonniers, reçoivent des 
secours de grenadiers français. Pendant qu'un de ceux-ci leur 
coupe du pain, un autre fait circuler sa gourde. Dans le fond, 
à gauche, un officier français à cheval se découvre au pas- 
sage des prisonniers et des drapeaux ennemis, 
ii. rr. — * LA MORT DU CUIRASSIER. Un cuirassier, agenouillé près 
d'une pièce de canon, tient dans ses mains la main droite 
d'un camarade , blessé à mort et affaissé sur lui-même. Sur la 
droite, un homme mort est étendu par terre. Belle et tou- 
chante composition. 

G. p. en h. , avec les noms (330 sur 215). 
45. rrr. — *LES DEUX TAMBOURS SE DISPUTANT. L'un à gauche, 
assis sur un banc , une cuillère à la main , tient sur ses ge- 
noux une gamelle de soupe , dont un camarade veut s'em- 
parer. Au milieu de leur querelle, la soupe se renverse. 

P. m. en h. (275 sur 185). On ne connaît qu'une seule 
épreuve de cette pièce. 
i6. rrr. — * INVALIDE LA PIPE A LA BOUCHE. Il s'appuie de sa main 
gauche sur sa canne, et tient de l'autre son chapeau. Dans le 
fond , à gauche , l'Hôtel des Invalides. 

P. p. en h., sans indications. H. de l'invalide, 200. 

47. rrr. — * LES DEUX INVALIDES MUTILÉS. Tous les deux ont une 

jambe de bois, et se regardent en riant. L'un, manchot, en- 
toure son camarade du bras droit qui lui reste. 
P. p. en h., sans indications. H. des invalides, 210. 

48. rr. — LE JOUEUR DE MARIONNETTES. Vu de profil, et soufflant 

dans son galoubet, il se dirige vers la gauche, portant tous 
les ustensiles de son spectacle. 

P. p. en h., encadrée, avec les noms (205 sur 145). 



LASTEYRIE. 217 

M. rr. — LES MARAUDEURS. Trois hussards sont en maraude. L'un 
debout, enveloppé d'un manteau, fait le guet. Un second, 
assis à droite , contre un mur, prête au troisième ses épaules , 
pour qu'il puisse atteindre des poules. 

G. p. en h., encadrée, avec les noms (298 sur 260). 

50. r. — LES INVALIDES EN GOGUETTE. Deux invalides, pris de vin, 

se donnent le bras, et paraissent se soutenir à grand'peine. 
Le chapeau de l'un d'eux est tombé à terre. 
G. p. en h., encadrée, avec les noms. 

51. rrr. — *LE GRENADIER MANCHOT. Il est assis sur un banc de 

pierre, au milieu d'un paysage traversé par des eaux. Un 
jeune enfant, assis près de lui, dort appuyé sur sa cuisse. Au- 
dessus de sa tête, sur un monument funèbre, on lit : Ils sont 
morts pour la patrie. T. g. p. en t., encadrée, avec les noms. 
Nous ne connaissons qu'une seule épreuve de cet état. Dans 
les épreuves postérieures, les mots : Ils sont morts pour la 
patrie ont été effacés; et dans ce grattage, les joints des pier- 
res, très-apparents dans l'épreuve précédente, ont disparu; 
ils ont été rétablis dans des épreuves plus modernes encore. 
Dans ces deux derniers états cette pièce n'est pas rare. 

52. rrr. — *LA PIÈCE DE CANON ENLEVÉE. Des Français ont pénétré 

dans une redoute défendue par des Anglais, et s'emparent 
d'une pièce de canon. Un officier français bouche la lumière 
avec la main gauche, pendant que de l'autre il élève en l'air 
son épée sur laquelle il a placé son chapeau. Le nom de Char- 
let au bas à gauche. 

G. p. en t. sans encadrement; 1. de l'estampe, 430. On ne 
connaît qu'une seule épreuve de cette pièce. 



IIP SECTION 



PIECES IMPRIMEES CHEZ DELPECH 

Nous renvoyons les suites des costumes militaires, imprimées 
chez cet éditeur, à la cinquième section. Nous cataloguons par 
ordre chronologique foules les autres pièces; elles ont été imprimées 



1 



218 DEUXIÈME PARTIE. III e SECTION. 

depuis le mois de juin 1818 jusqu'en novembre 1819, sauf la der- 
nière pièce, le quartier général, qui n'a été publié qu'en février 
1823. 

53. r. —M. PIGEON EN GRANDE TENUE. Portant lunettes, coiffé de 

ridicules ailes de pigeon, il monte sa garde de soldat-citoyen. 
Pour puiser plus à son aise dans sa tabatière, il a placé son 
fusil contre sa guérite, et la baïonnette soutient le bonnet 
à poil. 

P. m. en h. portant seulement le nom de Charlet. 

54. — * DEUX PRISONNIERS RUSSES AMENÉS DEVANT UN OFFICIER 

FRANÇAIS. Un sergent les conduit; à gauche un bivouac; sur 
le premier plan, deux officiers assis. 

P. m. en t., encadrée; ne porte aucuns noms. 

55. — * PRISONNIERS AUTRICHIENS. La colonne marche de gauche à 

droite; à sa tête, un jeune soldat français élève dans ses 
deux mains et regarde avec joie un drapeau ennemi. 

Pièce faisant pendant à la précédente. Au bas, à droite, le 
nom de Charlet. 

56. — *LE VIN DE LA COMÈTE. Un vieux savetier montre avec joie 

un pot de vin qu'il vient de prendre au cabaret portant pour 
enseigne une comète. 

P. p. en h., encadrée, avec les seules initiales Ch. 

57. — *LE PEINTRE D'ENSEIGNES. Il paraît plein d'enthousiasme 

devant une poire qu'il est en train de peindre. Croquis en h. 
sans aucune indication. 

58. — Un vieux perruquier borgne attend le lever d'un vieillard 

pour lui faire la barbe. Celui-ci sort de son lit sur lequel il 
reste encore assis entre un chien et un chat : Que dit-on ? 
demande-t-il avec empressement. 
P. m. en h., encadrée. Au bas, à gauche, la lettre C. 

59. rr. — Deux vieillards sont assis sur un banc ; celui de gauche 

parle à l'oreille de l'autre, sa main devant sa bouche, par un 

excès de prudence : On dit à ces premiers mots, la figure 

du vieillard, qui reçoit la confidence, se décompose. 

P. m. en h., encadrée. Au bas, à droite, la signature C. 

Cette pierre s'étant cassée après le tirage d'un petit nombre 
d'épreuves , a été refaite comme il suit : 

60. — ON DIT. Copiée sur ia précédente avec ces changements : elle 

est en sens inverse, et les bas sont chinés. A droite, le nom 
de Delpech. 



DELPECH. 219 

61. — Nos deux vieillards sont assis sur un banc dans un jardin : 

On ne dit rien, dit celui de gauche; et il s'assoupit , les deux 
mains appuyées sur sa canne. 
P. m. en h ., avec le nom de Delpech et l'initiale C. 

62. — Un vieux colonel, vêtu d'une manière grotesque, vient pro- 

bablement de lire, dans la Quotidienne qu'il tient à la main, 
le départ des troupes étrangères : Ils s'en vont ! dit-il d'un 
air profondément affligé. P. m. en h. 

Gharlet, après s'être amusé dans les pièces précédentes de 
ces vieillards tant ridiculisés sous le nom de voltigeurs , intro- 
duit deux libéraux, comme on disait alors. 

03. — L'un deux a dans ses poches deux volumes sur lesquels on 
lit : Voltaire , Rousseau. Arrêté par un ami, ils se disent: 
// faut en rire , voyant à leur droite des enfants conduits par 
un frère, et à leur gauche, de grotesques voltigeurs en uni- 
forme; parmi ces derniers, au dernier plan, on distingue 
Wellington. 

P. m. en h., encadrée, avec le nom de Delpech et l'initiale C. 

64. rrr. — * JE BOUDE AVEC LES BLANCS. Tels étaient les mots que 

devait porter cette pièce. Elle contient dix personnages , et 
porte en h. 270, et en 1. 240; sans aucune indication. 

Un officier de hussards , décoré , fait une partie de dominos 
avec un voltigeur, portant la décoration du lys d'une ma- 
nière ridicule. Ce dernier a l'air mécontent, et ce méconten- 
tement est partagé par les autres voltigeurs grotesques qui 
l'entourent. Voici pourquoi : Ayant montré les quatre domi- 
nos qu'il tient à la main, et qui sont tous des blancs, l'offi- 
cier découvrant son jeu a dit : Je boude avec les blancs. 

65. — GASPARD L'AVISÉ PARTANT POUR L'ARMÉE. Un jeune paysan 

se met en route ; vêtu d'une blouse et portant sur le dos son 
sac auquel pend une paire de souliers, il tient son bâton au 
port d'armes de la main gauche. 
P. m. en h., avec les noms. 

66. r. — INFANTERIE LÉGÈRE MONTANT A L'ASSAUT. T. g. p. en t., 

avec le nom de Delpech et l'initiale C. 

A gauche, une colonne d'infanterie légère, après avoir 
franchi des palissades , donne l'assaut et arrive aux parapets 
des remparts. A droite, au premier plan, un chirurgien 
panse la jambe d'un sergent qui regarde les camarades et 
regrette de ne pouvoir les suivre. 



220 DEUXIÈME PARTIE. — III e SECTION. 

67. rr. — SIÈGE ET PRISE DE BERG-OP -ZOOM, A LA PETITE- PROVENCE. 

Réunion de vieillards aux Tuileries, au lieu appelé la Petite- 
Provence. Un invalide, au milieu d'eux, après avoir tracé 
sur le sable avec sa canne des figures de fortification, leur 
raconte le siège. 

T.-g. p. en t., avec les noms (450 sur 290). 

68. rr. — COURAGE, RÉSIGNATION. Un grenadier d'infanterie et un 

lancier polonais, licenciés de la vieille Garde, sont assis sur 
un tertre dans la campagne. Tous les deux blessés, ils semblent 
exprimer: le lancier, la résignation ; le grenadier, la colère 
plutôt que le courage. 

G. p. en h. (350 sur 280), encadrée, avec le nom de l'éditeur 
et l'initiale C. 

69 rr. — * LE CAPORAL BLESSÉ , ET SON CHIEN LUI LÉCHANT SA 

BLESSURE. Il est assis au milieu de l'estampe. Dans le fond, 
à droite, on voit une colonne de blessés. 

G. p. en t. encadrée (370 sur 390), avec le nom du maître. 

70 — * MENDIANTS. Un vieux mendiant est assis sur un banc dans 

la campagne; à sa gauche, deux enfants; l'un appuyé contre 
lui; l'autre, à terre, se traînant sur ses genoux et ses mains. 
P. p. en t., encadrée, avec les noms. 

71. — * GRENADIER ASSIS, AVEC UN ENFANT. Le grenadier est ap- 

puyé contre un arbre, l'enfant dort sur ses genoux. 

P. p. en t., encadrée, avec les noms. 

Nota. Les deux pièces décrites ci-dessus ont été imprimées 
sur la même feuille. 

72. — * BRACONNIER. 11 tient un lièvre dans la main droite, et va 

se cacher dans le fourré du bois pour éviter les gardes qu'il 
aperçoit. 

P. p. en t., encadrée, avec le nom de Charlet. 
73. — *LES GUEUX. Quatre .mendiants, dont le dernier très-gro- 
tesque, sont en marche dans un bois , se dirigeant à droite. 

P. p. en t., encadrée, avec le nom de Charlet. 

Nota. Les deux pièces décrites ci-dessus ont été imprimées 
sur la même feuille. 
74-. rr. — LE SOLDAT FRANÇAIS. Un grenadier déchire la cartou- 
che et va continuer le feu, pendant qu'un soldat lui panse le 
pied. Ce pied repose sur le corps mort d'un soldat anglais. 

L'éditeur Delpech, qui connaissait son Horace, a écrit sous 
cette belle pièce : 



DELPECH. 221 

.. Si frac tus iUabatur orbis , 
Impavidum ferient ruinœ. 

T. g. p. en h., encadrée, avec les noms (460 sur 340). 

75. rrr. — * PETIT PAYSAN EN GOGUETTE, UNE HOTTE SUR LE DOS. 

Vu de profil , il se dirige vers la droite ; coiffé d'un bonnet , 
il porte des sabots dont on voit sortir la paille. H. totale, 80. 
Ce petit croquis , sans aucune indication , et dont on a tiré 
seulement trois épreuves , était dessiné sur la marge de la 
pièce précédente. 

76. r. — * CUIRASSIER FRANÇAIS PORTANT UN DRAPEAU. Il est à 

pied, foulant le corps d'un ennemi. Le sabre à la main, il 
tient dans la main gauche le drapeau qu'il est prêt à défendre. 
G. p. en h., encadrée, avec les noms. 

77. rr. — LE MENUET. A.u milieu de militaires de toutes armes 

attablés , un vieux sapeur en redingote , qu'il tient des 
deux mains en guise de jupon, danse un menuet avec un 
soldat d'infanterie, ce qui excite une hilarité générale. 

P. m. en t., encadrée, avec le seul nom de Delpech (265 
sur 190). 

78. rr. — *LA GAMELLE COMPROMISE. Un jeune soldat, portant 

deux pains sous le bras et sur la tête une gamelle, est pour- 
suivi par deux chiens. L'un d'eux a déjà saisi un mollet, et 
la peur ou la douleur amènent un mouvement qui fait ren- 
verser une portion de la soupe. 
P. m. en h., encadrée, avec les noms (250 sur 175). 

79. RR. — *LA CUISINE AU BIVOUAC. Deux jeunes soldats y pré- 

sident; l'un d'eux, assis à droite, ratisse des légumes; l'au- 
tre apporte un sceau d'eau. 

P. m. en t., avec les noms (255 sur 185). 

80. rr. — DÉLASSEMENT DES CONSIGNÉS. Ce délassement est l'exer- 

cice que fait faire à deux jeunes soldats un vieux grenadier. 
G. p. en h., encadrée, avec les noms (370 sur 235). 

81. rrr. — * VIEILLARD MONTRANT LE PORTRAIT DE CAMBRONNE A 

DES ENFANTS. Le ruban qu'on aperçoit à sa boutonnière an- 
nonce un soldat ; son action prouve qu'il a conservé de vieux 
souvenirs. Il est entouré de six enfants. 

G. p. en t., encadrée, avec le seul nom de Delpech (300 
sur 260). 

82. rrr. — ■ Un grenadier, portant la croix et trois chevrons, s'ar- 

rête devant un monument funéraire , et se découvre respec- 



222 DEUXIÈME PARTIS. III e SECTION. 

tueusement en lisant cette inscription : Au maréchal Brune. 
G. p. en h., encadrée, avec le seul nom de Char le t (385 
sur 245). 

83. rr. — L'INSTRUCTION MILITAIRE. Quatre vieux soldats de la 

Garde, assis sur un tertre dans un bois, s'amusent avec un 
chien; debout sur ses pattes de derrière, il tient gravement 
une gaule et est prêt à faire l'exercice. 
P. m. en t., encadrée, avec les noms (280 sur 240). 

84. rr. — LE SOLDAT MUSICIEN. Fait le pendant de la pièce précédente. 

Un vieux grenadier, assis dans un bois sur un tronc d'ar- 
bre , racle du violon ; il est entouré de trois autres vieux sol- 
dats. L'un deux, assis près de lui, saisit le bras qui tient 
l'archet, et de l'autre main fait un geste qui indique que 
cette musique n'est pas de son goût. 

85. r. — LE MARCHAND DE DESSINS LITHOGRAPHIQUES. Un sapeur, 

le bras gauche appuyé sur un conscrit, lui explique les des- 
sins étalés à la boutique du marchand qu'on voit à droite 
dormant sur sa chaise. 
P. m. en t., encadrée, avec les noms. 

86. rr. — LES MARAUDEURS. Ce sont deux soldats d'infanterie. Celui 

de gauche fait le guet ; l'autre a aperçu sur un toit voisin une 
belle et grasse poularde ; sa figure et son geste annoncent le 
désir de la plumer. 

G. p. en h., encadrée (315 sur 245) ; elle ne porte que le 
nom de Delpech. 

87. r, — L'AUMONE. Un grenadier décoré s'est arrêté devant un 

vieux mendiant assis sur un banc entre deux enfants. Le 
brûle-gueule à la main , d'un air maussade , en vrai bourru 
bienfaisant, il fouille de la main gauche dans son gousset 
pour y chercher une pièce de monnaie. 

G. p. en t., encadrée, avec les noms. 

Les premières épreuves de cette pièce, une des plus belles 
de l'œuvre, sont imprimées avant le mot l'Aumône, ajouté 
depuis. 

C'est en voyant cette pièce chez Delpech que Gros disait 
tout ému : « Je voudrais avoir fait cela. » 

88. rr. — * JEUNE SOLDAT SE DÉCOUVRANT DEVANT UN INVALIDE. Il 

tient respectueusement son bonnet de police à la main , pen- 
sant bien que la croix de l'invalide a dû payer le bras et la 
jambe qui lui manquent. 

P. m. en h., encadrée, avec les noms. 






DELPECH. 223 

89. rrr. — Un jeune soldat en veste, bonnet de police, a pénétré 

résolument dans un retranchement défendu par des Anglais. 
Il vient de percer de sa baïonnette un officier ; mais , saisi au 
même instant à l'oreille par un soldat ennemi , il s'écrie : A 
moi! les anciens. On voit accourir de la gauche des grenadiers 
de la Garde , la baïonnette en avant. 
T. -g. p. en t., encadrée, avec les noms (430 sur 320). 

90. rr. — APPEL DU CONTINGENT COMMUNAL. Il est fait par un sous- 

officier d'infanterie. Huit paysans répondent à cet appel, 
auquel préside un jeune officier, vu par derrière , à gauche 
de l'estampe. 

T. -g. p. en t., sans encadrement. Largeur du dessin, 400. 
Le nom seul de Delpech. 

91. — LE QUARTIER GÉNÉRAL. P. m. en t., encadrée, avec les noms. 

Une troupe d'enfants joue au soldat dans un jardin. Sur la 
gauche , un d'eux , portant une giberne et une sabretache , 
reçoit, la main portée au front avec respect, les ordres d'un 
autre enfant qui paraît être le général. 



[V e SECTION 



PIÈGES IMPRIMÉES CHEZ MOTTE 



Nous renvoyons à la cinquième section la suite des costumes mili- 
taires , intitulée : La vieille Armée française. Nous cataloguons ci- 
après les autres pièces, en suivant l'ordre chronologique, comme 
nous l'avons déjà fait. Les lithographies dont Motte a été l'éditeur 
ont paru de juillet 1820 à septembre 1822. 

92. r. — LES PÉNIBLES ADIEUX. A la porte d'un cabaret, un lancier, 
un grenadier d'infanterie et un invalide , après avoir copieu- 
sement bu , sont dans les bras les uns des autres , et se font 
leurs adieux avec la plus vive effusion. Us seraient bientôt 
probablement par terre, si l'invalide n'avait pas de son bras 
droit entouré un arbre ; cet appui lui permet de soutenir ses 
deux compagnons, et lui-même. Charmant dessin. 
P. m. en h., encadrée, avec les noms. 



224 DEUXIÈME PARTIE. — IV e SECTION. 

93. rrr. — SAINT GEORGES POURSUIVANT LA FEMME INNOCENTE; ELLE 

S'APPUIE SUR JOHN BULL, OUI SE RIT DE TOUS DEUX. 

Le roi Georges IV , armé de toutes pièces et monté sur un 
léopard , donne un coup de lance dans le bas de la robe de 
sa femme, sous laquelle se cache Bergami. Caroline semble 
implorer la protection du peuple anglais, représenté par un 
homme sur lequel elle s'appuie ; celui-ci , vu de face , se rit 
de tous deux par un geste trivial. 

Cette pièce a trait au procès de la reine Caroline , qui eut 
tant de retentissement. 

Elle ne porte aucuns noms et est encadrée. H., 220; 
L, 270. 

94. r. —J'ATTENDS DE L'ACTIVITÉ, dit un vieillard à moitié en- 

dormi dans un large fauteuil , ayant devant lui un livre de 
blason ouvert ; et pour l'y préparer, on voit dans le fond un 
vieux domestique arranger un lavement. 
P. m. en t., encadrée, avec les noms. 

95. rr. — TOI!... OUI, MOI!... se disent deux jeunes soldats, en se 

menaçant du geste et de la voix, et se disposant à en venir 
aux mains. Sur la droite, à une fenêtre, un soldat les re- 
garde. 
P. m. en h., encadrée, avec les noms. 

96. rr. — ENTRÉE , OU MILORD GORJU. Un gros Anglais, le chapeau 

sur la tête, entre dans une maison de jeu, portant sur ses 
deux bras plusieurs sacs d'argent, et sur sa poitrine un 
portefeuille qui paraît bien garni. Dans le fond, à gauche, 
on aperçoit des joueurs attablés. 

97. rr. — SORTIE, OU MILORD LA GOBE. Il sort de la salle de jeu 

dans le plus violent désespoir; sans habit, et les cheveux hé- 
rissés , qu'il arrache de la main gauche. 

Ces deux petites pièces, en hauteur et encadrées, ne portent 
que le nom de l'éditeur. Elles sont fort rares en noir, les 
épreuves mises dans le commerce ayant été coloriées. 
98 rr. — Un ancien militaire, travaillant à la terre, a été accosté 
par trois jeunes soldats de la Garde Royale. Pendant leur 
conversation, il découvre sa poitrine, et leur montrant la 
croix qu'il porte sur son cœur : « Je l'ai gagnée à Friedland! » 
leur dit-il, et ceux-ci se découvrent avec respect devant le 
vieux soldat. 

G. p. en h., encadrée, avec les noms (393 sur 272). 



MOTTE. *2±> 

99. rrr. — LES CONSIGNÉS PREMNT LES ARMES POUR LA CORVÉE 

DU QUARTIER. Bon nombre de jeunes soldats armés de pelles 
et de balais; à leur droite, un vieux caporal en fait l'appel. 
Sur son observation, un jeune camarade lui répond, tenant à 
la main son bonnet, et faisant un geste de la main droite. 
Très-jolie pièce, tirée seulement à quelques épreuves d'essai , 
avec le nom de Charlet ( 393 sur 272). 

100. rrr. — * L'OUVRIER ENDORMI. Cette belle pièce en h. n'a été 

tirée qu'à trois épreuves d'essai. Elle porte le nom de Charlet , 
(367 sur 273). 

Pendant le sommeil d'un ouvrier endormi sur un banc de 
pierre, un vieux camarade, entouré par d'autres ouvriers, 
lui ouvre son habit, et aperçoit la croix de la Légion d'honneur. 

101 . r. — DOUCEMENT, LA MÈRE MICHEL. Une très-vieille femme a été 

au bois et revient chargée ; fort heureusement elle a rencontré 
un jeune tambour qui prend sous un bras son fagot , et la 
soutient de l'autre. 

G. p. en h., sans encadrement, avec le nom seul de Charlet. 
Ce sont les premières épreuves ; les épreuves postérieures sont 
encadrées et portent, avec le nom de Charlet, celui de 
Motte. 

102. —L'INTRÉPIDE LEFERVRE. Ce titre est suivi de quatre lignes 

d'écriture pour cette grande pièce en travers et encadrée, faite 
pour les Fastes de la Nation française , ouvrage édité par le 
nommé Decrouan. 

Un soldat du troisième bataillon de sapeurs s'élance sur 
la seule poutre qui reste d'un pont détruit par l'ennemi , et 
se précipite, le sabre à la main, sur une batterie de canon. 

103. — Le sergent Bonisselle a pénétré au milieu d'un groupe d'en- 

nemis, près d'un officier blessé: C'est mon père! c'est mon 
père! s'écrie-t-il en lui faisant un rempart de son corps. 

Cette g. p. en t. fait le pendant de la précédente, et a été 
faite pour le même ouvrage. 

104. r. — Un maçon, coiffé d'un mouchoir, la truelle à la main, 

voit dans le fond, à gauche, un personnage à tournure im- 
portante entrer dans un palais, suivi d'un valet portant un 
portefeuille sous le bras ; il se retourne en riant , et dit : 
« Soyez plutôt maçon , si c'est votre métier ! » 

P. p. en h., sans encadrement; le nom seul de Charlet à 
gauche , au bas. 

15 



220 DEUXIÈME PARTIE. — IV e SECTION. 

105. R. — RÉJOUISSANCES PUBLIQUES. Distribution de vin aux 

Champs-Elysées , un jour de fête. Une masse d'hommes du 
peuple, échafaudés les uns sur les autres, cherche à se faire 
jour jusqu'à une tribune où se tient le distributeur , assisté 
d'un gendarme. 
P. m. en h. Ne porte que le nom de Motte. 

106. rrr. — SIÈGE DE SAINT- JEAN-D'ACRE. Première idée, non ter- 

minée, d'une pièce en travers, dont il n'existe que deux ou 
trois épreuves. H. du Napoléon, 118. 

Napoléon est seul , sur la droite , à quelque distance d'un 
groupe de militaires , officiers et soldats. Son sabre , dans le 
fourreau, est tenu de la main gauche; sur la giberne d'un 
soldat , qu'on voit presque par le dos , à la gauche de l'es- 
tampe, on lit le N° 75. 

107. r. — SIÈGE DE SAINT- JEAN- D'ACRE. Le général Bonaparte est 

au milieu de l'estampe, la tête de profil , regardant à gauche. 
A gauche aussi, et près de lui, trois généraux, dont les 
chapeaux sont ornés de plumes et de panaches. A droite, 
deux grenadiers , à la tête d'une colonne , étendent le bras 
gauche vers le général en chef, comme pour prêter serment. 
G. p. en t., encadrée avec les noms; faite pour l'ouvrage 
d'Arnault (Ant.-Vinc. ), intitulé: Vie politique et militaire 
de Napoléon. 

108. rrr. — * SIÈGE DE SAINT- JEAN -D'ACRE. La pierre a été refaite ; 

les trois généraux, deux surtout, ont été rapprochés du gé- 
néral en chef. Celui-ci a maintenant la main droite cachée 
dans son habit. Les deux grenadiers de la droite ont disparu , 
et ont été remplacés par un caporal-tambour suivi de deux 
tambours. Un colonel qui, dans l'estampe précédente, étendait 
la main gauche vers le général, a dans celle-ci son épée élevée 
en l'air, et semble animer de la voix la colonne qu'il conduit. 
Cette pièce , dont il n'existe qu'un bien petit nombre d'é- 
preuves , ne porte aucun nom , et n'est pas encadrée. 

109. — SIÈGE DE SAINT- JEAN -D'ACRE. C'est la même pierre que la 

précédente, sauf quelques changements faits sur un ordre 
stupide , et exécutés par un artiste plus stupide encore. La 
figure du général Bonaparte a été sottement retouchée. Cette 
belle tête de colonel , si bien coiffée , a fait place à une tête 
ignoble , coiffée d'une manière grotesque. 

C'est en cet état , avec le nom de Motte , mais sans celui de 



V e SECTION. — COSTUMES MILITAIRES. 227 

Gharlet (il était profané) que la masse des épreuves a été 
tirée pour l'ouvrage précité (1). 



V e SECTION 



COSTUMES MILITAIRES PARUS PAR SUITES 

ET SORTIS DE DIVERSES IMPRIMERIES 
DEPUIS 1817 JUSQU'EN 1846 



Dix -sept pièces imprimées chez Lasteyrie en 1817 et 1818. 

Ces pièces ne sont point encadrées. Les figures ont de 251 à ^.H 
de hauteur. Toutes ces estampes portent les noms de Charlet et de 
Lasteyrie. Ce dernier nom ne se trouve pas cependant sur les pièces 
indiquées aux n 09 111 et 124 de ce Catalogue. 

Belle et rare collection. 

HO. r. — * RECRUE A L'EXERCICE. Coiffé d'un bonnet de police, 
le genou droit enveloppé d'un mouchoir , il a l'arme au 
pied. 

111. r. — * SERGENT D'INFANTERIE. En grande tenue, le sac au dos, 

il a l'arme au bras. Dans le fond, une colonne d'infanterie 
marche vers la gauche. 

112. r. — * OFFICIER DE VOLTIGEURS. Il porte dans sa main droite 

une carabine ; de la gauche , il indique l'ennemi qu'il pour- 
suit avec sa troupe. 

113. r. — CARABINIER-INSTRUCTEUR. INFANTERIE LÉGÈRE. Il est de 

profil, tourné vers la gauche ; il enveloppe de sa main droite 
le bout de son fusil dont la crosse repose à terre. 
1*4. r. — * SERGENT DE CARABINIERS, GUIDE GÉNÉRAL. En grande 
tenue , coiffé d'un bonnet à poil , il porte en sous-officier son 
fusil dans le canon duquel est placé un fanion avec le N° 9. 



(i) Nous avons raconté dans la vie de Charlet l'histoire assez curieuse des transformations de cette 
estampe. Nous n'avons pas cru devoir décrire minutieusement les sept épreuves , dans des états diffé- 
rents , que nous possédons . ne voulant pas allonger notre description déjà si long-ne. 



228 DEUXIÈME PARTIE. — V e SECTION. 

415. r. — * SAPEUR D'INFANTERIE. En grande tenue, tourné vers la 
droite, il tient sa hache sur l'épaule. 

1 16. R. — * GRENADIER DE LA GARDE IMPÉRIALE. En tenue de route, 

capote; il tient à la houche un brûle-gueule de la main 
gauche. 

117. r.—* GRENADIER DE LA GARDE ROYALE. En grande tenue; 

son fusil, armé de sa baïonnette, est appuyé sur son épaule 
droite, la crosse à terre. 

118. rr. — *DEUX GRENADIERS DE LA GARDE ROYALE. Celui de 

gauche, en grande tenue, est coiffé d'un bonnet à poil; celui 
de droite, en capote, porte un chapeau avec un pompon. Dans 
le fond, à droite, on voit un drapeau fleurdelisé au milieu 
d'une colonne qui marche vers la droite. 

119. R. — * CHASSEUR A CHEVAL DE LA GARDE IMPÉRIALE (à pied). 

En grande tenue, son sabre sous le bras gauche. Dans le fond, 
des chasseurs se portent au galop vers la droite. 

120. r. — * DRAGON DE LA GARDE IMPÉRIALE. Il tient son sabre dans 

la main gauche , et sa main droite est appuyée sur le haut du 
canon de son fusil , dont la crosse repose à terre. 

121 . R. — * CUIRASSIER (à pied). En grande tenue et recouvert de son 

manteau, il est appuyé contre une barrière, les bras croisés. 

122. rr. — * DEUX CUIRASSIERS (à pied). Celui de gauche, en grande 

tenue et sans manteau, donne le bras à un camarade en bon- 
net de police. 

123. R. — *DEUX LANCIERS POLONAIS DE LA GARDE IMPÉRIALE (à 

pied). Tous deux en grande tenue sont assis sur un banc de 
pierre; celui de gauche a la figure appuyée sur ses deux 
mains, croisées sur le pommeau de son sabre; celui de droite 
fume dans une pipe recourbée. 

124. R. — *CANONNIER A CHEVAL DE LA GARDE ROYALE (à pied). 

En grande tenue, il tient dans sa main droite une lance allu- 
mée et va mettre le feu aux pièces de canon qu'on aperçoit 
dans le fond. 

125. RR. — * LANCIER POLONAIS DE LA GARDE IMPÉRIALE. En grande 

tenue, sans plumet; son cheval est au repos. Dans le fond, 
on devine mieux qu'on ne distingue une colonne de lanciers. 

126. rrr. — * DRAGON, COMPAGNIE D'ÉLITE. A cheval, coiffé d'un 

bonnet à poil, il tient son sabre à la main et va se joindre à 
une charge indiquée dans le fond. 



COSTUMES MILITAIRES. 229 



Vingt-huit pièces à la plume imprimées chez Delpech à la fin 
de 1817 et au commencement de 1818. 



Toutes ces pièces , entourées d'un trait carré , portent un numéro 
(de 1 à 28), en haut, à droite, et un titre au milieu du bas, en de- 
hors de l'encadrement, sauf le N° 1 dont le titre est au milieu de 
l'estampe. L'encadrement porte de 190 à 196 en h., et de 135 à 140 
en 1. 

Cette suite est peu commune en noir , ayant été faite pour être 
coloriée ; aucune des pièces qui la composent ne porte le nom de 
Gharlet ou de Delpech. 

Les quatre derniers numéros sont de la plus grande rareté. 

127. — N° 1. * FRONTISPICE. Un chasseur en grande tenue, bonnet 

à poil, a la main droite appuyée sur l'épaule d'un jeune 
tambour , et de la gauche lui indique cette inscription écrite 
sur un mur : Costumes militaires français. 

128. rr. — N° 2. TAMBOUR -MAITRE, INFANTERIE LÉGÈRE. Coiffé 

d'un colback, le sac au dos, la canne sous le bras droit. 

129. — N° 3. SAPEUR, INFANTERIE LÉGÈRE. Le fusil en bandoulière, 

la hache au pied, il est tourné vers la gauche. 

130. R. — N° 4. CAPITAINE DE CARABINIERS , INFANTERIE LÉGÈRE. 

Recouvert d'un manteau, la main gauche appuyée sur son 
sabre. 

131. — N° 5. CORNET DE VOLTIGEURS, INFANTERIE LÉGÈRE. En 

grande tenue, il tient son cornet de la main droite. 

132. — N° 6. GRENADIER, INFANTERIE DE LIGNE. En capote, tenue 

de route, son fusil sous le bras gauche. 

133. -— N° 7. TAMBOUR, INFANTERIE LÉGÈRE. En habit, la caisse 

sur le dos , il marche vers la gauche. 

134. — N° 8. ADJUDANT SOUS - OFFICIER , INFANTERIE LÉGÈRE. Vu 

presque de face , il a la main gauche appuyée sur sa canne ; 
sur la plaque de son schako, le numéro 17. 

135. — N°9. CARABINIER, INFANTERIE LÉGÈRE. En grande tenue, 

le sac au dos; dans la main droite son fusil, dont la crosse 
. repose à terre. 
136. —N° 10. GRENADIER, GARDE ROYALE. En grande tenue, il 
appuie ses deux mains sur le bout du canon de son fusil. 



230 DEUXIÈME PARTIE. — V e SECTION. 

137. _ ]Njo il. VOLTIGEUR, INFANTERIE LÉGÈRE. En grande tenue, 

il tient appuyé sur son épaule droite son fusil, dont la 
crosse repose à terre. 

138. — N° 12. RECRUE. Il est vu presque de face, sans armes, avec 

capote et giberne; les deux bras pendants. 

139. — N° 13. FUSILIER, INFANTERIE DE LIGNE. Vu presque de 

face, les mains cachées dans les manches de sa capote; il 
semble peu réchauffé et bat la semelle. 

140. — N° 14. VOLTIGEUR, INFANTERIE DE LIGNE. En grande tenue, 

le fusil sous le bras ; il tient de la main droite une pipe à la 
bouche. 
14!. — N° 15. OFFICIER, INFANTERIE DE LIGNE. En grande tenue, 
son épée à la main, de profil, tourné à droite. 

142. — N° 16. CHASSEUR, GARDE ROYALE. En grande tenue, Tanne 

au pied, appuyée sur l'épaule droite. 

143. — N° 17. VOLTIGEUR. En tenue de route, il porte son fusil sur 

Tépaule droite, la crosse en Pair, et marche vers la droite. 

144. — N° 18. VIVANDIÈRE. Elle porte, en guise de manteau, une 

capote de soldat par-dessus ses vêtements de femme. 

145. — N° 19. GRENADIER. La tenue de route, armé seulement de 

son sabre, un bâton à la main, un brûle-gueule à la bouche. 

146. — N° 20. FUSILIER , GARDE ROYALE. En grande tenue; il a les 

deux mains appuyées sur son fusil , dont la crosse repose à 
terre. 

147. — N° 21. TAMBOUR DE VOLTIGEURS , INFANTERIE DE LIGNE. En 

grande tenue, vu de face, il est prêt à battre de sa caisse, 
sur laquelle la baguette gauche est déjà placée. 

148. — Nf 22. SERGENT DE CARABINIERS, INFANTERIE LÉGÈRE. Il 

fait fonction de guide général , et tient son fusil perpendicu- 
lairement, la crosse en Fair. 

149. — N° 23. TAMBOUR -MAJOR, INFANTERIE DE LIGNE. Il a les bras 

croisés, sa canne sous le bras gauche. 

150. — N° 24. COLONEL, INFANTERIE DE LIGNE. En grande tenue, 

recouvert d'une capote; il est tourné vers la gauche, tenant 
son épée nue dans la main droite. 

151. rrr. — N° 25. HUSSARD. A pied, il porte son mousqueton, 

l'arme au bras. 

152. rrr. — N° 26. CHASSEUR A PIED, En tenue de route, chapeau , 

l'arme au bras. 



COSTUMES MILITAIRES. 23 l 

153. rrr. — N° 27. MARÉCHAL DES LOGIS DE HUSSARDS. En grande 

tenue ; il fume une longue pipe recourbée. 

154. rrr. — N° 28. FUSILIER, LÉGIONS DÉPARTEMENTALES. En 

grande tenue, au port d'armes. 



Suite de deux pièces. (Delpech, 1819. ) 

155. R.~ DRAGON D'ÉLITE, ARMÉE D'ESPAGNE. Il est debout, à pied, 

appuyé contre un mur. En grande tenue, bonnet à poil; il 

porte la croix et trois chevrons. 

P. m. en h., encadrée, avec les noms. 

156. r. — * GRENADIER A PIED DE LA VIEILLE GARDE. En grande te- 

nue, décoré. La main gauche est placée sur le haut du canon 
de son fusil, dont la crosse repose à terre. 

P. m. en h., sans encadrement. Elle porte le nom seul de 
Charlet. 



Suite de trente pièces représentant des costumes de la Garde 
Impériale. (Elles ont été imprimées chez Delpech, de 
juillet 1819 à mars 1820J 



Ces pièces sont encadrées par un trait carré. H., de 205 à 270; 
1., de 176 à 180. Elles portent toutes les noms de Charlet et de 
Delpech. 

Les premières épreuves se reconnaissent ainsi qu'il suit: Au N° 12, 
on lit : Quai Voltaire, N° 23; aux N os 13, 14, 15, 16, 17. et 18: Rue 
de Grenelle , N° 45. Ces indications ont disparu après un tirage d'un 
petit nombre d'épreuves. 

Les trente pièces sont numérotées de 1 à 30 , au haut , à droite , 
en dehors de l'encadrement. Un grand nombre des épreuves du N° 30 
portent par erreur le N° 29. 

157. — N" 1. GRENADIER A PIED EN PETITE TENUE (EX-GARDE). Il 

est coiffé d'un chapeau et tourné à gauche. Appuyé contre un 
arbre, il fume dans un brûle-gueule, les bras croisés. 

158. — N° 2. GRENADIER A PIED, TENUE DE GUERRE (EX-GARDE). 

Dans sa main droite sou fusil , dont la crosse repose à 
terre. 



232 DEUXIÈME PARTIE. — V e SECTION. 

159. — IN" 3. GRENADIERR A PIED ,, OFFICIER PORTE - DRAPEAU , 

GRANDE TENUE (EX -GARDE). Il tient son drapeau de la main 
droite , et la poignée de son sabre de la main gauche. 

160. — N° 4. MAMELUCK (EX- GARDE). En grande tenue, de face ; 

dans la main gauche la poignée de son sabre. 
1(51. — N° 5. CHASSEUR A PIED EN GRANDE TENUE (EX -GARDE). Il a 

l'arme au pied; dans le fond , à gauche, des cavaliers au galop. 
102. — N° 6. SOLDAT DU TRAIN. ARTILLERIE LÉGÈRE (EX-GARDE). 

En grande tenue, son fouet dans la main droite, la main 

gauche appuyée à la poignée de son sabre. 

163. — N° 7. GRENADIER A CHEVAL EN GRANDE TENUE (EX-GARDE). 

De profil , tourné à gauche ; il a les deux bras croisés sur la 
poitrine. 

164. — N° 8. CHASSEUR A CHEVAL (EX-GARDE). En grande tenue; 

il s'appuie de la main gauche sur son sabre. 
105.— N° 9. TAMROUR-MAJOR DES GRENADIERS A PIED, GRANDE 
TENUE (EX -GARDE). 11 tient sa canne dans la main droite, 
et a le poing gauche appuyé sur la hanche. 

166. — N° 10. SERGENT DE GRENADIERS EN PETITE TENUE (EX- 

GARDE ). Il s'appuie sur une canne, et tient de la main gauche 
un enfant. 

167. — N° 11. LANCIER EN GRANDE TENUE (EX -GARDE). Il tient un 

gant dans la main droite. 

168. — N° i± DRAGON EN GRANDE TENUE (EX-GARDE). Son sabre 

sous le bras gauche. 

169. — N° 13. SAPEUR-MINEUR EN GRANDE TENUE (EX-GARDE). Ses 

deux mains croisées s'appuient sur le haut du canon de son 
fusil. 

170. — N° 14. MARIN (EX-GARDE). En grande tenue, son fusil 

appuyé à l'épaule droite. 

171. — N° 15. ARTILLERIE LÉGÈRE. CANONNIER EN GRANDE TENUE 

(EX -GARDE). Vu par derrière; dans la main droite son 
mousqueton , la crosse en l'air. 

172. — N° 16. TROMPETTE DES DRAGONS EN GRANDE TENUE (EX- 

GARDE). Il sonne de la trompette. 

173. — N° 17. GRENADIER A PIED EN GRANDE TENUE (EX-GARDE). 

De profil, tourné à gauche; il tient respectueusement la main 
droite à son bonnet à poil. Une tente, un chapeau, placés 
devant lui doivent faire supposer la présence de l'Empereur. 



COSTUMES MILITAIRES. 233 

■174. — N» 18. SAPEUR DES GRENADIERS A PIED EN GRANDE TENUE 
(EX- GARDE). Il porte sa hache sur l'épaule gauche. Derrière 
lui, on voit un arc de triomphe. 

175. — N° 19. CAPITAINE DE GRENADIERS A PIED (EX-GARDE). En 

tenue de campagne ; il est au milieu d'une action , son 
fusil dans la main gauche , les cartouches dans un mouchoir 
noué autour du corps (1). 

176. N°20. OFFICIER DE LANCIERS EN GRANDE TENUE (EX -GARDE). 

Il est debout, appuyé contre un arbre, les jambes croisées , 
la main gauche sur la poignée de son sabre. 

177. — N° 21. GENDARME D'ÉLITE EN GRANDE TENUE (EX-GARDE). 11 

a le bras gauche pendant, et le bras droit plié au corps. 

178. — N° 22. FUSILIER -GRENADIER EN GRANDE TENUE (EX-GARDE). 

Vu de profil , et tourné à gauche ; son schako dans les 
mains. 

179. — N°23. FUSILIER -CHASSEUR EN GRANDE TENUE (EX -GARDE). 

Il appuie ses mains croisées sur le haut du canon de son 
fusil. 

180. — N° 24. CHASSEUR A CHEVAL EN PETITE TENUE (EX-GARDE). 

Il a à la bouche une pipe recourbée , qu'il tient de la main 
droite. 

181. — N° 25. LANCIER DU DEUXIÈME RÉGIMENT EN GRANDE TENUE 

(EX -GARDE). Il tient dans sa main droite sa lance appuyée à 
terre et à l'épaule droite. 

182. — N° 20. LANCIER POLONAIS EN PETITE TENUE (EX-GARDE). 

Il est assis sur de la paille , les bras croisés sur la poitrine , et 
paraissant sommeiller. 

183. — N° 27. CANONNIER A PIED EN GRANDE TENUE (EX-GARDE). 11 

tient son fusil dans la main droite, soutient son sac de la 
main gauche , et semble courir pour suivre sa pièce. 

184. — N° 28. GRENADIER A CHEVAL, TENUE DE GUERRE (EX- 

GARDE). Vu de trois quarts, tourné à droite, ses bras pendant 
le long du corps. 

185. — N° 20. CHASSEUR A PIED, TENUE DE ROUTE (EX-GARDE). 

Coiffé d'un chapeau, portant son fusil sur l'épaule droite, la 
crosse en l'air ; il court vers la gauche pour rejoindre son 
rang. 

(i) On a lieu de croire que Charlel a voulu se peindre dans cette estampe 



234 DEUXIEME PARTIE. — V e SECTION. 

186. — N° 30. OFFICIER DE DRAGONS EN GRANDE TENUE (EX-GARDE). 

Il tient de la main gauche son sabre dans le fourreau. 



Douze pièces représentant des costumes d'Infanterie (armée 
de 1809J. Imprimées chez Motte, d'octobre 1820 à 
février 1821. 

A ces douze pièces , mises dans le commerce à petit nombre , et 
dont quelques-unes sont fort rares ( nous avons dit pourquoi dans la 
vie de Charlet), on trouvera jointes trois autres pièces se rappor- 
tant à la même suite, et qui n'ont été tirées chacune qu'à trois 
épreuves (1). 

Toutes ces pièces sont encadrées d'un trait carré, et portent en 
h. 278 sur 182 à 186 en 1. Elles portent le nom et l'adresse de 
Motte et aussi le nom de Charlet ( sauf le N° 7 ) . 

187. — rr. 1. Frontispice: SAPEUR. En grande tenue, en chapeau, 

et sans sa hache ; il porte la croix et trois chevrons. Son poing 
gauche s'appuie sur un socle, sur lequel on lit: La vieille 
armée française. Dans le fond on aperçoit la colonne de la 
place Vendôme. 

188. — rr. 2. SAPEUR (GRANDE TENUE). INFANTERIE DE LIGNE 

( 1809). La hache sur l'épaule droite, le poing gauche sur la 
hanche , il est prêt à défiler. 

189. r. — {sans numéro.) GRENADIER (EN CAMPAGNE). INFANTERIE 

DE LIGNE ( 1809 ) . Il a l'arme au pied. Dans le fond , à gauche , 
une troupe d'infanterie est au port d'armes. 

190. R. — 4. GRENADIER (GRANDE TENUE). INFANTERIE DE LIGNE 

(1809). De face, son bras droit s'appuie sur le haut du canon 
de son fusil, dont la baïonnette est coiffée de son bonnet à 
poil. 

191. r. — {sans numéro.) CAPITAINE DE GRENADIERS (GRANDE 

TENUE). INFANTERIE DE LIGNE (1809). Il tient son sabre nu 
dans la main droite. Dans le fond , à gauche , un détachement 
d'infanterie par le flanc , l'arme au bras. 

192. r. — {sans numéro.) CAPITAINE DE VOLTIGEURS (TENUE DE 

GUERRE). INFANTERIE DE LIGNE (1809). Gros, court, revêtu 

(1) N" 196. 108 et -200. 



COSTUMES MILITAIRES. 235 

d'un grand collet-manteau ; il est vu de trois quarts , tourné 
à droite. 

193. r. — 7. VOLTIGEUR (GRANDE TENUE). INFANTERIE DE LIGNE 

(1809). Sa main droite tient un brûle-gueule ; à ses pieds un 
chien barbet. 

194. r.— 8. COMPAGNIE DU CENTRE (GRANDE TENUE). INFANTERIE DE 

LIGNE ( 1809). Il marche vers la droite, son fusil sous le bras 
gauche. 

1 95. rr. — 8. (Par double emploi avec le numéro précédent. ) CORNET 

DE VOLTIGEURS (GRANDE TENUE). Il sonne de son cornet, qu'il 
tient de la main droite. 

196 . rrr. -— CORNET DE VOLTIGEURS. Première idée de la pièce pré- 

cédente , encadrée, sans aucuns noms. Comme tout à l'heure , 
il sonne de son cornet , mais il est tourné en sens opposé , 
c'est-à-dire à gauche. A la gauche de l'estampe, des pa- 
lissades ; à droite , dans le fond , un officier les mains derrière 
le dos. 

197. rr. — 9. TAMROUR DE VOLTIGEURS (GRANDE TENUE). INFAN- 

TERIE DE LIGNE (1809). Il a ses baguettes dans les mains, 
et est prêt à battre de la caisse. 

198. rrr. — * TAMROUR DE GRENADIERS. Vu de trois quarts et 

tourné vers la droite; il porte la croix. Son tambour pend à 
son côté, et dans sa main droite sont ses deux baguettes. 
Derrière lui, et dans le fond, on voit un peloton de grena- 
diers marchant en bataille , l'arme au bras. 
Cette pièce porte seulement le nom de Charlet. 

199. RR. — 10. TAMROUR -MAITRE (GRANDE TENUE). INFANTERIE DE 

LIGNE (1809). Il est vu de face, coiffé d'un colback, et tenant 
sa canne dans les mains , la pomme à hauteur de son épaule 
droite. 

200. rrr. — 3. TAMROUR-MAITRE (GRANDE TENUE). INFANTERIE DE 

LIGNE (1809) Première idée de la pièce précédente. Ici le 
caporal-tambour est tourné vers la gauche , sa canne dans la 
main droite. Il va donner le signal aux nombreux tambours, 
prêts à battre , qu'on aperçoit derrière lui. 

201. rr.— (sans numéro.) PORTE-DRAPEAU (GRANDE TENUE). INFAN- 

TERIE DE LIGNE (1809). Il porte les galons de sergent-major. 
Il tient de ses deux mains la hampe d'un rlrnpeau déchiré par 
les balles, et sur lequel on voit le N° 66. 



236 DEUXIÈME PARTIE. — V e SECTION. 



Deux costumes à la plume. ( Villain , 18*22. ) 

202. — * GRENADIER A PIED DE LA GARDE IMPÉRIALE. En grande 

tenue, portant la croix et trois chevrons; il a l'arme au 
pied. 
P. en h., sans aucuns noms, encadrée. H., 220; 1., 150. 

203. — DRAGON D'ÉLITE. En grande tenue, il tient sous le bras 

gauche son sabre dans le fourreau. 

P. en h., avec les noms et encadrée. H., 258; 1., 167. 

Deux costumes d'Infanterie. (Villain, 1822J 

204. — INFANTERIE LÉGÈRE FRANÇAISE. CARABINIER. En grande 

tenue, il est vu de trois quarts, tourné à droite. Dans le 
fond, à droite, un autre carabinier tient un drapeau ennemi 
et conduit des prisonniers. 

205. — INFANTERIE LÉGÈRE FRANÇAISE. VOLTIGEUR. En grande te- 

nue, et vu de trois quarts, il est tourné à gauche. Le doigt 
indicateur de la main droite fouille dans un brûle-gueule 
qu'il a dans la bouche (1). 

Ces deux grandes pièces encadrées, avec les noms, portent 
environ 404 de h. sur 280 en 1. 

Costumes de la Garde nationale (2). ( Villain, 1827. ) 

206. — GARDE NATIONALE DE PARIS. GRENADIER (GRANDE TENUE). 

1827. Vu de trois quarts, tourné à droite, il porte l'arme à 
volonté sur- l'épaule gauche. Dans le fond, la colonne de la 
place Vendôme. 

P. m. en h., encadrée, avec les noms. 

(1) Ces deux belles pièces étaient condamnées : Villain avait reçu l'ordre d'effacer les pierres. Il les 
avait devant lui et les regardait d'un air piteux , ne pouvant se résoudre à cette exécution barbare , 
quand, fort heureusement, arrive Denon , le directeur du Musée. Denon sauva ces beaux dessins. 
« Hàtez-vous de les tirer, dit-il a Villain , je prends tout sur moi. » 

(2) Jusqu'ici (1827) Charlet a laissé tomber sa verve moqueuse sur la garde nationale. (Voyez 
M. Pigeon en grande tenue , solliciteur, etc. ) Mais cette garde étant dissoute , elle prenait une toute 
autre couleur pour l'opposition , et Charlet la représente sous un aspect digne et sévère. Mais voyez 
combien Charlet leste toujours vrai : ce ne sont pas des soldats , mais d'honnêtes mardi nids habillés 
en militaires. 



COSTUMES MILITAIRES. 237 

207. r. — la même pièce, première idée. De la même dimension 
que la précédente. Elle n'est pas encadrée et ne porte aucuns 
noms. A droite, on lit sur un mur : Les Amis seront toujours 
des amis , etc. 

208.— GARDE NATIONALE DE PARIS. CHASSEUR (GRANDE TENUE). 
1827. Vu de profil, tourné à droite, il a l'arme au bras; 
derrière lui, à gauche, une guérite. 
P. m. en h., encadrée, avec les noms. 



Nous avons lu dans la vie et dans les lettres de Charlet qu'au 
commencement de 1845 il dessina sur pierre les premières pièces 
d'une galerie militaire , dans laquelle toutes les gloires de la France 
devaient trouver leur place. Ses premiers essais retraçaient les divers 
uniformes des corps composant l'armée au moment de la Révolu- 
tion ; mais ils furent bientôt interrompus pour faire place à la Garde 
Impériale , que Charlet voulut faire paraître avant tout. Cette der- 
nière suite devait se composer de quatre-vingt-quatre pièces, au 
moins (car nous voyons ce numéro inscrit sur l'estampe intitulée : 
l'Empereur, 1812 ; trente-six seulement ont vu le jour, dont trois 
appartiennent plus ou moins à Raffet. 

Après la mort de Charlet, qui vint interrompre ce beau travail, 
sa veuve put croire un moment que les amis et les élèves de son 
mari, Bellangé, Raffet, Lalaisse, Valério, Canon, Ginain, etc. etc., 
pourraient, sur quelques indications qu'il avait laissées, terminer 
son œuvre ; mais il fallut bientôt renoncer à cette idée , plus géné- 
reuse de part et d'autre qu'exécutable. 

Costumes de Corps militaires faisant partie de l'armée française 
avant et pendant la Révolution. 

209. rrr. — * GARDE -FRANÇAISE (14 JUILLET 1789). Il marche de 
droite à gauche, tournant le dos à la Bastille qui remplit la 
plus grande partie du fond ; il porte son fusil sur l'épaule 
droite, la crosse dans la main. Il tient de la main gauche 
une épée dans son fourreau, et des ornements militaires 
parmi lesquels une croix de Saint-Louis. 

Cette pièce encadrée a en h. 250 sur 180 en 1. Elle ne 
porte pas le nom de Villain, qui l'a imprimée, mais seule- 
ment celui de Charlet, au bas, à gauche. 



238 DEUXIÈME PARTIE. — V e SECTION. 

210. rrr. — * GARDE -FRANÇAISE (14 JUILLET 1789). (Même idée 

que la pièce précédente. ) Vu de trois quarts, il est tourné vers 
la droite; sa jambe gauche, blessée, est enveloppée d'un 
mouchoir ; dans sa main droite , une épée nue et des orne- 
ments militaires , dont une croix de Saint-Louis. A gauche , 
dans le fond , la Bastille , et du même côté le gouverneur 
arrêté. 

Au bas de l'estampe (encadrée et des mêmes dimensions 
que ci-dessus ) trois griffonnements à Festompe. 

Elle est imprimée chez Villain , dont elle ne porte pas le 
nom; celui de Charlet se lit au bas, à gauche. 

L'estampe que nous venons de décrire fut tellement mal imprimée 
que Charlet, à son très-grand regret, se vit forcé de chercher un 
autre imprimeur. Depuis longtemps déjà, Villain père avait été 
obligé, par sa santé, de renoncer à s'occuper d'impressions litho- 
graphiques. Son fils l'avait remplacé ; mais son talent était au- 
dessous de sa bonne volonté. Charlet, disons-nous, après de longues 
et pénibles hésitations, dut prendre un parti qu'il jugeait indispen- 
sable à la réussite de son œuvre , mais qui froissait ses affections 
particulières. C'est alors qu'il donna sa confiance à l'habile litho- 
graphe Bry, qui s'en est montré tout à fait digne. C'est ce dernier 
qui a imprimé toutes les pièces qu'il nous reste à décrire dans cette 
section. Sur toutes, au reste, son nom et son adresse se lisent au 
milieu du bas, contre le trait d'encadrement; elles portent le nom 
de Charlet, et ont de h. de 250 à 270 sur 180 à 190 de 1. 

On a tiré un très-petit nombre d'épreuves de ces suites sur papier 
de Chine, avant toutes lettres (cinq ou six au plus). 

211. — GARDE -FRANÇAISE (14 JUILLET 1789). C'est la même pierre 

que la précédente. Celle-ci, mise dans le commerce, présente 
les changements suivants : elle est beaucoup moins noire dans 
son ensemble; le ciel a été très-éclairci ; le mur sur lequel 
le garde-française avait la main gauche posée , a été refait ; 
au-dessus on voit quelques arbres qui n'existaient pas dans 
l'épreuve précédente; tous les fonds enfin ont été refaits. 

212. — RÉGIMENT DE FLANDRE. GRENADIERS (1790). En grande 

tenue, le sac au dos. Ses mains croisées sont appuyées sur le 
haut du canon de son fusil, dont la crosse repose à terre. 

213. — LE SALUT. OFFICIER SUISSE. En grande tenue, l'épée au 

côté ; il fait avec son fusil , qu'il tient dans les mains , le 



COSTUMES MILITAIRES. 239 

salut militaire devant la voiture royale qu'on aperçoit dans le 

fond , à gauche. 
Mk. — GARDE SUISSE. GRENADIER (1792). En grande tenue, la figure 

de profil et tournée à gauche; il est en position militaire, à la 

vue du roi Louis XVI qu'on aperçoit dans le fond, à gauche. 
215. — LA PATRIE EN DANGER ( 1 792 ) . Un tambour, battant le rappel , 

marche vers la droite. Derrière lui, deux officiers : l'un porte 

un large drapeau, l'autre va tirer son sabre. Ils sont suivis 

par des hommes du peuple armés. 
216.— GÉNÉRAL RÉPURLICAIN (1793). Presque de face sur un cheval 

blanc, tourné à droite. Il prise du tabac dans sa tabatière. 

Dans le fond , à gauche, des hussards. 

217. — COLONEL D'INFANTERIE (1794). Il fait manœuvrer un régi- 

giment qu'on voit faisant feu de bataillon , dans le fond, à 
gauche. Il est à cheval, tourné vers la gauche , son sabre nu 
à l'épaule. 

L'Empereur et la Garde Impériale. 

Les pièces qui composent cette collection sont encadrées , et ont des 
numéros placés en haut, à droite, et en dehors de l'encadrement. Le 
dernier numéro, portant le chiffre 84, atteste des lacunes dans 
la série des numéros. 

Outre les pièces qui ont été mises dans le commerce , il en existe 
quelques autres qui n'ont été tirées qu'à un très-petit nombre d'é- 
preuves d'essai , et qui doivent trouver place dans notre Catalogue. 
On en trouvera donc ici la description. 

218. rrr. — * FRONTISPICE-PROSPECTUS. Première idée. A droite, 

un saule; à son pied, sur le premier plan, un feu de bivouac. 
Au milieu, l'Empereur, vu de profil et tourné à gauche, a 
les mains derrière le dos. Dans le fond , à gauche , un gre- 
nadier de la Garde en vedette , l'arme au bras. Au bas , à 
droite , Charlet. L., 100. 

Deux épreuves ont été tirées avant le trait carré ; trois ou 
quatre après. Charlet a fait effacer la pierre, et elle a été rem- 
placée par la pierre suivante , qui a fourni toutes les épreuves 
mises dans le commerce. 

219. — * FRONTISPICE -PROSPECTUS. Le saule et le feu de bivouac, 

à droite, ont reçu plus de développement. L'Empereur, un 



240 DEUXIÈME TART1E. — V e SECTION. 

peu plus grand, est vu de trois quarts. Ce n'est plus enfin un 
seul grenadier qu'on aperçoit dans le fond, à gauche, mais 
bien un peloton du même régiment, en bataille. — Au des- 
sous, le Prospectus. 

Cette p. p. en t., encadrée, dont quelques-unes des pre- 
mières épreuves sont tirées sans le prospectus, porte en 1. 
102, en h. 90. 

220. — 1. L'EMPEREUR. HABIT DE GRENADIER (tenue des grandes 
solennités militaires). Sur un cheval blanc, au galop; il porte 
le grand cordon de la Légion d'honneur. 

22j. rrr. — LA MÊME PIÈCE. Avant toutes lettres. Au bas, et à 
droite de la planche, une petite tête d'homme de profil tour- 
née à droite, les cheveux hérissés. Ce petit griffonnement a 
été effacé après le tirage de trois à quatre épreuves. 

222. — 3. OFFICIER D'ORDONNANCE DE L'EMPEREUR {créés vers 1805, 

époque d ' Austerlitz) . Sur un cheval blanc, tourné vers la 
gauche ; il se retourne et regarde en arrière , la main gauche 
appuyée sur la croupe de son cheval. 

223. — 4. OFFICIER GÉNÉRAL. COLONEL commandant un régiment de 

grenadiers à pied (vieille Garde). A pied, en grande tenue; 
il fait un geste de la main droite , la main gauche appuyée sur 
le pommeau de son épée. 

224. rrr. — la même pièce. Avant toutes lettres. Au bas, deux 

griffonnements; à gauche, une étude d'arbre; à droite, une 
petite tête militaire , siècle Louis XV. Après le tirage des trois 
ou quatre premières épreuves, ces griffonnements ont été 
effacés. 

225. — 10. TAMBOUR- MAJOR. La main gauche appuyée sur la poi- 

gnée de son sabre , il tient dans sa main droite sa canne bais- 
sée. Il marche vers la gauche , précédant tous les tambours 
qu'on voit derrière lui. 

226. — 14. CAPITAINE DE GRENADIERS A PIED (grande tenue). Vu 

presque de face , la figure de trois quarts est tournée à 
droite. 

227. -—15. OFFICIER DE GRENADIERS ( tenue ordinaire). Il est vu de 

trois quarts, tourné vers la droite. Du même côté, dans le 
fond; un grenadier a les mains appuyées sur le canon de son 
fusil. 

228. — 17. GRENADIER A PIED (grande tenue). De trois quarts, 

tourné à gauche; il est en faction dans un jardin. 



COSTUMES MILITAIRES. 241 

229. — 18. GRENADIER A PIED , grande tenue. {Elle ne diffère de 

celle que nous venons de décrire que par les guêtres noires , 
qui remplacent les guêtres blanches.) Il est vu de profil et 
tourné à droite. Dans le fond , à droite , l'Empereur sur son 
cheval blanc, près d'un régiment de grenadiers. 

230. — 19. GRENADIER (tenue de ville). En chapeau, culotte courte, 

bas de coton blanc et souliers à boucles. Derrière lui, une 
femme et deux enfants. 

231. — 22. GRENADIER A PIED (1815). Ile d'Elbe. Vu de trois 

quarts; il est tourné vers la droite. A gauche, dans le fond , 
sur un rocher, on aperçoit l'Empereur lorgnant. 

Cette pièce ne porte pas le nom de Charlet. Elle a été 
dessinée par Raffet et Valerio, d'après un tableau de Charlet. 

232. — 23. L'EMPEREUR, frac de chasseur à cheval. (Cette tenue 

était celle qu'il avait le plus habituellement. ) Sur un cheval 
blanc; il est de profil, tourné à gauche. Le menton appuyé 
sur la main droite fermée, il parait méditer. 

233. rrr. — ^CAPITAINE DE GRENADIERS (sans hausse-col). Il porte 
son sabre à l'épaule, et est placé devant sa compagnie qui 
est au port d'armes. Il attend l'arrivée de l'Empereur, qu'on 
aperçoit, dans le fond, à gauche. 

234. rr. — * CAPITAINE DE GRENADIERS. C'est la même pierre que la 
précédente; on a seulement ajouté un hausse-col qu'on avait 
omis. 

Charlet , ne trouvant pas assez de noblesse dans la figure 
du capitaine, condamna cette pierre et la remplaça par celle 
que nous avons décrite au N° 14. Après la mort du maître, 
voulant utiliser cette première pierre, on la transforma 
comme il suit : 

235.-25. CAPITAINE DE CHASSEURS A PIED (grande tenue). Cette 
pièce n'offre de différence avec la précédente qu'en ce que les 
plaques des bonnets à poil du capitaine et de sa compagnie 
ont été effacées. 

236. rrr. — * GRENADIER A PIED (grande tenue). Vu de profil et 
tourné à droite ; il est au milieu d'une action , chargeant son 
arme. Dans le fond, à gauche, le colonel à cheval; à droite, 
des Autrichiens en désordre. 

Cette pierre, condamnée d'abord par le maître et rem- 
placée par les N os 17 et 18, a été reprise après sa mort et 
a fourni la pièce suivante. 

10 



242 DEUXIÈME PARTIE. — V e SECTION. 

237. — 26. CHASSEUR A PIED (grande tenue). C'est le grenadier dé- 

crit plus haut et transformé en chasseur par la suppression 
de la plaque du bonnet à poil. Dans le fond, à droite, les 
Autrichiens ont disparu et ont été remplacés par des chas- 
seurs à pied en tirailleurs. Les changements sur la pierre- 
mère ont été faits par Raffet. On a pensé que cette œuvre était 
destinée à pénétrer partout , et Ton a voulu éviter ce qui 
pouvait blesser le sentiment national de chaque peuple. 

238. — 26. CAPITAINE DE GRENADIERS A PIED (tenue de route). lia 

un brûle-gueule à la bouche, porte un chapeau galonné et 
une gourde en sautoir. Dans le fond , à gauche, une senti- 
nelle Farme au bras (1). 

239. — 27. CHASSEUR A PIED (grande tenue). Celui que nous avons 

décrit sous le N° 26 portait des guêtres noires; celui-ci a des 
guêtres blanches. Il est de faction dans un jardin impérial, 
et Ton aperçoit dans le fond, à droite, l'Empereur en bas 
de soie, les mains croisées derrière le dos. 

240. — 28. CHASSEUR A PIED, SERGENT (tenue de ville). Il est coiffé 

d'un chapeau, porte l'épée, des culottes courtes et des sou- 
liers à boucles. Sa main droite s'appuie sur une canne. 

241. — 29. PORTE -AIGLE. Il appartient aux grenadiers à pied. En 

grande tenue, grêtres blanches, il tient dans la main droite 
son drapeau. 

242. — 31. — FUSILIER -GRENADIER (grande tenue, moyenne garde). 

De trois quarts et tourné à gauche, il tient dans sa main 
droite l'extrémité de son fusil , dont la baïonnette soutient son 
schako. Il regarde en riant un jeune garçon qui, placé devant 
lui, le salue militairement. 

243. — 35. GARDE ROYALE HOLLANDAISE. CAPITAINE DE GRENADIERS 

(grande tenue). Vu presque de profil, il est tourné vers la 
droite ; il a dans la bouche une longue pipe , qu'il tient de la 
main gauche ; une blague pend à droite accrochée à son 
sabre (2). 

244. — 36. GARDE ROYALE HOLLANDAISE. GRENADIER (grande tenue). 

Vu presque de profil, il est tourné à gauche. Dans le fond, à 
droite, on aperçoit la mer, une chaloupe échouée , et un mou- 
lin à vent. 
'245. — 37. L'EMPEREUR EN CAMPAGNE. Il est représenté sur unche- 

(i j C'est par erreur sans doute que cette pièce porte , comme la précédente , le N° 26. 
(2J Cette garde fut incorporée dans la Garde Impériale en 1810. 



COSTUMES MIUTAIHKS. 243 

val blanc, de profil et tourné adroite. Sa main droite fouille 
dans sa poche. Le fond est couvert par des troupes en marche. 

-246. — 38. PUPILLE (jeune Hollandais, 1811 ). Il est de face, appuyé 
contre un mur, les jambes croisées; nu-tête, l'air riant; son 
schako est à terre , à ses pieds. 

-247. — 40. TIRAILLEURS -GRENADIERS {sergent, moyenne garde). Il 
tient son fusil dans la main droite, au port d'arme de sous- 
officier. 

Cette pièce ne porte pas le nom de Charlet ; elle est dessi- 
née par Raffet sur des indications laissées par le maître. 

2i8. — 49. ARTILLERIE A PIED. OFFICIER SUPÉRIEUR. En grande 
tenue, vu de trois quarts, il est tourné à droite, les mnins 
derrière le dos. 

219. — 51. GENDARME D'ÉLITE (grande tenue). Il est à cheval , la 
figure de profil , tournée à droite. 

250. — 55. GRENADIER A CHEVAL (terme de ville). A pied, il porte 
un chapeau à gances , avec plumet , culottes courtes et sou- 
liers à boucles d'argent. 

254. rrr. — * CHASSEUR A CHEVAL (grande tenue). II est représenté 
sur un cheval au galop, le sabre nu à l'épaule. Le fond est 
rempli par des cavaliers du même régiment; à droite, on 
distingue Napoléon. 

Cette pièce a été tirée à un très-petit nombre. Condamnée 
par le maître, elle a été refaite ainsi qu'il suit : 

252. —60. CHASSEUR A CHEVAL (grande tenue). Plus jeune et plus 

élégant que le précédent. Les chasseurs du fond n'existent 
plus; l'Empereur, qui dans l'estampe précédente était à 
droite, est à gauche ici. 

253. — 64. MAMELUCK. En grande tenue, sur un cheval qui piaffe, 

il tient son sabre à la main. 

254. rrr. — * LANCIERS POLONAIS. Colonel commandant. Sur un 

cheval blanc, tourné à gauche, il est vu de trois quarts, en 
grande tenue, le bras gauche en l'air et étendu. A gauche, 
au second plan, un lancier à cheval, vu par le dos. Le nom 
de Charlet au bas, un peu à gauche. 

Il existe un très-petit nombre d'épreuves de cette pièce, 
condamnée par le maître et refaite comme il suit. 

255. — 69. LANCIERS POLONAIS. Colonel commandant. Il est dans 

une position à peu près semblable à celle que nous venons de 
décrire ; seulement le bras gauche est ployé ; le lancier qu'on 



244 DEUXIÈME PARTIE. — V e SECTION. 

voyait à gauche, dans le fond, a disparu; enfin le cheval 
est au repos, tout à l'heure il piaffait. 

256. — 70. CHEVAU- LÉGER POLONAIS. C'est la pierre qui a fourni 

l'épreuve décrite au N° 254, niais tout à fait transformée par 
Raffet. Dans le fond, on distingue une charge de lanciers. Le 
nom de Charlet est en quelque sorte la seule chose conservée 
de la pierre primitive. 

257. — 79. BONAPARTE. Général en chef (armée d'Italie). Vu de 

profil, enveloppé d'un ample manteau, il est monté sur un 
cheval blanc, arrêté par un cadavre près duquel est un 
chien (1). On lit au bas ces tristes paroles : Dernière litho- 
graphie de Charlet, terminée la veille de sa mort, 29 dé- 
cerna?^ 184-5. 

258. rrr. — Première idée de la pièce précédente. Croquis peu 

avancé. Il ne porte aucuns noms ni indications. Le chien est 
à peine ébauché ; l'arrière-main du cheval n'est pas même 
esquissée. 

259. — 80. RECRUES POUR LA GARDE IMPÉRIALE. Ce sont, comme 

d'ordinaire, deux soldats qui ont fait leurs preuves; un sa- 
peur, assis au pied d'un arbre, et un sergent d'infanterie, 
debout, en bonnet de police, un brûle-gueule à la bouche. 
260. — 81. NAPOLÉON, ÉLÈVE A L'ÉCOLE MILITAIRE (1783). Au 
dessous de ce titre, quatre lignes d'extraits de règlement de 
l'école Militaire. 

Vu de profil et tourné vers la droite, il tient un crayon à 
la main, et médite après avoir tracé des parallèles devant un 
front de fortification. 

261. — * NAPOLÉON A L'ÉCOLE MILITAIRE. Cette pièce est la première 

idée de la pièce précédente ; elle ne fait point partie de la 
suite que nous décrivons; mais nous avons cru devoir l'y 
joindre. Elle a été éditée chez les frères Gihaut. 

Napoléon, plus grand que tout à l'heure, est placé dans 
une position semblable et devant un mur couvert de figures 
de fortification. Au lieu d'un crayon, il tient à la main droite 
la baïonnette de son fusil. Dans le fond, à gauche, un officier 
et plusieurs élèves le regardent. G. p. en h., encadrée. 

262. — 82. BONAPARTE AUX TUILERIES (10 ooôf 1792). De profil, 

tourné vers la gauche ; il est debout , appuyé sur une chaise 



(1) « 11 avait donc un ami ! » dit le général en chef en voyant ce chien près d'un cadavre. Telle 
était l'idée de Charlet. 



COSTUMES MILITAIRES. 245 

sur laquelle son chapeau est placé. Il regarde le peuple se 
ruant sur le château qu'on aperçoit dans le fond. 

263. — 84. L'EMPEREUR, 1812 (procédé de lavis). Il est debout, 
tourné à gauche , les mains derrière le dos et près d'un très- 
gros arbre. 

2(54. — r R r. la même pièce; très-rare épreuve, sans numéro, sans 
aucuns noms, sauf celui de Charlet. Elle est au lavis, sans 
être bistrée comme les épreuves mises dans le commerce. La 
branche qui s'étend en haut vers la gauche de l'estampe n'a 
presque pas de développement ; enfin , le chapeau de Napo- 
léon est beaucoup plus haut de forme. 



VI e SECTION 



PIÈCES DÉTACHÉES, TERMINÉES, AVEC OU SANS TEXTE 

SORTANT DE DIVERSES IMPRIMERIES, POUR LA PLUPART 
DE CELLE DE VILLAIN. 

Nous allons décrire les pièces de cette section en leur conservant 
leur ordre chronologique comme nous l'avons déjà fait. Toutes les 
fois que nous n'indiquerons pas le nom de l'imprimeur , c'est que la 
pièce décrite a été imprimée par Villain. Il en sera de même pour 
les frères Gihaut , devenus les éditeurs de Charlet. 

265. rrr. — *LA NYMPHE DE LA TAMISE. Une marchande de pois- 

sons portant un petit chapeau d'homme sur sa tête, enve- 
loppée d'un mouchoir, fume dans une longue pipe qu'elle 
tient de la main gauche. 

Cette pièce, dessinée à Londres en 1820, lors du voyage 
qu'y fit Charlet avec Géricault, a été imprimée chez Hull- 
mandel. Elle est encadrée, et porte de h. 262 sur 168. 

1821 

266. — BONAPARTE FACTIONNAIRE. G. p. en t., sans noms d'auteur 



246 DEUXIÈME PARTIE. — VI e SECTION. 

ai d'imprimeur (Villain), destinée à un -ouvrage intitulé: 
Anecdotes historiques sur la fin du XVIII e siècle. 

Après la bataille d'Arcole , dans une ronde de nuit faite par 
le général en chef comme un simple officier, il trouve une 
sentinelle endormie. Saisissant son fusil , on le voit dans la 
position : « apprêtez vos armes ; » se mettant en mesure 
de recevoir une patrouille qui débouche dans le fond, à 
droite (1). 

267. —LA BOULE DE NEIGE. Un jeune et bel enfant (le roi de Rome), 

en uniforme de hussard , pousse avec effort une boule de 
neige.. De tous côtés débouchent des masses d'enfants, qui, 
la casquette en l'air, accourent vers lui avec le plus vif 
enthousiasme. Pièce signée seulement des initiales Ch. On 
en a tiré quelques épreuves avant la lettre. 

1822 

268. rrr. — Deux bandits ont fouillé dans une malle. L'un d'eux , 

y trouvant des vêtements de femme, chapeau, schall, éven- 
tail, etc., s'en est grotesquement affublé, et reçoit avec dédain 
la déclaration que lui fait son camarade, à genoux à ses 
pieds , disant : « Cet homme a bien mauvais genre ! » 
L., 187; h., 157. 

269. — LE PAUVRE DIABLE. C'est un misérable Savoyard, assis pi- 

teusement à terre, les pieds nus, dans l'affliction de voir son 
tambour crevé et ses marionnettes démantibulées. 1/4 Jésus 
en t., avec les noms. 

270. — V e LA FRANCE. — TOND LES CHIENS , COUPE LES OREILLES 

ET VA EN VILLE. 

Cet écriteau git à terre , ainsi que des ciseaux brisés , et la 
pauvre femme, assise à sa place ordinaire, gémit et tend la 
main aux passants. Mais au lieu d'aumônes , elle ne reçoit que 
les aboiements de tous les chiens ameutés contre elle, tandis 
que leurs maîtres entrent dans un mangasin de rubans: 

(1) Charlet, avec l'intention de rendre service à l'éditeur, se laisse aller au chauvinisme impérial 
de cette époque. 

Voici ce que Napoléon dit lui-même de celte anecdote : 

.... « Cette idée est sans doute d'un bourgeois, d'un avocat peut-èUe , mais sûrement pas d'un 
militaire., Il esi a croire que, fatigué comme je devais l'être, j'étais endormi avant le soldat dont il 
parle, M<»mi in I iIp Sainte-Hélène Mercredi, 26 août 1816.) 



PIÈCES DÉTACHÉES. 247 

« N'abandonnez pas cette pauvre veuve , » dit Charlet (1). En 
t., 1/4, jésus. 
-271. — LES QUILLES. Devant un cabaret, un vieux bourgeois va 
lancer contre des quilles la boule qu'il tient dans la main 
droite. Il a pour spectateur un invalide , au milieu de gens 
attablés. En t., 1/4 jésus. 

272. ^ — Un vieux paysan en blouse , portant sa besace , et appuyé 

sur son bâton, fait un geste goguenard, apercevant la Mort, 
en costume de gendarme, qui vient saisir un personnage 
puissant assis sur un espèce de trône. Celui-ci se défend avec 
effroi , et notre vieux philosophe s'écrie : « Elle n'admet 
point de remplaçant. » En h., 1/4 jésus. 
— TRIOMPHE DE LA RELIGION. G. p. en t. 

273. — 1810. IMPIÉTÉ. Des soldats ont établi leur bivouac dans 

une église ; ils dorment , ils fument , ils nettoient leurs buf- 
fleteries. 

274. — 1820. PIÉTÉ. Des soldats de la Garde royale sont agenouillés 

avec recueillement près d'un confessionnal. 

Ces deux pièces, imprimées d'abord sur une même feuille, 
ont été , dans un tirage postérieur, imprimées séparément en 
h., et l'on a effacé ces mots : Triomphe de la religion. 

275. — J'OBTIENS DE L'ACTIVITÉ, se dit avec satisfaction un vieil- 

lard. Appuyé sur un jockey , il se traîne avec de pénibles 
efforts vers un grand fauteuil gothique. G. p. en h. 

276. — Près d'un cabaret portant pour enseigne : Aux vieux gro- 

gnards. Le Dur, marchand de vins ; un vieux soldat man- 
chot , saisi probablement d'un souvenir patriotique , s'écrie 
avec énergie, fermant le poing : « // m en reste un encore pour 
la patrie. G. p. en h., encadrée. 

277. — Devant le caBaret: Au rendez-vous d' Austerlitz , un vieil ou- 

vrier arrête un grenadier, et, lui offrant un verre de vin, 
trinque avec lui , en lui disant : « Aux vieux grognards , le 
tailleur de pierres reconnaissant. » L'ancien remercie par un 
salut militaire. G. p. en t. 

278. — Deux soldats d'infanterie sont complètement ivres. Debout, 

et chancelant sur leurs jambes, l'un deux soutient à bras le 
corps et à grand'peine son camarade qui , le bras levé , semble 



(i) L'allusion politique se laisse facilement deviner. Charlet rappelle ici cette triste époque oii la 
France avait rhiz elle une armée étrangère ramenée par le funeste retour n> n|p d'Elbe. 



248 DEUXIÈME PARTIE. — VI e SECTION. 

menacer un gros et grotesque bourgeois. Celui-ci a dirigé 
d'un air goguenard vers les deux amis un immense riflard 
qu'il tient résolument dans ses mains. « Gomment ! dit le 
troupier, vous croisez la baïonnette sur les vieux amis! 
Vous n'êtes donc plus Français?... » Dans le fond, à gauche, 
Charlet s'est représenté déjeunant avec Bellangé. G. p. en t., 
encadrée. 

Après le premier tirage , ces mots : vous n'êtes donc plus 
Français? ont été effacés. 

279. — ÉCOLE DU BALAYEUR. Grand nombre de balayeurs sont en 

fonction, les armes à la main. A gauche, leur chef leur débite 
ainsi sa théorie : « Saisir le balai avec la main droite, à hau- 
teur du dernier bouton de la veste , la main gauche à hauteur 
de l'œil , pour ceux qui en ont. » (Leçon première, page 3 ) 
G. p. en t., encadrée. 

280. — A la porte d'un cabaret , sur le mur duquel on a dessiné une 

puce près d'une enclume , et tenant un lourd marteau , avec 
ces mots: A la puce travailleuse , un chiffonnier s'est arrêté. 
Portant sa hotte , il se met au port d'armes , avec son cro- 
chet, contemplant avec admiration un vieil ouvrier tombé 
ivre mort à la porte du cabaret, puis il s'écrie : « Voilà pour- 
tant comme je serai dimanche! 

Cette pièce fait le pendant de la précédente. Elle a été éditée 
par M me Hulin, dont elle porte le nom et l'adresse. Toutes 
deux sont rarement transparentes et harmonieuses de ton. 



1823 

281.— ADIEU, FILS! JE T'AI REVU,... JE SUIS SATISFAIT !... Ce sont 
les derniers mots d'un vieux militaire, étendu dans son lit, 
tenant son épée et sa croix dans la main droite. Son fils, gre- 
nadier de la Garde , agenouillé devant lui , a saisi sa main et 
la presse dans les siennes avec un pieux recueillement. 

282. — L'ÉCOLE DE VILLAGE. Au milieu d'une classe, qui ne parait 
pas très -disciplinée, le vieux maître, savetier de son état, 
est assis dans un fauteuil. Armé d'une férule , il fait signe à 
un enfant de tendre la main; mais celui-ci , beuglant et tenant 
ses mains -sous son tablier, paraît peu disposé à accepter la 
correction. 



PIÈCES DÉTACHÉES. 249 

283. — Un vieux savetier regarde avec admiration son bras nu qu'il 

élève en l'air , et le caressant de l'autre main : « Le beau 
bras ! dit-il , c'est comme l'antique ! » 

284. — Un vieux peintre, debout sur une échelle, vient de terminer 

une enseigne. C'est une carpe entourée d'une anguille. Il re- 
garde avec satisfaction un verre de vin qu'il va boire , et dit 
en riant : « J'aime la couleur ! » 

285. — Un de ces vieillards , tant ridiculisés alors sous le nom de 

voltigeurs, est assis sur une chaise. Les mains croisées, les 
yeux fermés, il semble réfléchir, se disant : « Comment faire ? » 
P. m, enh., avec la seule initiale C. 

286. — C'est encore un voltigeur. Debout, les bras croisés, il se 

pose d'une manière grotesque, au moment où il dit, en tyran 
de mélodrame : « Dissimulons ! » Fait pendant au numéro 
précédent et ne porte que le nom de Villain. 

287. — Un libéral , dans le langage de l'époque , est assis , 

lisant le Constitutionnel. A l'article Budget, il se retourne 
et dit en riant: « Paie, et tais-toi! » P. m. enh., avec les 
noms. 

288. rkr. — * LOUIS XVIII. Vu par le dos, au balcon des Tuileries, 

d'où il voit défiler la garde nationale, il s'écrie: « Mes chers 
enfants, je vous porte tous dans mon cœur! » Malheureusement 
l'ouverture de l'habit , et les formes un peu trop prononcées 
que cette ouverture laissent entrevoir, placent le cœur où il 
n'est pas d'ordinaire. 

Imprimé à très-petit nombre d'épreuves, par Villain. H. , 
148; l.,»96. 

289. — Jocrisse et Paillasse font la parade sur des tréteaux. Paillasse 

frappe sur une grosse caisse ; mais quel est son étonnement ! 
la caisse se crève, et il en sort un déluge d'albums. Derrière 
nos saltimbanques on lit sur un écriteau: Entrez, entrez chez 
Gihaut, etc. etc. 

Cette pièce devait servir probablement de frontispice à l'Al- 
bum de 1824. C'est la même idée. 1/4 jésus, en h., avec les 
noms. 

290.— LE SOLEIL LUIT POUR TOUT LE MONDE , dit un abbé , la main 
* droite et les yeux élevés vers le ciel. Et pendant cette extase , 

un vieux soldat creuse une fosse , et des gendarmes conduisent 
un homme en prison. G. p. en t., encadrée ; elle ne porte au- 
cuns noms. 



250 DEUXIÈME PARTIE. VI e SECTION. 

:>t>l t — Au moment d'entrar dans la salle de police , un jeune soldai 
se retourne vers un vieux caporal qui l'y conduit , et la main 
sur le cœur, les yeux au ciel, il essaie d'attendrir le cerbère. 
Je suis innocent! dit le conscrit. Parle flanc droit! répond le 
caporal. T.- g. p. en t., encadrée. 

292. — LA MANIE DES ARMES. C'est encore un voltigeur qui défraie 

la verve de Charlet. Grote quement accoutré , les mains dans 
son manchon, il tient sous ses bras un arc et un carquois 
rempli de flèches. Derrière lui, un jockey le suit surchargé 
de cuirasses et d'armes de toutes espèces. T. -g. p. en t., en- 
cadrée. 

293. — RÉJOUISSANCES PUBLICtUES. Déjà Charlet a traité ce sujet au 

N° 105. Ici il a, par opposition à ces scènes d'ivresse , d'abru- 
tissement et de désordre, dessiné un vieil invalide à la 
figure martiale , portant la croix de la Légion d'honneur, en 
échange de la jambe et du bras qu'il a laissés sur le champ 
de bataille. Il s'éloigne avec dégoût de ces hideuses distribu- 
tions. T.-g. p. en t., encadrée. 



1824 (D 

294. — * VIEILLARD MÉDITANT DEVANT UNE TÊTE DE MORT. Il a 

placé près d'elle ses croix et ses cordons. Assis dans un large 
fauteuil , un livre devant lui , les yeux fermés , il semble ab- 
sorbé par les plus graves réflexions. Croquis 1/4 Jésus, s. t. c. 
Il ne porte aucuns noms. 

295. —PROMENADE A BELLEVILLE DE M* e DURAND, COCO, FIFINE , 

AZOR , POLICHINELLE ET M. DURAND. Ce dernier, en bras de 
chemise, le schall de sa femme sur l'épaule, semble médio- 
crement satisfait de traîner la voiture où sont les enfants, 
azor et polichinelle. M me Durand, qui se carre près de lui, est 
beaucoup plus contente : On aperçoit le petit cousin. En ce 
moment Coco se lève, et va frapper son père avec une longue 
gaule en s'écriant : Papa ! dada! T.-g. p. en t., encadrée. 

296. — M. Durand est encore moins content. Pendant que Madame 



(1) C'est en 1824 que les éditeurs Gihaut commencèrent a imprimer quelques épreuves des litho- 
graphies de Charlet sur papier de Chine. Nous nous sommes abstenu d'indiquer dans notre Catalogue 
celte différence dans la nature des épreuves, ne voulant pas le surcharger. 



PIÈCES DÉTACHÉES. 251 

valse avec le cousin, il fume dans une longue pipe, assis près 
l'une table, et chargé par sa femme de garder son schall, son 
ombrelle et les provisions. Les deux enfants sont accourus. A 
droite, Coco veut s'emparer du dîner. Papa! nananf... A 
gauche, Fifine retrousse sa robe: Papal caca! T.-g. en t., 
encadrée. Fait pendant à la précédente. 

M7. h. — PAPA! NANAN! PAPA! CACA! Ce dessin, condamné par le 
maître et remplacé par celui que nous venons de décrire , est 
terminé et porte tous les noms. Parmi les très - nombreuses 
différences qui le distinguent de l'autre, nous indiquerons 
celle-ci : la voiture des enfants est à droite ; tout à l'heure 
elle était à gauche. 

21)8. — Un jeune sergent du génie, avec armes et bagages, a sur sa 
route accosté un laboureur, qu'à sa figure martiale on recon- 
naît pour un ancien soldat, et prenant congé de lui , il en re- 
cueille cette moralité : Le laboureur nourrit le soldat , le sol- 
dat défend le laboureur ! Trois enfants entourent le sergent , 
et complètent ce beau dessin. T.-g. en t. 

299. — LE PREMIER COUP DE FEU. Un jeune soldat éprouve un effet 

assez ordinaire en pareille occasion. Il est resté à l'écart et va 
s'accroupir au pied d'un arbre, tandis que sur la gauche le 
feu est engagé (1). 

300. — LE SECOND COUP DE FEU. C'est tout autre chose : notre cons- 

crit est devenu un brave soldat. Monté et agenouillé sur le 
mur d'un réduit, il tire son coup de fusil sur un Prussien, qui 
reçoit la charge en pleine poitrine. 

G. p. en t., encadrée, faisant pendant de la précédente. 



1825 



301, — Un vieillard se dirige vers la gauche, portant un pain sous 
le bras. Il voit un petit pauvre demandant l'aumône : Jeune ! 
se dit-il , j'avais des dents et pas de pain ; vieux ! j'ai du pain 
et pas de dents. Ici, le vieillard porte un chapeau rond. 



(I) En cette occasion comme le plus souvent , Charlet a saisi îa vérité sur le t'ait. Quelques-uns uV 
nos lecteurs se rappellent peut-être encore <ette parole si facile du D r Pariset , secrétaire perpétuel de 
l'Académie de Médecine. Cette parole était un bouquet de feu d'artifice. Or un joui que le docteur 
allait parler, il disparait un moment Un peu plus lard , il me donnait ta raisons de son absence - 



252 DEUXIEME PARTIE. — VI e SECTION. 

302. — *MÊME SUJET,, AVEC LA MÊME LÉGENDE. Dessin tout à fait 

différent du précédent. Le vieillard porte un chapeau à trois 
cornes. 

Ces deux pièces sont imprimées sur 1/4 jésus, avec les 
noms. 

303. — L'INSUBORDINATION. Au milieu d'une troupe d'enfants jouant 

au soldat, un franc gamin, nu-pieds, coiffé d'un bonnet de 
police, s'est approché du chef, qu'à son costume on peut 
croire un petit riche, et le menaçant de sa main : Si les 
mieux habillés, dit-il, veut toujours être les générais , fleurs 
y fiche des calottes. 

T.- g. p. encadrée en t. ; imprimée chez M lle Fromentin 
et O. 

304. — Un grenadier s'est écarté de la colonne qu'on voit filer dans 

le fond, à gauche, et est entré dans une ferme. Saisissant une 
tasse de bouillon qu'une vieille femme vient de tirer du pot , 
il dit en riant : « Elle a le cœur français, V ancienne! » 

305. — ILS SONT LES ENFANTS DE LA FRANCE! A gauche, un mo- 

nument funèbre porte cette inscription: Foy ! la patrie re- 
connaissante adopte tes enfants. Un vieux canonnier du sixième 
d'artillerie légère (commandé dans le temps par Foy) tient 
sur son bras le plus jeune des enfants enveloppé dans son 
manteau. Près de lui les quatre autres enfants (deux garçons 
et deux filles) ont dans leurs mains des couronnes d'immor- 
telles. 

T.- g. p. en h. , sans encadrement , faite à la mort du géné- 
ral Foy. 

1826 



306. — Un peintre, affublé d'une manière grotesque, vient de ter- 
miner cette enseigne : Fabrique d'éteignoirs (au-dessous est 
dessiné un dindon faisant la roue et tenant un éteignoir dans 



« Rien n'est plus commun , lui disais-je , et voici ce dont j'ai été témoin et peut-être même un des 
acteurs : 

« C'était le premier jour de la bataille de Leipsik. Par un temps magnifique , vers dix heures du 
matin , toute la vieille Garde marchait en masse dans la plaine, se dirigeant vers le lieu du rendez- 
vous. Depuis la veille , : les deux armées étaient en présence et l'artillerie en batterie. Or, contrairement 
aux habitudes, la bataille s'engage par une effroyable canonnade sur toute la ligne. 

« Aussitôt vous eussiez vu de cette vieille Garde se détacher plusieurs milliers d'hommes subissant 
la même influence que notre jeune soldat et notre spirituel docteur. • 



PIÈCES DÉTACHÉES. 253 

la patte) au plus beau des jésu Montrant en riant son 

ouvrage de sa main droite qui cache la fin du mot; il se 
demande : est-ce un dindon ? 1/4 jésus en h. 

307. —LE BILLET DE LOGEMENT. Trois militaires, porteurs de bil- 
r lets, cherchent leur logement. S'adressant à cet effet à un 

paysan qui rentre chez lui, voici les renseignements qu'ils 
obtiennent : Allai, suivai... allai, marchai , vous n'y êtes 
point... Suivai tout drait , tout au bout de la grande sente ; 
vous tournerai su votre main draite , puis tout drait un p'tit 
quart d'heure. 

Cette pièce en t. 1/4 colombier est éditée chez Bance et 
imprimée chez Benard. 

308. — Un grenadier blessé, le bras droit en écharpe, marche sur 
v une grande route par un froid rigoureux. Notre grenadier est 

philosophe, et bien mieux, philosophe français; aussi prend- 
il gaiement son parti en entonnant le refrain : Ah! quel 
plaisir... d'être soldat! Près de lui, un jeune soldat, traînant 
péniblement un pied blessé , semble plus impressionné par le 
froid et la misère que par la gloire et le plaisir d'être sol- 
dat ! 1/4 Jésus en h. 

1827 



309. — Des conscrits sans armes sont exercés à la marche par un 

vieux caporal. Voici sa théorie : Au commandement de halte ! 
rapportons vivement le pied qui est à terre à côté de celui qui 
est en l'air , et restons mobile! ! ! A gauche, un groupe d'en- 
fants ; dans le fond, de nombreux spectateurs. T.- g. p. en t. 
Voici son pendant. 

310. — De jeunes fantassins ont pris les armes pour la corvée du 

quartier. L'un d'eux s'est approché d'un vieux troupier assis 
sur un banc, et, son bonnet de police à la main, lui fait res- 
pectueusement une réclamation. Voici la réponse de l'ancien : 
Au commandement de pas d'observations ! tu renfonces simul- 
tanément ton discours , en partant vivement du pied gauche , 
la pointe du pied basse , le jarret tendu , et les genoux d'a- 
plomb de sur les hanches. » 

311. — Un hussard d'ordonnance vient de mettre pied à terre ; il est 
• ivre. Survient un officier : Capitaine, dit le hussard, dont les 



254- DEUXIÈME PARTIE. — VI e SECTION. 

jambes flageolent, j'ai des faiblesses!... et le capitaine in- 
dique, à gauche, la salle de police. P. en t., 1/4 colombier. 

312. — Un vieil invalide ivre est tombé au pied d'un arbre qu'il 

enlace du bras gauche. Un grenadier, qui vient de vider 
quelques bouteilles avec lui, le soutient, et le saluant res- 
pectueusement : Honneur au courage malheureux ! lui dit-il 
en riant. 

Cette pièce en h., 4/4 colombier, faisait partie de l'album 
intitulé: V Amitié, donné à Duval - Lecamus par divers ar- 
tistes, ses amis. Le premier tirage a été fait chez Langlumé; 
les épreuves postérieures portent le nom des Gihaut, qui 
avaient acquis la pierre. 

313. rrr. — Un vieillard, qui se refuse aux idées et aux inventions 

nouvelles , interpelle un gros homme qu'on voit de face , en 
chapeau rond et redingote à la propriétaire : Votre gaz , lui 
dit-il, c'est l'anarchie et la destruction de la morale ; et 
votre enseignement mutuel! ! ! la Révolution! !.. . la Révolu- 
tion!... 

Cette pièce, encadrée, porte en h. 140 sur 101. Le nom de 
Charlet, à gauche; celui de Villain , à droite. 



1828 

Les deux pièces suivantes , 1/4 Jésus, étaient destinées à 
l'album 1828 (croquis et pochades à l'encre); condamnées 
par le maître , elles ont tirées à part : 

314. — * TÊTE D'HOMME EFFRAYÉ. La figure est vue de face, la 

bouche ouverte et les yeux effarés. Le nom seul de Charlet 
se lit au milieu du bas ; en h. 

315. — * SCÈNE D'INTÉRIEUR. A droite, un invalide, vu par le dos, 

lit un journal à deux hommes assis avec lui autour d'une 
table. Dans le fond, un quatrième personnage, de face; 
à gauche, deux petits enfants. En t., sans aucuns noms. 

316. — Encore un voltigeur ! Celui-ci porte un chapeau à trois 

cornes et la croix du lis. Apercevant dans un jardin royal 
un aigle aux pieds de Jupiter : Ah ! si fêtais de la police , 
s'écrie-t-il avec indignation, comme ce drôle de Jupiter la 
danserait! Un grenadier de la Garde royale, en faction, rit 
de cette algarade ; en h., 1/4 jésus, ne porte aucuns rwgas. 



PIÈCES DÉTACHÉES. 255 

317. — Nous sommes devant une auberge portant pour enseigne : 
Au Randévous des Chevayé de ï Arcq. Dans le fond , le tam- 
bour du village bat le rappel. Un petit homme à jambes 
torses, à tournure grotesque, se hâte d'accourir ; il porte 
son arc à la main, le carquois en bandoulière et la cible sous 
le bras. Arrêté devant l'auberge par deux cuirassiers, il est 
interpellé par l'un d'eux en ces termes : Dis donc , tambour- 
major des incurables ? tu devrais bien acheter les serpents de 
ta paroisse y ça te ferait encore une jolie paire de bottes. 
P. en t. encadrée, 1/4 jésus. 

318. — Dans l'intérieur d'une maison, qui semble avoir été retour- 

* née (suivant le langage pittoresque militaire), un officier 

surprend un hussard agenouillé devant un buffet dans lequel 

son sabre est encore enfoncé; et sur ses représentations: 

Lieutenant , dit-il, je cherche du fourrage pour mon cheval. 



. 



<*-**-> cl 



Imprimée chez Gaugain. 



319. R. — * Première idée de la même pièce. 1/4 jésus, non termi- 
née; elle ne porte aucuns noms. L'officier et le hussard sont^ 
à peu près terminés : le dernier est à droite , la tête nue. 
Dans la pièce précédente il était à gauche , son schako sur la 
tête. 

.>20. rr. — * SAINT JÉRÔME. Nu jusqu'aux reins, une plume derrière 
l'oreille, il est assis dans une grotte; devant lui, un gros 
livre, appuyé sur une tête de mort, est ouvert à cette 
sentence : Ne donnez pas à saint Pierre ce qui appartient 
à César. 

P. p. à l'encre (165 de h. sur 115). Elle ne porte aucuns 
noms. Imprimée chez Villain. 

1829 

321 . — Deux invalides, se tenant par le bras, se sont trouvés sur la 
route de l'Empereur; ils se découvrent respectueusement. 
L'un d'eux, interrogé sur le lieu où il a perdu ses deux jam- 
bes : « Sire , répondit-il , c'est à Austerlick que j'ai été dé- 
moli. » Imprimée chez Gaugain. 

322y -— * FEUILLE DE CROQUIS. Six sujets sur la même feuille : trois 
en haut, les trois autres au-dessous. Celui du milieu, en haut, 
représente une vieille femme tenant dans ses bras un enfant. 
1/4 colombier, en t. 



DEUXIEME PARTIE. ■ 



323. — * DEUXIÈME FEUILLE DE CROQUIS. Contient également six 
sujets. Au bas, à droite, un jeune soldat, son fusil dans la 
main droite, tient son schako de l'autre main. 1/4 colom- 
bier, en t. 



1850 



324. — * FEUILLE DE CROQUIS. Quatorze sujets divers. En haut , à 

droite, le chiffre 3. Au-dessous, Jupiter dans une position 
héroïque, son aigle sur ses genoux, et Charlet dit : « Jupiter 
doit être toujours comme ça / » 

325. — * DEUXIÈME FEUILLE DE CROQUIS. Douze sujets divers. Au 

haut, à droite, le chiffre 4. Au bas, à droite, un Turc, vu 
par le dos, et à sa gauche un enfant. 

326. — * TROISIÈME FEUILLE DE CROQUIS. Il sont tous militaires. Le 

bas est entièrement rempli par un champ de bataille couvert 
de troupes de toutes armes. Ces trois feuilles de croquis, en 
t., 1/4 jésus, sont imprimées et éditées chez les Gihaut. 

A cette époque, les croquis étant à la mode, l'éditeur 
Rittner en fit paraître un assez grand nombre, et parmi 
eux, quatre appartiennent au crayon de Charlet. Tous quatre, 
en t., sur 1/4 jésus, ont été imprimés chez Villain, dont ils 
portent le nom. 
327. — CROQUIS N° 1. Au milieu de divers sujets, on distingue, à 
gauche, un officier de la République, à cheval; à droite, une 
jeune femme agenouillée. 

328. — CROQUIS N° 2. En h. A gauche, un enfant à cheval sur un 

bâton; au bas , à droite , un paysan cause avec une paysanne, 
etc. etc. 

329. — CROQUIS N° 37. Au haut, à gauche, une charrette escortée 

par des cavaliers. Au bas, à droite, une petite tête d'homme, 
etc. etc. 

330. — CROQUIS N° 38. Au haut , à gauche, un chasseur de la Garde, 

l'arme au bras; au bas, à droite, suite de petites têtes gro- 
tesques , etc. etc. 

331. — * JEUNE FEMME. Assise dans un jardin, ayant un petit enfant 

debout sur ses genoux. A droite , un jeune garçon, le sac au 
dos, présente les armes. P. p. en h., encadrée. Portant le nom 
seul de Charlet. 



PIÈCES DÉTACHÉES. 257 

332. — LE GAMIN ÉMINEMMENT ET PROFONDÉMENT LIBÉRAL. ( Après 

le tirage de quelques épreuves, le mot libéral a été effacé et 
remplacé par celui de national. ) 

Des grenadiers de la Garde , en marche , sont suivis par une 
bande d'enfants. L'un de ces derniers porte le sac et le fusil d'un 
grenadier, aidé toutefois par deux camarades. A droite, plu- 
sieurs enfants sollicitent vivement un autre grenadier de se 
laisser aussi désarmer ; déjà l'un a saisi son arme , et comme 
le vieux soldat résiste et menace même de sa main levée, 
notre gamin lui dit : « Ah! moi! moi! moi ! m' sieur V gre- 
nadier , que f vas vous V porter vot } fusil; j'ai de la pogne , 
moi! j* suis joliment roide des reins , allez!... » 

T.- g. p. en t., encadrée^ 

333. — L'ALLOCUTION (28 juillet 1830). Au coin d'une rue, des 

hommes du peuple sont armés. L'un d'eux, portant un mous- 
queton dans sa main gauche , aperçoit des gendarmes char- 
geant. Il se retourne vers ses camarades, et avec un geste 
animé : Polignac , leur dit-il, a mis la broche, y n mangera 
pas le rôti! Enfants ! veillez au grain , soignez les pénitents ! 
Du bon coin! tel et roide d'hauteur! Et quand nous aurons 
secoué le panier aux ordures , si la France nous doit plus 
quelle ne peut payer, nous lui ferons crédit. . . 
T.-g. p. en t., encadrée. 
334-. — Première idée de la pièce précédente. 1/4 jésus, en t., sans 
aucuns noms. L'homme qui fait l'allocution a un bonnet sur 
la tête. A gauche, un homme, le fusil dans les mains, le ge- 
nou en terre, va faire feu. 

335. — *LE TAILLEUR DE PIERRES. Vu de face, les bras nus, la tête 

enveloppée d'un mouchoir. ïl indique le drapeau tricolore 
qu'on voit flotter sur la colonne de la place Vendôme, dans le 
fond , à gauche. 

1/4 jésus, en h., encadrée; ne porte aucuns noms. 

336. — * LE TAILLEUR DE PIERRES. C'est la même idée que précé- 

demment. G. p. en h., sans encadrement, à peu près terminée ; 
ne porte aucuns noms. 

Ici le tailleur de pierres a la main droite appuyée sur son 
pic; dans sa main gauche, il tient un chapeau de paille. La 
Colonne dans le fond , à droite. 

337. — Deux petits garçons se sont rencontrés à la sortie de l'école. 

Leur conversation roule sur la politique, car le petit bon- 
homme de droite dit avec animation au camarade : « /' te 

17 



258 DEUXIÈME PARTIE. — V e SECTION. 

parie quatre sous tout de suite! q c'est moi et petit Pannotet 
qu'a proclamé la République , et qua demandé la tête des 
tyrans! Même que j'ai acheté deux sous de pommes de 
terre frites,... à preuve!... 1/4 Jésus , en h., sans encadre- 
ment. 
338. — PINGARD ET BUCHETTE FAISANT LA PARTIE D'ALLER DE- 
MANDER DU PAIN OU LA MORT. Nos deux fricoteurs sont ivres 
et bras dessus, bras dessous; Pingard, à gauche, tient un 
bâton sur l'épaule; Bûchette, sans chapeau, a grand'peine 
à rester sur ses jambes. 1/4 jésus, en h., sans encadre- 
ment (1). 



1831 



339. — CHARGE DE CHEVAU- LÉGERS. Armés de lances, ils défilent 

devant un officier supérieur placé au .milieu de Festampe. 
Dans le fond, à droite, on distingue l'Empereur sur son 
cheval blanc. 

1/4 jésus, en t., encadrée. Une seule épreuve porte le nom 
de Villain , remplacé aux épreuves postérieures par celui des 
Gihaut , ces derniers ayant acquis une imprimerie lithogra- 
phique. 

340. — ESSAI A LA MANIÈRE NOIRE, par Charlet. Cette pièce, 1/4 Jé- 

sus, en h., encadrée, a été dessinée comme essai d'un procédé 
nouveau de Motte, et imprimée par lui. 

Un vieillard, assis dans un grand fauteuil, tient ses lu- 
nettes dans la main gauche, et semble méditer devant un 
livre placé sur une table près de lui. 

341 . — rrr. Un très-petit nombre d'épreuves de la pièce précédente 

ont été tirées avant toutes lettres. Les épreuves portent au bas, 
à droite, une petite tête de vieillard , dessinée par Charlet, 
pour essayer le procédé ; elle est effacée aux épreuves posté- 
rieures. 

342. — * MARCHE DE LANCIERS SUR UN CHAMP DE BATAILLE. A 

gauche, vaste champ de bataille; une colonne de lanciers s'y 
dirige . venant de la droite. Dans le fond, du même côté, on 



(1) Ces deux pièces, faites peu après la révolution de Juillet, prouvent que Charlet n'était p 
épublicain. « On cesse de l'être, nous disait-il , quand en fouillant dans sa poche on y trouve u 
>ièce de cent sous. » Ces plaisanteries eurent alors beaucoup de succès. 



PIÈCES DÉTACHÉES. 259 

distingue l'Empereur à cheval. Pièce à l'encre, 1/4 Jésus, ent., 
encadrée. 
343. _ •* VIEUX PATRE ASSIS PRÈS DU TOMBEAU DE SA FILLE. Il 

réfléchit tristement, les mains jointes ; son chien est couché 
à ses pieds. Une croix de bois , placée près de la tombe , est 
couverte de couronnes de fleurs. 

1/4 jésus, en h., encadrée, imprimée par Motte. 
.114. — Un vieux maître d'école tient sa férule à la main , et avant 
d'en faire usage, il admoneste ainsi un petit garçon qui a 
laissé tomber un cahier, sur lequel il a dessiné des poires : 
« Quand tu fais des poires sur tes cahiers . dit-il , tâche nu 
moins de me faire lu queue ! » 

En h., 1/2 colombier, encadrée, imprimée par Bénard, 
éditée par Aubert. Cette pièce fait partie d'un album destiné 
dans le temps à payer les amendes du journal ht Cari- 
cature. 

Elle est peut-être la meilleure plaisanterie qui ;iit été faite 
dans l'intérêt de ce qu'on appelait alors le juste-milieu. 
.'{■45 .k. — Un vieux pâtre est assis dans un champ et joue de la flûte , 
un enfant et un chien près lui. S'interrompant : Comme flûte . 
dit-il, je suis avant Tulou , par rang d'ancienneté. Et cette 
réflexion fait rire le vieux pâtre , l'enfant , et probablement 
le chien. 

1/4 jésus, en t., imprimée par Motte, et destinée à faire 
partie d'un keepsake lyrique. {Leduc, éditeur.) 
:\M). —* COSTUMES DU MOYEN AGE. Dans un pays de montagnes, 
^-"V un soldat est assis sur une roche. 11 s'entretient avec un autre 
soldat, debout, appuyé sur une hallebarde. 

1/4 jésus, en t., ne porte que le nom des Gihaut. 
I 

1858 

347. — JACQUES -VINCENT I-, FONDATEUR DES FRILEUX (1838). 

Ces mots se lisent en exergue autour d'un médaillon, sur 
lequel est dessinée la grosse et réjouie figure de Billoux. 
Coiffé d'une couronne de laurier, il porte ses lunettes et son 
bandeau. Au dessous, le diplôme contenant dix-sept lignes, 
et Commençant ainsi : MOI !!! Jacques- 1 incent / er , par ma 
puissance et la force de ma constitution, etc. etc. 

T.- g. p. , encadrée en t., ne porte que le nom de Villain. 



2tiO DEUXIÈME PARTIE. — VI e SECTION. 

1839 

348. — * SOLDAT SOUS LA RÉPUBLIOUE. Debout , culottes courtes , • 

bas chinés , souliers à boucles. 

1/4 Jésus, en h., non encadré , avec les noms, et au bas 
le N° 2. 

349. — * SOLDAT SOUS LOUIS XV. Il porte son fusil sur l'épaule 

gauche. 

1/4 jésus, en ni, non encadré, avec les noms, et au bas 
le N° 3. 

Ces deux croquis, dessinés d'un crayon large et facile, 
étaient destinés à une suite de modèles. 

1840 

350. — * DEUX ÉLÈVES DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE. Dessinant dans la 

campagne, tous deux en grande tenue, Fépée au côté (1840). 
1/4 jésus, encadré, en t. 

351. R. — LE MAGISTER DE NOTRE VILLAGE. Assis dans un fauteuil, 

sa férule est suspendue sur sa poitrine. Devant lui, un jeune 
élève récite sa leçon ; sa figure pleurnicheuse laisse à penser 
qu'il a déjà reçu ou va bientôt recevoir la correction magistrale. 
Costumes de Louis XV. En h., 1/4 jésus, sans encadre- 
ment. A droite: A M. le comte de Marcieux. Plus bas, à 
gauche : Lithographie de Villain, imprimeur sans caractère. 
Après le tirage de quelques épreuves , Villain, ne voulant pas 
passer plus longtemps pour un imprimeur sans caractère , a 
effacé ces trois mots. 

352. rr. — * CAMPAGNARD A CHEVAL AU GALOP sautant un obstacle. 

Il porte un grand chapeau, des bottes à l'écuyère, et se di- 
rige vers la gauche. Longueur du cheval, 60. Ce petit cro- 
quis en t., tiré sur 1/4 jésus, sans encadrement, porte au bas 
à gauche : A M. de Marcieux ; à droite, le nom de Charlet. 
La pierre, après avoir fourni six épreuves, a été encadrée 
et remise à M. de Marcieux. 

353. — 1840. Dans le fond, la Bourse, où se rue la foule. Sur le pre- 

mier plan , à gauche , une Banque philanthropique , par la 
porte de laquelle on voit entrer des hommes chargés d'argent. 
Ils sont restés insensibles aux sollicitations d'un pauvre enfant 



PIÈGES DÉTACHÉES. 261 

agenouillé ; et cependant sa mère est tombée inanimée , tenant 
sur ses genoux un plus jeune enfant. Deux ouvriers vien- 
nent lui porter secours. Pendant que l'un la soutient et la 
ranime dans ses bras, l'autre apporte un bouillon. 

Le long du mur de la Banque , de nombreuses affiches por- 
tent ces inscriptions : 

Du désintéressement et de l'imbécillité, ouvrage couronné... 

De la nouvelle et de l'ancienne aristocratie. Supériorité de 
la première , comme avarice... 

Du patriotisme , considéré sous le rapport de la produc- 
tion , etc. 

Des arts , sous le point de vue commercial , de leur peu 
d'utilité , etc. 

Gharlet complète cette triste scène par ces mots : 

CHACUN CHEZ SOI!... CHACUN POUR SOI!... 

On ne dit plus: EST-IL HONNÊTE HOMME? A-T-IL DU 
MÉRITE ? 

On dit'. FAIT-IL SON AFFAIRE? A-T-IL DE L'AR- 
GENT? 

T. -g. p., encadrée, en t., avec les noms. 

354. — LE PLUS DÉLICIEUX ET LE PLUS AILÉ DES BIZETS. FRICO- 
TEUR RÉCALCITRANT ET DROLE DE CORPS. 11 vient de se lever de 
la table, sur laquelle on aperçoit du vin frappé, et un compte 
montant à vingt-cinq francs. Survient un officier qui semble 
lui faire des reproches de n'être pas en tenue. Je ne peux pas 
m habiller, répond -il en riant, et tenant un verre de Cham- 
pagne à la main , mes moyens d'existence ne me le permettent 
pas!... J'ai une femme !... des enfants!., un tas de choses!... 
qui m'imposent une immensité de privations ! 

G. p. à l'encre, en h., encadrée, avec les noms. On lit au 
bas : Se vend deux francs , au profit d'un vieux légionnaire 
de la Garde Impériale. 



355. RR. — LE MAITRE DE CEUX QUI N'EN VEULENT PAS , OUVRAGE 
A LA PLUME POUR DESSINER SANS APPRENDRE ET SAVOIR 
SANS ÉTUDIER. Par Charlet, professeur à l'école royale Poly- 
technique. 



262 DEUXFEME l'ARTIE. — VI e SECTION. 

Un entant à genoux , vu par le dos , indique de la main 
droite et fait lire à un petit camarade cette annonce tracée 
sur un bloc de pierre. A droite, à leurs pieds, un gros chien 
couché. 

G. p. à l'encre, en t. , sans encadrement. Elle devait servir 
de frontispice pour un ouvrage projeté. Gharlet ne s'étant 
pas arrangé avec l'éditeur, la pierre est restée chez Villain, 
qui, après avoir tiré un petit nombre d'épreuves, Fa effacée 
par suite d'un malentendu. 

356 rrr. — la même pièce. Premier et très-rare état. Au-dessous 
de l'estampe que nous avons décrite , Charlet a dessiné une 
dizaine de griffoimements ; nous indiquerons seulement deux 
têtes de vieillards, à gauche ; et à droite,- une autre tête de 
vieillard, de profil, tourné à droite. 

357. rr. — * GRANDE FEUILLE DE CROÛUIS à l'encre, en t. et enca- 

drée. Imprimée chez Villain, elle ne porte d'autre nom 
que celui de Charlet, au bas, à droite. Cette pièce était des- 
tinée à l'ouvrage dont nous Venons de décrire le frontispice. 
Elle contient quinze croquis ; voici les deux principaux : en 
haut, à gauche, une femme coiffée d'un bonnet est assise sur 
un banc de pierre (c'est le portrait de M me Charlet) ; au bas, 
à droite , un vieillard est assis sur une chaise basse , au pied 
de laquelle est couché un chien. 

358. —5 MAI! LA PRIÈRE DU VIEUX SOLDAT. (Anniversaire de la 

mort de Napoléon. 1821.) 

Dans le fond , deux rideaux relevés "laissent voir un riche 
catafalque sur lequel sont placés le chapeau et les décorations 
de Napoléon. Sur le premier plan, un vieux soldat de la 
Garde est respectueusement agenouillé, tenant dans ses mains 
une couronne. 

G. p. en h., encadrée, avec les noms de Bry et des édi- 
teurs de Paris et de Londres. Quelques épreuves avant toutes 
lettres; un grand nombre encadrées de diverses manières. 

359. rrr. — * PREMIÈRE IDÉE de la même pièce. Croquis en h. peu 

avancé, sans aucuns noms. 

Il n'y a d'indiqué que le vieux soldat; la tète et le haut du 
corps sont assez avancés; plus bas, seulement quelques traits 
de crayon. H. du soldat, 185. 

360. — 15 AOUT! NOBLES SOUVENIRS | anniversaire de la fête dp 

Napoléon.) 



PIÈCES DÉTACHÉES. 263 

Un vieux sergent de la Garde, assis dans un fauteuil, a 
revêtu sa grande tenue pour cet anniversaire. Une petite fille, 
entre ses genoux, se hisse sur la pointe des pieds pour dépo- 
ser une couronne et des fleurs près d'une petite statuette de 
l'Empereur. A gauche, un jeune garçon, jouant à quatre 
pattes, s'est coiffé du chapeau du vieux soldat; plus loin, un 
troisième enfant. 

Cette pièce fait le pendant de la précédente ; elle a été édi- 
tée dans les mêmes conditions et porte les mêmes noms. 



VIF SECTION 



GRIFFONNEMENTS , PIECES DIVERSES NON TERMINEES 

Les pièces dont nous ne désignons pas l'imprimeur sortent des 
presses de Villain. 

1817 

361 . rrr. — * GRENADIER A CHEVAL , le sabre à l'épaule. A sa droite , 

deux tambours : celui de haut, vu par le dos; celui du bas, 
de face. Griffonnement à la plume, en h., sans aucuns noms. 
Imprimée chez Lasteyrie. H. du grenadier et du cheval, 180. 

362. rrr. — * TÊTE DE VIEUX PRÊTRE. De profil et tourné à gauche. 

Le nez, très-aquilin, touche presque au menton. Au-dessous, 
joueur de billard , la queue à la main. 

Griffonnement à la plume en h., sans aucuns noms. Im- 
primé chez Lasteyrie. H. du joueur de billard, 62. 

1823 

363. rrr. — * INVALIDE MANCHOT. Coiffé d'un bonnet de police, la 

figure tournée à droite, il est assis près d'une table sur la- 



264- DEUXIÈME PARTIE. Vil SECTION. 

quelle est un verre; la bouteille est à terre. H. de l'inva- 
lide, 161. 

364. rrr. — * VIEUX MENDIANT , le dos appuyé contre une espèce 

de cloison et soutenu par deux béquilles. A droite, devant 
lui, un enfant, et deux personnages dans le fond, à droite. 
H. du mendiant, 185. 

365. rrr. — * VIEUX SOLDAT agenouillé avec recueillement sur une 

tombe entourée de saules pleureurs à peine indiqués. (Dans 
une toute première épreuve, ils n'existent pas.) A sa gauche, 
un bâton et son chapeau à trois cornes. 

Pièce faite à Foccasiori de la mort de Napoléon. H. du sol- 
dat, 150. 

Ces trois croquis, en h. 1/4 Jésus, à la plume et à l'encre, 
ne portent aucune indication, sauf le nom de Charlet aux 
deux premiers. 

366. rrr. — * PETITE TÊTE DE VIEILLARD RIANT , coiffée d'un cha- 

peau rond, elle est de trois quarts , tournée à droite. H., 21 . 

367. rrr. — * PETITE BATAILLE. Ébauche en t., indiquée seulement 

dans sa partie droite. H. du dessin, 67. 

A droite, lisière d'un bois ; sur le premier plan, la bataille ; 
à droite, un cheval mort; au milieu, un général sur un che- 
val blanc. 

368. rrr. — * FEMME TOURNÉE A DROITE. Assise dans un jardin , 

près d'une table sur laquelle elle a le bras appuyé ; elle devait 
tenir une ombrelle dans la main; le manche seul est indi- 
qué. H. de la femme, 97. 

369. rrr. — * JEUNE FEMME TOURNÉE A GAUCHE. La tète seule et le 

bas d'un gros arbre, dans le fond, à gauche, sont à peu près 
faits. Le chapeau qui devait être orné de plumes n'est qu'in- 
diqué. P. p. en h.; 1. 172. 

Les pièces qui nous restent à décrire dans cette section ont été 
tirées à vingt épreuves au plus; elles sont donc rares, et cette expli- 
cation donnée, nous nous abstenons de les désigner par une r, 
comme aussi d'indiquer par un astérisque (*) que les titres n'appar- 
tiennent pas aux pièces originales , et ne sont donnés que pour aider 
à la classification. Toutes ces pièces, sauf de rares exceptions que 
nous mentionnerons, sont imprimées sur format 1/4 jèsus et ne por- 
tent ni noms , ni adresses, ni aucunes indications. 



GRIFFONNEMENTS. 265 

370. — PETIT DÉCROTTEUR A GENOUX nettoyant les bottes d'un offi- 

cier. A droite , un ouvrier, ancien militaire , a les bras croisés, 
et paraît mécontent de voir un officier de hussards causant 
avec un abbé. G. à la plume , en t. 

371. — UN HOMME SUR UNE TERRASSE. Coiffé d'un chapeau rond, 

regarde défiler devant lui une nombreuse cavalerie. Le fond 
est rempli par une ville, qu'on doit supposer être Paris. 
G. peu fait , en t. 

1824 

372.— CROQUIS A L'ENCRE ET A LA PLUME. Neuf sujets sur la môme 
feuille, en t. Au bas, à droite, un oiseau fantastique , debout 
sur sa patte droite , et tenant de l'autre une feuille de papier, 
sur laquelle est un mot biffé. 

373. — ÉTUDES D'ARBRES. A la plume et à l'encre, en h. 

Quatre arbres, brisés à leur partie supérieure, sont 
garnis de branches et de feuilles qui descendent jusqu'à 
terre. 

374. — CINQ TÊTES EN CARICATURES sont dessinées au bas à droite 

d'une feuille de croquis à la plume et à l'encre. 

375. — FEUILLE DE CROQUIS AU CRAYON. En haut, à droite, un 

personnage grotesque enfonce son nez dans l'œil d'un autre 
personnage dont les cheveux se hérissent. 

376.— DEUX PÊCHEURS A LA LIGNE. Tous deux sont assis et tournés 
à droite. Celui placé au premier plan porte une redingote et 
un chapeau; l'autre est nu-tête et en veste. G. en h. 

377. —VIEILLE FEMME VUE A MI -CORPS. Elle est tournée à gauche, 
et coiffée d'un bonnet. Hauteur de la partie dessinée de la 
femme, 70. 

378. rr.— PETITE VIGNETTE AU CRAYON. Imprimée en tète d'invita- 
tions aux Festins de Balthazar, et aux Banquets du Gymnase 
lyrique. Elle porte de 1. totale, 410, et de h., 80. Elle n'a 
pas été mise dans le commerce. 

Plusieurs enfants entourent une grosse caisse placée sur un 
monceau d'albums, de recueils, etc. etc. L'un d'eux, à cheval 
dessus, sonne de la trompette. Un autre, à droite, au second 
plan , porte un drapeau sur lequel on lit : Vive Billoux! A 
gauche , le nom de Charlet (pas sa signature). 



266 DEUXIÈME PARTIE. — VII e SECTION. 

5812 

379. — GRENADIER DE LA GARDE IMPÉRIALE. Terminé seulement 

jusqu'à mi-corps. Il devait être assis près d'un piédestal. Un 
brûle-gueule à la bouche ; il est vu de trois quarts , tourné à 
droite. 

380. — VIEILLARD ASSIS DANS UN FAUTEUIL. Il est de face, coiffé 

d'un bonnet noir ; sa main droite s'appuie sur sa poitrine. 
Croquis en h. 

381. — TURC ASSIS. Vu de profil et tourné à gauche. G. en h., ter- 

miné seulement jusqu'aux hanches. 

382. — VIEILLARD, SA CASaUETTE A LA MAIN. Il est debout près 

d'un grand fauteuil , s'appuyant sur deux béquilles , et tourné 
à gauche. De ce même côté , un enfant dont la tête seule est 
indiquée. C. en h. 

1826 

383. — SAVETIER TOURNÉ A DROITE. Debout devant son échoppe; il 

est coiffé d'une casquette. C. en h. 

384. —SAVETIER TOURNÉ A GAUCHE. Debout devant son échoppe; il 

est coiffé d'un bonnet. En h. 

385. — NAPOLÉON AU MILIEU DE CROOUIS. Aux quatre angles et 

faisant pendants (en charge), Louis XVIII et un éléphant, 
Charles X et un jésuite. 
3S6. — ALLUMEUR DE RÉVERRÈRES. Sa jambe de bois indique un an- 
cien militaire. 11 va trinquer avec un grenadier de la Garde 
royale. G. en h. 

Si Charlet avait terminé ce croquis , l'allumeur devait dire : 
La liberté de la presse est comme un réverbère : elle éclaire le 
grand et le petit , le riche et le pauvre. 

1827 

387. — GRENADIER coiffé d'un bonnet de police. Tourné vers la droite; 

il est assis ou couché à demi. Il porte la croix; ses jambes 
croisées l'une sur l'autre sont à peine indiquées. En h. 

388. — SERGENT D'INFANTERIE. Debout, un banc entre ses jambes; 

il tient une bouteille dans la main droite. L'animation de sa 



GRIFFONNEMENTS. 



2(>7 



ligure doit faire supposer que Charlet avait à traiter quelque 
querelle de cabaret. En h. 

389. — DEUX CARABINIERS ET UN ENFANT. Le carabinier, vu de face, 

est dessiné jusqu'à la ceinture; il tient son casque sous le bras 
gauche. L'autre , tourné vers la droite , devait être assis et 
porter dans son bras droit , qui n'est pas indiqué , un enfant 
dont la tête et le corps sont seuls dessinés. En h. 

390. — JEUNE HOMME ASSIS DANS LA CAMPAGNE. Sa tète, presque 

de face , s'appuie sur sa main droite. A en juger par quelques 
traits à peine indiqués, les jambes devaient être croisées. 
En t. 
394 , _ TÊTE DE VIEUX PAYSAN. Vu de profil , tourné à gauche. Le 
haut de son bonnet de coton et le collet de sa veste sont à 
peine indiqués. En h. 

1828 

392. — LA JUSTICE FÉODALE. L'idée de Charlet , dans ce c. en t. dont 

la partie gauche est seule indiquée, était de montrer un 
paysan condamné pour quelque méfait envers son seigneur. 
Il n'y a que la tête du paysan qui soit dessinée ; à gauche , 
deux soldats armés d'arquebuses ; plus à gauche encore , un 
soldat à cheval, etc. 

393. — GROS HOMME ASSIS DANS UN FAUTEUIL. Sa figure riante est 

tournée à .gauche et un emplâtre couvre son œil droit. 

394. — PORTEUR D'AFFICHES. Vu par derrière; il tient dans sa main 

gauche une longue perche , au haut de laquelle est placée une 
affiche. Dans le fond, à gauche, plusieurs personnages, dont 
le plus apparent rappelle la Nymphe de la Tamise (N° 265). 
Le nom de Charlet au bas. 

Ce croquis est une réminiscence du voyage de Londres. Un 
petit nombre des premières épreuves ont été imprimées sur 
i/i jésus, en t., laissant subsister, à gauche, un croquis de 
Hady Roos, représentant un officier anglais à cheval, tenant 
une cravache à la main (en caricature). Aux épreuves posté- 
rieures, ce croquis a été effacé . et celui de Charlet a été im- 
primé, en h. 

395. — TÊTE DE CHIEN. Terminée . au milieu de quatre croquis peu 

indiqués. Le plus fait, au bas, à droite, représente un vieil 
lard ridicule portanl une gigantesque épée. En t. 



268 DEUXIÈME PARTIE. — VII e SECTION. 

396. — UN VIEILLARD ET UNE JEUNE FEMME lui donnant le bras. 

La jeune femme en cheveux, le vieillard en chapeau rond. 

397. — JEUNE FEMME ASSISE PRÈS D'UN ARBRE. Elle regarde un en- 

fant , dont les cheveux , le bonnet et une partie d'un baudrier 
sont seuls indiqués. 

Ces deux croquis en h. , à la plume et à l'encre, étaient des- 
tinés, s'ils avaient été terminés, à faire partie du recueil que 
nous décrirons plus tard (Croquis et pochades à V encre , 1828). 

1829 

398. — SCÈNE D'INTÉRIEUR. Quatre personnages composent ce petit 

tableau, en h. A droite, un vieillard assis sur une chaise; à 
gauche , un cuirassier , et dans le fond , une vieille femme 
qui rit en écoutant le récit fait par un homme assez grotesque 
qui gesticule avec son parapluie. 

399. — HOMME ASSIS DEVANT UNE TABLE , à la porte d'un cabaret 

ayant pour enseigne : Au solitaire. Une bouteille devant lui, 
son chien à ses pieds , il semble absorbé dans de tristes ré- 
flexions. Charlet nous montre, dans le fond, à droite, un 
corbillard attelé, et un homme portant une bière sur son 
épaule , et notre philosophe devait dire : Ce que cest que la 
vie! P. c. en h., presque terminé. 

400. — LE JEUNE SOLDAT ET L'ESPAGNOL. C. en h., très-peu avancé. 

Un jeune soldat est en vedette dans la campagne. A droite, 
un guerrillas se glisse terre à terre jusqu'au soldat, pour l'as- 
sassiner. La tête seule de l'Espagnol est indiquée. 

401. — DEUX ÉTUDES DE PAYSAGE. Sur la même feuille, en t. A 

gauche, un paysage de forme ovale. Une petite fille est en- 
trée dans une mare , un bâton à la main , pour en faire sortir 
une vache, qu'un petit garçon retient par la queue. Le 
deuxième croquis représente un intérieur de forêt. Sur le pre- 
mier plan, à gauche, un petit garçon. 

402. — DEUX CROaUIS SUR LA MÊME FEUILLE. 

A gauche, un homme portant un chapeau à plume, le 
bas du corps effacé par des hachures. 

A droite, une vache les pieds dans l'eau, près d'un gros 
saule derrière lequel on voit une vieille femme et un enfant. 

403. — FEMME ASSISE DANS UN JARDIN. Coiffée d'un béret, elle est 

tournée à droite, et dessinée seulement jusqu'à la ceinture. 



GRIFFONNEMENTS. 269 

A droite , dans le fond , un casque , qui devait probablement 
coiffer un enfant. En t. 

404. — DEUX CANONNIERS à pied de la Garde Impériale. L'un de- 

bout , derrière la roue d'un affût; l'autre, qui doit être assis, 
a l'air riant, et tient son bonnet à poil à la main. C. en h., 
peu avancé. 

405. — L'EMPEREUR ET LE GRENADIER. Grande pièce à l'encre, au 

crayon et au lavis , à peu près terminée. C'est la même idée 
que le N° 451 ; nous y renvoyons. Ici le grenadier, portant 
l'arme en sous-officier, a la main gauche sur sa poitrine. 
L'Empereur, devant lai, a les bras croisés et une cravache 
dans la main droite. 

1831 

406. —PAUVRES SORTANT D'UN ATELIER DE TRAVAIL. Un d'eux, 
sur le premier plan , tenant de chaque main une béquille , a 
devant la poitrine une pancarte suspendue, sur laquelle on 
lit: Hypp, Bellangé , couvreur, estropié des quatre membres 
en tombant de dessus un toit! Ce croquis principal est entouré 
d'une douzaine de griffonnements; le tout à la plume et à 
l'encre. En t. 

407. — CINQ TÊTES D'ENFANTS. A leur droite, un vieillard ; au-des- 

sous, à gauche, un autre croquis. En t. 

408. — FEUILLE DE CROQUIS. Cinq sujets, en t. Au bas, à gauche, 

un vieillard demande l'aumône à une femme qui s'éloigne 
avec un enfant. 

409. — DEUX ENFANTS DERRIÈRE UNE BARRICADE. Celui de gauche 

semble se disputer avec son camarade , qui plante au milieu 
des pavés une longue perche sur laquelle il a placé sa veste 
et son chapeau. C. en t. 

410. — UN COCHON ET UN CHIEN en face l'un de l'autre et se regar- 

dant avec peu de sympathie. C. en t. 
414. —FRAGMENT DE BATAILLE. Des cuirassiers, vus par le dos, 
marchent vers le champ de bataille qu'on aperçoit dans le 
fond. C. à l'encre, en t. 

412. — LANCIERS EN MARCHE. Ils débouchent de la droite pour mar- 

cher vers la gauche; au milieu, de grands arbres. En t. 

413. — SIX PAYSANS SE REPOSANT DANS LA CAMPAGNE. Ils sont 



w 270 DEUXIÈME PARTIE. — VII e SECTION. 

debout, assis ou couchés près de gros arbres, à droite de 
l'estampe. Le fond indique un pays de montagnes. 
Dessin très-avancé, en t. 

1832 

■Vl-4. — COMBAT DE CAVALERIE près d'un moulin à vent. Sur le 
premier plan, à gauche, un homme à cheval porte une plume 
blanche à son chapeau. Pochade à l'encre et au lavis, en t. 

415. — DEUX* CROQUIS SUR LA MÊME FEUILLE, en t. 

A gauche , une jeune femme tient un enfant par la main ; 
devant elle trois petits garçons derrière un mur. 

A droite, un vieillard assis, la pipe à la bouche, tend les 
mains à un petit enfant. 

1834 

416. — LE GRENADIER DE LA GARDE NATIONALE ET UN OFFICIER. Le 

grenadier, le bras gauche en avant, semble interpeller Foffi- 
cier. De celui-ci, qui porte des lunettes, il n'y a de dessiné 
que la tête et une épaulette. Dans le fond, à gauche, plu- 
sieurs fantassins armés. En t. 

417. —UNE VIVANDIÈRE ET DES LANCIERS. Halte militaire. La vi- 

vandière, à droite, est placée devant sa voiture-cantine. 
Pièce assez avancée, en t. 

1840 

418. — VIEILLE FEMME DESCENDANT UN ESCALIER. On la voit presque 

de face, portant dans sa main gauche un panier à moitié cou- 
vert par son manteau. Au haut, à gauche, tête de vieille 
femme. En h. 

419. — SOLDAT - CUISINIER. Un brûle-gueule à la bouche, les bras 

croisés, il tient dans sa main droite une cuillère à pot. En h. 

420. — CAVALIER PORTE - ÉTENDARD (costume Louis XV). Il est 

tourné vers la gauche, monté sur un cheval dont Pavant- 
main (sauf la jambe droite) est seule dessinée. En h. 

421. —UN HOMME ÉLÉGAMMENT VÊTU, tourné à gauche, est assis 

dans un fauteuil gothique ; il lit dans un grand livre ouvert 
sur ses genoux. En h. 



GRIFFONNEMENTS. 271 

422. — VIEUX JARDINIER. De profil et tourné à gauche ; derrière 
lui, un panier de légumes et une serpette. P. en h. 

i-23. — UN ENFANT ET UN CHIEN devant une glace dans laquelle se 
reflète la figure de Fenfant. C. en h. 

124. — DEUX ENFANTS JOUANT AU SOLDAT. Tous deux de profil, 

marchant vers la droite : le premier porte une casquette et 
un fusil de bois. G. en h. 

125. — BILLOUX DANS UNE BALANCE. Assis dans le plateau de droite , 

il fait équilibre au plateau de gauche, rempli de poids dont le 
total est indiqué au-dessus par le chiffre 350. Au haut, à 
droite, ce rébus: un A, trois billes , une houe (à Billoux). 
Au-dessous, cet autre rébus : le chiffre i, un âne , un os, un 
nid et le mot me (un anonyme). Ce dessin est placé en tête 
d'une invitation, faite au nom de Billoux, par Charlet. Elle 
est écrite de la main de ce dernier : 

Aimable ami , 

Je viens enfin d'atteindre mes 350 livres (175 kil. ), bon poids. 
La science s'en réjouit ; elle sait maintenant jusqu'où la "peau d'un 
mortel peut s'étendre. 

Resterons-nous indifférents devant un si beau travail de la naturel 
Non ! 

Alors, nous dînerons samedi prochain, 28 juillet , chez Bourdon, 
successeur de la mère Saguet , barrière du Maine, rue du Moulin-de- 
Beurre. 

Le repas sera servi à cinq heures et demie précises. J'y serai; il y 
aura gras. 

Du travail, des privations et de l'ordre me donnent le moyen de 
vous offrir ce repas à mes frais; en contribuant seulement pour votre 
part de cinq francs soixante et quinze centimes environ ; nous ali- 
gnerons, avec mes sacrifices, les autres dépenses d'orchestre , illumi- 
nations, bise ho fs, etc. 

Devons-nous , cher ami, compter sur la faveur de votre présence ? 

Veuillez répondre au plus tard vendredi, avant deux heures , 
A votre tout dévoué 

Jacques- Vincent , 
rue d'Assas , n° 2. 

P. S. Que votre réponse soit franche sous tous les rapports. 

Cette pochade a été tirée sur 1/4 colombier, en h. 



272 DEUXIÈME PARTIE. — VII e SECTION. 

426. — BILLOUX DANSANT SUR LA CORDE. Cette corde est une broche 

sur laquelle il se tient en équilibre sur le pied droit. Il porte 
une grosse caisse, et, derrière, le soleil darde, d'un air riant, 
des rayons dans tous les sens. Grand nombre d'autres attri- 
buts grotesques. Au bas, on lit : Sans efforts! protégé par 
les astres ! soutenu par les vents ! 
Pochade à l'encre , en h. 

427. — BILLOUX FAISANT LA PARADE. Debout et de face, sur un 

tréteau ; il appelle le public en frappant, avec une marotte et 
un gigot de mouton, sur une grosse caisse. A droite et à 
gauche, de nombreuses allégories avec des légendes. Le soleil 
se montre à gauche d'un air riant et goguenard. On va com- 
mencer , crie Billoux, tout à l'heure! les frileux!... c'est 
MOI !!! moi. . . Jacques- Vincent. . . V homme puissant. . . venez , 
Messieurs! !! 

Pochade à l'encre, en h. 

428. — Le Vert-de-Gris. Pochade et débauche d'esprit, faite à l'oc- 

casion d'un voyage à Corbeil et à Fontainebleau avec Villain 
et Aubry, et par suite d'une visite à un arquebusier. En. h. 

429. rrr. — UN HOMME PORTANT UN BONNET ESPAGNOL, dont le 

bout retombe sur ses épaules, est vu de profil, tourné à 
gauche. Le bras gauche en l'air, le bras droit pendant , ne 
sont dessinés que jusqu'aux mains. Une forte épée est pendue 
au côté gauche. À la plume, en h. H. totale, 250. 
On ne connaît qu'une seule épreuve de ce croquis. 

430. rrr. — VIEILLARD , LA TÊTE NUE. Vue de trois quarts et tour- 

née à droite. La tête, le haut de la redingote et le bras gau- 
che (sans la main) sont seuls dessinés. 

Croquis à la plume, en h. H. de la tête, 40. 

431. rrr. — Officier de la République , à cheval. Au haut, à gauche, 

tête de vieillard. H. de cette tête, 70. 

432. rrr. — Un jeune soldat, coiffé d'un bonnet de police, a les 

bras croisés; il regarde à gauche. Au-dessous, un rocher, et 
plus bas encore, une tête de vieille femme (1). 

433. rrr. — UN GRENADIER DE LA GARDE IMPÉRIALE est assis à 

droite, le bras gauche entouré de linges couverts de sang. Il 
paraît faire des reproches à un paysan devant lui, les yeux 

(1) Notre Catalogue ayant été communique avant son impression à quelques fervents collecteurs, 
nous avons laissé subsister celte erreur. Les n°' 431 et 432 ne font qu'une seule et même pièce, et 
ont été imprimés sur une seule feuille. 



GRIFFONNEMEiNTS. 273 

baissés. Deux enfants figurent dans cette scène : l'un, étonné, 
regarde le grenadier ; l'autre , effrayé , se cache derrière le 
paysan. Ce croquis, à la plume et à l'encre, 1/4 colombier en 
h., devait faire partie de la suite intitulée : Croquis à la ma- 
nière noire , etc. (N os 966 et suivants). 
L. totale du dessin , 220. 

434. rrr. — UN PEINTRE, GROTESQUEMENT ACCOUTRÉ, est devant 

une échelle double, sa palette dans une main, son pinceau 
dans l'autre. Devant lui , à gauche , un soldat d'infanterie , en 
grande tenue et portant son fusil en sous-officier, lui fait la 
nique par un geste de la main gauche. Derrière le peintre , 
un jeune enfant le soutient avec un bâton. 

Croquis à l'encre, en h., imprimé par Bry, 1/2 colombier; 
h. du peintre, 200. 

435. rrr. — FEUILLE DE CROQUIS , INÉDITE , à l'estompe et au lavis 

(imprimée par Bry). Le nom de Charlet à droite; 1/4 co- 
lombier, en h. 

Au milieu, tête de jeune homme, coiffée d'un chapeau à 
larges bords. Au-dessus, deux têtes de vieillards tournées à 
droite et à gauche. 

436. rrr. — FEUILLE DE CROQUIS, à l'encre, en t., 1/2 colombier. 

A gauche , au bas , un petit garçon et une petite fille ayant 
un panier sous le bras , se sont arrêtés pour causer ; à droite , 
un homme assis sur un banc de pierre , son chien couché à 
ses pieds. H. de la petite fille, 90. 

Ce croquis était destiné à l'ouvrage : Le Maître de 
ceux qui n'en veulent pas, etc. (N° 355.) 



VIII e SECTION 



1° PIECES FAITES AVEC LE CONCOURS D'AUTRES ARTISTES 

2° PIÈCES TIRÉES DE DIVERS RECUEILS, OU FAITES DANS UN BUT SPÉCIAL 

3 8 VIGNETTES POUR ROMANCES ET CHANSONS 

1° 

437. — Avec Philipon : Un robuste cuisinier, charcutier, peu im- 

18 



274 DEUXIEME PARTIE. — VIII e SECTION. 

porte , tenant caché derrière le dos un bâton , est venu inter- 
rompre une conversation entre sa fille et un jeune élégant. 
Pendant que la première rentre à la maison, notre amoureux 
semble être assez embarrassé de répondre à cette question du 
père : Quelles sont vos vues sur ma fille (1) ? 

438. R. — Avec Géricault. Shipwreck of the Méduse ( Naufrage de la 

Méduse). 

Croquis en t. et à l'encre, imprimé à Londres, Hull- 
mandell's lithography . Il était distribué au public lors de l'ex- 
hibition du tableau de Géricault. Ce croquis est fait presque 
entièrement par Charlet ; nous le savons de lui-même. 

439. — ÉTUDE DE CHÊNE. A droite, un chasseur tenant son fusil à 

la main , s'est arrêté , et , par un geste , témoigne son éton- 
nement de voir son chien en arrêt devant un petit enfant 
couché tout nu près d'une touffe d'arbres. 

440. — ÉTUDE DE PLATANE. A la gauche de l'estampe, une femme 

près d'une fontaine, portant une cruche sur sa tête, se re- 
tourne et regarde trois enfants montés sur le même cheval. 

441. — ÉTUDE DE PINS D'ITALIE. A gauche, un homme est assis 

sur un banc de pierre, enveloppé d'un ample manteau. 
Devant lui, deux enfants, dont l'un agenouillé , et une jeune 
femme. 

Charlet a fait seulement les figures que nous venons de décrire sur 
trois études d'arbres (format grand in-folio), dessinées par Hubert 
et lithographiées : les deux premières, par Villeneuve; la troisième, 
par Deroy. Ces études ont été éditées par Moyon, et portent les noms 
que nous venons de citer. 

442. — Avec Vauzelle : LES GROTTES D'OSSELLES (Franche-Comté). 

La chaire à prêcher. Cette pièce, en t., 1/2 colombier, fait 
partie des Voyages romantiques dans V ancienne France ; elle 
porte le N° 115 dans la section de la Franche-Comté ; elle est 
lithographiée par Vauzelle sur le dessin de Taylor. Quoiqu'on 



(1) Ce méchant dessin , en h. 1/4 jésus , presque entièrement de la main de Philipon, n'est intro- 
duit dans notre Catalogue que pour nous donner l'occasion de raconter un trait qui fait honneur à 
Charlet et que nous tenons de Philipon lui-même , resté reconnaissant. Ce dernier, venu fort jeune 
de Lyon a Paris pour tirer parti de son crayon , sentit bientôt que son talent de dessinateur était loin 
de répondre a son esprit et a son imagination. Découragé jusqu'au désespoir, il alla trouver Charlet, 
et lui raconta sa triste position. Charlet fut bon pour lui , comme il l'a été si souvent pour les jeunes 
artistes; il le reconforta , et l'engagea a lui porter sa première pierre. 

A l'inspection de ce dessin , l'on voit facilement les parties recalées par Charlet. 



AVEC LE CONCOURS D'AUTRES ARTISTES. 275 

lise au bas, à gauche, Charlet , 1829, scutpsit , cet artiste 
n'a dessiné que les figures ; elles sont au nombre de six. 
Cette pièce et la suivante sont imprimées par Engelmann. 
U3. — INTÉRIEUR D'UNE BARAQUE DE CHARBONNIERS FRANCS - 
COMTOIS. Nous n'avons pas voulu séparer cette pièce de la 
précédente, parce qu'elle appartient au même ouvrage, sous 
le N° 126. Elle est néanmoins sortie toute entière du crayon 
de Charlet. 1/2 colombier en t. 

Au milieu de l'estampe , un charbonnier , debout et tourné 
à droite, fait un geste de surprise, voyant entrer un bracon- 
nier qui lui montre un lièvre qu'il tient à la main. Composi- 
tion de onze figures et un chien. 

444. krr. — Première idée de la pièce précédente. Croquis à l'encre 

et au lavis, non terminé. La partie du milieu de l'estampe 
est restée en blanc. Le charbonnier faisant le geste d'étonne- 
ment n'est pas dessiné , non plus que l'enfant placé à la droite 
de l'homme au lièvre. Les huit personnes composant la 
famille du charbonnier sont plus ou moins indiquées , et 
toutes dans des situations à peu près semblables à celles de 
la pièce précédente. 

On n'a tiré que six épreuves de ce croquis ; il n'est pas en- 
cadré et ne porte aucuns noms. L., 238; h., 185. 

Les quatre pièces que nous allons décrire sont les premières et les 
seules qui aient paru d'une suite qui devait en comprendre douze, et 
que l'indifférence du public força les éditeurs d'interrompre. Les 
figures seules appartiennent à Charlet ; tout le reste a été dessiné 
par Jaime. Un texte accompagnant ces dessins appartient aussi à ce 
dernier. Ces quatre pièces , format in-folio , ont été imprimées sur 
papier blanc et papier de Chine; elles sont entourées d'un triple 
trait carré, et portent tous les noms, sauf le N° 4, qui ne porte 
que le nom de Gihaut. 

445. — N° 1. COMBAT DE LA RUE SAINT ■ ANTOINE (28 juillet 1830). 

A gauche , un cuirassier est tombé , ainsi que son cheval , 
écrasés par une table et des pavés qui ont été jetés sur eux ; 
à droite, un jeune homme tue d'un coup de pistolet un capi- 
taine de grenadiers. 
U6. — N° 2. LE PONT D'ARCOLE (28 juillet 1830). A gauche, un 
homme du peuple étendu mort, et près de lui un cama- 
rade agenouillé. Au milieu de l'estampe, un chasseur à pied 



27C> DEUXIÈME PARTIE. — VIII e SECTION. 

de la Garde est tombé , et reçoit des secours d'un autre chas- 
seur qui cherche à le relever. 

U1. — N° 3. PRISE DU PALAIS-ROYAL (29 juillet 1830). A gauche, 
un ouvrier blessé est pansé par une jeune femme ; à droite , 
un autre ouvrier tient un lourd marteau à la main gauche , 
et, de l'autre main, il élève en Fair un sabre sur lequel est 
placé un bonnet à poil comme un trophée. 

448. — N°4. LE PEUPLE A LA CASERNE DES GENDARMES (Faubourg 
Saint-Martin). A gauche, on voit jeter un grand nombre de 
meubles par les fenêtres; à droite, un homme du peuple est 
étendu mort sur le pavé ; il porte sur la poitrine un écriteau 
avec ces mots : fusillé pour vol. 



Pièces tirées de divers recueils, ou faites dans un but spécial. 

449. —L'ARABE ET SON COURSIER, par M. Paul. Cette vignette, 

en h., a été dessinée pour un opuscule de Fécuyer Paul, du 
Cirque-Olympique, portant ce titre: Moyen de dompter les 
chevaux. 

Un cheval est couché par terre ; un Arabe est tristement 
assis sur lui, et lui panse une jambe. A droite, l'initiale C. 

450. — * GRENADIER DE LA GARDE NATIONALE DE PARIS. En grande 

tenue , le fusil dans la main droite , il montre , de l'autre 
main, ces mots inscrits sur un piédestal : Charte constitu- 
tionnelle. P. p. en h., placée en tête d'un in-18 intitulé : 
Fastes de la Garde Nationale , imprimé en novembre 1827, 
à l'occasion du licenciement de cette Garde. 

451 . — * NAPOLÉON , mécontent d'une conférence avec le prince Dol- 

gorowki ( on voit ce dernier s'éloignant au galop ) , s'adresse 

à un factionnaire, carabinier au 17 me : Ces b -là, dit-il, 

croient qu'il n'y a plus qu'à nous avaler ! — Oh ! oh! ré- 
plique le vieux soldat, ça n'ira pas comme ça; nous nous 
mettrons en travers. Napoléon est à droite, les bras croisés, 
tenant une cravache dans la main droite. 

P. vignette en h., encadrée, faite pour un volume in-18, 
imprimé chez Chamerot, en 1828, et intitulé : Anecdotes sur 
Napoléon. 

452. rrr. — LAFONT , ROLE DE JEAN (première et deuxième partie). 



PIÈCES TIRÉES DE DIVERS RECUEILS. 277 

L'acteur Lafont, du théâtre du Vaudeville, est représenté de 
trois quarts , tourné à droite, coiffé d'un chapeau rond, il a 
les deux mains dans les poches/le sa redingote. 

Cette pièce, ainsi que la suivante, ont été faites pour orner 
le recto et le verso d'une couverture en couleur qui recouvre 
le vaudeville Jean, imprimé chez Barba avec lequel Gharlet 
était lié. 

Un petit nombre d'épreuves ont été tirées sur papier blanc , 
en h., 1/4 jésus; deux ou trois, seulement, portent en haut, 
à gauche, un griffonnement à l'encre, et la première idée de 
la tête de Jean. C'est dans ce premier état seulement que 
cette pièce est très-rare. 

453. R. — LAFONT , ROLE DE JEAN (troisième et quatrième partie), 

H est vu de trois quarts, la tête de profil , tournée à gauche. 
Sa tenue, en noir, est très-élégante ; il tient ses gants dans 
la main gauche. 

454. rrr. — Première idée de la même pièce. Condamnée par le 

maître , on n'en a tiré que cinq ou six épreuves. Elles ne 
portent aucun noms. Le corps de Jean, incliné en avant, 
est vu de profil. Ses jambes , écartées tout à l'heure, sont ici 
rapprochées. H. de Jean, 110. 

455. — PIAST (1840). Il est assis à droite, sur le seuil de sa chau- 

mière, se reposant de ses travaux rustiques. Les mains 
jointes, il va se lever, apercevant deux anges qui, portés par 
des nuages , viennent lui annoncer qu'il a été élu roi. Mor- 
tel (lui disent-ils) , tu dois régner, Dieu l'ordonne; obéis/ 
En h., encadrée. Cette pièce orne un ouvrage intitulé: La 
vieille Pologne. 

Pièces insérées dans le journal la Silhouette. 

11 n'a paru que deux volumes de ce journal ( 1830) , pour lesquels 
Charlet a fait les deux pièces que nous allons décrire. Elles sont im- 
primées par Ratier. 

456. — Un hussard en grande tenue s'est levé d'une table où il buvait , 

et à laquelle était venu s'asseoir un séminariste. Leur conver- 
sation n'était point du goût du hussard , car faisant un geste 
de mépris : Assez causé , dit-il , la fumée de tes discours me 
fait mal aux yeux! 1/4 jésus en h. 



278 DEUXIÈME FARTIE. — VIII e SECTION. 

457. — L'HOTELLERIE. Scène du moyen âge. Trois militaires boivent 

à la porte d'un cabaret. Un homme portant un chapeau à 
plumes vient de descendre de cheval, et s'est avancé vers eux. 
1/4 jésus en. 

Pièces insérées dans le journal la Caricature. 

11 a paru dix volumes de ce journal , rédigé par Philippon, de 1831 
à 1835. Charlet a donné les trois pièces qui suivent : il avait retiré sa 
collaboration de bonne heure , les allures du journal n'étant pas dans 
ses idées politiques. Tirées sur 1/4 jésus, elles portent les noms de 
Charlet , de l'imprimeur de la Porte et de l'éditeur Aubert. 

458. — N° 8. Pays de montagnes; à gauche, un bouquet d'arbres. 

Devant eux, et sur un mamelon, on distingue une très-petite 
figure : c'est Napoléon sur un cheval blanc. Au bas de l'es- 
tampe, on lit: C'est lui! En t. 

459. — * C'EST LUI (première idée) ! Croquis non terminé. Le Napo- 

léon est fait entièrement. Il est tourné à droite , sur un che- 
val dont le corps et la tête sont dessinés, les jambes et la 
queue étant à peine indiquées. Sans aucuns noms. 

460. — *N° 29. LE FUSILIER PACOT est monté sur les épaules de son 

caporal , pour épeler plus à son aise la gigantesque affiche du 
Cirque-Olympique, où l'on représente l'Empereur. Le caporal, 
peu avancé sur la lecture , désire savoir si son nom figure 
sur l'affiche, vu qu'il était avec l'Autre, et qu'on lui a dit que 
les plus fameux grognards, à pied et à cheval, y étaient 
inscrits. On lit, à gauche, sur le mur: Vive M. Adolphe 
Franconil En h. 

461 . — N° 40. A la suite du pillage de l'archevêché de Paris, un jeune 

ouvrier tient dans ses mains un livre ouvert qu'il regarde en 
riant: En v'ià un, dit -il, que j'ai repêché auprès du 
palais archipiscopane ; j' crois bien qu c'est du latin ; ça doit 
être des bêtises, des histoires d'y a six mille ans , du temps de 
Barrabas , qu' c'est pas vrai , mais qu' ça fait rire. P. m. en 
h., encadrée. 

Pièces insérées au journal l'Artiste, 

Ce journal a paru pour la première fois en 1830; Charlet lui a 



PIÈGES TIRÉES DE DIVERS RECUEILS. 279 

fourni dix pièces que nous allons cataloguer. Elles sont tirées sur 1/4 
jésus , et portent en haut ce titre : l'Artiste , et toutes la signature de 
Charlet. 

462. — 1814. Dans une chambre de chétive apparence, l'Empereur 
*^S se tient debout , les mains derrière le dos , et se chauffant à 
une large cheminée. Une jeune servante s'apprête à le servir. 
P. p. en b-, encadrée. 
/ 463. — 1810. Au milieu de l'estampe, Napoléon sur un cheval blanc, 
et suivi d'un brillant état-major, se dirige vers la cavalerie 
qu'on voit dans le fond, à gauche. P. p. en t., encadrée. 
^464. — CROQUIS. P. p. en t., encadrée. Dix-sept croquis. Au haut, à 
droite, petite figure de Napoléon sur un cheval blanc. A 
gauche, au bas , un enfant porte un fusil de munition. 

465. —JE PUIS MOURIR MAINTENANT, J'AI REVU MON VIEUX DRA- 
>«»*. • PEAU. Ces paroles sont prononcées, par un ancien officier, assis 

dans un fauteuil. Il porte la croix, et a sa canne entre les 
jambes. P. en h., sans encadrement. 

466. r. — * Première idée de la même pièce. C. non terminé, en h., 

sans aucuns noms. Le vieil officier, placé comme ci-dessus, ne 
porte plus d'éperons à ses bottes. Sa main droite est seulement 
indiquée par un trait. 

467. —GRENADIER DES LÉGIONS POLONAISES en grande tenue, l'arme 

au bras. Dans le fond , à gauche , un lancier à cheval , au 
galop. P. en h., sans encadrement. 

468. — A ! B! C ! Ces lettres sont épelées par un enfant placé entre 

les jambes d'un vieillard qui tient le livre ouvert dans ses 
mains. P. p. en h., sans encadrement. 

469. — Un petit garçon montre à sa mère son dessin ; c'est le nez du 

Jupiter Olympien: Ah! le beau nez! s'écrie la jeune femme; 
ça saute aux yeux ! P. p. en h., encadrée. 

470. — LES ENFANTS DE LA BONNETIÈRE. Deux jeunes garçons sont 

agenouillés devant une tombe. Une pierre tumulaire porte 
cette inscription : Ici repose P. Gonet , marchand bon- 
netier, décédé à Payais, le 1 er juin 1822. Sa veuve inconso- 
lable continue son commerce, rue Maubuée , n° 17. P. p. en h., 
sans encadrement. 
i-7l. — LANCIERS EN CAMPAGNE. Un d'eux à cheval, un autre à sa 
droite, à pied, assis près de deux arbres dépouillés de leurs 
feuilles. En h., encadrée. 



280 DEUXIEME PARTIE. — VIII e SECTION. 

472. — CROQUIS. Cinq sujets sur la même feuille, en t., avec enca- 

drement. Ne porte que le nom de Charlet. Au haut, à 
gauche , un officier républicain ; au dessous , Napoléon lor- 
gnant, etc. etc* 

MÉTHODE TIRPENNE 

COURS ÉLÉMENTAIRE ET PROGRESSIF DE DESSIN 

C'est le titre d'un ouvrage pour lequel Charlet a fait trois pièces. 
Elles sont en h., sans encadrement , format 1/4 jésus. Elles portent 
les noms de Charlet, des éditeurs et des imprimeurs. Au haut de 
chaque pièce on lit : Méthode Tir penne. Cours de figures de genre , 
par M. Charlet. 

473. — Pl. \. VIEILLARD ASSIS. Vu de trois quarts, revêtu d'un 

ample manteau , il tient un bâton dans la main droite. 

474. — Pl. 2. COSTUME DU MOYEN AGE. Un militaire assis sur une 

chaise tient une canne dans sa main droite, et a son épée 
placée sur ses genoux. 

475. — Pl. 3. SOLDAT D'AFRIQUE. Il est assis, recouvert d'un man- 

teau, sa figure est ornée d'une moustache et d'une royale. 

Vignettes pour Romances ou Chansons. 

Les pièces que nous allons décrire ont été pour la plupart impri- 
mées à grand nombre , sur la première page des romances ou chan- 
sons , avec les titres et adresses. 

Quelques premières épreuves ont été tirées sans le texte, ni les 
adresses , seulement avec le titre de la romance , ou quelques vers la 
désignant. 

Quelquefois enfin, on a tiré quelques épreuves avant toutes lettres, 
le plus souvent sur papier de Chine. 

Nous cataloguons ces vignettes suivant l'ordre chronologique. 

1823 

47G. R . — Vignette pour la romance sentimentale (paroles d'Aubry , 
musique de Blanchard ) chantée par M lle Flore , dans la pièce 
des Cuisinières , jouée aux Variétés, en 1823, 



ROMANCES OU CHANSONS. 281 

Dans le fond; à gauche , colonne de grenadiers en inarche. 
Sur le premier plan , Françoise fait ses adieux à son amant , 
en lui donnant , dit la chanson, quatre chemises, cinq mou- 
choirs , un' paire de bas. Imprimée par Motte. 

1828 

177. — Un jeune marchand de vinaigre rentre à sa boutique, pous- 

sant sa brouette qui contient sa marchandise. P. p. en h., pour 
la chansonnette le Petit Vinaigrier, paroles de Lefebvre, 
musique de Ropicquet. 

178. — REPOSE TOI, MAIS NE TE ROUILLE PAS! Chanson patriotique, 

sur Pair du Sabre, composée et chantée par Véron, le 
18 mai 1827, au banquet des gardes nationaux à la Chau- 
mière, à la suite du licenciement de la garde nationale. 

Un garde national vient de déposer son bonnet à poil et son 
fourniment. Assis, le coude appuyé sur une table, il tend le 
bras droit vers son sabre : Repose-toi, etc. Charlet a eu l'in- 
tention de faire son portrait dans le garde national. 

479. — LE TAMBOUR -MAJOR. Il a la canne baissée dans la main 
droite, le poing gauche sur la hanche. Derrière lui des tam- 
bours. *uJ£ te '. 

Vignette faite pour une chanson; paroles de Lefebvre, mu- 
sique de Ropicquet. 

-480. — Jean-Jean, coiffé d'un bonnet de police mis de travers, tient 
enlacée dans son bras gauche une jeune fille qui se défend : 
J suis militaire, y m' faut un baiser, lui dit-il. Le titre 
de la chanson est : Je ne suis plus Jean-Jean, qu'on disait si 
bête. Paroles de Paul de Kock , musique de Lhuillier. 

481. — *LES VIEUX SOUVENIRS. Paroles de Paulin Deslandes, mu- 

sique de Ropicquet. 

Une vieille vivandière retrouve une ancienne connaissance 
dans un invalide portant un emplâtre sur Pœil. Elle lui passe 
tendrement la main sous le menton. 

482. —FOI DE CUIRASSIER, J ; TE SERAI SINCÈRE! dit un trompette 

déjà à cheval, et serrant la main d'une jeune fille qui pleure 
en lui faisant ses adieux. Vignette pour la chanson : Le dé- 
part du Trompette. Paroles de Jaime, musique de Plantade. 

483. — A gauche, un grenadier, son fusil sous le bras, reçoit un 

verre d'eau-de-vie d'une jeune vivandière portant un enfanl 



282 DEUXIÈME PARTIE. — VIII e SECTION. 

attaché sur son dos : Gente vivandière , épanche à plein 
verre! Vignette pour la chanson militaire intitulée: Pa, 
pa, ta plan, silence! Paroles d'Alfred Gotreaux , musique de 
Ropicquet. 

484. — LE VIEUX MÉNÉTRIER. Il est assis au pied d'un arbre; son 

violon sous le bras , et montre en riant un verre rempli de 
vin à un jeune homme et une jeune fille La chanson est de 
Béranger pour les paroles , et de Ropicquet pour la musique. 

485. — Un soldat revient au pays avec son congé ; il témoigne sa 

joie en revoyant sa vieille mère. Vignette pour la romance 
intitulée: le Retour du conscrit ; paroles de Blondeau, mu- 
sique de Ropicquet. 

486. — Un pauvre enfant fait danser Polichinelle en frappant sur un 

tambour. Danse, petit Polichinelle , au son de mon gai tam- 
bourin! Vignette pour une ronde; paroles de G. Hannong, 
musique de Ropicquet. 

Depuis, cette vignette a été employée à illustrer un qua- 
drille, pour le piano, intitulé les Marionnettes , par Talica 
Klemczynski. 

487. — Deux petits Savoyards, frère et sœur, quittent le pays, se 

tenant par la main. Le petit garçon fait avec son chapeau un 
dernier signe d'adieu aux amis : Courage , mon p'tit Jean ! 
ma Jeannetf , courage ! Vignette pour une ronde savoyarde 
à deux voix ; paroles de Paulin Deslandes , musique de Ro- 
picquet. 

488. — Une vieille femme est assise au pied d'un arbre, près de 

quatre petites filles qui dansent en rond. Vignette pour une 
chansonnette intitulée : la bonne Maman ; paroles de Bé- 
tourné , musique d'Edmond Brugière. 

489. rrr. — Une jeune femme, sans chapeau, est debout sur un 

rocher ; elle tient un mouchoir dans la main droite , et regarde 
la mer avec tristesse. 

Derrière elle, dans le fond, quatre jeunes filles dansent en 
rond. Vignette pour une romance , dont le titre est : Son na- 
vire est parti; paroles de Bétourné, musique d'Edmond Bru- 
gière. En h., le nom seul de Charlet. H. de la femme, 80. 

Cette pièce est très -rare: la pierre ayant cassé dès les 
premières épreuves, elle a été refaite comme il suit : 

490. — SON NAVIRE EST PARTI! La jeune femme est assise sur le 

rocher; elle tient son mouchoir dans la main gauche. 



ROMANCES OU CHANSONS. 883 

1829 

491 . — Au haut du rocher, à droite , on aperçoit dans une niche 

une Madone, devant laquelle plusieurs personnes sont age- 
nouillées. Au pied de ce rocher , deux Espagnols , homme et 
femme , dansent le boléro , entourés de spectateurs assis. Vi- 
gnette pour un boléro intitulé : Un jour de fête en Espagne ; 
paroles de Bétourné , musique de Labarre. 

1830 

492. — Un montagnard, élégamment vêtu et portant son fusil en 

bandoulière, est debout sur un rocher. Il paraît ému en aper- 
cevant le clocher de son village. Vignette pour la romance : 
Le Retour du Montagnard, paroles de Bétourné, musique 
d'Amédée de Beauplan. 

493. r. — Dans le fond, une colonne de gardes nationaux marche 

vers la gauche. Sur le premier plan, à droite, un grenadier 
de la même colonne , le fusil sous le bras gauche. Vignette 
faite pour un chant patriotique intitulé : Le Départ pour la 
frontière ; paroles et musique d'Alexandre. 

494. rr. — * ÉPISODE DE JUILLET. A gauche, des insurgés, dont un 

porte un énorme drapeau, reçoivent le feu d'une troupe 
placée devant eux. Sur le premier plan, un ouvrier coiffé d'un 
bonnet de police, les bras nus, tient un pic dans la main 
droite. Vignette dont le titre porte : Chant des Compagnons ; 
paroles de Sazerac ; musique de M lle Armandine Santerre.' Ni 
la romance, ni la vignette n'ont été mises dans le commerce. 

1831 



495. — Dans le fond, à droite, un jeune homme et une jeune fille 

sont assis sur l'herbe. Sur le premier plan , un vieux bailli , 
caché derrière un gros arbre, les surveille. Vignette pour la 
chanson: le vieux Bailli; paroles de Henri Fossier, musique 
de Ropicquet 

496. — Un grenadier , attablé à la porte d'un eabarel 



254 DEUXIEME PARTIE. — VIII e SECTION. 

montre 9 en riant, l'enseigne de la maison qui représente un 
grenadier dans la même position que celle où il se trouve , 
avec ces mots : à leureu France. Vignette pour la chanson : 
Le soldat Niclou ; paroles de Jules Moreau , musique de Ro- 
picquet. 

497. rr. — LES BANDITS. Cinq sujets sur la même feuille, pour une 

scène lyrique, qui n'a pas été éditée. P. en t., 1/4 Jésus, 
tirée à petit nombre d'épreuves. Ces sujets portent ces titres : 
la Mère ; la jeune Fille ; la Fuite ; le Roi de la Montagne ; 
la Vengeance. 

Il existe quelques épreuves avant toutes lettres, sauf le 
nom de Charlet. 

498. > — A gauche, une vieille paysanne, à la fenêtre de sa chau- 

mière , interpelle sa fille qui cache son amant derrière elle. 
Vignette pour la romance : la Mère Grand' ; paroles de Bé- 
tourné, musique de Meyerbeer. 

1834 

499. — LE VRAI MOUTARD DE PARIS. Chansonnette comique, pa- 

roles et musique de M. Edouard Douve , etc. etc. 

Devant la boutique d'un épicier, un vrai gamin, coiffé 
d'un bonnet de police, les pieds dans des savates, attache 
une de ses bretelles. Au bas, on lit de la main de Charlet : 
A Ed. Douve y le gamin reconnaissant. 

Sur un petit nombre d'épreuves, imprimées avant les 
titres, on lit au bas, d'une grosse écriture d'écolier: LE 
MOUTARDE PARI. 

500. — CHANT FUNÈBRE composé à l'occasion de la mort de Juhel 

père ; le refrain et six couplets entourent la vignette de Char- 
let. Au-dessous, on lit : Les vides que la mort de Juhel vient 
de laisser parmi nous sont incalculables. ( Discours de M*** , 
marchand de vins en gros. ) Les couplets sont de Billoux et 
Charlet. 

Au milieu de l'estampe, Juhel est saisi par un cocher 
demi-satyre qui veut l'amener dans sa voiture stationnant : 
Avenue des Immortels. Dans le compartiment de derrière, on 
reconnaît les figures de Billoux et de Charlet. Juhel , en 
homme prudent, avant de quitter Y Auberge du Diable pour 
se mettre en route, se verse une dernière rasade. 



ROMANCES OU CHANSONS. 28.") 

501. RRR. — Un gros aveugle, tenant un violon à la main, tré- 

buche et va tomber à l'eau entraîné par son chien. Petite 
vignette en h., avec les noms de Charlet et de Villain, des- 
tinée à un recueil de chansons qui devait être édité par Henn 
Simon. H. de l'aveugle, 60. 

Sur un très-petit nombre des premières épreuves , après 
ces deux vers de la chanson : Fidèle y court, et l'aveugle s'y 
plonge. On n'est jamais trahi que par les chiens , on lit écrit 
de la main de Charlet : 

Henry Simon croquis plaît 

Autant que ton couplet 
Plaît , 
Mon triomphe serait complet 

Si on les accouplait. 

502. — Un gros ivrogne, assis sur un tabouret à la porte d'un 

cabaret, tient une bouteille dans la main droite et un verre 
plein dans l'autre main. Au-dessous ces quatre vers de la 
chanson de Béranger : 

Hé ! que quYa m'fait à moi 
Qu'on m'appelle ivrogne? 
Je suis heureux comme un roi 
Quand je nVrougis la trogne. 

Vignette en h. 

1841 

503. — UN VIEUX SOLDAT, romance; paroles d'Emile Barateau , 
musique de F. Masini. Un vieux troupier , coiffé d'un bonnet 
de police , portant la croix et trois chevrons sur sa veste , se 
repose de ses travaux de jardinier. Appuyé contre un mur , 
les bras croisés, un brûle-gueule à la bouche , il regarde son 
chien placé devant lui. P. en h. 



280 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 



IX e SECTION 

RECUEIL DES ALBUMS, FANTAISIES, CROQUIS, ETC. 

parus par suites depuis 1822 jusqu'en 1846 

Les pièces composant les divers recueils que nous avons à décrire 
dans cette section ont toutes été , sauf de rares exceptions que nous 
indiquerons , imprimées par Villain et éditées par les frères Gihaut. 
Elles portent, a\ec ces noms, celui de Charlet , et nous le mention- 
nons ici pour n'y plus revenir. Cependant les frères Gihaut ayant 
exploité pendant quelque temps une imprimerie lithographique, 
leur nom, comme imprimeur, se trouve quelquefois substitué à 
celui de Villain. 

Dans le plus grand nombre de ces recueils, la masse des épreuves a 
été tirée sur papier blanc, 1/4 Jésus. Mais quand après les premières 
épreuves d'essai, la pierre était ce qu'on appelle en train, on tirait 
une cinquantaine d'épreuves sur papier de Chine, format 1/4 colom- 
bier. Les épreuves sur Chine pourraient donc être considérées comme 
un premier état. Et d'ailleurs la couleur du papier de Chine, se rappro- 
chant de celle de la pierre, rend plus exactement le dessin du maître. 

Toutes les fois et seulement alors que les tirages auront été faits 
différemment, nous l'indiquerons dans le Catalogue. 

Recueil de Croquis; à l'usage des petits enfants , par Charlet /l 822 y. 
j Chez Gihaut, boulevard/des Italiens, n° 5. Lithographie de 
Villain ( 1 ) . 

Au-dessous de ce titre, un frontispice que nous décrivons plus 
bas et dont un assez grand nombre d'épreuves ont été tirées à part. 

Les dessins de ce recueil ont été faits avec un crayon gros et 
tendre qui paraît avoir trop ou trop peu mordu sur la pierre; aussi 
les épreuves belles et transparentes sont-elles devenues de bonne 



(1) Quand la fantaisie de ces dessins si naïfs passa par la tête de Charlet, il s'y prépara en vivant 
pendant huit jours an milieu des enfants de Villain , jouant, se roulant par terre avec eux 



croquis. — 1822. 287 

heure noires et boueuses. Dans plusieurs de ces dernières , des par- 
ties même du dessin ont disparu. 

Toutes les épreuves des divers tirages ont été imprimées sur 
papier blanc, 1/4 Jésus. Sauf le frontispice et la dernière pièce en h., 
toutes sont en t. a. t. c. 



504. — * FRONTISPICE. Deux marmots, l'un nu-tête, l'autre coiffé 
^ d'un bonnet de police, sont assis à terre et regardent un 

album qu'ils tiennent dans leurs mains. A droite, un polichi- 
nelle; dans le fond, à gauche, deux enfants jouant au soldat. 

505. — LES JEUNES AMATEURS. Deux petits écoliers, arrêtés devant 
; la boutique en plein vent d'un jeune marchand d'images, 

lisent cette inscription collée au mur : tout éta deux sou. Le 
petit marchand, assis par terre, les regarde en riant. 

506. — LA BONNE PETITE FILLE. Elle tire une pomme de son panier 

et la présente à un pauvre vieillard assis à terre contre une 
borne, et cachant sa figure avec sa main. 

507. — LES PETITS GARNEMENTS. Dans leur chambre d'étude, et 

profitant du sommeil du maître, ils se sont empoignés et se 
tiennent aux cheveux. 

508. — Dans le fond, longue colonne d'infanterie marchant vers la 
y gauche. Sur le devant , un vieux grenadier chemine , portant 

derrière lui, sur son sac, un petit enfant qu'il encourage par 
ces paroles : Si le second rang est sage, il aura du nanan. Le 
nanan est une gourde d'eau-de-vie qu'il tient à la main et 
montre à l'enfant. 

509. — LA PETITE ARMÉE FRANÇAISE. Elle se compose de cinq en- 
r fants défilant devant une fenêtre où paraît la tête d'une 

vieille femme qui les regarde d'un air mécontent. 

510. — CROQUEMITAINE REPOUSSÉ AVEC PERTE. Agenouillé devant 

la cheminée, un trousseau de clefs pendant à sa ceinture, et 
son martinet échappé de ses mains, il est saisi d'effroi de- 
vant deux petits garçons dont l'un tient son sabre devant sa 
bedaine, pendant que l'autre le couche en joue. 

511. rr. — MADAME CROQUEMITAINE. Enfoncée dans un grand 

fauteuil, elle menace de son gros martinet une petite fille à 
genoux devant elle. A cette vue, la pauvre enfant détourne 
la tête et la cache dans ses mains. Autour d'elle quatre autres 
enfants. L., 225, h., 162. 

Cette jolie pièce, rare, a été copiée par Courtin. 



288 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

512. — LA DINETTE. Elle se fait autour d'une petite table. Un jeune 

'garçon mord dans une pomme ; une petite fille offre à man- 
ger à sa poupée assise sur une chaise devant elle. 

513. — LA PETITE ÉCOLE DU SOLDAT. Assis sur un banc, un vieux 

grenadier soutient avec un doigt un tout petit enfant qui 
vient à lui coiffé de son bonnet à poil. Dans le fond, à gau- 
che, un jeune soldat cause avec une bonne portant un enfant 
sur son bras. 

514. — Vainqueurs et vaincus, tout est fricot pour le diable , s'écrie 
J un vieux philosophe, montrant ses marionnettes. Ces paroles, 

il les prononce en riant, se caressant le menton, au moment 
où le diable vient enlever Polichinelle, qui, lui aussi, a laissé 
sur le théâtre plusieurs victimes. 

Croquis i lithographiques, par Charlet/ilS^ZJ. Paris l chez Gihaut, 
boulevard des Italiens, n° 5 



Cette suite se compose d'un frontispice et de seize pièces numéro- 
tées de un à seize. A l'exception des N os A, 7 et 9 en h., toutes sont 
en t. a. t. c. On a tiré de ces croquis une cinquantaine d'épreuves de 
choix, sur format .4/4 colombier; toutes les autres sont imprimées 
sur 1/4 jésus. 

515. — * FRONTISPICE. Quand il n'y en aura plus , il y en aura en- 
core , dit avec satisfaction un jeune marchand d'estampes ; 
appuyé sur une pelle, avec laquelle il a empilé cartons sur 
cartons , il montre de sa main gauche une colonne de gens 
portant des hottes remplies d'albums. C'est le déchargement 
de bateaux à vapeur dont on aperçoit les cheminées fumant 
dans le fond à droite. 

546. — N° 1. Prendre le temps comme il vient , et la soupe comme 

" elle est , dit un jeune soldat en riant à son camarade , et lui 

montrant une gamelle placée entre eux sur un banc. Le 

camarade, beaucoup moins philosophe, à la couleur de la 

soupe, fait piteuse mine et se tient les bras croisés. 

517. — N° 2. Deux jeunes soldats, au cabaret portant pour en- 

v seigne : Au)(lesire de la paix , se sont pris de querelle et en 

sont venus aux coups de poing. Séparés à grand'peine par 

deux anciens soldats, ils reçoivent de l'un d'eux ce conseil 

militaire : Vous êtes deux braves! ça ne finira pas comme ça, 



croquis. — 1823- 289 

M S. _N" 3. ARTILLERIE LÉGÈRE ALLANT PRENDRE POSITION. Un 

v enfant, traînant deux petits canon? de bois, est suivi par un 
autre enfant à cheval sur un manche à balai , et brandissant 
son sabre de bois au-dessus de sa tète. 
al!). — N° A. Deux vieux, vêtus de fourrures, se sont arrêtés pour 
causer. L'un d'eux vient sans doute de confier au voisin un 
secret important; car, le regardant et portant son doigt sur 
sa bouche : chut! lui dit-il. 

520. — N° 5. Un vieux peintre vient de terminer une enseigne re- 
c présentant une forme avec ces mots : A la belle forme ; Trin- 

quard , cordonnier envien. Et comme il tend son verre au 
savetier qui tient une bouteille à la main, celui-ci, avant de 
verser, montre son enseigne avec satisfaction et s'écrie : la 
forme avant la couleur. 

521. rrr. — Première idée de la pièce précédente. On n'en connaît 

qu'une seule épreuve. Dans celle-ci , le peintre a une échelle 
à côté de lui; il est à droite du savetier; dans le numéro 
précédent il est à gauche. L., 250.; h., 178. 

522. — - N° 6. Laissez-m'en donc un, mon ancien, dit un jeune 

soldat chargeant son arme, à un grenadier près de lui qui 
fait feu sur l'ennemi. Autour d'eux , un combat meurtrier. 
Après le tirage des premières épreuves, cette légende a été 
effacée, et remplacée par celle-ci : [/enseignement mutuel. 

523. — N° 7. Rêver d'ours, vous donne quatorze, quarante-neuf , 

soixante-sept. Si vous avez été terrassé par ce même ours, 
quatre-vingt-sept. Telle est l'explication de son rêve , donnée 
à une marchande de volailles par une diseuse de bonne aven- 
ture. Derrière , une marchande de friture et un vieillard l'é- 
coutent en riant. 

524. — N° 8. LE PETIT MALHEUREUX. Par un temps de neige, un 

pauvre petit Savoyard est tombé de froid et de misère à 
la porte d'une ferme. Une jeune fille l'aperçoit , et par son 
geste témoigne sa pitié. 

525. — N° 9. LE BRACONNIER. Vu de trois quarts , coiffé d une cas- 

quette, vêtu d'une blouse, il traîne un lièvre de sa main 
droite. Pièce à la plume , sans encadrement. 

526. — N° 10. Sa pauvre petite femme est bien à plaindre, dit une 

vieille portière croisant ses mains et voyant un ivrogne , son 
voisin , qui cherche à rentrer chez lui. L'air de la pauvre pe- 
tite femme venant sur sa porte au devant de son mari, doit 

19 



290 DEUXIEME PARTIE. — IV SECTION. 

faire supposer que ce dernier va passer un mauvais quart 
d'heure. 

527. — N° il. Un enfant sortant de la classe s'approche avec timi- 

dité d'un grenadier assis sur un banc, dans un jardin , et lui 
faisant un salut militaire , il lui présente un camarade : // 
veut s'engager grenadier à pied , dit-il. Le grenadier sourit 
de voir que le camarade cherche à se grandir en mettant ses 
livres sous ses talons. 

528. — N° 12. Le guide est à gauche , dit un invalide assis sur un 
^ banc, et présidant à l'alignement, avec sa canne qu'il tient en 

travers. Or ce guide est un chien assis sur son derrière , et 
s'appuyant sur un bâton. A sa droite, un petit garçon et 
une petite fille sous les armes ; un peu plus loin , un petit 
Savoyard. 
52V). — N° 13. La froid pique , dit un jeune soldat de faction aux 
v avant-postes , par un temps rigoureux. L'air transi, il tient 
ses deux mains dans ses poches, et retient avec son épaule 
son fusil, dont la crosse repose à terre. 

530. rrr. — (Porte le N° 9.) Première idée de la pièce précédente , 

en h., encadrée. 

Ici le fusil du jeune soldat passe sous ses bras croisés; les 
mains dans les manches de sa capote, il a l'air tout aussi 
transi, et bat la semelle. H., 231 ; 1., 169. 

531. __ N° 14. LES CROISÉS EN PRIÈRE (sans numéro aux pre- 
v mières épreuves). Près d'une chapelle gothique, deux vieux 

chevaliers, armés de pied en cap , et que le maître a faits tant 
soit peu ridicules , ont mis pied à terre , et sont venus s'age- 
nouiller. Derrière eux , deux pages gardent les chevaux. 

532. — N° 15. Devant l'étalage d'un jeune marchand d'estampes, un 
v chasseur à cheval de la Garde, en grande tenue, montre à 

une jeune bonne un Amour qui va décocher une flèche, et 
lui demande: Seriez-vous sensible? A gauche, deux en- 
fants ; à droite , deux petits Savoyards dans l'admiration de 
la boutique. 

533. _ *n° 16. CHARGE DE CUIRASSIERS (sans numéro aux pre- 
*' mières épreuves) au milieu d'une bataille. Dans le fond, à 

droite , on reconnaît Napoléon sur son cheval blanc. 



CROQUIS. — 1824. 291 



Croquis lithographiques par Charlet. (IS C 24;. 

/V : 

Un a fait trois tirages différents de ces croquis : 
1° Sur papier de Chine, format 1/4 colombier ; 
2" Sur papier blanc , format \ /4 colombier ; 
3° Sur papier blanc, 1/4 jésus. 

La suite que nous allons décrire se compose d'un frontispice et de 
quinze pièces sans numéros; toutes en h., sauf les quatre derniers 
en t. 

534. — * FRONTISPICE. Paillasse fuit, emportant avec lui tous les us- 
tensiles de son commerce : sa chaise, sa trompette, sa grosse 
caisse; il veut éviter un déluge d'albums, et tient son para- 
pluie ouvert. Mais l'inondation est générale , elle a fait déjà 
des victimes; le parapluie se crève, et la grosse caisse elle- 
même se remplit d'albums. C'est la fin du monde! 
, 535. — Deux enfants, à leur sortie de la classe de dessin, se sont 
pris de querelle, et échangent des coups de poing. Leur 
vieux professeur les regarde en riant : Le petit crapu est 
fièrement rageur, dit-il ; le grand est mince , mais c'est tout 
nerf! 

530. — Un peintre, dont les dehors annoncent la misère, est des- 
^ cendu de l'échelle , du haut de laquelle il peignait une en- 
seigne , pour venir prendre la main d'un camarade d'atelier. 
Celui-ci n'a pas l'air de le reconnaître , et détourne la tête : 
Il méconnaît un ancien camarade ! dit le pauvre diable tout 
attristé. Comment s'en étonner? Ses habits, son riche 
manteau, une décoration, etc. etc., annoncent qu'il a fait 
fortune. 

537. — J'en mangerais dix comme toi! dit avec un geste menaçant 
'" un petit tambour à un jeune soldat qu'il a poussé contre un 

mur. Ce dernier semble recevoir cette provocation de l'air le 
plus calme et le plus pacifique. 

538. — Deux jeunes soldats , avec armes et bagages, se sont arrêtés, 
"' et causent avec un maréchal-f errant. Au milieu de la conver- 
sation , ce dernier ouvre sa veste , et montre sa croix : J'ai 
vu le Nil et la Bérésina ! leur dit-il , et tous deux s'inclinent 
avec respect. 



w 21)!2 DEUXIEME l'AKTIE. IX e SECTION. 

539. — Un hussard d'ordonnance en grande tenue , et compléte- 
v ment ivre , désigne avec un geste de mépris un soldat qui boit 

seul assis à une table : Un homme qui boit seul , s'écrie-t-il , 
n'est pas digne de vivre ! 

540. — Un caporal-sapeur, blessé au pied gauche d'un coup de feu, 

est assis sur un banc de pierre. Arrive un jeune soldat, qui, 
tout effaré , lui demande ce qu'il peut faire pour lui : N'ap- 
pointe qu'une bouteille d'eau-de-vie pour ma compresse ! dit le 
sapeur montrant sa blessure. 

541. — Tu as le respiration trop long , dit un soldat polonais à un 

dragon d'élite qui paraît peu disposé à se séparer d'une gourde 
d'eau-de-vie qu'il tient à la. bouche. 

542. — Le rappel des tambours, qu'on aperçoit dans le fond, va 

contraindre le grenadier Renaud , de la Garde Impériale, de 
quitter son amie qu'on voit près de lui dans un violent dé- 
sespoir : Adieu , lui dit-il , bannissez toute sensibilité. . . im- 
portune! 

54.}. — DISCOURS DU LÉGIONNAIRE A SES ENFANTS. Un vieux grena- 
dier, un livre à la main , est assis près d'une table. Derrière 
lui , sa femme ; devant , quatre enfants. L'un d'eux est à 
genoux, portant un écriteau sur lequel on lit : Mauvais soldat; 
et comme un autre paraît hésiter en récitant sa leçon , le gre- 
nadier les regarde d'un air sévère, et leur dit: « Vous serrez 
en masse sur les vivres , la besogne i°este en serre- file ; je vous 
ferai fusiller tous!... et nous verrons ensuite. 

544. -j- COMBAT D'INFANTERIE. Des soldats français font feu sur Ten- 
nemi , que la fumée permet à peine d'entrevoir. Sur le pre- 
mier plan , à droite , un soldat mort. 

54,5. — Oh! les gueux! En prononçant ces paroles , une vivandière 
v a saisi le fusil d'un soldat blessé près d'elle : elle déchire la 
cartouche , et va faire feu sur l'ennemi qu'on entrevoit dans 
le fond , à droite. 

546. — LE LENDEMAIN DU MARDI GRAS , Mathieu , cordonnier en 

vieux , rentre au logis après l'orgie de la veille , encore 
déguisé en Turc. Il est entouré de ses enfants lui deman- 
dant du pain , et de sa femme lui montrant avec douleur 
le boulanger qui entre et tend la main pour avoir de l'ar- 
gent. A ce spectacle, Mathieu a jeté son masque et reste 
consterné. 

547. Un jocrisse, la lanterne à la main, la queue en trompette 



ckoquis. — 18-24. 293 

avec des papillons , a été arrêté par une patrouille , et conduit 
au corps de garde de la garde nationale. Interrogé par le 
sergent du poste , il répond : Je m'appelle César ! ce qui 
cause une hilarité générale. 

548. — KRAFFT ET BRAUNN, OU LES VICTIMES DE LA SÉDUCTION. Ce 
; sont deux invalides qui viennent d'être enivrés par deux 

soldats de la ligne. Krafft, à cheval sur un banc, a trouvé 
fort heureusement derrière lui un tronc d'arbre pour le sou- 
tenir; quant à Braunn, il serait depuis longtemps à terre, 
s'il n'eût pas été maintenu par un gros bâton , qu'un petit 
garçon a placé derrière lui , en guise d'arc-boutant. 

549. — Près d'un ravin , et sur la lisière d'un bois , deux guerrillas 
s navarrais sont placés en embuscade. Dans le fond, à gauche, 

de hautes montagnes. Très-riche paysage. 

Cahier de Fantaisies , par Charlet , publié en 1 824 
chez Frérot , éditeur , etc. 

Recueil de cinq pièces sans numéro et toutes en hauteur. 

Ces pierres furent données par Charlet à Frérot, à l'occasion de 
son mariage, et alors qu'il se faisait éditeur et marchand d'estampes. 
Frérot étant mort , les frères Gihaut sont devenus les propriétaires 
de ces pierres. 

On a tiré des épreuves sur chine et sur papier blanc , toutes format 
1/4 jésus. 

550. — Un conscrit, coiffé d'un bonnet de police, la badine sous le 

bras, s'est arrêté devant l'étalage d'un marchand d'estampes: 
Je voudrais, lui dit -il, avoir mon portrait tout fait , avec 
deux cœurs enflammés! Le marchand lui présente bien 
deux cœurs traversés par une flèche; mais trouvera-t-il le 
portrait ? 

551 . — Un vieux sapeur est attablé à la Carotte-d'Or, en compagnie 

d'un camarade, et d'un conscrit qui leur paie à boire. Comme 
le broc est vide, le sapeur dit au camarade, en lui montrant 
le jeune soldat : Estimé de ses chefs , adoré de ses cama- 
rades ! Et tout aussitôt , ce dernier se lève , appelant le 
garçon pour apporter du vin. 

552. — Salle d'hôpital, et grand nombre de malades; au milieu 

d'eux, un jeune soldat est assis tristpnipnt près d'un pnple. 



294 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

tenant dans ses mains un verre et un pot de tisane. Il parait 
être dans un piteux état, et absorbé dans les souvenirs du 
passé: Je mé pas assez méfié de la payse! se dit- iJ. 

553. — Un peintre d'enseignes, ivre, voit un porteur d'eau remplis- 

sant ses sceaux à une fontaine : Je demande la suppression 
des porteurs d'eau! s'écrie-t-il avec un geste expressif. 

554. — Un jeune troupier, en veste, schako, portant galamment 

une badine sous le bras, s'adresse à un marchand d'estampes 
en plein vent : « Donnez-moi-zen un , lui dit-il , pourvu qu'il 
soit français ! 



Fantaisies ,/ par, Charlet. 

■ 
Ces fantaisies ont paru successivement par cahiers de quatre 
pièces, et au nombre de huit cahiers, depuis 1824 jusqu'en 1827. 
Nous les réunissons toutes ici par ordre chronologique. Elles ont été 
imprimées sur chine et sur papier blanc, dans le même format, 1/4 
jésus. Toutes sont en hauteur. 

555. — Attablé à la porte d'un cabaret, un vieil invalide déjeûne en 
compagnie de son chien qui ronge un os. Survient un pauvre 
diable, joueur de violon; il s'assied à la même table, ayant 
près de lui un chien qui fait piteuse mine. L'un et l'autre 
voudraient bien avoir leur part du déjeûner servi devant eux; 
à cet effet , le dernier venu s'informe avec intérêt de la santé 
de l'invalide: L'appétit elle est bonne, répond en riant celui- 
ci, tout en portant à sa bouche un succulent morceau; c'est 
les jambes y va mal. » 

550. — Écris à ma respectable mère que je suis malade à l'hôpital , 
quelle m'envoie de l'argent vivement. Ces instructions sont 
données par un hussard du deuxième à un camarade qui va 
lui servir de secrétaire. Des bouteilles vides sur une table , à 
la porte d'un cabaret, prouvent la nécessité de la lettre. 

557. — Trois hussards du deuxième sont en ribote: Soutiens -moi, 

Chatillon, je m'évanouis, dit l'un d'eux se laissant tomber 
dans les bras d'un camarade. 

558. — Un ouvrier ivre , appuyé contre une borne, veut faire 

arrêter une voiture de corbillard qui passe devant lui, et 
comme le cocher continue son chemin , notre ivrogne le suit 



FANTAISIES. — 182i A 1827. 295 

du doigt , disant en riant : Y ri veut pas m mener chez 
Desnoyers (1). 

559. — Ma femme est morte (fait historique)! A ces mots, un gros 

conducteur de diligences , assis sur ses ballots , rit de tout 
son cœur en voyant la mine grotesque du veuf annonçant 
cette triste nouvelle d'un air réjoui, appuyé sur son parapluie, 
et portant, avec des bas noirs et des guêtres blanches, un 
énorme crêpe à son chapeau gris. 

560. rrr. — Première idée de la pièce précédente. H. du veuf, 166. 

Dans ce croquis, le veuf seul est indiqué; il tient son cha- 
peau dans ses mains élevées vers le ciel , et porte sous le bras 
droit un rifflard. 

561. — Ça vous porte des chapeaux , et ça n'a peut-être pas de che- 

mises. C'est la réflexion d'une vieille portière voyant rentrer 
et monter chez elle une jeune femme avec ses deux enfants. 

562. — Trois jeunes fantassins attablés se livrent à la joie et à la 

chanson; vient à passer près d'eux un hussard qui les regarde 
avec dédain, et leur jette ce compliment: Fantassin , je 
n'aime pas ta musique, non plus (/ne ton physique. Un fan- 
.tassin se lève, qu'aviendra-t-il ? 

563. — Un grenadier a quitté son régiment en marche pour venir 

s'asseoir à une table près d'un cabaret. Pendant qu'un petit 
enfant joue avec son fourniment, une jeune fille lui apporte 
un bouillon et une bouteille de vin, en lui disant: Faut 
soigner les anciens. 

564. — Un grenadier, complètement ivre, serait déjà par terre , s'il 

n'était soutenu par une borne. Son fusil , échappé de ses 
mains, est tombé sous ses pieds; cependant il prend cou- 
rage, disant: Enfoncé! troupier; mais toujours Fran- 
çais! et cruellement Français 

565. — Un grenadier est au cabaret buvant avec un jeune soldat; 

et comme ce dernier se lève et paye le garçon : // est 
vraiment Français , s'écrie le vieux eoldat. 

566. — Au cabaret de la C 'arotte- Française , deux jeunes soldats 

sont à boire. Survient un caporal-tambour ; nos conscrits se 
lèvent et lui offrent à boire avec empressement. La politesse 
est fille de l'honneur ; c'est vous dire qu'elle est Française , 
leur répond le caporal, en arrondissant les bras. 

t | Célèbre cabaretier du temps 



296 DEUXIÈME PARTIE. — IX« SECTION. 

567. — Deux conscrits, le sabre à la main, vont vider leur querelle, 

quand surviennent un soldat d'infanterie et un grenadier. 
Pendant que le soldat tient un des conscrits dans ses bras, le 
grenadier dit à l'autre : Je suis Français , tu es Français , il 
est Français , nous sommes tous Français. Chauvin ! l'affaire 
peut s'arranger. Chauvin paraît réfléchir. Cette scène se passe 
devant le cabaret de Y Union, et sur un mur voisin on voit 
une carotte dessinée, avec ces mots : Ici on tire des carottes 
soignées L'affaire s'arrangera. 

568. — Vive les pommes de terre! s'écrie joyeusement un jeune 

soldat, assis à cheval sur un banc; il montre devant lui une 
gamelle de pommes de terre dans laquelle quatre cuillères 
restent debout. 

569. — Un jeune soldat du 76 P est au corps de garde, assis à une 

table. 11 nous semble un malin philosophe, car il a pris une 
cruche dans ses mains , et , la regardant en riant : Y en a 
toujours eu , dit-il , y en aura toujours des cruches I , 

570. — Deux savetiers en ribote, leurs hottes sur le dos, passent 

devant un poste de pompiers. Interpellés par l'un d'eux, 
assis sur un banc, ils répondent, portant les armes avec 
leurs bâtons : Camarade , nous sommes deux paroissiens qui 
venons de pomper. 

571. — Un pompier en grande tenue, le fusil dans la main droite, 

s'est approché d'une jeune marchande de volailles, et lui 
débite des galanteries. Il semble avoir touché juste, car 
la jeune femme, la main sur son cœur, a fait cette ré- 
flexion : Pour la tenue et l'amabilité , aux pompiers 

^-v le pompon. 

572.— Conscrits !l! vous vous devez un coup de sabre, soyez 
Français ! Cet avis , donné par un grenadier à la figure sévère , 
ne semble pas sourire à deux conscrits dont les gestes indi- 
quent qu'ils aimeraient mieux l'échange de quelques coups 
de poing. L'affaire s'arrangera, car on aperçoit un second 
grenadier qui s'avance, et d'ailleurs le cabaret est là avec son 
enseigne : A la Carotte-Supérieure. 

573. — Ne bois pas un litre, si tu n'as que la monnaie de chopine . 

<i dit Fénelon. Cette sage réflexion est faite par un vieil ou- 
.vrier assis au cabaret. Il a lu Fénelon, et prend gaiement son 
parti de n'avoir devant lui qu'une chopine de vin. 

574. _ L'AMPUTÉ FARCEUR. Un vieil invalide, ayant une jambe de 



FANTAISIES. — 1824 A 1827. 297 

bois, est dans un jeu de quilles. Il a saisi la boule , et au 
moment de la lancer, il regarde en riant trois hommes placés 
devant lui : Perdre une quille...., leur dit-il, c'est rien/ 

niais la boule ! c'est tout !!! 

575. — Je vous présente madame mon épouse. L'épouse est vieille, 

- — s y grande et sèche ; l'époux est un tambour de petite taille. La 

présentation est faite à trois soldats d'infanterie ; l'un d'eux 

se détourne , et cache sa tète dans ses mains pour rire plus à 

son aise. 

576. — LA BONNE CHASSE. Surpris par un orage , mais abrités par 

un parapluie, deux bons bourgeois reviennent de la chasse; 
ils rapportent, l'un un poisson , l'autre un gigot. 

577. — MARI HONNÊTE. Agenouillé prés de la cheminée, il soigne le 

pot au feu, pendant que Madame, au lit, parcourt un roman. 

578. — LES BONNES VOISINES. Au bruit d'une querelle sur un palier, 

les voisines sont accourues, armées de balais. Il s'agit du petit 
Azor qui s'est permis des malpropretés sur le carré ; sa vieille 
maîtresse à chapeau l'a pris prudemment dans ses bras. Deux 
commères lui font de vifs reproches, et l'une d'elle lui dit, 
tout en ramassant les ordures sur sa pelle : Votre Azor n'en 
fait pas d'autres ; ça n'est certainement pas régalant... mais, 
s'il revient, on le tuerai... oui, madame , on le tuerai!... 
d'ailleurs , la loi est pour nous 

579. — // fait l'admiration de la grande Cathe laine et de la petite 

Borgnotte. Les deux jeunes filles regardent en effet avec 
admiration un grotesque conscrit qui marche devant elles. 

580. — Les hommes font les décorations , et les décollations ne font 

pas les hommes. Cette leçon est donnée par un vieux peintre 
décorateur à un haut personnage chamarré de rubans qui est 
s- entré dans son atelier. 

(581). — LES OUVRIERS FRANÇAIS. Bureau de souscription pour les 
Grecs. Un vieillard en bonnet de police vient y porter son 
offrande. Un ouvrier, avec une jambe de bois, réfléchit avant 
de déposer la sienne ; mais il a bientôt pris son parti : les 
Grecs sont Français, dit-il, le malheur parle, faisens une 
bonne action de plus , et buvons une bouteille de moins. 
582. — J'ai été riche! j'ai eu des chevaux! j'ai marché sur les 
' malheureux! ... et me voilà ... philosophe !.. . Ce sont les ré- 
flexions d'un vieux décrotteur nettoyant une paire de bottes. 
Il a vu devant lui un jeune homme à clreval qui , après avoir 



298 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

renversé un malheureux, se détourne pour saluer galamment 
une dame qui passe en voiture près de lui. 

583. — Un vieil ouvrier, qu'à sa tournure et à sa figure martiale on 
v , reconnaît pour un ancien militaire , au milieu de son travail , 

a vu passer son tils. Il l'arrête , et lui montrant ses outils : 
Quitte , lui dit-il, le galon de la servitude, et reprends la 
pioche de V indépendance ! Le jeune homme paraît honteux, 
et a déjà déposé à terre son habit et son chapeau galonné. 

584. — Première idée de la pièce précédente. Croquis à peu près 

terminé, en h., sans aucuns noms. Ici, le père est un chif- 
fonnier en casquette, la hotte sur le dos et le crochet à la 
main. 

585. — Un vieux soldat , qui a perdu une jambe et gagné la croix, 

s'est arrêté près d'un gendarme assis à une table , et en a ac- 
cepté un verre de vin. Mais avant de le boire , il s'aperçoit 
que le gendarme a dans la main une carafe d'eau. Il fronce 
le sourcil et dit : Le camarade met de Veau dans son vin!... 
Suffît;... assez causé... 
58(5. r. — Un vieillard assez grotesque lit à quatre autres grotesques 
vieillards, assis dans un jardin, le journal des Débats. Il 
s'agit de cette loi de conversion du 5 p. 0/0 en 4 p. 0/0. Tout 
en faisant sa lecture, cette judicieuse réflexion lui échappe : 
« Le rentier, dit-il, bien pensant , tranquille à 5j9. 0/0, peut 
devenir un diable à 4. 

La police n'ayant pas voulu autoriser la publication de cette 
' piquante plaisanterie, peu d'épreuves ont été tirées avec cette 
légende, et toutes sur papier blanc. Sur la masse des 
épreuves , sur papier blanc et sur papier de Chine , on a sub- 
stitué ces mots : Ça va bien ! 

587. — Un sapeur de la garde nationale en grande tenue revient sur 

ses pas, et s'adressant au maître du cabaret où. il vient de 
boire: J'ai perdu ma barbe, lui dit-il;... si elle n est pas 
chez vous, elle est au Gros-Raisin, ou au Broc-d 'Argent. 
Le cabaretier fait signe qu'il n'a rien trouvé. Il faudra donc 
aller chercher au Broc-d' Argent ou au Gros-Raisin. 

588. — Où il y a de la gêne , il n'y a pas de plaisir, doit sans doute 

ajouter un gros garde national qui , pour monter sa faction , 
s'est complaisamment arrangé sur deux chaises , son bonnet 
à poil sur ses genoux, et son fusil entre les jambes. 

589. rrr. — Première idée de la pièce précédente. 

La figure assez terminée pour reconnaître M. du Somme- 



ALBUM. — 1825. 299 

rard, le créateur du musée de Cluny et ami de Charlet, est 
vue de trois quarts et tournée à gauche. Les deux mains re- 
posent: l'une sur la cuisse droite, l'autre sur la poitrine. 
Hauteur de la figure et de la chaise, 94. 



Album lithographique de Charlet. (1825. ) 

. - , 4— 

Cette suite contient un frontispice et dix-sept pièces sans numé- 
ros. Le frontispice et les dix dernières pièces sont en 1.; les huit 
autres, en h. 

590. — * FRONTISPICE. Le diable emporte les albums. Un jeune mar- 
chand d'estampes s'est endormi sur une chaise , au milieu de 
sa boutique en plein vent. Un enfant le réveille, et lui fait 
voir qu'on vient de le voler : on aperçoit en effet un chien 
à la poursuite du diable , qui emporte les albums. 

59J . — Une jeune bonne est assise, ayant à ses pieds deux enfants. 
Deux conscrits viennent l'accoster ; l'un se tient derrière , 
souriant sournoisement de voir le camarade plus hardi 
montrer à la jeune bonne le Polichinelle qu'elle a sur ses 
genoux, et lui dire: Je voudrais tant seulement être le Po- 
lichinelle ! 

592. — Un marchand de chansons est à boire avec un sapeur- 

pompier. C'est un vieux malin; car, trinquant avec lui : Épi- 
cure, Anacréon, lui dit-il en riant, étaient des pompiers, 
mais bien avant la Révolution. 

593. — Un bon fermier est venu voir son fils, jeune soldat, et le 

trouve attablé avec un vieux troupier. Un troisième convive, 
sapeur d'infanterie légère , s'est levé , est allé au devant de 
lui, et lui montrant son fils: Votre fils ira loin! lui dit-il. 
Le père paraît tout joyeux, et probablement sa joie serait 
moins vive si ses yeux, au lieu d'être dirigés vers le ciel, 
s'étaient portés sur la table , et qu'il eût vu que son fils avait 
déjà régalé de sept bouteilles de vin. 

594. — Vous n auriez pas vu mon pauvre chat ? dit une bonne 
» vieille. Elle adresse tout en pleurs sa demande à un 

sergent de la ligne, fumant sur un banc , à la porte d'un 
corps de garde. Le sergent , bien entendu , n'a rien vu. 
595. — Un vieux grenadier delà Gardp pst venu s'asseoir au Ta- 



^00 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

baret portant pour enseigne : Au grognard. Et tout en rem- 
plissant son verre, de l'air le plus sérieux: Je grogne, dit- il, 
c'est mon idée ; ça ri empêche pas les sentiments. Son chien 
sous la table doit faire les mêmes réflexions en rongeant 
un os. 

596. — Colonne d'infanterie de la garde nationale en marche ; un 
v grenadier s'en détache; il est ivre, et porte son bonnet de 

travers. Arrêté devant l'étalage du libraire Barba, il saisit 
plusieurs volumes: « Voltaire, dit-il, troupier fini. Ses en- 
nemis sont des infirmes. 

597. _ UN JOUR DE BONHEUR. Deux conscrits sont chez Véry. 

Quoique la table soit déjà bien garnie, l'un d'eux, parcourant 
la carte : Garçon, dit- il , omelette au lard avec du suc; vin 
de Madère sèche, bien sèche. 

598. rrr. — Première idée de la pièce précédente. Croquis en h. 

très-peu avancé. Le jeune soldat de droite est seul assis ; celui 
de gauche, debout, tient la carte, sur laquelle on lit Véry. 
H. de ce dernier, 113. 

599; — Une commère de la Halle, portant des œufs sur son éven- 
taire, est admonestée par un commissaire de police : Monsieur 
le commissaire, répond-elle, c'est pas moi , c'est eux qu'a com- 
mencé par attaquer mon honneur! Derrière elle , une vieille 
marchande de poissons rit .aux éclats. 

(300. — Le bon mari ! C'est un dindon... qu'il apporte. On voit en 
effet un digne mari sortant de la cuisine d'un restaurateur, 
un dindon sur un plat. Ces paroles sont dites par un galant 
hussard , déjà assis à table , en face de Madame. Il y a un 
hussard; inutile de dire que la femme est jeune, et le mari 
vieux et laid. 

601. —HERCULE FILANT AUX PIEDS D'OMPHALE. Dans une chambre, 

où l'on donne à boire , un sapeur ivre s'est approché de la 
maîtresse de la maison ; après s'être coiffé de son bonnet , et 
s'être emparé de sa quenouille et de son fuseau , il fait mine 
de vouloir filer, assis sur un tabouret qui rompt sous lui. La 
vieille mégère , furibonde , grince les dents , et montre le 
poing. Dans un coin, à gauche, un chien et un chat , se regar- 
dant de mauvais œil, complètent cette scène. 

602. — Pour mettre le beurre dans les haricots ( un temps , deux 

mouvements). Il ne s'agit pour cela que de tirer un coup de 
carabine dans un plat de haricots (sans la charger , bien en- 
tendu). C'est ce que fait un chasseur, de cuisine, dans la 



ALBUM. — 1825. 301 

gamelle d'un camarade qui rit de tout son cœur, ainsi qu'un 
autre chasseur assis près de lui. 

603. — Dans un corps de garde de la garde nationale, un long 

et maigre caporal fait l'appel. Caporal Pitou , s'écrie un 
gros et grotesque garde national couché sur le lit de camp, 
comptez sur moi,jsi Von se met en patrouille. 

604. — MOHAMED - HASSAN - CHAALABAFKAA. // se rafraîchit après avoir 

tranché la tête à plusieurs esclaves qui s étaient permis de rire. 
De face, accroupi sur des tapis, il tend, en riant, son verre 
à un esclave noir, qui le remplit à genoux. 

605. — Un vieil aubergiste (A l'Union) voit de sa fenêtre les prépa- 
¥ rat ifs d'un duel ; il appelle son garçon : Voilà encore un 

duel , lui crie-t-il, plume, Jean, plume! Et en effet, les 
canards seront bienvenus, car déjà les combattants sont dans 
les bras l'un de l'autre. 

Cette pierre ayant eu. du succès et n'ayant fourni qu'un 
assez petit nombre d'épreuves, Charlet l'a refaite, en modi- 
fiant ainsi la légende qui est passée en proverbe. 

606. — Voilà encore un duel , faut plumer les canards ! Indépen- 

damment de quelques autres changements, l'aubergiste et la 
scène du duel ont changé de place. Ici , ils sont à droite et à 
gauche. 

607. — LE DUEL (ou plutôt la suite du duel). On a mangé les ca- 
• nards au déjeûner ; on va dîner dans un autre restaurant ; la 

réconciliation est complète. Au milieu de chaises cassées, de 
bouteilles renversées, les deux champions ivres sont à terre. 
Pendant qu'un des témoins reste à table , l'autre verse du 
Champagne à l'un des deux amis; et, au même instant, le 
cuisinier, entrant avec un plat, s'écrie avec transport : qu'il 
est doux pour un témoin de rendre un fils à son père ! 

608. — Une colonne de balayeurs défile devant son chef : Il y a 

peut-être un ancien artiste parmi eux ; il leur a peut-être fait 
\ \ des charges. 

Nous supposons que Charlet a voulu dire que parmi ces 
balayeurs il pouvait se trouver quelque artiste qui s'était 
moqué d'eux, avant de devenir balayeur lui-même. 

609. — LA FERME BÉARNAISE. Cinq hussards ont mis pied à terre à 
■' une ferme, et viennent dans la cour causer avec ses habi- 
tants. A droite, la ferme; à gauche, un paysage. 



:*02 DEUXIÈME PARTIE. IX e SECTION. 



Sujets divers lithographies par Charlet. (1825.) 

Recueil de huit pièces, sans numéros. Les sept premières en h.; 
la dernière en t. 

(MO. — Deux lithographes, portant chacun une pierre sous le bras, 
et abrités par un parapluie, sont venus frapper à une impri- 
merie lithographique. Un enfant montre sa tête à une lu- 
carne , et répond : Si V bourgeois y est pas , les presses y n'va 
pas. Voyez chez le marchand de vins. 

Ce sont les portraits de Bellangé et de Philipon. 

611 . — Une bonne grosse mère est assise carrément sur un banc. 

Un caporal de la vieille Garde se découvre respectueusement 
devant elle ; et , baissant les yeux , lui dit , d'un air timide : 
Mademoiselle Félicité , je ne puis déployer l'énoncé de mes 
sentiments, si vous n'appuyez d'une file à gauche. 

612. — LA FEMME FÉROCE. Au cabaret portant pour enseigne : A la 
' bonne femme (c'est une femme sans tête), deux ouvriers 

prennent leur repas. La femme de l'un d'eux accourt avec un 
balai; et, après avoir jeté son mari par terre, elle renverse 
sur lui son pot de vin. Le camarade s'est levé , et rit de cette 
scène. 

613. — Trois petits garçons vont entrer en classe : l'un d'eux, 

debout, le second à genoux devant le plus petit, assis sur un 
banc de pierre. Celui-ci a tiré une pomme de son panier ; et , 
l'offrant à son petit camarade : J'te donne de quoi que j'ai, 
lui dit-il , quand t'aura qu'eque chose , tu m donneras de quoi 
que t'aura. 

Délicieuse petite pièce d'idée et d'exécution. 

614. — Au milieu d'une bataille, deux enfants sont aux prises, 

coiffés de bonnets de papier , surchargés de plumets , pom- 
pons et autres ornements. L'un, armé d'un fusil, veut exi- 
ger que l'autre lui donne le tambour qu'il porte à son côté ; 
mais celui-ci , menaçant d'une de ses baguettes , répond avec 
colère : J'suis tambour , vieille garde , j'me rends pas. 

615. — LA SURPRISE. Au milieu d'un riche paysage, un jeune 

soldat s'est assis au piçd d'un arbre. Son sac, son fusil, son 
schako sont à terre près de lui. Tout à coup un sanglier 
débuche et va droit à lui. 



SUJETS DIVERS. — 1825. 303 

646. rrk. — Ce croquis, en h., dont on a tiré trois épreuves, est 
fait seulement dans la partie supérieure : ce sont deux arbres 
dont les troncs sont croisés. Ils descendent d'une hauteur 
de 160. Cette pièce n'est pas encadrée et ne porte aucune 
indication. 

r>l7. — * BIVOUAC D'INFANTERIE. C'est la même pierre que ci-dessus; 
Charlet, contre ses habitudes, l'a reprise et terminée. 
Un officier, recouvert d'un manteau, est appuyé contre 
' un arbre. Devant lui, un factionnaire et une vieille femme; 
dans le fond, à droite, un bivouac. 

618. — Pousse! pousse! Cadet!! Un vieux paysan excite, par ces 
paroles , son fils qui l'aide à pousser une longue fourche dans 
laquelle est prise la tête d'un Cosaque ; et comme cette tête 
se trouve serrée contre un arbre , le cheval a pu se dérober 
sous son cavalier. 

649. — Première idée de la pièce précédente . Croquis en h., dans 
lequel sont indiqués : le Cosaque, jusqu'aux jambes; l'avant- 
main du cheval , ainsi que le haut du paysage et l'extrémité 
de la fourche dans laquelle est passée la tête du Cosaque. 
H. du dessin, 153. 

Album/lithographique pur Charlet. (1826.) 

Il se compose d'un frontispice et de dix-neuf pièces numérotées. 
Le frontispice et les N os 1, 4, 5, 11 à 13, 16 à 19 sont en t.; les 
autres pièces sont en h. 

620. — LE PAUVRE GAT (Frontispice). Un jeune marchand d'es- 

tampes fait son déballage et organise sa boutique en plein 
vent. Déjà il a déposé plusieurs cartons contre un mur, 
quand, voulant y porter deux piles d'albums, il lève les 
yeux , et reste tout penaud d'y voir écrit : Défenses sont 
faites de déposer aucun album le long de ce mur. (1826.) 

621. — N° 1. Près la porte d'un cimetière, un vieux bourgeois et 
v — </ ' un militaire sont à boire au cabaret portant pour enseigne : 

Au rendez-vous du Cimetière; Follet, fait noces et festins. 
Tout à coup, à la sixième bouteille, le bourgeois s'attendrit, 
et portant la main à son front : Carabinier , s'écrie-t-il , ma 
défunte me revient. A ses pieds son chapeau garni d'un 
crêpe. 



304 DEUXIÈME PARTIE. IX e SECTION. 

622. — N° 2. Un jeune fourrier de hussards est aux pieds d'une 

jeune bonne assise sur un banc dans un jardin; et lui pre- 
nant la main : Charmante Gabrielle , lui dit-il , je veux vous 
faire un sort , foi de sous-officier du deuxième houzards! 
Gabrielle reçoit d'un air modeste cette déclaration. 

Après la déclaration du cavalier, voici celle du fantassin. 

623. — N° 3. Un caporal de voltigeurs a saisi un papillon et l'offre, 

avec le geste le plus gracieux, à une jeune femme assise dans 
un jardin: Le papillon léger , lui dit-il, est l'emblème d'un 
/êœur qui s'ennuie dans le centre et devient voltigeur. 

624. — N° 4. Un négociant juif et un janissaire, assis devant un 

guéridon , sont en train de vider un panier de Champagne. 
Ivres tous deux, le Juif s'est à moitié levé, et voulant verser 
à boire à l'aga qui lui tend son verre, il dirige le Champagne 
sur la figure de ce dernier, qui s'écrie : Alli! Alla! alala! la 
tête!! 

625. — N° 5. Un garde national, au corps de garde, va s'étendre 

sur le lit de camp ; quand il voit près de lui son sergent dor- 
mant dans la posture et l'accoutrement les plus grotesques. 
S'adressant au caporal qui vient d'ouvrir sa tabatière : // est 

par trop farceur , le sergent ; lui dit-il. Caporal ! je vous 

demanderai une prise. 

Ajoutons que sur sa tournure on pourrait croire le capo- 
ral aussi farceur que le sergent. 

626. — N° 6. MONSIEUR PIGEON SOLLICITEUR. Habillé d'une manière 
J risible, une petite queue en trompette, la croix du lis 

pendant à un énorme ruban, il se présente à l'audience du 
ministre: Monseigneur, lui dit-il, j'ai la grande tenue avec 
bonnet et crois avoir droit aux recompenses. 

627. — N° 7. Quel est de ce port d'armes de farceur n° 1 ? Ayons 

donc la tête et les yeux à quinze pas , et mobiles ! C'est en ces 
termes qu'exprime son mécontentement un vieux sergent 
d'infanterie, faisant faire l'exercice à un peloton de jeunes 
soldats. A droite, plusieurs enfants. 

H28. — N° 8. Deux grenadiers de la Garde viennent de boire avec 
deux jeunes soldats. Ces deux derniers s'étant querellés, on 
s'est levé ; et comme un des jeunes gens veut donner une nou- 
velle explication à l'un des grenadiers : Assez causé , lui dit 
celui-ci, on va se rafraîchir d'un coup de sabre. 

629. — N° 9. L'épicikre a encore les yeux rouges , dit une jeune 



ai.hum. — 18-20. 305 

marchande de lait , désignant une boutique d'épiceries et 
s'apprètant à servir une vieille commère qui est venue se 
pourvoir près d'elle : Ah ! dit celle-ci , croisant les mains et 
regardant le. ciel , àh ! les gueux de paris ! Vcoq civil est trop 
doux pour les hommes qui bat les femmes ! 

630. — Première idée de la pièce précédente. Croquis en h., enca- 
dré, non terminé. Ce n'est plus une laitière, mais une mar- 
chande de légumes. Son interlocuteur est un savetier placé 
derrière elle. L'épicière qu'on aperçoit dans le fond , à droite , 
paraît menacée par un fort de la halle. 

031. — N° 10. Un hussard du 2 me , en ribote, est venu se cogner 
/ contre un poteau sur lequel on lit : Rue Casse-Cou. Il fait un 
geste menaçant, et s'écrie : Tu es Français, ou tu n'es pas 
J français ! si tu n'es pas Français , j' t'en fonce. 

03-2. — N° 11. LE NAVARRAIS. Il est assis sur un tertre, tenant son 
espingole à la main. A gauche, troupe de guerrillas et hautes 
montagnes. 

633. — N° 12. LES TROIS CONSPIRATEURS. Trois vieillards grotesques 
sont assis sur un banc dans un jardin ; tous ont l'air fort 
animé. Celui qui est au milieu ayant ouvert sa tabatière, les 
deux autres y puisent : Soyons prudents ! se disent-ils, lois- 
sons faire le temps ; taisons-nous ! 

034. — N° 13. L'ÉCOLE CHRÉTIENNE. Une classe très-nombreuse 
' d'enfants est conduite par des Frères vers une église gothi- 
que, dont on aperçoit les riches sculptures dans le fond. 
Charmant dessin. 

035. — N° 14. Une vieille portière, balayant devant sa loge, a vu 

sortir un homme et une femme. Ces petites gens du second , 
se dit-elle, ça entre, ça sort, ça ne dit rien à personne ; ça ne 
peut être que d'ia éanaille. 

636. — N° 15. Un sapeur et un jeune soldat viennent de boire au 

cabaret. Quand il s'agit de payer , le sapeur semble indiquer 
par son air et sa pose que cela ne le regarde pas. Le conscrit 
se lève alors tout indigné, et, jetant de l'argent sur la table : 
Sapeur !.'L s'écrie-t-il , c'est fini !... plus de carottes ; chacun 
son écot , comme tout Français la doit. 

637. — N» 16. LE PETIT CAPORAL. Trois petits enfants jouent au 

soldat ; l'un d'eux, en faction , est relevé par un camarade et 
un petit caporal , coiffé d'un chapeau à la Napoléon. Au fond , 
à gauche, deux autres enfants en faction. 

-20 



306 DEUXIÈME PARTIE. IX e SECTION. 

638. — N° 17. Nous sommes dans une classe de petits garçons. Plu- 

sieurs d'entre eux, à genoux et coiffés de bonnets d'âne, re- 
gardent un petit camarade ayant la croix , et les yeux baissés 
assis à son pupitre. Voyez-vous, disent-ils, en le désignant de 
la main , Ça fait son sage ; ça fait comme si quça étudie ; 
ça espionne tout c' qu'on dit pour aller caponner. 

639. — N° 18. MARCHE DE TROUPES FRANÇAISES DANS LES PYRÉ- 

NÉES. A gauche et à droite, de hautes montagnes; troupes 
nombreuses de toutes armes. Au milieu de l'estampe, des 
hussards se sont arrêtés près de la charrette d'un cantinier et 
se font servir à boire par la cantinière. 
(HO. — N° 19. LA MAISON DU GARDE - CHASSE. Devant cette maison, 
enfouie dans un magnifique paysage, un garde-chasse, en- 
touré de quatre chiens, se découvre respectueusement devant 
Napoléon, à cheval, qui s'avance vers lui. 

Croquis/lithographiques /à l'usage des enfants, 
par CharletJilSW.) 



l'y— a. £*M\ 



Un frontispice et treize pièces numérotées. Le frontispice en h. , 
toutes les pièces en t. 

Deux tirages , sur Chine et sur papier blanc ; tous les deux sur 
format 1/4 Jésus. 

641 . — * FRONTISPICE. Quatre enfants se sont réfugiés au haut d'un 
mur, et de là regardent en riant un vieux garde- chasse , 
lui montrant deux lapins qu'ils tiennent par les oreilles : Je 
vous ferai un procès-verbal , leur crie le vieux garde. 

64$ — n° 1. Sept petits garçons ont fait l'école buissonnière et se 
s sont établis dans un bois. Groupés autour d'un feu , ils y ont 
jeté et bonnets d'âne, et férules, et martinets. Pendant l'au- 
to-da-fé, l'un d'eux se lève, et, s'adressant aux camarades 
d'un air résolu : Plus de férules , leur dit-il, plus de bonnets 
d'âne , plus de martinets! Dans le fond, à droite, on aper- 
çoit un Frère qui arrive à la recherche de nos petits drôles. 

643. — N° 1. C'est la même pièce que la précédente, sauf quelques 
changements. 

Le Frère a disparu, soit par la volonté de Charlet, soit par 
celle de l'autorité ; il a été remplacé par un homme qui con- 
duit des ânes. On voit ici, à droite, une barrière de bois qui 



CROQUIS. — 18-20. 307 

n'existait pas aux premières épreuves, et le grattage de la 
pierre a fait disparaître une partie du feuillage d'en haut. 

644. — N° 2. Une pauvre petite fille s'est endormie assise et ap- 
puyée contre le mur d'une ferme. Trois enfants interrompent 
leur jeu pour s'approcher d'elle; et pendant que l'un d'eux 
met une pièce de monnaie dans son tablier, une petite fille, 
le doigt sur la bouche , semble dire : Chut ! et ajoute : Ceux à 
qui on donne , faut pas les éveiller ! 

(Ur>. — N° 3. Vous ferez le damage des Turcs, mais vous ne taperez 
pas par terre. Telles sont les instructions données à son 
armée par un petit général crânement costumé. Sur son 
bouclier on lit : Achille; sur le drapeau, Grenadiers grecs, 
1 er bataillon. Dans le fond, à droite, un second drapeau porte 
cette inscription : Camp des Turcs. Un vieux soldat, appuyé 
sur une loge dans laquelle est couché un chien, assistera à la 
bataille. 
(GAQj — Première idée de la pièce précédente. Croquis à moitié fait. 
y Le général a la figure toute barbouillée par le crayon litho- 
graphique, et tient un énorme sabre dans ses mains. C'est 
sur le portefeuille du dernier soldat, à droite, qu'on lit le 
mot Achille. 

647. — N° 4. Deux petits garçons et deux petites filles sont à jouer 
v près d'une ferme. Ennuyé de traîner dans une voiture, de- 
puis trop longtemps, son camarade, un des petits garçons 
s'arrête, et, se retournant vers lui : Si tu veux pas être le 
Cheval chacun mon tour , lui dit-il, faut pas qu't'en joussef 

<;4H. _ N° 5. COMBAT A OUTRANCE. Le long d'un mur, deux en- 
fants ont dégainé leurs sabres de bois; deux autres enfants, 
tenant des lances , sont les témoins et les juges du combat 
dont ils ont réglé ainsi les conditions : On ne tape pas sur 
les doigts ; c'est pas de jeu ! (Charmant dessin. ) 

649. — N° 6. Trois gamins ont déjà quitté l'école , quand ils se 

retournent pour voir passer un petit riche sorti de la classe 
après eux. Un des gamins, le désignant de la main à ses ca- 
marades : Avec sa fraîche deilouse, leur dit-il, y ne sait 
jamais ses leçons ; il a toujours des billets de contentement ; 
il est riche ! y là la malice ! 

650. — N° 7. Trois enfants, s'amusant à traîner une petite voiture 

dans laquelle ils ont placé un chien , se sont arrêtés et cachés 
derrière un gros arbre ; ils ont aperçu un caporal d'infanterie 



308 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

qui est venu s'asseoir près de leur bonne : Son cousin l'em- 
brasse joliment notre bonne , se disent-ils. 

651. — N° 8. Intérieur d'une classe. Sur le mur, des pancartes avec 

ces mots : Bannes de nathure ; Fhameux parraisseu et man- 
theurs surtout. Le vieux maître, assis devant sa table, sa 
férule sous le bras, voit venir à lui plusieurs moutards en 
pénitence: Monsieur, lui disent-ils. portant tous leur main 
droite au front, nous avons un grandissime mal de tête , vou- 
lez-vous nous permettre de nous en aller ? 

652. — N° 9. Deux petits malins font demander par un camarade 

à un pâtissier assis dans sa boutique devant une masse de 
brioches : Mettez-vous les petits voleurs en prison chez vous ? 
Comme tous les trois ont une main cachée derrière le dos, et 
qu'on voit dans l'une d'elles un gâteau , on doit, croire qu'ils 
ont déjà fait leur coup chez un autre pâtissier. 

653. — Première idée de la pièce précédente. Croquis peu avancé. 

Ici, les quatre enfants profitent du moment où le pâtissier a 
le dos tourné pour dévaliser ses brioches. 

654. — N° 10. LE DÉSERTEUR. C'est une petite fille ; debout comme 

un brave, les yeux bandés cependant, elle mange tranquil- 
lement une tartine , que semble partager un gros chien sur 
lequel elle s'appuie. Quatre enfants l'ont couchée en joue avec 
des bâtons et même une poupée, et l'exécution va se consom- 
mer au commandement d'un petit garçon qui, le sabre en 
l'air, s'écrie : Grenadiers ! joue! feu ! 

655. — N° 11. LE FRANC GAMIN. Coiffé crânement d'un bonnet de 
v police , débraillé , le pantalon déchiré , il tient un gros pain 

sous le bras. De la main droite, il menace l'enfant d'un épicier 
derrière lequel se cachent deux plus jeunes enfants effrayés : 
Toi, rn sieur V épicier , lui dit-il, y me faut d'ia bonne ré- 
glisse , ou j'te pâlotte. A droite, un chien aboie, et l'on voit 
accourir une vieille femme qu'est allé chercher un moutard 
déjà calotte. Il est probable que la scène va bientôt changer. 

656. N° 12. Un vieil officier d'invalides, avec une jambe de bois, 

1 est assis sur un banc. Un petit garçon, à mine fine et sour- 
noise, lui amène un camarade dont la figure ne dénote pas 
beaucoup d'intelligence : Monsieur l'officier, dit le petit ma- 
lin , y dit que vous avez une jambe de bois de naissance ; et 
l'officier rit de tout son cœur. 

657. — N° 13. Dans le fond, à gauche, des enfants se battent; 






croquis. — 1826. 309 

arrive un Frère armé d'un martinet et sortant de la classe à 
la porte de laquelle on voit un moutard à genoux coiffé d'un 
bonnet d'âne. Entouré d'enfants qui reviennent de la bataille, 
l'un d'eux lui indique le lieu du combat, et lui dit : Frère , 
faites donc finir l'école mutuelle ; y nous fichent des grandis- 
simes coups de pied , et nous appellent cornichons !!! 
058. — Première idée de la pièce précédente. Croquis non terminé. 
' Ici, le Frère est assis, tenant sa férule à la main. Les enfants 
qui sont devant lui ont l'air consterné ; celui qui indique le 
lieu du combat tient des cartons sous le bras droit. 

Album lithographique par Charlet. (1827. 1 

* J~ 
Cet album contient un frontispice et dix-neuf pièces numérotées. 
Le frontispice et les N os 3, 7, 9, 10, 14, 16 et 19 sont imprimés 
en t.; les autres, en h. 

659. — DÉBIT D'ALBUMS AVEC PROCÉDÉS NOUVEAUX. (1827.) (Fron- 
' tispice). Près d'un mur où ces mots sont écrits, un jeune 

marchand a établi son dépôt ; et voyant un gros bourgeois 
qui dirige sa promenade de son côté, il l'arrête, lui pré- 
sente un album , et lui dit en riant : Si vous n'achetez pas 
mon album, vous êtes mort!... Le bourgeois se hâte de porter 
la main à sa poche, tout effrayé à la vue d'un fusil qui le 
couche en joue. L'esprit moins troublé, il aurait vu que ce 
fusil est ajusté sur un mannequin coiffé d'un chapeau qui lui 
couvre le visage. 

660. — Première idée de la pièce précédente. Toutes les épreuves 

ont été tirées sur papier blanc, 1/4 jésus. Pièce terminée en t. 
sans t. c. 

Au lieu du gros bourgeois , c'est un jeune homme qui 
recule effrayé. Le mannequin, habillé en Turc, couche en 
joue avec un très-long fusil. Sur le mur, les mêmes mots que 
ci-dessus, et la légende du bas ainsi modifiée : Faut encore 
avaler celui-là. 

661. — N° \ . Un petit malin a accosté deux camarades à la sortie de 
v la classe : Toi } t'es riche... mais t'es bête, dit-il à l'un; et à 

l'autre , toi , t'es pas riche. . . mais fièrement malin ; ça fait 
chacun mon compte. 

662. — N° 2. Un petit décrotteur, armé d'un balai , voit deux en- 



310 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

fants se disputant une galette : Ceux-là qui se bat pou?' la 

galette , /est pas celui-là qui la iftange ; fl attrape des bons - 
coups , et pis c'est bon ! Telle est la réflexion de notre ap- 
prenti philosophe; et, en effet, pendant la bataille, un chien 
s'est emparé de la galette , et la mange. 

663. — N° 3. Un vieux maître d'école , debout, au milieu de sa 

classe, paraît étonné tout autant qu'indigné : Avant la Révo- 
lution , dit- il , un enfant ne se serait jamais permis d'appeler 

son maître singulier tfiasculin ! Le petit coupable est à 

genoux, un écriteau sur le dos, portant ces mots : A happellé 
son maître singulier masculin l... Sur le mur une pancarte : 
On ne dois jamet fer de question à son maître. 

664. — N° 4. Qui compte sans son fyote peut se tromper. Un 

braconnier, assis près d'un gros arbre, se réjouit à la vue du 
lièvre qu'il tient dans sa main ; il n'aperçoit pas deux gardes 
qui se montrent au haut d'un mur. 

665. — N° 5. (Sans numéro aux premières épreuves.) Dans le fond, 

à gauche, grand feu alimenté par les livres que la foule vient 
y jeter. Sur le premier plan, un vieux barbier se dispose à 
raser un homme portant des ailes de pigeon. La main gauche 
appuyée sur la tête de sa pratique , et de l'autre montrant le 

feu , il s'écrie avec une libérale indignation : Dieu vivant 

brûler Voltaire VA quand on a des Bûches sous la main , et 
de fameuses bûches ! 

666. ■ — N° 6. Dans l'intérieur d'un cabaret : A la Quille-Couronnée , 

un grenadier , qui boit avec un vieil ouvrier portant queue et 
bonnet de police, lui saisit une jambe chaussée d'un bas noir, 
et , la regardant en riant : Les charbonniers , lui dit -il, ap- , 
pellent ces jambes-là des fiuntero7is ! 

667. — N° 7. Un vieillard se promène sur le quai au charbon, 
. coiffé d'un chapeau à trois cornes, ses mains dans un man- 
chon, un parapluie sous un bras, un petit chien sous l'autre. 
Un charbonnier, assis avec deux camarades, voyant cette 
tournure grotesque, rendue plus grotesque encore par une 
culotte courte et des bas noirs, s'écrie en riant: C'est pas 
des jambes ça, c'est des fumerons. 

(3^8. — Première idée de la pièce précédente. Croquis peu avancé , 
en h., sans aucuns noms. À la droite de l'estampe, l'homme 
aux fumerons , coiffé d'un chapeau rond , tient sous le bras 
gauche un petit chien, et donne l'autre à sa femme. 



ALBUM. — 1827. 311 

669. — N° 8. Deux officiers supérieurs de la garde nationale causent 

dans un jardin ; l'un aussi gros et court que l'autre est sec et 
long : Les farceurs de ma compagnie , fait celui-ci , disent 
quêtant huissier , $e devrais être fort sur les commandements. 

670. — N° 9. MARCHE DE TROUPES DANS LE PAYS BASQUE. Dans le 

fond , de hautes montagnes ; une colonne de cuirassiers et de 
lanciers est en marche. A gauche, une auberge; adroite, 
une charrette attelée de deux bœufs. 

671. — N° if. Mon mari les aime singulièrement ! les lanciers ! 

1 dit une jeune femme à un lancier galant assis près d'elle, à 

table à la campagne , en lui montrant son mari , dont l'atti- 
tude et la figure prouvent en effet que s'il aime les lanciers, 
il les aime singulièrement. 

672. — N° 1 1. Deux invalides viennent de boire aux NopcCs de Cana. 

Pendant que l'un d'eux retourne à l'hôtel , l'autre , beaucoup 
plus compromis, serait déjà par terre si le cabaretier sur- 
venant, un sceau d'eau à la main, ne le soutenait. Lou<-i<>n 
est asphyxié, dit-il en riant. 

, -7— N° 12. Un vieux grenadier de la Garde , devant la boutique 
' d'un marchand d'estampes, montre la bataille d'Austerlitz à 
un jeune soldat : Tu vois AUSTERLITZ, lui dit-il, au mo- 
ment du tremblement ! Voilà RAPP qui dit à L'ANCIEN : toute 
la boutique est enfoncée ; le Français se couvre de lauriers sur 

toute la ligne SOLDATS ! je suis content de vous , dit 

L'AUTRE. 
674. — N° 13. Un soldat en faction voit passer près de lui une jeune 

et jolie cantinière. Il l'arrête: Si j'étais votre caporal , 

voyez-vous, lui dit-il d'un air galant, je vous mettrais bien 
encore en faction ! 

675. — N° 14. Trois hussards sont à boire assis à une table. L'un 
d'eux, déjà gris, une bouteille à la main, fait de l'autre un 
geste héroïque: Les vieux Français, dit-il aux camarades , 
auront bien du mal ; iikais ils ne périront pas ! 

Les premières épreuves portent seules cette légende ; elle a 
' été effacée et remplacée par celle-ci : Brandtl un Français 
est un Frcmçais , s'il est immatriculé sur les contrôles de 
l'honneur national ! 

676. — N° 15. (Sans numéro aux premières épreuves.) Un sergent 
d'infanterie, ivre et galant, veut s'approcher de trop près 
d'une grosse écaillère à laquelle il débite des compliments. 



ml 



312 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

Mais celle-ci le repoussant par un geste : Sergent!... lui dit- 
elle , conservons nos distances ! 
<>77. — N° 16. Un Frère est assis au milieu de sa classe : un des éco- 
liers vient lui dénoncer un camarade : Frère, y s'a moqué 
des censeurs , et y Heurs a montré c'que je n'veux pas dire. 
Le petit camarade, indigné, joint les mains et lève les yeux 
au ciel, protestant de son innocence. 

678. — N° 17. Voilà mon fourrier (M. Binet, le chandelier du coin), 
' qui complimente le sergent-major sur sa décoration.... il aura 

la pratique. Telles sont les réflexions d'un gros garde na- 
tional en lunettes , de faction dans un jardin. Et malgré la 
faction et les observations , il trouve encore le temps de lire 
son journal. Dans le fond, à droite, on aperçoit M. Binet 
accostant respectueusement le sergent-major. 

679. — N° 18. Un grenadier fait faire son portrait par un peintre d'en- 

' seignes. Assis en face de ce dernier et tout en vidant avec 
lui une bouteille, il a voulu voir la peinture : Comment, 
s'écrie-t-il en riant , vieux troubadour du q'amp de la Lune ! 
lu me fais un œil qui n'est point à son èhef de file ! et un nez 
qui n'emboîte pas; j'ai l'air d'un SANSONNET effarouché. 
Tu n'as donc pas de patente , tu ne sais donc pas ton état ? 

Ç Mets donc de la couleur de fhair la plus fine et reprends 

ta direction. 

680. — L'EMBUSCADE ( sans numéro ) . Trois guerrillas et derrière eux 

un moine, en embuscade au milieu d'une forêt; ils semblent 
attendre pour faire feu de leurs armes le passage de deux sol- 
dats français qu'on aperçoit dans le fond , à droite. 

681. rrr. — * L'EMBUSCADE. Pièce terminée, encadrée. Ici un seul 

guerrillas, vu de profil, tourné à gauche, un genou en terre 
et armé d'un tromblon. Caché derrière de gros arbres, il va 
faire feu sur un soldat français qu'on aperçoit le fusil sur 
l'épaule., dans le fond, à gauche. H., 162; 1., 201. 

682. rrr. — Première idée de la pièce précédente. Croquis en t. peu 

avancé. L. du dessin, 236. 

Le guerrillas est tourné à droite, il a un genou à terre; 
le soldat français n'est pas encore indiqué. Derrière le guer- 
rillas, deux autres à peine ébauchés. 



ALBUM — 1828. 313 



Album; lithographique par Charlet. (1828.) 

Il contient un frontispice et dix-sept pièces numérotées. Le fron- 
lispice et les N os 4, 6, 10, 11, 13, 16, en h.; les autres, en t. 

683. — LE PUBLIC A OBTENU JUSTICE ! LES SCÉLÉRATS N'EN FERONT 
PLUS.... DES ABUMS ! (Frontispice.) Les faiseurs d'albums sont 
condamnés au feu. Sur le bûcher alimenté par ces œuvres dé- 
plorables, leurs auteurs sont attachés au pilori. Grand nombre 
d'écriteaux, dont les plus apparents portent les noms de Charlet 
et de Bellangé et sont placés au-dessus de ces deux grands 
^->. coupables. 

084. _ N° i . LANCIER FRANÇAIS REPOUSSANT UNE MAUVAISE CHARGE. 
C'est un enfant monté sur un grand cheval attaché par sa 
longe à la mangeoire d'une écurie. Armé d'une lance, il se 
défend contre un petit camarade qui l'attaque avec une 
fourche. A gauche, deux autres enfants. 

685. — N° 2. Dans le fond, à gauche, on distingue une masse de 
' peuple voyant défiler un nombreux cortège. Sur le premier 

plan, huit enfants regardent ce spectacle. Un petit garçon 
placé devant les autres voit passer un général , il se retourne : 
Dans les cortèges , dit-il, tous les ceux brodés qu'est en or, 
vaut plus que celui qui né sont qu'en argent toujours! 

686. — N° 3. Un cuirassier en grande tenue est à boire avec un vieil- 

lard à tous crins, ancien militaire. La conversation a rappelé 
sans doute à ce dernier de vieux souvenirs , car se levant , il 
s'écrie avec enthousiasme : Dans Vermandois infanterie , en 
avait sa tente ! 

687. — N° 4. Un officier de service ordonne la salle de police à un 

hussard ivre. Major, dit le hussard , c'est la goutte qui vient 
de me tomber dans les jambes . 

688. — N° 5. MADAME TARTARE , au moment de se mettre à table 

au cabaret portant pour enseigne : Au Dieu de l'harmonie , 
s'aperçoit que son chien n'est pas là. Elle interpelle son mari, 
et le menaçant de son ombrelle : Courez après mon Azor !!.... 
dit-elle, il me faut mon Azor !!!!... Le pauvre M. Tartare, 
effrayé, a saisi une chaise pour parei les coups auxquels il se 
voit exposé. 



314- DEUXIEME PARTIE. — IX e SECTION. 

689. — Même idée que la pièce précédente , en t., terminée, enca- 

drée , mais sans légende et aucuns noms. 

Tout à l'heure M me Tartare était à gauche et coiffée d'un 
bonnet; ici elle est à droite, coiffée d'un chapeau. 

690. — N° 6. Un curé rencontre près de son presbytère un garde- 

chasse complètement ivre , et comme il lui fait des reproches : 
ma foi, Monsieur le curé, répond le garde-chasse, quoique 
fautive, j'aime encore mieux être soûl que bête, ça dure 
moins longtemps. 

691. — Première idée de la pièce précédente, en h., sur papier 
v blanc, 1/4 jésus, encadrée, et sans aucuns noms ni légende. 

Ce n'est pas un curé qui fait des remontrances au garde, 
mais une jeune paysanne, qui par son geste semble lui faire 
honte de son ivresse. 

692. — N° 7. Un hussard et un sapeur ont bu à l'enseigne : Au 

Français invétéré , le bon vin est assuré. Le hussard est déjà 
à terre quand survient son fourrier qui dépose sur la table 
un paquet, et lui fait lecture d'une lettre de sa mère. J'suis 
pris d'ia , f 'suis poitrinaire , dit le hussard en riant et se frot- 
tant la poitrine. Ma trop respectable mère m envoie quinze 
francs et de la castonade pour refaire mon cuir.... Elle est 
Française ' !.. ma mère. 

693. — N° 8. LE CONVALESCENT. C'est un ancien militaire, marchant 

avec des béquilles et conduit par une vieille femme. Arrêté 
par un roulier à la porte d'un cabaret : Allons, père Guerard ! 
lui dit celui-ci en riant et lui versant un verre de vin, 
faut vous r mettre au verre ! faut réhumecter cette vieille es- 
tomach qu'est sec. 

ti94. — N° 9. L'AVEUGLE. Un vieux pauvre est assis au coin d'une 
V borne , ayant près de lui un enfant ; derrière lui un écriteau 
sur lequel on lit ces mots : Pauvre aveugle. Et cependant , 
voyant venir à lui une dame suivie d'un laquais en livrée , il 
fait ainsi la leçon à son petit compagnon : Tu vas demander 
à cette vieille dame en robe noire; et en avant le cantique des 
des lépreux.... chaud.... chaud. 

B9a — N° 10. Un écolier est arrivé devant l'école de charité. Il hé- 
v site à y entrer avec les camarades ; quand soulevant sa cas- 
quette, et se prenant une poignée de cheveux : Cré coquin, 
s'écrie-t4J , fies haï-t-i, les maîtres; si fêtais gouvernement , 
f voudrais q'tout /'monde y sache bien écrire, pour qu'il n'y 



ALBiM. — 1828. 315 

en aurait pas. Un petit garçon à sa droite, le regarde, et un 
doigt sur la bouche, semble lui recommander d'être plus 
prudent. 

Cette jolie pièce ayant eu beaucoup de succès , et la pierre 
n'ayant fourni qu'un certain nombre d'épreuves, on en a 
fait faire une copie assez trompeuse par Courtin. On le recon- 
naît en ce que l'initiale C, qu'on lisait sur la pièce originale, 
un peu au-dessous du polichinelle, ne se trouve plus ici. Elle 
porte aussi à la droite du bas : Boulevard des Italiens, N° 5, 
au lieu de : Lithographie de Villain, rue de Sèvres, n° 23. 
69(3. — N° 11. Un caporal trop ai niable ! du centre L... est sorti du 
v corps de garde, suivi de trois fantassins; il s'approche d'une 
jeune marchande de brioches, et les lui montrant, il ajoute 
avec le geste le plus galant : Si Vénus vend des brioches , 
c'est le pain d'amonition de Vémour, qu'on peut dire, en 
métamorphose relatif !.... 
c>07. — N° 12. // est h h mai n !.... il est français /.... le petit trom- 
pette. On le voit en effet, assis au pied d'un arbre, partager 
son pain avec un petit malheureux qui lui tend la main. 
008. — Première idée de la pièce précédente. Croquis en t., sans 
encadrement, non terminé. 

Ce n'est plus un trompette, mais un jeune soldat d'infan- 
terie qui est assis au pied de l'arbre. L'enfant auquel on va 
donner du pain est en chemise, etc. 

000. — N° 13. LA CONVERSATION. Un lancier a mis pied à terre; 

assis sur un pan de mur, il cause avec son cheval qu'il tient 

par la bride. Dans le fond, à gauche, colonne de lanciers en 

marche. 

700. — Première idée de la pièce précédente. En t., sans encadre- 

* ment et peu avancée. 

C'est un vieux paysan en blouse qui , assis dans une écurie , 
cause avec un cheval attaché par une longe à la mangeoire. 

Toi. — N° U. LE BULLETIN DE NAVARIN. Très-petite pièce dans là- 
' quelle on compte plus de quinze personnages. Dans la chambre 
d'un vieux marin assis dans un grand fauteuil , des pécheurs 
et des matelots se sont réunis à sa famille pour entendre la 
lecture qui leur est faite par un enfant qu'on a placé debout 
sur une table. 

f702. r. — N° 14. Aux premières épreuves d'essai de la pierre pré- 
cédente, on a laissé dans la marge du haut une charge de 



316 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

cuirassiers à peine indiquée et qu'on a effacée aux épreuves 
postérieures. 

703. — N° 15. Près d'une clôture faite avec des échalas, un chas- 

seur est assis à terre , une de ses jambes nue laissant voir des 
traces de plomb. Il est grand et maigre : Diable vous em- 
porte, dit-il à un gros homme chassant avec lui, et qui, 
les lunettes sur Je nez , s'est approché et semble étonné de 
sa blessure : Diable vous emporte ! vous tirez dans les écha- 
las ! et vous ne me voyez pas ? 

704. — Première idée de la pièce précédente. Croquis à moitié ter- 

miné, en t., sans encadrement. Ici le chasseur blessé esta 
droite; la jambe qui doit être nue n'est pas indiquée ; le 
gros chasseur a son fusil en bandoulière. 

705. — N° 16. Dans le fond, à droite, des tambours à l'école dans 

la cour du quartier. Sur le premier plan, le tambour-major 
accoste un ouvrier, ancien militaire : Mon cher, lui dit-il, je 
vais faire comme toi , reprendre le civil , et rentrer dans mes 
foiliers respectives. 

706. — r - N° 17 (sans numéro aux premières épreuves). ROUTE DE 
v SAINT • JEAN - PIED -DE -PORT. Près d'une tente où l'on vend des 

rafraîchissements, les habitants d'un hameau sont réunis. Au 
milieu d'eux, on voit danser un homme et une femme. Quel- 
ques chasseurs à cheval se sont détachés d'une colonne , et se 
sont approchés de la danse. 

Croquis ! et Pochades à l encre I par Char Jet. (18:18. : cl i 

Cette suite se compose de dix -huit pièces numérotées; les iM os 8, 
9 et 17 en h., toutes les autres en t. Elles sont entourées d'un double 
trait, sauf les N os 1 , 2, 9, 10, 11 , 13 et 14, sans encadrement. 
Tout le tirage a été fait sur un seul format, 1/4 Jésus , les premières 
épreuves sur papier de Chine. 

(1) Ces croquis, dont quelques-uns pourraient rivaliser avec des eaux-fortes, n'eurent aucun succès 
près de la masse qui , comme le dit Charlet , a infiniment de bon sens , mais se trompe presque tou- 
jours. Peut-èlre aussi regretta-t-on l'absence de ces mots si heureux qu'on était accoutumé à trouver 
au bas des dessins du maître. 

D'ailleurs comment s'étonner de l'indifférence du public, quand on n'a pas pris soin de lui formuler 
son opinion ? 

Mettez a l'étalage et a vil prix le plus grand nombre de ces eaux-fortes de maîtres qu'on s'arrache 
a des prix fabuleux , et elles resteronl chez le marchand si le hasard ne fait pns passer devant elles 
quelques rares amateurs. 



pochades a l'encre. — 1828. 317 

707. — * N° 1. TURC ASSIS. Ses yeux à demi fermés et sa bouche 
■ ouverte semblent indiquer l'ivresse. Dans le fond , à gauche , 

personnage fantastique avec des cornes. 

708. — * N° 2. TÊTE DE CHIEN. Tournée à droite, le museau allongé, 
' l'oreille pendante et le poil assez long. Au cou du chien, un 

bout de chaîne. 

709. — * N° 3. LE MAITRE D'ÉCOLE. C'est un vieillard appuyé sur 
' sa canne ; après avoir avoir descendu le petit escalier qui con- 
duit à sa classe , il s'est arrêté pour causer avec un petit gar- 
çon coiffé d'un bonnet de coton. 

740. — * N° 4. GREC CONTEMPLANT SES RICHESSES. Assis sur une 
' chaise basse, il regarde avec une vive satisfaction des bi- 
joux contenus dans une cassette; à ses pieds plusieurs sacs 
d'argent. La Mort, armée de sa faux, apparaît à sa droite. 

714. — * N° 5. PETIT ENFANT DEBOUT SUR UN CHEVAL. Il cherche à 
conserver son équilibre en se servant de ses bras comme de 
balancier. Le cheval est dans une écurie , attaché par sa longe 
à la mangeoire. 

742. — * N° G. VIEUX MARIN FUMANT. Assis dans un estaminet, 

son bras gauche est appuyé sur une barrique. A gauche, cinq 
personnages, quatre debout, le cinquième assis. 

743. — *N° 7. VIEILLARD ASSIS sur un banc de pierre. Sa mise, 

' recherchée, son jabot de dentelle, annoncent qu'il a conservé 
quelques prétentions. Dans le fond, un vieux et ridicule officier. 

744. — * N° 8. GROS AUBERGISTE , UNE BROCHE A LA MAIN. Ivre, ap- 

puyé contre un soldat , il a l'air de vouloir se mettre en dé- 
fense contre un autre soldat qui debout devant lui va mettre 
l'épée à la main. 

745. — *N° 9. TÊTE DE CHIEN BRAÛUE. Elle est tournée à droite; 

le tour du nez est blanc, tout le reste est noir. 

746. — *N« 40. TÊTE DE VIEILLE FEMME. Elle est presque de face, 

la figure riante, la bouche entr'ouverte ; un voile blanc lui 
sert de coiffure. 

747. — *N° 14. TURC DEBOUT. Dans le fond, à droite et à gauche, 

deux femmes portant chacune un enfant. 

748. — * N° 42. PAUVRE ASSIS DANS LA RUE. Il cache sa tête dans 
> ses mains. Deux enfants sont couchés à ses pieds. Une jeune 

femme, tenant une petite fille à la main, s'approche de ce 
malheureux et lui fait l'aumône. 



318 DEUXIÈME PARTIE. IX e SECTION. 

719. — * N° 13. SOLDAT D'INFANTERIE, en route, avec armes et 
bagage, un brûle-gueule à la main. 

7-20. — * N° U. CROaUIS ET GRIFFONNEMENTS. Une femme assise a 
devant elle un petit garçon, une lance à la main. A droite 
et à gauche du haut de l'estampe , deux têtes grotes- 
ques, etc. 

721. — * N° 15. VIEILLARDS JOUANT AUX CARTES DANS UN CABARET. 

Celui de gauche a un brûle-gueule à la bouche ; il tient un 
pot à la main. A la droite de l'estampe, un vieillard, coiffé 
d'un chapeau à trois cornes, tient un enfant entre ses jambes. 

722. — *N° 16. JEUNE MARCHANDE D'ŒUFS. Elle porte un enfant 

' dans ses bras; un homme ivre lui débite des galanteries, etc. 

723. — * N° 17. C'est à peu près le même sujet que la planche 8. 

Dans celle-ci, le soldat de droite, qui tomberait s'il n'était 
soutenu par un camarade, a tiré son épée et la croise avec 
la broche de l'aubergiste. 

724. r. — C'est la pièce précédente sans encadrement et sans nu- 
-^ \l méro , mais avec huit ou dix croquis ou griffonnements au- 
tour des trois marges du bas et de côté. Ces croquis ont été 
effacés après le tirage de quelques épreuves. 

725. — *N° 18. TURC DEBOUT. Il est richement costumé et coiffé 

d'un turban. A gauche, dans le fond, plusieurs personnages, 
parmi lesquels on distingue un Turc à cheval. 

Album lithographique par Charlet. (1829. ) 

Cette suite se compose de seize pièces numérotées et encadrées. 
Toutes sont en t., sauf les N os 12 et 16 en h. 

726. — N° 1. LA CHASSE DEMANDE A ÊTRE BIEN GOUVERNÉE. Voilà 

pour la théorie ; voyons la pratique : Un chasseur , d'un âge. 
mur et d'un embonpoint raisonnable, s'est endormi après 
avoir déjeuné. Son chien s'empare des débris d'un pâté, et 
l'on voit dans le fond, à droite, des lapins jouant sur l'herbe. 

727. — N° 2. LA PROMOTION. Au milieu de l'estampe, l'Empereur 
^ est à cheval ; près de lui un nombreux état-major. Un colo- 
nel de la Garde impériale fait avancer un grenadier, qui pré- 
sente les armes et va sans doute recevoir la croix. 

728. — N° 3. LE DESSIN. Dans une classe de dessin, où l'on paraît 
s'occuper de toute autre chose, des enfants entourent deux 



album. — 1829. 349 

petit garçons, un genou à terre, et regardent avec ceux-ci 
le résultat d'une partie de billes. 

729. — N° 4. L'ARITHMÉTIQUE. Pendant qu'un vieux professeur 
explique au tableau une règle à quelques écoliers, d'autres, à 
genoux derrière lui, se préparent à lui faire des niches, et 
déjà un petit chien a saisi la basque de sa longue redingote. 

730. ,-r- N° 5. A la porte d'une chaumière, un chasseur à cheval est 
^ surpris par un officier au moment où un Espagnol lui pré- 
sente sa bourse ; et sur les observations qui lui sont faites : 
C'est juste , mon capitaine , répond-il, mais c'est le caraco.., 
je lui demande du feu pour allumer ma pipe... et y me donne 
sa bourse. 

731. — N° 6. Un vieux grenadier de la Garde, débris de Waterloo, 
1 est couché sur de la paille dans une misérable chaumière. La 
Mort se présente : Je suis prêt , dit le grenadier avec résigna- 
tion. 



732. — N° 7. Un vieux bourgeois, un invalide et un grenadier ont 
' copieusement bu dans un cabaret situé à la porte d'un cime- 
tière; l'invalide est déjà par terre, quand tout à coup le 
bourgeois, dont le chapeau couvert d'un crêpe est tombé 
près de lui , tourne à l'émotion ; soulevé par le grenadier et 
planant sur le cimetière : ma Denise , s'écrie-t-il , tendant 
les bras vers elle , eue ne peux-tu voir un époux abreuvé de 
douleur et priant pour le repos de ta cendre ! 

733. — Première idée de la pièce précédente. Croquis en h., très- 
' avancé, sans encadrement et sans aucuns noms. Devant le 

bourgeois sensible, toujours soulevé par le grenadier, se 
trouve un hussard qui le reçoit dans ses bras. 

734. — N° 8. L'Empereur visite des travaux; la foule l'a reconnu et 

fait éclater son enthousiasme. Il s'est approché d'un tailleur 
de pierres , qu'à sa taille élevée et à sa tournure martiale on 
ne peut méconnaître , et lui demande où il a servi: Sire, 
répond celui-ci, ès-cuirassier zau 4 me . Austerlick , Iéna , 
Friedland, Wagram. 

735. — N° 9. LA MORALE. Après un copieux repas, un gros homme 

est assoupi, encore à table. L'ami, qui probablement a par- 
tagé le dîner, s'est levé à l'arrivée d'un enfant, et lui mon- 
trant l'homme endormi : Ton inconduite , lui dit-il, abrégera 
les jours d'un malheureux père qui se prive de tout pour toi. 



320 DEUXIÈME TART1E. — IX e SECTION. 

Il parait, en effet, s'être privé d'un vieil habit dont les basques 
tombent sur les talons de l'enfant. 
73G. — N° 10. LA BARRICADE. Scènes et costumes du temps de la 
Ligue. A gauche, des fantassins font feu de leurs mousquets, 
et défendent une barricade formée par des chaînes de fer et 
— . attaquée par de la cavalerie. 

737. — N° 11. Au milieu d'une colonne d'infanterie qui vient de 
\ culbuter les Autrichiens, un tambour-major, le poing sur la 

hanche, sa canne élevée dans la main droite, interpelle un 
commandant monté sur un cheval blanc : Citoyen chef de 
brigade, dit le tambour-major , le pnserlik ri aime la baïon- 
nette non plus que les assignats, 

738. — N° 12. PAUVRE HONTEUX. Un homme d'une mise assez élé- 

gante, si elle était moins éraillée, arrête, dans un endroit 
écarté, un bon vieux bourgeois qui se promène la canne à la 
main : J'ai besoin de dix francs, lui dit-il en tendant poliment 
son chapeau. Le vieux bourgeois met la main à la poche , 
déterminé sans doute par la vue d'un énorme gourdin dans 
la main du pauvre honteux. 

739. — N° 13. Un grenadier est assis, buvant au cabaret; il a dé- 

posé armes et bagages. Près de lui une vieille femme , voyant 
arriver bras dessus bras dessous trois paysans complètement 
ivres, saisit le fusil du grenadier, et, faisant mine de l'armer, 
elle s'écrie en riant : Qui vive ? Patrouille grise ! ! ré- 
pondent les paysans , riant aussi de leur côté. 

740. — N° 14-. C 't 'hardiesse , se dit un petit garçon dont le geste 

et la figure peignent l'étonnement : il a vu en effet un petit ca- 
marade s'approcher d'un canonnier à cheval assis sur un tertre 
dans un bois et lui dire : Ah ! Monsieur Vcallognié , donnez- 
moi-zen un p'tit peu.... d'ia poudre , pour fiche un pétard au 
chat du maître d'école. 

741 . — N° 15. Une jeune femme est assise dans un jardin ; devant 
v elle deux petites filles jouent avec des lapins. Charlet, très-fort 

en histoire naturelle , dit à ce sujet : Le lapin est timide et 
nourrissant : mangé par le petit et même par le grand , on le 
trouve chez le militaire de tout grade, comme chez le magis- 
trat le plus recommandable. (Buffon). 

742. — N° 16 (sans numéros aux premières épreuves). Dans le 
v fond, à droite, on distingue des chasseurs à cheval de la 

garde , en marche ; l'un d'eux , resté en arrière , les rejoint au 



album. — 1829. / 321 

galop. Il vient probablement de faire ses adieux à une jeune 
fille dont l'embonpoint ne laisse aucun doute sur la nature 
de leur liaison. Survient Madame Tartare , revendeuse , sor- 
tant de son magasin à l'enseigne du Rhinosserose ; au milieu 
du récit et des larmes de la pauvre fille , elle l'interrompt, et lui 
montrant le séducteur, elle s'écrie : Si la justice était juste, 
on pendrait tous ces éuérdins d'kommes qui n'est bon que), 
tromper les pauvres femmes qu'est trop bonnes (1) ! 
743. — Première idée de la pièce précédente. Croquis en h., peu 
y avancé, 

La jeune fille est dans les bras de M me Tartare, le bras de 
cette dernière qui doit indiquer le séducteur n'est pas fait, 
mais on le devine au mouvement duschall qui devait le 
recouvrir. 



Album lithographique de Charlet. ( 1 850. ) 



Il contient dix- sept pièces encadrées et numérotées : les N os 14 , 
16 et 17 en h., tous les autres en t. 

744. — 1. LE PÈRE BROUSSAILLE. Une jeune femme est assise au 

pied d'un arbre, ayant près d'elle un enfant. Un peu en arrière, 
son mari , debout , vient de se plaindre à son vieux garde- 
chasse de la rareté du gibier. Celui-ci, prenant le ciel à té- 
moin , s'écrie d'un air contrarié et découragé : On m" de- 
mande du lapin!! !... tyn veut que j' tue du lapin... avec un 
habit bleu de ciel et un collet rouge;... les guefrdins rn voyent 
d'un bout à Vautre du bois ; ils disent : Tiens , v'ià V père 
Broussaille avec son collet rouge!!... 

745. — 2. Dans le fond , à, droite, des enfants se battent; un autre 
enfant, armé et équipé, se tient à l'écart, appuyé contre un 
arbre; c'est Achille retiré sous sa tente. Un jeune camarade 
est accouru près de lui, et, montrant la bataille, le presse de 
venir y prendre part. Mais celui-ci, les bras croisés, ferme dans 
sa résolution, répond : J' m' bats pas. Le plus souvent... que 



(1 ) Veut-on savoir ce que Charlet pensait de la justice ? Je venais de perdre un procès en appel , et 
je racontais à notre ami avec une certaine émotion les circonstances , asser. curieuses , il est vrai , de 
ma condamnation. 

■ Vous paraissez étonné, médit Charlet ; moi, j'ai profondément médité sur la justice ; voilà ce que 
c'est : un banc parsemé de clous , dont le moindre inconvénient est de vous déchirer les culottes. 

21 



322 \ DEUXIEME PARTIE. — IX e SECTION. 

f vas m faire calotter, déchirer mes z'hardes, et tout pour 
des cadets qui mangera la galette et les noix verts, et qu' moi 
f aurai les coquilles. 

746. — 3. A la rentrée de la classe, un petit écolier aborde un inva- 

lide manchot assis sur un banc de pierre , et lui montrant sa 
croix: Oui, qu' f peux m'en vanter, lui dit-il, et qu en- 
core j l'ai gagnée à l'école mutuelle ,... moi!... la croix, et 
qu c est les bonnes!... Et vous, c'est-y à la mutuelle que vous 
l'avez eu? 

747. — 4. LES DEUX COQS. Au milieu de la campagne, deux jeunes 

soldats d'infanterie ( veste et bonnet de police ) , en viennent 
aux mains. Une jeune femme près d'eux ne laisse aucun 
doute sur le sujet de la querelle. 

Amour! tu perdis Troie! 

748. — 5. L'HOSPITALITÉ. Une petite fille et un petit garçon font la 

dînette. Survient Polichinelle en grande tenue. Tous deux se 
lèvent , et pendant que la petite fille témoigne son admira- 
tion , le petit garçon prend la main de son hôte , et l'engage 
à se mettre à table. 

749. — 6. Deux épiciers sont en chasse, tenant leurs fusils prêts à 

faire feu. Et cependant ils sont plus préoccupés de leurs af- 
faires que de la chasse , et ne s'aperçoivent pas que leur chien 
est resté derrière eux en arrêt sur un lapin. // y aura de la 
baisse! dit l'un d'eux; Bijotot , mon ami, écoulez vos huiles , 
et méfiez-vous de la cannelle ! 
,750. — 7. Marche de lanciers par un temps de neige. L'un d'eux, 
arrêté et causant avec trois paysans, voit venir à lui un 
pauvre fantassin, tramant un petit chien. Faut du tempé- 
rament ! s'écrie le lancier. » 

751. j- 8. Une armée traverse un vallon aride, entouré de hautes 
' montagnes. Un soldat d'infanterie a gravi un rocher, et de là , 

parcourant des yeux et du geste ce triste pays , il s'écrie avec 
mélancolie : Tout ça ne vaut pas mon doux Falaise l... on ny 
.-—v voit point seulement un pommiei , dans ce pays de malheur! 

752. — 9. Costumes du moyen âge. Un militaire assis à une table, 

• au cabaret, voit trois enfants qui s'emparent de son mous- 
quet et s'en amusent. « J'aime les enfants !... moi, dit-il en 
riant. 

753. — Première idée de la pièce précédente. Croquis en t., sans en- 



ALBUM.— 18.». 323 

cadrement et peu avancé. Le soldat assis à droite, sur un 
tertre dans la campagne, a. debout sur ses genoux un entant que 
tient encore une jeune femme. Dans le fond, à gauche, on 
.— distingue un homme à cheval, portant un chapeau à plumes. 
(luj— 10. LES CONFRÈRES. Repas de nombreux amis après Tenter- 
l, rement de Frérot. Plusieurs portraits plus ou moins ressem- 
blants. Charlet écrit : Nous venons d'enterrer l'ami Frérot , 
honnête entrepreneur, bon père , bon époux ; veuve inconso- 
lable, c'est l'usage ; convoi de cent yingl rouverts, c'est joli!... 
et Fromont qui chante les mœurs !... 

im. — 1 1. LES HÉRITIERS. Un médecin va quitter la chambre d'un 
' moribond. Il est entouré par les héritiers qui lui demandent, 
d'un air plus ou moins affligé : Pensez-vous que notre respec- 
table et digne oncle aille encore jusqu'à demain? 

T.>(>. — 12. LES FRANÇAIS NE SUPPORTENT POINT L'HUMILIATION. 
Les tambours d'un régiment exécutent des batteries sous la 
direction d'un tambour-maître. Le tambour-major, qui les 
écoute, témoigne son mécontentement; sa canne sous le bras 
gauche, le bras droit étendu vers les tambours : Tambour- 
maître, dit-il, nous n'avons plus le pompon!!! la batterie 

est molle II je veux quelle soit enlevée par des ratés-sautés lA 
ou je donne ma démission... alors le gouvernement s'arran- 
gera comme il pourra! ... 

Le Raté-Sauté est m coup romantique ; U remplace le vieux lu, clcunque irrwera-+4l à 

une aussi belle vieMesse ? 

(757)— 13. Un vieillard vénérable est dans son lit lisant la bible: 
Mon fils, dit-ii à un jeune soldat assis près de lui, la vie est 
une garde qu'il faut monter proprement et descendre sans 
taches! / 

758. — U. LE BRIGADIER PETREMANN. C'est un lancier; il est ivre: 
c / Chebleire gom une pet e de Rochon; che safre bas bourguoi, 

se dit-il. — Les deux ou trois premières épreuves de cette 
pièce portent, à la suite de la légende ci-dessus, ces mots : 
Bourguoi c'tre gombrand bas ché une jagrinJ Bourguoi? 
1 Voilai 

759. - 15. LA CARTE DES CONVALESCENTS. Trois hussards, dont 

deux écloppés, viennent de se rafraîchir au cabaret- portant 
pour enseigne un Amour décochant une flèche, avec ce 



324 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

rébus : Au vainqueur des vainqueurs. Ils demandent à payer , 
et la cabaretière leur présente cette carte : 



Pin 

Vin 8 lite 

Vau 

Habati au naval . 

>/, ois rôtis 

Callade 



Fromage Dolande . 
3 cigale Davane . . 

Sardine 

Au de vie 

Hanisette 



Tautale... 



► l. 8 s. 

9 

9 
12 
16 



13 /. 1 s. 



760. — 16. LE SATANÉ FARCEUR. Un jeune soldat d'infanterie, en 
l veste et bonnet de police, est assis sur une pierre au bord 

d'une fontaine. Au moment de remplir une cruche, il montre 
l'eau, et dit en riant : Ce pas du vin... bien sûr. 

761. — 17. Un soldat d'infanterie est en faction dans un pays 

de montagnes par un temps de neige. Il voit venir à lui un 
ours. Armant son fusil, il s'écrie d'un air peu rassuré : Ca- 
poral, v'nez reconnaître... On voit le poste dans le fond, à 
gauche. 






Fantaisies par Charlet. ( 1831 . ) 



Seize pièces numérotées et encadrées. Les N os 3, 5, 9, 10 et 13, 
en h. ; les autres, en t. 

762. — 1. Dans le fond, à droite, devant la porte d'une école de' 
charité, un Frère lève les bras au ciel, désespéré de voir 
ses élèves entraînés par ceux de la mutuelle. Un de ces der- 
niers porte un drapeau tricolore sur lequel on lit : Vive 
les mutuels. Un autre montre en riant le fouet qu'il a enlevé 
aux Frères. Sur le premier plan, un ouvrier en blouse regarde 
cette scène, et chante en riant : 

Rindzinglin, rindzinglin , rindzinglin , etc. etc. 

703. — 2. LE DÉFILÉ. Au pied d'une montagne, Napoléon est à 
cheval, entouré de son état-major. Les chasseurs à cheval de 
la Garde défilent devant lui , et sa vue excite leur enthou- 
siasme. Dans le fond, à gauche, le champ de bataille couvert 
de troupes de toutes armes. 

764. — 3. * NAPOLÉON. Il est assis sur un tertre, au pied d'un arbre, 



FANTAISIES. — 1831. 325 

les bras croisés. A gauche, un grenadier à cheval (à pied), 
tient en main le cheval blanc de l'Empereur; du même côté, 
à un plan plus éloigné, troupes nombreuses. 
. 765. — A. L'ACTION. Napoléon, à gauche, sur son cheval blanc , en- 
touré de son état-major, suit la marche de la bataille; de- 
vant lui toute l'armée ; et Ton reconnaît les lignes ennemies 
à la fumée qui s'en dégage. 

766. — 5. L'ARTISTE. Quatre enfants se sont arrêtés à la sortie de la 
f classe. L'un d'eux, après avoir déposé à terre des cartons 

sur l'un desquels on lit : V. Hugo , s'est mis à dessiner un 
Napoléon grotesque sur un pan de mur. Les autres le regar- 
dent, et l'un d'eux, assis à terre,* ne pouvant contenir son 
admiration : tyré nom d'un petit bonhomme, s'écrie-t-il , c'est- 
- y ressemblant (1) / 

767. — 6. (Sans légende.) Deux croquis sur la même feuille. 

1° A gauche, une jeune femme assise sur un banc, dans 
un jardin, dessine dans un album; un petit garçon, debout 
devant elle , regarde son dessin ; 

2° A droite, un homme en costume du moyen âge a de- 
vant lui un jeune page qui tient son chapeau à la main. 

768. — 7. * LE MOULIN DE JEMMAPES. Un régiment de hussards 

débouche de la droite; à sa suite une colonne d'infanterie. 
Ces troupes vont défiler devant un état-major placé au pied 
du moulin. 

769. — 8. * MARCHES DE TROUPES. Pays d'une grande étendue. Au 

premier plan, quatre lanciers ; à droite, une chaumière près 
d'un bouquet d'arbres ; un peu à gauche , deux enfants , de- 
vant un pan de mur, regardent défiler les troupes. 

770. r— 9. HUTINET (fusilier de la 3»« du 2 me du 43 m «), gravit diffi- 

cilement une haute montagne avec armes et bagages. Tout 
harassé, et soutenant son sac, il se met à rire, se disant, par 
manière de réflexion : Quand il a fait les montagnes , le Père 
éternel, bien sûr que s'il avait pris l'sac sur le dos y nzaurait 
pas fait si hautes. 

Sur les toutes premières épreuves il y a une faute dans 



(1) Nous avons trouvé cette petite note écrite au crayon dans les papiers de Charlet : elle nous 
semble s'appliquer a cette pièce : 

t J'ai voulu rendre le gamin de belle santé , force cheveux filasse. Janin dit : Cette tète bouclée , 
ces petites mains, ces petits pieds, l'air moqueur, etc. Je suis désolé : je lui ai mis trop de livres, etc.; 
mais comme la tète et l'expression , comme le caractère me paraissent heureux , et qu'il est difficile 
et même très-difficile de trouver, ma foi, je l'ai laissé. » 



326 DEUXIÈME PARTIE. IX e SECTION. 

la légende, corrigée aux épreuves postérieures; on a écrit: 
qu'il avait pris, au lieu de : que s'il avait pris. 

771. — 10. (Sans légende) Au pied d'une vieille tour, corps de 

garde de grenadiers ; deux debout , trois autres assis se 
chauffent à un feu où sont accourus quatre petits paysans. A 
droite, au second plan, grenadier en faction. 

772. — 11. Une écaillère voit entrer à la mairie une femme en 

deuil. Elle se retourne vers le marchand de vin, et la lui 
montrant: L'eau va-z-à la rivière, lui dit-elle d'un air 
l dédaigneux, c' te pas grand* chose de Duché , la v'ià qui va 
toucher la pension de c que son pauvre homme s'est fait tuer 
le vingt-huit Juyet ;... ça nen a aucunement d' besoin... Mon 
■ guerdin n'a pas eu c'te bonne idée-là..., lui;... V scélérat ,.. . 
d' se faire tuer... 
77.5. — 12. Intérieur d'une barricade. Un vieux soldat, la tète enve- 
loppée d'un mouchoir, voit passer des lanciers à la portée de 
son fusil. En même temps un enfant lui porte une écuelle : 
Attends , dit le grognard en montrant les lanciers : Le temps 
de manger la soupe , et l'on va vous resoigner le cuir. 

774. _ 13. * DRAGON D'ÉLITE EN VEDETTE. Il est à cheval. Autour 
v de lui, trois autres vedettes: deux d'infanterie, l'autre de 

cavalerie. 

Cette pièce est encadrée de deux traits carrés; à gauche, 
au bas, le nom des Gihaut; à droite, leur adresse. 

Cette pierre avait été égarée longtemps, alors qu'on n'en 
avait tiré qu'un très-petit nombre d'épreuves d'essai. On les 
reconnaît en ce que le tirage en est beaucoup meilleur, et 
qu'encadrées d'un seul trait, elles portent le nom seul de 
Villain, au bas, à droite. 

775, — 14. Une vieille dame en bonnet, les lunettes sur le nez, fait 
5 la lecture d'un journal à six personnes groupées autour d'elle. 

Aurons-nous la guerre*! se demande-t-on. A droite, deux en- 
fants, dont l'un porte une petite statuette de la Liberté; 
l'autre , un drapeau tricolore. 
770. il LA RÉVOLUTION FERA LE TOUR DU MONDE. En effet, dans 
la classe d'une école chrétienne, un enfant est monté sur une 
table, et pérore. Ce discours doit être révolutionnaire; car un 
Frère, s'avançant vers l'orateur un martinet à la main, est 
assailli par les écoliers en insurrection qui lui ont attaché sur 
le dos un écriteau injurieux'. 



FANTAISIES. — 1831. 327 

777. — 16. Devant une école mutuelle passe un Frère enveloppé dans 
son manteau , l'air soucieux. Un petit drôle , sorti de la classe , 
s'avance sur lui , croisant la baïonnette avec un bâton : il se 
retourne et crie: Caporal, hors la garde! c'est un ennemi!... 
tré nom d'un petit bonhomme!... je vas faire feu! f vas lâ- 
cher ï chien!... A ces paroles, deux autres écoliers accourent 
armés de bâtons. 

Fantaisies par Charlet. U 1831 . | 

Cahier de cinq pièces, le N° 4 en h., les autres en t. Numérotées 
et encadrées. 

178. — 1 . Deux soldats au corps de garde sont assis devant une ga- 
• melle de haricots. Survient un camarade, armé d'une cuillère , 
et disposé à en prendre sa part. Mais après avoir jeté un coup 
d'oeil sur le repas: C'est toujours les mêmes qui tient l'as- 
siette au beurre , dit -il en riant, ça fait que la Révolution 
n s'a pas encore introduit dans les z'haricots. 

779. — 2. Un vieux sapeur du génie, décoré, et portant trois che- 
vrons , est à boire avec deux conscrits. On cause probable- 
ment du pillage des églises, car le sapeur se levant, une bou- 
teille à la main , dit avec autorité : Moi , f le respecte , mais 
j' m'en sers pas, du culte , quoiqu'il peut être bon en soi-même 
pour les gens faibles de son être ; comme aussi pour un tas de 
vieilles bonnes femmes, qu'elles sont mauvaises comme la 
gale (1). 

780 — 3. * CROQUIS. Au milieu de la feuille un vieillard, devant une 
chaise, appuyé sur une béquille; devant lui, un enfant de- 
bout. Au haut, à gauche, le portrait de Billoux, etc. etc. 

781. — 4. UN ANCIEN DES. ANCIENS. Général républicain sur un che- 
4 val au galop, franchissant un obstacle. Il est coiffé d'un cha- 
peau à plumes , en redingote ceinte d'une écharpe tricolore , 
une cravache à la main. 

782. — 5. * CROQUIS. Au milieu, trois hommes âgés autour d'une 
* table. Celui de gauche est ivre; "celui de droite, debout, tient 



(1) Remarquons que cette pièce était faite le lendemain du pillage de l'Archevêché, et dans une 
intention honnèle ei généreuse. Toute la pensée de Charlet est dans ces mots : Moi j'ie respecte /< 
culte)...- et la alite Imite plaisant? de la légende est destinée ;i la rendre populaire. 



328 DEUXIÈME PARTIE. X e SECTION. 

un pot à la main. Au dessous, un homme, couché à plat 
ventre, pèche à la ligne et retire un sabot , etc. etc. 

AlbumJlithographique/par[Charlet. '(1852. > 

Douze pièces numérotées et encadrées. Les N os 2, 6, 8, 10, en h. 
les autres en t. 

783. — 1. LE CHARBONNIER. Très-joli paysage; au milieu de l'es- 

tampe, un charbonnier à cheval, précédé d'un chien, trotte 
de gauche à droite, 

784. — 2. Deux enfants sont à voler des pommes près d'une ferme. 

L'un est dans l'arbre, et l'autre ramasse le butin. Mais un 
chien survient , saisit ce dernier par la fesse , et le mord à 
belles dents. L'autre petit drôle, dans l'arbre, a peur du 
chien, et du fermier qui a suivi son chien. Il perd l'équilibre, 
et Dieu sait ce qui arriverait , s'il n'était retenu par sa blouse 
à une branche. 

Notre philosophe Gharlet dit à cette occasion : Fortune, voilà 
de tes coups ! 

785. — 3. Un vieil officier supérieur de la République est assis sur un 
1 tertre, fumant tranquillement sa pipe. Un sergent d'infan- 
terie s'est arrêté près de lui , et faisant un geste héroïque : 
Où est le fléau de l 'armée? lui dit-il... // est dans le marau- 
deur,... dans le fricoteur ,... tous brigands qu'il faudrait faire 
fusiller ! Et pendant qu'il débite cette blague, un camarade 
donne à manger à une oie , dont on voit passer la tête par une 
ouverture de son sac. 

786. — 4. Un bandit espagnol s'est assis dans une forêt, en com- 

pagnie d'un camarade et d'une vieille femme. Apercevant 
devant lui un homme pendu à une branche d'arbre, il se re- 
tourne vers ses compagnons: Voilà peut-être, leur dit-il, 
, comme nous serons dimanche. 

787. — Intérieur d'une salle d'hôpital : un vieux troupier, sur son 
v " séant, dans son lit, appelle la Sœur: Sœur Ursule, lui dit- 
il , je sens quil faudra bientôt passer Y arme à gauche , attendu 
que le Père éternel ne veut pas prolonger mon permis de sé- 
jour. » Espérons que ce permis sera prolongé ; car si l'on voit 
sur la table un pot de tisane avec un verre, on voit aussi, 
cachés sous son oreiller, une bouteille de vin et un pâté. 



album. — 1832. 329 

788. — t>. LE MISANTHROPE. Un cuirassier en grande tenue, mais sans 
* casque , complètement ivre, est soutenu à grand'peine par un 
jeune paysan. Apercevant des vendangeurs dans une vigne , 
à gauche, il lève les yeux au ciel : On peut, s'écrie- t-il , mé- 
priser souverainement l'espèce humaine, mais cracher sur les 
vendanges /. . . jamais. 

789. — 7. Trois -jeunes paysans en voyage ont frappé à la porte 
d'une ferme, pour demander leur route. Une vieille femme 
met la tête à une lucarne , et leur répond avec humeur : 
Quand on ne sait point son chemin , on n'se met point zen 
route. 

790. — 8. Un jeune soldat , déjà chargé de ses armes et bagages , 
J porte suspendu à son bras un panier contenant une potée de 
chiens. Leur mère les suit, et une jeune cantinière commodé- 
ment assise à cheval vient après. Charlet en peignant cette 
scène, ajoute : amour VA 

791 — 9. LE PETIT PHILOSOPHE. Un petit Savoyard s'est construit une 
' niche contre un fragment de rocher, avec de la paille et des 
pierres. Assis dans son réduit , son geste et sa figure expri- 
ment sa satisfaction. 

792. — 10. Sur une montagne aride, par un temps déneige, un gre- 

nadier est en faction, l'arme au bras. Cette situation parait 
lui plaire médiocrement , aussi l'entend-on dire : Tonnerre de 
^^ Dieu ! en voilà de c'te noble misère, et pas cher (1) / 

793. — 11. Un franc gamin en costume du genre, les pieds dans 
\ des savates de satin blanc , une main dans la culotte , l'ait de 

l'autre main un geste menaçant à un petit tambour auquel il 
cherche noise: Oui, lui dit-il, méchant môme, t'es t'un in- 
trigant, c'est c'qui fait qu t'es c'que t'es ! 



(i) Que nos lecteurs nous permettent un petit cours de philosophie. Charlet dit quelque part : 
La vie est un bâton , il s'agit de le prendre par le bon bout... Le bon bout , c'est le caractère établi 
sur de bonnes et solides bases philosophiques. 

Le grognard qu'ailleurs (n° 848) Charlet définit ainsi : Un vieux brave qui est toujours mécontent 
et qui veut l'être parce que cela lui fait plaisir, et auquel il fait dire (n" 594j : Je grogne , c'est mon 
idée... ça n'empêche pas les sentiments , n'en est pas moins un digne soldat qui , vienne l'ennemi , 
fera solidement son métier; mais il a pris le mauvais bout du bâton. 

Le bon , suivant nous, est tenu par ce lancier qui , lui aussi , en faction par un aussi triste temps » 
se console en se disant : Chauffé , éclairé par son gouvernement , c'est une grande douceur (n* 834) . 
Voilà le vrai Français , qui rit même dans sa misère. 

Dans un des moments les plus critiques de la retraite de Russie , un pauvre diable ne s'avisait-il 
pas de consulter notre chirurgien-major Thérin (de l'artilleiie de la Garde)'? Notre facétieux docteur v 
lui làlant le pouls et lui faisant tirer la langue , disait : « Ce ne sera rien , mon ami ; tenez-vous bien 
chaudement et nourrissez-vous bien. » 



330 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

Et Charlet, toujours fort en histoire naturelle, ajoute en 
note : Le morne est parmi les gamins le dernier de la couvée. 
(Buffon.) 

794. — 12. Le hussard brigadier, Champin , est à boire avec un ca- 

marade à la cantine du régiment ; voyant près de lui un jeune 
hussard armé d'un balai , il l'appelle, et avec Un geste grave : 
Tu as le droit de faire ta corvée, lui dit-il, un ministre n'a 
pas même le droit de t'en empêcher, car tu as le droit de lui 
dire : je ne vous connais pas ! je ne connais que mon brigadier 
Champin, que j'honore et que je respecte.... et qui me veut du 
bien. 

Fantaisies par Charlet. (1832.) 

Quatre pièces numérotées et encadrées; les deux premières en t., 
les deux autres en h. 

795. — 1. LA COPIE EST ORIGINALE. Cette copie est un petit gar- 

çon coiffé d'un chapeau à la Napoléon. Un camarade un peu 
plus grand l'a mis à cheval sur un chien , et le tient encore 
dans ses bras. 

796. — 2. Dans une chambre se trouvent réunis huit personnages, 

dont deux enfants et un petit chien. Un homme tenant un 
livre sur ses genoux vient d'y trouver un passage intéres- 
sant, le voici: Napoléon disait !... Un instant , les voisins!... 
, faut pas quceux qui vont au feu tournent la broche, pendant 
que les fénéants mettront la patte sur l'roti et que les travail- 
leurs se brosseront le ventre. 

797. — 3. Un fantassin avec armes et bagages se repose de sa route , 
- ^ assis sur un tertre. Passe un vieux bourgeois long et sec por- 
tant des guêtres et des bas blancs avec une culotte noire; et 
comme il s'est arrêté pour causer avec le troupier, celui-ci, à 
l'aspect de ces jambes si grêles , lui dit en riant : Vous feriez 
un joli tambour -major, si vous n'étiez pas greffé sur du 
martin sèche. 

798. — Un invalide ayant deux jambes de bois est assis, au cabaret, 

à une table où vient s'asseoir un jeune soldat. Il interrompt 
la lecture de son journal pour causer avec notre militaire , et 
lui faire part de ces excellentes réflexions. Vois-tu , Méret , lui 
dit-il, voilà l'histoire. Supposition ! t'est n'en.. . c'est bon.. . Ah ! 



FANTAISIES. — 1832. 331 

le bon garçon. C'est très -bien... vive Méret... Présupposons 
qutu deviens caporal , alors , c'est plus ça... fest vn chien, 
un gueux ; à bas Méret ! Tu t'fais casser, bien, alors tu rede- 
viens le bon garçon , t'est une victime ; vive Méret l C'était 
l'père de l'escouade , l'ami de la chambrée , le modèle des ca- 
poraux ; la Finance est trahie ! 



Souvenirs de V armée du Nord par Charlet. ( 1 



1833.) 



Vingt pièces numérotées et encadrées : les N os 5, 9, 12 et 17 en 
h. 7 les autres en t. 

799. — 1. PETIT POSTE AVANCÉ. A la droite de l'estampe, une ri- 

vière coule au milieu d'un pays boisé. A gauche, un poste 
d'infanterie est établi près d'une chaumière. Plusieurs soldats 
entourent une cantinière qui leur distribue de l'eau-de-vie. 
La vivandière est chérie de toute l'armée. 

800. — 2. LA RECONNAISSANCE. Une patrouille de chasseurs à cheval 

s'est arrêtée dans une forêt , et demande quelques renseigne- 
ments à un homme et à une femme qu'ils viennent de ren- 
contrer. L'homme leur montre un petit monument religieux 
entouré d'une grille. 

801 . — 3. MARCHE DE CAVALERIE LÉGÈRE. Sur une grande route qui 

traverse un bois , on voit circuler des cavaliers , des fantas- 
sins, et même des femmes et des enfants. Sur le premier plan, 
au milieu de l'estampe , des lanciers vus par le dos. 

802. — ï. LA BAGARRE. Troupe de cavaliers, parmi lesquels se 

trouvent mêlés des femmes, des paysans et des enfants. A 
droite , une charrette , contenant la cantinière et des écloppés , 
est entourée de gens ivres qui ont peine à tenir sur leurs 
jambes. 

803. — 5. SENTINELLE HOLLANDAISE {Intérieur de la citadelle). Elle 
* se tient l'arme au bras , et couverte d'une grosse capote , près 

d'un réduit blindé; derrière, deux soldats. 
XOi. — 6. POSTE HOLLANDAIS. La capitulation de la citadelle vient 
d'être signée. Des soldats hollandais, dans un poste en- 
touré de palissades, dorment, fument, mangent la soupe. 
Quelques-uns vont fraterniser , et par-dessus les palissades 
donner des poignées do main aux Français qui leur offrent 
leurs gourdes. 



332 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

805. — 7. LE MATIN. Effet de brouillard. Près d'une chaumière, à 

droite, on distingue des canards sur le bord d'une mare. Un 
peu à gauche , des cavaliers et des fantassins. 

806. —8. LES TRAVAILLEURS VONT A LA TRANCHÉE. Des soldats, en 

bonnet de police , le fusil en bandoulière , portent des 
fascines et des outils. A droite, des soldats font la fusillade 
par-dessus le parapet. 

807. — 9. OFFICIER HOLLANDAIS. Infanterie, garnison de la cita- 

delle d'Anvers. Debout , le coude droit appuyé sur des sacs à 
terre, le bras gauche couvert par un ample manteau, il porte 
^— v une écharpe autour du cou. 

808. — 10. POSTE DANS LA CITADELLE D'ANVERS (après la capitu- 
v lation ) . Des soldats d'infanterie français viennent y établir un 

poste. A droite , leurs armes mises en faisceau , gardées par 
des factionnaires. Les soldats hollandais fraternisent avec les 
soldats français. 

809. 11. RIVOUAC DE LA PIPE-DE-TARAC {Division Tiburce Se- 

1 bastiani). Pays de marais. Un peu à droite, au second plan, 
le général , près d'un factionnaire , regarde avec une lunette. 
Au premier plan, à gauche, deux officiers; Charlet s'est 
représenté dans celui qui tient un long bâton. (Voyez sa 
Vie, page 63.) 

810. —r 12. TIREURS DE LA COMPAGNIE INFERNALE. Pièce à l'encre. Des 

soldats en capote et bonnet de police , se tiennent derrière un 
épaulement , prêts à faire feu sur les canonniers hollandais. 

811. — 12. UNE LECTURE DE MATHIEU LiENSRERG. Bivouac d'infan- 

terie. Les soldats font la cuisine, se livrent à diverses occupa- 
tions. Deux jeunes soldats , assis sous un abri recouvert de 
paille, écoutent en riant la lecture de l'almanach qui leur 
est faite par un camarade : Au tom ne dix huit cent trente- 
trois, un tremblement de terre qui aura lieu produira de 
grandes casse tasse trophes qui influeront sur la destinée de 
plusieursses peuples... Après cette prédiction sinistre, il inter- 
rompt sa lecture: Quéque ça me fait , s'écrie-t-il, pourvu que 
j'ai mon congé! 

812. — 14. CAMPEMENT. Grand nombre de fantassins occupés de 
V divers travaux au bivouac. Au milieu d'eux, officier supérieur 

à cheval. 
813. —15. LE FORT SAINT-LAURENT ENLEVÉ PAR LES GRENADIERS 
DU 65 e {nuit du 13 au 14 décembre 1832; quatre heures du 



SOUVENIRS DE l'àRMÉE DU NORD. — 1833. 333 

matin). Les grenadiers donnent l'assaut; à droite, derrière 
le parapet, trois généraux sont réunis; à leur gauche , groupe 
nombreux d'officiers d'état-major. 

On a tiré de cette belle pièce quelques épreuves, sur 1/2 
colombier. 

814. — 16. CONVOI D'ARTILLERIE. On le voit défiler à gauche. A 

droite, sur un cheval blanc, un officier général, et deux offi- 
ciers derrière lui. 

815. — 17. LE BILLET DE LOGEMENT. Deux fantassins ivres vont 

frapper à une porte sur laquelle on lit : n° 100, et comme on 
ne répond pas : Tas de canailles!... s'écrie l'un d'eux avec un 
geste menaçant, ouvrir ez-vous?... Si j'enfonce la boutique, 
f avale tout!... 
816.-— 17. C'est la même pièce, mais imprimée en t. Sur la marge 
'de gauche on a laissé un Napoléon, au galop sur un cheval 
blanc; petit croquis effacé après le tirage de quelques pre- 
mières épreuves. 

817. — i 18. Un vieux soldat, arrivé tard à l'étape, a couché sous 

une porcherie. A son réveil, il aperçoit devant lui deux co- 
chons : Ma foi , dit-il en riant : Quand on a passé la nuit avec 
ces paroissiens-là , on peut coucher avec le premier venu. 

818. — 19. Un sergent de voltigeurs disait à un Belge: « Vous avez 

fait une révolution pour les frais du culte , alors. . . que le bon 
Dieu vous bénisse. » Le sergent s'est arrêté au cabaret pour 
s'y rafraîchir ; le vieux Belge l'écoute avec flegme, fumant 
sa pipe. 

819. —7 20. Dans le fond, à gauche, le feu et la fumée indiquent un 
/ bombardement. Sur le premier plan, une ferme détruite par 

la guerre. Parmi des décombres , des boulets et des bombes , 
on distingue un cadavre. Des nuées de corbeaux planent sur 
cette scène de désolation. Cependant une jeune fille ramasse 
dans son tablier quelques débris. Pauvre peuple! s'écrie 
Charlet. 

Album /lithographique /par.' Charlet. m 834. j" 

Cette suite contient un frontispice et dix-huit pièces numérotées 
et encadrées , toutes imprimées en t., sauf les N os 4 et 9. Le fronti- 
spice en t., sans encadrement , est imprimé au-dessous du titre, sur 



'?34 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

couverture de couleur. Pour la suite, sur papier de Chine, on a tiré 
de ce frontispice quelques épreuves à part , mais toutes sur papier 
blanc. 

Quelques pièces de cet album sont encore des souvenirs du siège 
d'Anvers. 



X20. — * FRONTISPICE. Un enfant de troupe, coiffé d'un bonnet de 
police, est assis à terre, au milieu d'albums et d'ustensiles de 

/ 0^ peinture. 

824 . — 1 . Un officier général, monté sur un cheval blanc et suivi de 
v deux ordonnances , inspecte des postes avancés : Sentinelle , 
prenez garde à vous ! dit-il à un fantassin qui lui présente 
les armes. Ce dernier est placé en vedette près d'un petit ré- 
duit couvert de paille. 

S22. — 2. Sur la droite, des masures et deux gros arbres. Deux fan- 
tassins, en marche avec une colonne, se sont arrêtés à la ren- 
contre d'une pauvre femme et de cinq misérables enfants. 
L'un d'eux ( Duvergier, grenadier au 65 e de ligne ) coupe un 
morceau de son pain, et le donnant à la pauvre mère : Ma 
bonne amie, lui dit-il, un morceau de pain sur la terre vaut 
mieux qu'une brioche dans le ciel. 

823. — 3. Deux ouvriers viennent de prendre leur repas à la barrière. 

Près d'eux, un sapeur et un enfant. Survient un voyou , coiffé 
d'un chapeau gris qui lui tombe sur les yeux et n'ayant avec 
son pantalon qu'une chemise et une cravate; il s'adresse aux ou- 
vriers d'un air délibéré, et accompagnant ses paroles d'un geste 
expressif, il s'écrie : De quoi?... travailler.... bon pour des 
feignans. Vive V émeute t.... vive le vin, vive V amour, et les 
institutions qui assureront mon avenir ! 

824. — ht. NAPOLÉON. Il est représenté sur son cheval blanc, tourné 
à gauche et lorgnant. Fond de paysage; à droite, des grena- 

diers à pied de la Garde, en bataille. 

X2r>. — 5. ON SE MASSE. L'ANCIEN EST LA... LE PÈRE L'ENFONCEUR. 

Dans une vallée qui se termine à l'horizon par des montagnes, 
des colonnes de troupes sont concentrées. Napoléon sur son 
cheval blanc s'aperçoit assez difficilement à droite devant un 
bouquet d'arbres. 

Charmante pièce dont les figures sont microscopiques. 

826. — 6. UNE HISTOIRE DE TRANCHÉE. Cabaret au-dessus de la porte 
duquel on lit : vin t>e vigneron. Quoique manchot , Pigeot en 



8 



album. — 1834. 335 

verse aux jeunes vainqueurs d'Anvers. Près de là un jeune 
soldat est à boire, assis à une table en compagnie "d'un vieux 
troupier portant la croix et trois chevrons. Arrive Gonnet , 
autre jeune soldat; et pendant que, pour faire honneur à son 
arrivée , un enfant de troupe armé de deux pots vides va les 
faire remplir, il raconte ainsi son histoire : Voilà Pecoul qui 
% m dit'. Holhail... Gounetl... tiens mon fusil... f 'sais pas 
qu'est-ce qu'il me prend. Je lui dis : c'est les pruneaux de la 
Citadelle.... Les boulets, les bombes , les obus, la mitraille , 
allaient qu' c'était une musique à faire sortir le Père éternel 
d'sa baraque, et l 'troupier dans la moutarde , à toi , à moi; 
les gabions nous tombaient sur la cocarde , et Pecouî quêtait 
malheureux , si malheureux qu'nous en ont ri encore à Cam- 
brai.... toute la companie. 

827. — 7. LA SOUPE. Des soldats sont assis ou agenouillés autour 
„>>/ ¥ ù'\m feu de bivouac sur lequel la soupe se fait. Au milieu de 

l'estampe, un lancier à cheval, d'ordonnance. Dans le fond, à 
^^ droite, lanciers en marche. 

828. — 8. Napoléon a mis pied à terre à la porte d'un presbytère ; 
1 il y entre, et surprenant le curé occupé lui-même à faire 

griller du café : Que faites -vqus donc, l'abbé ? lui dit-il. Sire, 
répond le curé , je fais comme vous , je brûle les denrées co- 
loniales (1). 

829. — 9. Un vieux sergent assis près d'un poêle , les lunettes sur 

le nez, coiffé d'un bonnet de police, fait la classe aux enfants 
de troupe. Les regardant d'un air sévère : Voilà, leur dit- il 
avec un geste grave , j'vous introge.... taise vous. Qu'clt' en- 
tende un brofond silence, nous parlons sur le crammaire 
française. 
830. — 10. ON VA SE FORMER EN RATAILLE PAR ESCADRON DANS 
LA PLAINE VOISINE. Des masses de cavalerie ont traversé un 



(i) Ce bon curé de Montmartre était mon oncle , et tout Paris a répété ce mot dans le temps. Le 
voici tel qu'il a été dit, et mieux que ne le raconte Charlet. Disons d'abord que le curé, ancien 
mousquetaire , était déjà connu de l'Empereur. 

L'Empereur entre donc chez lui brusquement et sans être annoncé ; la maison embaumait du café 
que faisait griller la gouvernante : « Comment? monsieur le curé, s'écrie-t-il , des denrées coloniales , 
chez vous ? — Sire , je fais comme vous , je les brûle. » 

Il faut , pour faire comprendre cette spirituelle réponse, dire a ceux qui voudraient bien nous lire 
dans une centaine d'années, que l'Empereur, par deux décrets , de Berlin el de Milan , avait prescrit 
de brûler les cargaisons de tous les bâtiments, même les neutres , visités par les Anglais ; el qu'il était 
alors d'un vrai patriotisme de ne consommer ni sucre, ni café, ni denrées coloniales. 

Le mot mal traduit, le dessin assez faiblement exécuté, prouvent que Charlet devait prendre chez 
lui-même ses inspirations et ne rien accepter des autres. 



336 DEUXIÈME PARTIE. ~- IX e SECTION. 

pays de montagnes et vont se déployer en plaine. Au milieu 
de* l'estampe, une grosse charrette recouverte d'une toile 
passe entre deux bouquets d'arbres. 
I 831. — 11. Au milieu d'une classe d'enfants, un petit menuisier, 
une scie passée dans le bras gauche , son rabot à ses pieds , 
vient se plaindre au vieux maître de deux petits camarades, 
et les désignant de la main : C'est eux qui ma, provoqué , 
dit-il; y mon dit : rabotte donc les aristocrates , alors moi j'ai 
calotte les fils du propriétaire , mais c'est eux qu'a reliché les 
tartines.... moi , j' mas brossé le ventre.... Les deux enfants 
protestent avec énergie de leur innocence (1). 

832. — 12. VAGUEMESTRE SOIFFMANN , dit un hussard auquel ce der- 
v nier a fait signe qu'il n'avait pas de lettre pour lui ; nix for 
mi.... Pas de lettre chargée... mon père m'inquiète.... donne- 
moi une chique. Cette conversation a lieu à la porte d'un ca- 
baret où l'on voit quatre enfants et un chien. 

X33. — 13. LES EXTRÊMES SE TOUCHENT. Un tout petit tambour en 
bonnet de police trinque avec un vieil invalide assis devant 
une table et qui lui fait boire un verre de vin. Dans le fond, 
à droite , groupe de quatre invalides et d'un enfant. 

634. — 14. Par un temps de neige et en rase campagne, un lancier 
v est en vedette. Aux pieds de son cheval un petit chien bar- 
bet n'a pas l'air plus réchauffé que son maître ; mais le maître 
est philosophe , aussi se dit-il pour prendre patience : Chauffé , 
éclairé par son gouvernement, c'est une grande douceur. 

835. — Première idée de la pièce précédente. Croquis assez avancé 
1 en t., sans encadrement, mais avec le nom de Charlet. Le 

lancier, son cheval et le chien , un peu plus gros que tout à 
l'heure, sont tournés vers la gauche. Dans le fond, on dis- 
tingue des troupes nombreuses de cavalerie. 

836. — 15. Un fantassin, de cuisine au bivouac, a regardé sa mar^ 

« mite : Faudrait , dit-il , un crâne maître d'armes pour crever 
un œil à mon bouillon. Un factionnaire, l'arme au bras 
devant lui , l'écoute en riant. 

837. — 16. COMMENCEMENT DE DÉCLARATION. Une jeune bonne est 

assise sur un banc, dans un jardin public, où elle a mené pro-r 
mener un petit garçon. Un sergent d'infanterie, légionnaire, 
est venu s'asseoir près d'elle, un journal à la main. Mais 



(\) N'est-ce pas la une spirituelle traduction de la Révolution de 1830 ! 



album. — 1834. 337 

bientôt , voulant entrer en conversation avec sa jolie voisine , 
il interrompt sa lecture, et la regardant d'un air galant : // 
paraîtrait , d'après les feuilles, lui dit-il, que nous allons être 
réduits à trois bataillons. 

838. — 17. Pendant la cérémonie d'un enterrement militaire, un 
v caporal-tambour cause avec le donneur d'eau bénite: J'au- 
rais bien pu fricoter dans la partie religieuse, lui dit-il, si 
mon père ne m en avait pas éloigné en ni allongeant des béné- 
dictions avec le manche de son goupillon. Et par son geste, 
le caporal indique que sa canne était le goupillon. 

839. — 18. Un vieux paysan vient réclamer humblement son âne , 
dont s'est emparé un fantassin, et sur lequel il est monté avec 
" armes et bagage. A ces réclamations, le soldat lève les bras 
au ciel : Nous sommes tous frères , lui dit-il avec emphase , 
il se faut donc aider sur cette terre de misère. Derrière le 
paysan se cache un petit garçon, tout effrayé. 



Alphabet moral et philosophique à l'usage des petits et des 
grands enfants , par Charlet. ( 1835. ) 



Très- jolie suite composée d'un frontispice et de vingt -cinq pièces 
toutes imprimées en t., encadrées et numérotées. 



840. — * FRONTISPICE. (Sans encadrement, tiré à part pour les suites 
'sur papier de Chine; imprimé sur la couverture, au-dessous 
du titre, pour les autres. ) 

Un enfant en blouse, coiffé d'un bonnet de police, et vu 
de dos , bat la caisse près d'un écriteau , sur lequel on lit : 
Avis aux amateurs, Gihaut a l'honneur de prévenir le... 

841. — 1. A. AVARE. Un jeune domestique, vêtu d'une redingote 
/ de livrée qui , devant passer de l'un à l'autre , lui tombe sur 
les talons, est venu, une assiette à la main , pour servir son 
maître. Mais celui-ci , entouré de sacs d'or et d'argent , ne 
paraît pas plus disposé à manger qu'à faire manger les autres. 
Le pauvre valet fait piteuse mine , ainsi que le chien , qui 
derrière lui a fourré son museau dans sa poche pour y cher- 
cher quelque chose. Pauvre Jean ! pauvre chien! 

842.-2. B. BIVOUAC. Un vieux fantassin , tout en surveillant la 



338 DEUXIÈME PARTI K. — IX SECTION. 

marmite, s'occupe de blanchir son fourniment. S'adressant 
à un jeune soldat en faction devant lui : Le bivouac , lui dit-il , 
sauf les rhumatismes, développe les facultés de V homme, 
rafraîchit le sang et pousse à l'industrie. 

843. — 3, C. CROOtUEMITAINE. Il dévore les enfants mâles des deux 

sexes. On le voit en effet , ayant déjà dans sa hotte un entant 
qui crie, en poursuivre d'autres, parmi lesquels il saisit d'un 
air féroce un petit garçon. 

844. — Première idée de la pièce précédente. G. en t., peu avancé, 

sans encadrement. 

Ici Croquemitaine a deux enfants dans sa hotte , et tient un 
petit garçon sous chaque bras. 

845. — 4. D. DÉMÉNAGEMENT. Celui qui n 'a jamais connu la peine, 

jamais non plus n'a connu le plaisir. Un jeune peintre roman- 
tique laisse vacant , dans la maison d'où on le voit sortir, un 
cabinet au sixième. Un commissionnaire marche devant lui, 
riant sons cape de son bagage, qui se compose d'un chevalet 
et d'armes anciennes. ' 

846. — 5. E. ÉCOLE. Commencement des misères et des tribulations 
^ de la vie. Onze jeunes garçons vont entrer dans l'école de 

M. Pomard. Il est à sa porte, une houssine sous le bras, des 
lunettes sur le nez , et compte les enfants au passage. Une 
affiche placardée sur le mur, à l'entrée de la classe , nous ap- 
prend que M. Pomard, instituteur, enceigne l'ortograffe , la 
lecture , l'écriture, les callecules, la religions et la maurale 
dans ses principes , et le champ litigieux. 

847. — 6. F. FRANCE. Là finit leur misère I Deux grenadiers de la 
Garde et un jeune fantassin, restés prisonniers aux dé- 
sastres de Russie , après une route qui a mis le comble à leur 
misère, arrivent à la frontière. Un des grenadiers a aperçu et 
montre avec transport à ses camarades un poteau sur lequel 
on lit France. L'autre grenadier se découvre avec émotion, 
et le jeune soldat se jette à genoux, levant les mains au 
ciel. 

848. — 7. G. GROGNARD. Un grenadier de la Garde est en faction 
•-' près d'une chaumière détruite par la guerre ; il ne semble pas 

de bonne humeur, et Charlet dit alors : Le grognard est un 
vieux brave qui est toujours mécontent, et qui veut toujours 
l'être , parce que cela lui fait plaisir. 

849. — 8. H. HOSPITALITÉ. Par un temps de neige, un soldat d'in- 



ALPHABET MORAL. — 1835. 33V) 

fanterie s'est égaré dans un bois, et a été recueilli par un 
paysan qui le conduit à sa chaumière , à la porte de laquelle 
on voit un enfant. Quoiqu'il ne soit pas Ecossais , le Français 
est hospitalier, dit Charlet qui connaît sa Dame Manche. Char- 
mant paysage. 

850. — 9. I. INDIGENCE. Un vieux pauvre est assis sur un banc de 

pierre; deux enfants, dont le costume annonce une condition 
différente, passent près de lui se rendant à l'école: Le petit 
riche donne au vieillard les deux sous de son déjeuner. Le 
petit prolétaire dit : j'ai rien. L'intention suffit. Dieu les ré- 
compensera. » 

851. — Première idée de la pièce précédente. Croquis en t., peu 

avancé, sans encadrement. Ici, le pauvre est assis à la droite 
>* de l'estampe. Devant lui les deux enfants, dont les tètes seules 
sont à peu près terminées. 

852. — 10. J. JANVIER (1 er ). Un bon vieux grand-papa arrive à la 

maison chargé de jouets de toute espèce. Il est entouré par 
cinq petits enfants qui regardent avec admiration tout ce qu'il 
porte. Une petite fille hissée sur la pointe des pieds lui débite 
ce compliment : 

Cher grand-papa, dans ce beau jour, 
Heçois nos vœux et notre hommage: 
Peux-tu douter de notre amour, 
Quand tes bontés en sont le gage? 
Oh!... si... les dieux... 



853. — 11. K. KALMOUCK. On vous a vu. mais on ne vous reverni 

plus. 11 est représenté monté sur un cheval blanc, au milieu 
d'une campagne hoisée. Dans le fond, à droite, des Cosaques. 

854. — 12. L. LEÇON DE PEINTURE. Pendant qu'un vieillard, assis 

dans un fauteuil , paraît absorbé par la lecture de son jour- 
nal, un jeune peintre, derrière lui, est beaucoup plus occupé 
d'une jeune personne , son élève, que de son tableau placé 
sur un chevalet. Notre moraliste Charlet donne à cette oc- 
casion ces sages conseils : Tous tant que nous sommes, pères 
ou maris confiants... défions-nous du professeur pâle comme 
un beau jour d'automne , au front d'ivoire, aux yeux d'éhene 
et à l'âme orageuse. Et pour rendre sa leçon complète, il 



340 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

ajoute en note : Un bon professeur a presque toujours des 
besicles vertes, des socques , et froid aux pieds. 

855: — 13. M. MISÈRES DE LA GUERRE (1812). Épisode de la retraite 
de Russie. Dans le fond, colonne de troupes au-dessus de 
laquelle on voit planer une nuée de corbeaux. Sur le premier 
plan, plusieurs soldats parmi lesquels un grenadier de la 
Garde, couvert de fourrures, a pu, malgré sa misère, con- 
server son fusil. 

856. — 14. N. NAPOLÉON. Il est représenté debout, à pied, et lor- 

gnant sur un tertre élevé qui domine une vallée dans laquelle 
on voit des masses de cavalerie. 

857. — 15. O. OURAGAN. Un orage a renversé une voiture dans un 

chemin creux, bordé de rochers et d'arbres dont les cimes 
plient sous le vent. Un homme jeté à terre par l'ouragan, 
semble furieux et menace le ciel de son poing fermé. homme 
vain! mais non superbe, tu fais ton Ajax , tu menaces le 
ciel... mais la Divinité souffle, et tu roules comme le grain 
de sable du désert. 
Paysage remarquable. 

858. — 16. P. PIÉTÉ FILIALE. Une jeune femme malade, assise 

dans un fauteuil, reçoit des mains de sa fille une potion, 
pendant que son petit garçon lui enveloppe les pieds dans un 
tapis. Charlet dit à ces bons enfants : Vous avez soin de votre 
mère l vous prospérerez. 

859. — 17. Q. QUERELLE. Elle prend naissance au cabaret : quatre 

militaires se sont levés de table et se disputent. Un duel va 
s'ensuivre; qu'en aviendra-t-il ? // en avint que celui qui 
avait raison fut blessé ; la morale y perdit un peu, le cabaret 
y gagna beaucoup. 

860. — 18. R. REGRETS. Chauvin, soldat au 61 me , est assis à che- 

val sur un banc , il tient une cuillère à la main et paraît triste 
devant son écuelle de soupe. Le bon Chauvin regrette la 
soupe au lard paternelle ; il se dit : à quand donc que je serai 
délibéré de mon congé ? 

861. — 19. S. SOUVENIRS. Chauvin a été délibéré de son congé ; on 

le voit devant la ferme de son père, les bras croisés et regar- 
dant tristement des soldats passer : Fatigué du lard paternel, 
il se souvient du 61"*. C'était mon bon temps , se dit-il, je 
n avais que mes corvées, les inspections, les revues, les gardes 
et les exercices à penser... j'étais libre et heureux !... 



ALPHABET MORAL. — 1835. 341 

862. — 20. T. TIRAILLEURS. Deux tirailleurs d'infanterie sont en 

action devant Fennemi ; l'un d'eux est embusqué derrière un 
arbre ; l'autre va prendre une position , rampant sur les mains 
et les genoux. Devant eux, un homme mort. Voici la théorie 
du maître : Un tirailleur , dit-il , doit ménager son feu , bien 
ajuster , tirer à propos afin de tuer beaucoup, à peu de frais. 
{Du progrès et de F économie- dans V intérêt des masses. Tome 
premier. ) 

863. — 12. U. UNIFORME. // aime l'uniforme... le Français! Char- 

let a dessiné ses deux garçons jouant avec son uniforme de 
chef de bataillon de la garde nationale. L'un d'eux s'est affu- 
blé de l'habit , des épaulettes et du hausse-col ; l'autre a sur 
sa tête le schako, et tient à la main Fépée dans son fourreau. 

864. -r 22. V. VIVANDIÈRE. La vivandière, a le cœur bon... elle est 

facile à toucher. En effet, elle a placé sur son cheval, por- 
tant ses cantines, un petit enfant dont la mère est là, tenant 
un second enfant à la main. Dans le fond, à droite, une 
troupe d'infanterie, 

865. —23. X. X REPRÉSENTE L'INCONNU (alg.). Un vieux profes- 

seur de mathématiques, assis dans un grand fauteuil, dicte 
à un jeune homme, au tableau, cette proportion qui semble 
embarrasser notre écolier : César : Napoléon : : Napoléon : X. 

866. — 24. Y. YVETOT (Le roid'). 

Il faisait ses quatre repas 

Dans son palais de chaume , * 

Et sur un âne pas à pas 

Parcourait son royaume. {Béranger.) 

Dans un riant paysage, monté sur son àne, un broc à la 
main, et coiffé comme le dit la chanson, il marche, suivi de 
son chien. 

867. —25. Z- ZOUAVES {Armée d J Afrique , 1834). 

Soliman-Mohamed-Assan , caporal à la 3 me du 1 er , en fac- 
tion, les jambes croisées, et appuyé sur son fusil dont la 
crosse repose à terre, voit un musulman causant avec un 
officier : Oh bon Mahomet! s'écrie-t-il , tiens bien ton bonnet. 



.'142 DEUXIÈME PARTIE. — IX'* SECTION. 



Album lithographique par Charlet. (1856.; 

Seize pièces numérotées et encadrées, imprimées en t. 

808. — i. A gauche, dans son lit, une femme nouvellement accou- 
v chée; la garde, dont la chevelure abondante déborde sous 
son bonnet , présente en riant le nouveau-né à son vieux père 
qui le regarde avec admiration. Le maître dit : Qu'une garde 
(qui a un tour de d'ehez le coiffeur) est heureuse ! quand elle 
vous dit : c'est vous tout craché. . . vous l'auriez fait faire , y 

'/^r*\ n serait pas mieux fait. 

869. — 2. Un soldat, assis sur un banc, a interrompu la lecture de 

son journal pour faire cette réflexion : Voilà de la crâne poli- 
tique. Je vois par les papiers que le Roi abolit les factions qui 
fatiguent la France!... c'est bien fameux pour le troupier... 

870. — 3. Un officier, la pipe à la bouche, s'est approché d'un fan- 

tassin qui, armé et le sac au dos, s'est couché par terre; et 
comme il lui reproche de rester en route, le troupier, fort de 
son bagage scientifique, répond : Sans blague et sans tabac , 
pas de soldat (ێsar). 

871. — 4. A gauche, un paysage; à droite, des enfants, en masse, 
' entourant un drapeau sur lequel on lit : A bas tout! se préci- 
pitent en désordre dans une classe d'école primaire où ils sont 
reçus avec acclamation. Charlet a vu cette scène et dit : Cré 
coquin, quelle émeute!! Je crains bien que les révoltés ne 
soient attaqués sur leurs derrières. 

872. — 5. LE CAMPEMENT. Un bivouac; plusieurs soldats autour 

* d'un feu. A droite, un jeune soldat en bonnet de police, assis 
au pied d'un arbre, fait sécher sa buffleterie; à gauche, deux 
enfants de troupe, vus de dos. La soupe se fait , le four- 
niment se blanchit. 

873. — 6. Deux paysages sur la même feuille. Dans celui du haut, 
, traversé par une rivière, deux soldats s'amusent à pêcher. 

* Hommes qui cherchez la paix du cœur péchez donc à la 

ligne! 

Dans celui du bas, Napoléon, sur son cheval blanc, dé- 
bouche au galop suivi d'un nombreux état-major. C'est bien 
lui! 
87 i. — 7. L'ARRIÈRE -GARDE. Cinq lanciers en manteau sont vus 



ALBUM. — 1836. 343 

par le dos , près d'un bouquet d'arbres presque dégarnis de 
feuilles , et se dirigent vers de hautes montagnes. 

075. — 8. LE TRAINARD (// n'y en a plus dans V armée française). 
Un lancier , en arrière de son régiment , s'est arrêté à l'oberge 
de VOurce-Nouare. Ayant mis pied à terre , il fait l'article à 
l'aubergiste qui rentre chez lui. Voici comment Charlet défi- 
nit le traînard : 

Le traînard; fricoteur et caroUeur , dit-il, a toujours des 
souliers qui le blessent ; une pipe qui s'éteint continuellement 
et le force à entrer dans toutes les auberges pour demander 
du feu ; il est du pays de tous ceux qu'il y rencontre ; il est 
toujours le camarade de chambrée de celui dont on lui de- 
mande des nouvelles; il l'aime comme un frère , et se char- 
gera de tout ce qu'on voudra lui faire remettre. C'est par ce 
moyen qu'il attaque la sensibilité des bons paroissiens et pro- 
voque la bouteille de la reconnaissance. 

876. — 9. Ici nous sommes à l'auberge de VOurce- Blanche. Notre 

lancier à cheval tire cette dernière carotte au maître du caba- 
ret: Bourgeois, je connais tous vos bons sentiments! Votre 
fils If il n'est point mon camarade , il est mon frère ! Nous 
nous sommes sauvés plus de dix fois la vie! voyez si je le con- 
nais! 

877. — 10. Encore le même sujet, auquel le maître semble se com- 
* plaire. Un bon paysan, à la mine riante et réjouie, verse à 

boire à un fantassin fricoteur : Encore bien que je vous con- 
nais, lui dit ce dernier, mais nous sont pays! — Quoi! vous 
savez que je suis Jean- Nicolas de Sommeland , près Neuilly- 
Saint- Front? — Oui, estimable pays . aussi vrai que voilà un 
verre de vin que vous m'offrez ! Dans le fond , un autre fri- 
coteur serre dans ses bras un paysan. 

878. — 11. ENCORE UN DUEL. Deux hommes âgés, à tournure de 
' vrais jobards, sont sur le terrain , et ont mis déjà bas leurs 

habits. Cependant on s'explique, et le gros Billoux, l'un 
des témoins, se plaçant au milieu d'eux: Ces Messieurs, 
dit-il , se sont traités de jobards! Oui, mais ils déclarent n'a- 
voir pas eu l'intention de s'insulter; l'affaire tombe d'elle- 
même, l'honneur est satisfait... Allons dé... j... e...û... Le 
second témoin , tenant sous son bras des épées , indique avec 
un pistolet le restaurant de l'Union, et déjà on voit le cuisi- 
nier poursuivre et saisir des canards destinés, sans aucun 



344 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

doute , à être plumés, comme de coutume en pareille circon- 
stance. ( Voyez le N° 605. ) 

879. — 12. Un homme, armé d'un énorme gourdin et vêtu de la 

manière la plus excentrique , interrompt ses recherches dans 
une malle qu'il a volée. Voyant accourir vers lui deux gen- 
darmes au galop: Dieu! s'écrie-t-il, mes emiemis politiques! 
en avant les guibolles ! 

Charlet, dont nous avons eu maintes fois l'occasion de si- 
gnaler l'instruction scientifique , nous apprend en note ce que 
c'est que des guibolles, Expression de mauvais goût , dit-il, 
mauvais lieux et mauvaise compagnie , qui veut dire des 
jambes. 

880. — 14. Des paysans lèvent en l'air leurs chapeaux, s'écriant 

avec enthousiasme: Le voilà! Ils ont aperçu Napoléon sur 
son cheval blanc , au milieu de troupes nombreuses. 

881. — 14. Une vieille femme est agenouillée dévotement, avec un 

enfant, devant une statue mutilée , qui dans son temps a dû 
être un Jupiter. Un hussard à pied , son sabre et son porte- 
manteau sur l'épaule , passe sur la route , et s'approchant de 
la vieille : Dites donc , l'ancienne , vous vous trompez! cest pas 
lui, dit-il en riant. 

882. — 15. Un maraîcher, attelé à sa charrette, s'est arrêté sur la 

route pour causer avec un ouvrier assez débraillé. Dans l'en- 
train de leur causerie, ce dernier montrant la ville: Que 
Paris est triste sans émeutes! s'écrie-t-il. 

883. — 16. Devant le café de la Tempérance, deux hussards attablés 
' sont complètement ivres. Arrive un camarade, qui, voyant 

l'air de tristesse de l'un des hussards, cherche à le remonter 
par ces paroles : Kraoutzer , quel est donc de ceci , mon 
brave? Depuis que vous présidez la société misant hropique et 
tempérante de bouillon de pierres à briquets , la méditation 
vous échauffe la cocarde et détruit tous vos charmes ! 



Album par Charlet. (1837.) 
Frontispice et quinze pièces numérotées imprimées en t. 

884. — * FRONTISPICE. Petit croquis sans encadrement. Tiré à part 
seulement pour les suites sur papier de Chine. 

Pf £W)^ . / ? 3 ) ff^s^T I &t<*si ■ 



album. — 1837. 345 

Un vieillard tient avec ses deux mains une longue perche, au 
haut de laquelle est une affiche que deux petits garçons cher- 
chent à lire. Elle est ainsi conçue : Des croquis de toutes façons, 
des courts et des longs 9 achetez en donc ; ils sont très-bons. 

885. — 1. Époque Louis XV. Camp avec des tentes; à gauche, un 

■ paysan tient un enfant sur ses genoux; un second enfant près 
de lui. A droite, deux soldats sont attablés et boivent près 
d'une tente sur laquelle on lit : Catin. Au milieu de l'estampe , 
un sergent danse le menuet avec la cantinière. Gharlet résume 
la scène, disant : Le sergent Belle-pointe fait danser Catin, 
Colas endort les enfants, les amis boivent le vin. Et il ajoute 
en note : Cela se voit encore en i836. 

886. — 2. LES ANCIENS DU CAMP DE LA LUNE, Costumes de la 
• République. Un grenadier en bonnet à poil indique quelque 

chose vers la gauche à un officier. Dans le fond, à droite, 
arrivée d'un recrue. 

887. — 3. UN SYSTÈME. Il est mis en pratique par un ancien militaire, 
' qu'on voit assis sur un banc de pierre ; il tient entre ses bras 

deux enfants mangeant de bon appétit ainsi que six autres en- 
fants (dont un chien) assis par terre à la gauche de l'estampe : 
Ce vieux soldat veut que ses élèves mangent toute la journée , 
afin qu'ils ne sucent pas de mauvais principes. Sur le mur de la 
maison une affiche accolée porte : Boum , successeur de sa 
femme , tient les enfants en garde et leurs y donne les premiers 
éléments de la propreté et de la religion de la majorité. 

888. — ht. Dans un pays de montagnes, un vieux bourgeois monté 
. sur un cheval blanc est arrêté par trois bandits. L'un retient 

son cheval par la bride ; le second , à genoux , lui tend son cha- 
peau , comme s'il demandait l'aumône, tandis que le troi- 
sième le couche en joue. Charlet dit : Ces infâmes brigands 
sont peut-être vertueux ? à quoi l'éditeur répond en note : 
Cela peut arriver par excès de civilisation... 

Dans les deux ou trois premières épreuves de cette pièce , 
on a écrit snot au lieu de sont. 

889. — 5. Bon nombre de jeunes garçons se sont évadés d'une école 
• chrétienne, et sont venus s'asseoir dans un bois, adossés à 

un mur peu élevé; derrière ce mur apparaît la tête d'un 
Frère armé d'un gros martinet. Notre ami Charlet, qui a des 
conseils pour tout le monde, donne celui-ci à ces enfants : 
Quand vous voudrez faire VpcoIp bwissonnière , que vos der- 
rières soient bien gardés. 



:J4C DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

890. — 0. Scène flamande. Quatre vieillards sont réunis au cabaret; 

l'un , armé d'une espèce de guitare , accompagne deux des ca- 
marades chantant une musique de lutrin; tous trois sont 
debout. Le quatrième, assis, les interrompt, s'écriant : c'est 
faux. Quatre enfants , deux à droite et deux autres à gauche , 
près d'un homme tournant le dos, complètent ce petit ta- 
bleau. 

891 . — 7. C'est la fête du maître. Assis dans un grand fauteuil au mi- 
I lieu de ses élèves, il en voit venir deux vers lui , bien mis, et 

portant avec des bouquets des cadeaux plus solides. Il se re- 
tourne vers les autres élèves , leur montre leurs deux cama- 
rades : Qui fête et honore ses maîtres , dit-il, arrive au talent , 
aux honneurs ! aux grandeurs II à la considération !!! à la 
décollation !!!! à tout.... et pendant cette tirade, un petit ma- 
lin trace sur le mur une tête d'âne qui ressemble au maître. 
Sur les toutes premières épreuves , on a laissé au bas , dans 
i la marge de gauche , le croquis d'un chien , effacé aux épreuves 
postérieures. 

892. — 8. Un jeune fantassin s'est débarrassé de son fusil et de son 

sac, et s'est assis dans un champ. C'est un moraliste, car tout 
en caressant son chien , il fait cette réflexion : A bien dire , 
ce qu'il y a de meilleur dans l'homme , c'est le chien !. . . 

893. — 9. Sur la gauche, et au milieu d'une vaste campagne, on 

voit un homme pendu à un gibet élevé. Deux individus 
d'assez mauvaise mine passent par là , s'arrêtent et s'écrient : 
Maladroit!... 

894. — 10. Un grenadier de la Garde , faisant route avec armes et 

bagages , s'est arrêté tout ému. Il a vu deux enfants age- 
nouillés sur une tombe, dans le cimetière d'un village. Je 
crois que je me sens de la religion! dit le vieux soldat. 

895. — 11. Un grenadier de la République, assis sur un tronc 

d'arbre, donne un morceau de son pain de munition à un en- 
fant de troupe , et comme celui-ci paraît peu satisfait : Écoute , 
Jean , dit le vieux soldat, il faut toujours préférer le pain 
noir de la nation au gâteau de V étranger ! 
Et les éditeurs ajoutent en note : toujours! ! 

WM). — 12. LE CONVOI. Le plus beau temps de la vie est celui qu'on 
passe sur les routes. Campagne étendue; à l'horizon, des 
montagnes; au milieu de l'estampe, un bouquet d'arbres et 



album. — 1837. 347 

le convoi. A gauche, un soldat, assis près d'un homme qui 
- dessine sous un parasol, lui montre les troupes en marche. 
897. — 13. FRÉDÉRIC LE GRAND. Il est représenté sur un cheval 

blanc au galop , et sautant par-dessus un petit mur en pierre, 

Dans le fond , troupes nombreuses de cavalerie. 
<S98. — 14. 1750. Quatre cavaliers de cette époque marchent vers 

un moulin qu'on voit dans le fond, à droite. 

899. — 15. Un fantassin en tenue est assis dans la campagne, à 

côté d'un vieillard en blouse. Le bonnet de police dont est 
coiffé ce dernier, fait supposer que c'est un ancien militaire ; 
mais il n'y a plus de doute lorsque, interrompant la lecture 
d'un journal qui lui rappelle de vieux souvenirs, ses yeux 
s'animent , et regardant le troupier : L'Empereur m'a parlé ! 
lui dit-il. Oui, V Empereur Napoléon le Grand ma dit à moi , 
en Moravie: Soldats, je suis content de vous! 

900. — Croquis par Ckurlet. (1837. ) 

Bruxelles, chez de Wasme. — Pletinchx, lith. du roi. 

Paris, chez A uber t , galerie Véro-Dodat. 
Rotterdam, chez Van-Oosterzie , marchand d'estampée, 

On lit ce titre sur un grand tableau placé sur un chevalet. De- 
vant ce tableau, un enfant, en costume du moyen âge, est assis 
dans un grand fauteuil, tenant dans ses mains une palette et des 
pinceaux. 

Titre et croquis, dont toutes les épreuves sont en papier de cou- 
leur, pour une suite de douze pièces encadrées , numérotées et impri- 
mées en t. ; sauf le N° 8, en h. On a tiré deux sortes d'épreuves : 1° sur 
papier de Chine, 1/4 colombier; 2° sur papier blanc, 1/4 jésus. 

901. — N° 4. CONVOI DE BLESSÉS. Sur le premier plan, une char- 

rette attelée d'un cheval et remplie de blessés est conduite 
par un charretier.. Devant celui-ci, un soldat d'infanterie 
marche l'arme sur l'épaule gauche. 

902. — N° 2. LE CONVOI. A l'horizon, de hautes montagnes; le con- 

voi au second plan, au milieu de l'estampe; au premier plan , 
un cuirassier à cheval, vu de dos. 

903. — N° 3. LA FORCE ARMÉE. Elle se compose de six enfants en 

armes, à l'exception du second, à gauche, qu'on voit par 



348 DEUXIÈME PARTIE. IX e SECTION. 

derrière battant du tambour. Sur le mur, à droite, on lit : 
Vive les Flamands ! 

904. — N° 4. LES BORDS DE L'ESCAUT. Vue de ce fleuve. A gauche, 

un paysan ramasse avec sa pelle des matériaux dont il charge 
un cheval tenu en main par un enfant. 

905. — N° 5. LE GUERRILLAS NAVARRAIS. Il marche vers la droite, 

armé d'un poignard avec lequel il vient d'assassiner un 
homme dont on voit le cadavre à terre. 

906. — N° 6. LA LEÇON DU GRAND- PAPA. Un vieux paysan, coiffé 

d'un tricorne , est assis dans la campagne au pied de gros 
arbres. Un enfant, debout devant lui, les mains derrière le 
dos et tenant sa casquette, récite sa leçon. 

907. — N° 7. LE HÉROS DE LA MANCHE. Il traverse au galop un 

pont en bois ; derrière lui , Sancho , sur son âne , est à moitié 
caché par des arbres. 

908. — N° 8. LE VIEUX PATRE. Coiffé d'un bonnet de police, cou- 

vert d'un grand manteau, un bâton dans la main gauche, il 
est assis au pied d'un gros arbre; une chèvre couchée près 
de lui. 

909. — N 9. LA BOULE. A droite, une chaumière : à la porte, une 

femme et deux enfants. Sur le premier plan , deux paysans 
jouent à la boule; un vieux rentier, en tricorne, bas chinés, 
regarde la partie , les mains derrière le dos. 

910. — N° 10. LA VIEILLE ÉCOLE FLAMANDE. Scène à la Téniers : 

quatre buveurs autour d'une table; à gauche, un broc à 
terre. 

911. — N° 11. VIVE LA JOIE!... Même sujet que le précédent. Le 

quatrième buveur se voit à peine dans le fond , à droite. Sur 
le mur, à gauche, on a dessiné, d'une manière grotesque, 
une tête d'homme , une pipe à la bouche , la queue en trom- 
pette. 

912. — N° 12. LES VIEUX FARCEURS. Encore une scène à la Téniers. 

Trois ivrognes sont à boire, complètement ivres. L'un d'eux 
est étendu tout de son long au pied d'une table; et sur 
cette table deux bouteilles (1). 



(1) La suite que nous venons de décrire est dessinée d'un crayon tres-làché et assez mal imprimée. 
M s'agissait de l'achat de quelques vieux meubles , pt le marchand ne voulait les donner a Charlet 
n'en échangp dp dessins. 



VIE DE VALENTIN. 349 

VIE CIVILE , POLITIQUE ET MILITAIRE DU CAPORAL VALENTIN 

MISE AU JOUR PAR SON AMI GHARLET 

Album composé de cinquante planches 

Au-dessous de ce titre , trophée formé d'une béquille et d'une 
jambe de bois attachées en sautoir sur une croix de la Légion d'hon- 
neur; le tout entouré de deux branches de laurier. Publié par Gi- 
haut frères, etc^ 

Titre imprimé sur une couverture de couleur pour une suite de 
cinquante planches encadrées et numérotées ; plus une lettre et le 
portrait de Valentin. Cette suite (imprimée en t.) a été tirée 1° sur 
papier de Chine, 1/4 colombier ; 2° sur papier blanc, 1/4 Jésus. 

9 13. — Titre et trophée ci-dessus, imprimé sans les titres sur pa- 

pier de Chine à petit nombre d'épreuves. 

914. — 1. Un vieux paysan, en chasse, a suivi l'indication de son 

chien en arrêt; il voit sous la feuillée, au pied d'un gros 
arbre, un petit enfant qui lui tend les bras : Oh! oh! le drôle 
de petit lapin! s'écria le père Fraumont , en apercevant ce 
pauvre enfant ; puis ce brave homme le mit dans son carnier 
et le rapporta à sa femme... Ces bonnes gens habitaient 
Moussy-le-Vieux-sous-Dammartin. 
915. — 2. Ah! ah! voici qui explique l'affaire : ce pauvre enfant 
se nomme Valentin... sa mère a été trompée et abandonnée... 
elle est morte... Jacques Valentin, né à Dammartin, le 2 dé- 
cembre 1806. A droite, un bon curé est assis dans un fau- 
teuil ; il vient de faire au père Fraumont et à sa femme la 
lecture des renseignements trouvés sur l'enfant. 

916. — 3. Le père Fraumont part pour la chasse; sa femme, assise 

dans un fauteuil, file sa quenouille; Valentin, à genoux 
devant elle, dit sa prière ; écoutons-le : PATER NOSTER 
QUILLES ENNECELI SANGTIFICETURC ; c'était le latin 
de la mère Fraumont , femme d'humeur un peu tartare , 
mais bonne au fond ; Valentin était élevé par elle dans la 
crainte de Dieu et l'amour de son prochain. 

917. — 4. VALENTIN FAIT L'AUMONE. On le voit , gardant une vache, 

donner un morceau de pain à un petit pauvre. Un malheu- 
reux trouve toujours plus malheureux que lui. 



350 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

018. — 5. VALENTIN PRÉSENTÉ AU CURÉ. Il est conduit par la mère 
Fraumont. Le curé fait un geste d'étonnement ; voici pourquoi : 
Le respectable abbé Vincent, l'ayant interrogé sur son in- 
struction religieuse , s'écria: Omon Dieu! pardonnez-leur, ils 
ne savent ce qu'ils disent !... SANGTIFICETURC !!... 6 
mon Dieu!.,. Valentin fut reçu enfant de chœur par ce bon 
curé , dont la charité était inépuisable. 

919. — 6. IL PERD SON RESPECTABLE BIENFAITEUR. Depuis quelque 
v temps , le bon abbé Vincent se disait : ça va mal , V estomac 

devient paresseux ; la digestion laborieuse... Or, un jour il 
mangea sans défiance d'un pâté de foie gras {projectile dan- 
gereux ) ; une effroyable indigestion s'ensuivit puis une 

attaque d'apoplexie foudroyante qui l'enleva en cinq minutes. 
Il fut regretté , pleuré ; et chacun se dit dans le village : les 
. bons s'en vont. A gauche, le curé évanoui dans un fauteuil. 
Valentin près de lui , en enfant de chœur , appelle la gouver- 
nante, qui accourt tout effarée. 

920. — 7. IL EST VALET DE PIED CHEZ LA BARONNE DE LA BRE- 
' TONNIÈRE. La baronne était dame de charité et présidente 

d'une société chrétienne et maternelle. Les mauvaises langues 
du quartier prétendaient qu'elle n'était dans les sociétés de 
charité que pour s'éviter de rien donner de sa poche ; on la 
disait bigote et dure aux ouvriers. . . elle aimait beaucoup les 
chiens... elle avait fait faire son mari baron, etc. etc. On 
voit passer la baronne, les mains dans son manchon et de 
l'air le plus indifférent , devant deux pauvres , un vieillard et 
son fils , à genoux, lui demandant l'aumône. Valentin , affublé 
de la livrée d'un grand laquais , est chargé d'un panier , des 
chiens et du ridicule de la baronne. 

921. — 8. Je deviens sèche comme une hareng , se disait Valentin; 

les vigiles , jeûnes , quatre-temps et autres exercices me dété- 
riorent ma pauvre estomach ; je vois qu'on veut me fawe 
gagner la vie éternelle en me faisant mourir de faim... Ah! 
je suis bien malheureux!... Le dur métier que de servir des 
personnes administrativement vertueuses et charitables!... On 
voit en effet le pauvre Valentin , réduit à une maigreur ex- 
trême, tomber au pied d'un tronc pour les indigents ; et la 
baronne , à genoux , entend dévotement la messe. 
9-22. — 9. VALENTIN CHEZ LE BON RICHE. Il distribue sur un perron 
des pains à de nombreux malheureux. Son maître, le bon 
riche, caché derrière une persienne, paraît ému et heureux. 



VIE DE VALENT IN. 35 1 

Ce vieillard modeste faisait l'aumône sans ostentation ; il n'é- 
tait décoré , ni de croix de bienfaisance , ni de petit manteau 
de charité ; tout en lui était simple et vrai (1). 

923. — 10. Valentin a changé de condition : les mains jointes, il 

demande grâce à son nouveau maître. Celui-ci, coiffé d'un 
chapeau à larges bords, revêtu d'un ample carrik, a entendu 
aboyer son chien. Menaçant le pauvre Valentin de sa canne : 
Vous lui avez marché sur la patte î... (lui dit-il). Cet homme 
à principes ne tutoyait jamais son domestique afin de lui con- 
server sa dignité d'homme; mais il le rossait d'importance ; 
et pourtant il était d'un libéralisme remarquable dans ses 
écrits; il luttait contre la traite des nègres... et portait des 
cheveux et un chapeau de philosophe. 

924. — 11. Valentin préfère la survivance du caniche d'un aveugle 

à la triste condition de serviteur du philosophe au chien de 
chasse et à la canne à pomme d'or. L'aveugle, raclant du 
violon et laissant derrière lui son chien mort, est conduit par 
Valentin. 

925. — 12. Valentin est devenu industriel, pittoresque et drama- 

tique. Il montre Polichinelle à un grand nombre d'en- 
fants qui, par leurs gestes, témoignent leur admiration. 
Le parterre se garnissait quelquefois , mais de spectateurs qui 
n'avaient pas de poches... L' administration devait donc suc- 
comber. 

926. — 13. Le pauvre Valentin, réduit à la misère, est assis sur 

une pierre, ayant près de lui les débris de son théâtre. Une 
bonne Sœur l'a vu et lui apporte une écuellée de soupe. 
adversité ! c'est au moment où tu parais nous accabler que tu 
te plais à nous lancer sur la route du bonheur... Bonne Sœur 
Adélaïde , femme de courage et de vertu , décorée par V Em- 
pereur Napoléon (1814, campagne de France) , pour avoir 
pansé des blessés sur le champ de bataille. 

Charlet ajoute en note : J'en sais plus d'un décoré pour 
avoir pensé... le contraire. 

927. — 14. La Sœur Adélaïde présente Valentin à un tambour-ma- 



(1) Paris s'est entretenu longtemps d'un petit homme , toujours vêtu d'un petit manteau. Aussi ne 
le connaissait-on que sous le nom de l'Homme au petit manteau. Tous les hivers il faisait faire, au 
pont Saint-Michel, des distributions de soupes , auxquelles il assistait le plus souvent. Cela était bien, 
très-bien même. Mais ne voila-t-il pas qu'un beau jour, on lit clans tous les journaux une pétition a 
Louis-Philippe pour lui demander la croix , et cette pétition signée Champion dit l'Homme au petit 
manteau. S'il faut en croire Charlet, cette croix aurait été obtenue. 



352 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

jor qui se découvre respectueusement devant elle : Vénérable 
Sœur!... quel est de ce jeune homme? — C'est un pauvre 
orphelin qui demande à servir son pays... — Très-bien II il 
est honorable de lui-même par ce sentiment !!! 

928. — 15. Valentin est tambour; appuyé contre un arbre, il reçoit 

ces conseils du caporal-tambour, qui joint la théorie à la 
pratique : Papa, maman... papa, maman... Arrondis-moi z un 
peu ce poniet zavec grâce ; deux coups de la main droite, et 
vivement z'au pareille de la gauche ; soyons lastique. 

Cet exercice de papa, maman, réveille des souvenirs dans 
le cœur de Valentin ; il reverra son père adoptif. . . il le peut 
sans rougir... il porte l'habit de la nation. 

929. — 16. Valentin, soldat, entre dans la cour du père Fraumont; 
.^ le chien Fa reconnu et accourt près de lui : Azor /... ah! c'est 

bien mon vieux père ! Valentin, permissionnaire, avait fait 
sa route gaiement , en chantant : Je vais revoir mon vieux 
père adopjtif..... sa chaumière et son vieux chien sa chau- 
mière et sa femme aussi. 

930. — 17. Le père Fraumont, suivi de son chien et donnant le bras 

à Valentin , lui fait visiter sa ferme : Tu seras mon légataire 
universel , lui dit-il ; j'ai eu le bonheur de faire un héritage 
et de perdre ma femme ; je suis heureux ; conduis-toi bien , 
sers avec honneur, et tout ça sera pour toi. 

931. — 18. Au moment où Valentin allait retourner au régiment, 
1 le père Fraumont s'était attendri, et la larme d'adieu avait 

produit cinquante francs. A peine est-il en route qu'il ren- 
contre une pauvre femme entourée de quatre misérables en- 
fants. Valentin se dit : j'ai connu le malheur ; secourons la 
veuve et les orphelins... Tiens, mon enfant (mettant son 
aumône dans la main d'une petite fille), voilà dix francs...; 
marche!... après moi la fin du inonde. 

932. — 19. IL RÉSISTE A LA CAROTTE PÉRUVIENNE. Valentin s'est 

arrêté au cabaret portant pour enseigne : A la rencontre im- 
prévus (c'est un homme nez à nez avec un lion). A la même 
table que lui vient s'asseoir un particulier portant à sa bou- 
tonnière une large décoration : Jeune brave, dit-il à Valen- 
tin, je suis le marquis de Las Blagueras , général en chef 
des armées péruviennes... quarante-sept blessures... des vic- 
toires. . . des lauriers. . . l'exil. . . pas de pain. . . ; pourriez-vous 
me prêter quinze francs sur ma décoration en brillants ?... — 



VIK DE VALENTIN. 353 

Désespéré, général de formée des perruches,., je viens de 

placer mes fonds. 

933. — 20. Tout en continuant sa route , Valentin a bu avec des 
militaires; deux sont encore à table. Il parait qu'on a voulu 
lui tirer des carottes ; mais Valentin n'entend pas de cette 
oreille-là ; et , faisant présenter la carte par un garçon à un 
sapeur qui se tient debout les bras croisés : Sapeur , lui dit-il, 
parez tierce et payez carte; allongez votre cuivre... j'suis /tas 
l'ami Chauvin de M. Horace Vernet et de M. Charlet, des 
farceurs ! qui nous font rapporter des serins dans des ériges , 
et régaler messieurs les sapeurs... Allongez le billnn. 

Dans le fond, à droite, un gendarme conduit en prison le 
marquis de Las Blagueras. 

93-4. — 21. Le sapeur a payé... mais il n'a pas paré. Sapeur, dit 
v Valentin, sans rancune, vous avez votre affaire, voilà la 
chose ; maintenant , je me fends d'un litre Valentin accom- 
pagne sa proposition d'une cordiale poignée de main, tandis 
qu'un camarade enveloppe d'un mouchoir le bras du sapeur. 

935. — 22. $9 juillet 1830. Valentin, le sabre à la main, un pistc- 
v let à la ceinture, est au milieu de peuple armé; il couvre 

de sa main un vieux grenadier de la Garde Royale désarmé : 
II était à la Bérésina !... s'écrie Valentin : et le peuple res- 
pecta le vieux soldat. 

936. — 23. 29 juillet 1830. Nous retrouvons ici le marquis de Las 

Blagueras dans une triste situation : à genoux et les mains 
jointes , il implore la pitié de Valentin et de quelques hom- 
mes du peuple qui vont le fusiller au commandement d'un 
vieux soldat décoré : 77 a volé, s'écria le vieux Grondard 
(ex-caporal au 1 er de grenadiers de la Garde Impériale) ; et 
le peuple fit prompte justice. Charlet ajoute en note : Ces 
vieux caporaux de la Garde ne badinaient pas avec la pro- 
bité. Ils ne se permettaient de voler... qu'à la victoire (1). 

937. — 24-. Nous trouvons Valentin au cabaret. Il accepte un verre 
' de vin d'un individu qui déjà a vidé une douzaine de bou- 
teilles avec deux compagnons : Volons à la frontière ! 



(1) On a eu la prétention de faire les journées de Juillet pures de tout attentat contre les propriétés. 
Notre ami Charlet connaissait mieux leur histoire. On a volé, beaucoup volé, et les marquis de Las 
Blagueras ont été plus communs qu'on ne voudrait le faire croire. 

Je ne sais qui a dit avec esprit et justesse (,Ch. de Bernard, je crois) : le premier jour, on fusille les 

voleurs ; le second jour, on se relâche ; le troisième jour, on laisse faire ; le quatrième Voilà pour 

quoi les révolutions ne durent que trois jours. 

23 



• ♦ 



354 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

s'écrie avec enthousiasme l'inconnu, s'adressant à Valentin ; 
mais celui-ci, par un geste de réticence, semble partager les 
idées de Charlet, qui dit : Il y a des gens qui volent partout , 
excepté au combat ; ces fricoteurs-là chantent depuis vingt- 
cinq ans: Volons à la frontière; mais ils trouvent plus agréa- 
ble de voler dans Paris. Et il ajoute en note : Les gaillards 
y voleront encore longtemps. 

938. — 25. VALENTIN REJOINT LE 25™ DE LIGNE , A CAMBRAI. Tout 

le long de la route , il est fêté par les habitants que la révo- 
lution de Juillet a remplis d'enthousiasme', on trinque à la 
liberté l... Enfin, la France va donc reprendre son rang et 
sa dignité. . . On ne verra plus de garde royale tirer sur le 
pauvre peuple !... puis, on aura une charte qui sera une vé- 
rité véritable!... On s embrasse , on s 'étrangle ! .. . on est heu- 
reux... en espérance (1). 

939. — 26. VALENTIN VIENT D'ÊTRE FAIT CAPORAL. On le voit, à 

droite , au port d'armes de sous-officier devant sa compagnie 
et présenté au colonel par son capitaine ; voici l'histoire : Le 
colonel du 25 me fait venir Valentin , et lui dit : Continuez à 
bien servir, et nous ferons de vous un bon sous-officier... plus 
tard, un officier... je l 'espère ; j 'aime les braves et ne les 
oublie pas... A quoi Valentin, profondément ému, répond... 
Mon colonel !.. . mon colonel!... mon colonel!... Assez, lui 
dit le colonel , c'est très-bien, mon brave, rentrez à votre 
rang. 

940. — 27. ON ARROSE LES GALONS , SOUS PRÉTEXTE QUE LA COTE- 

LETTE DEMANDE A BOIRE. Valentin offre à ses camarades la 
bouteille de V estime et le fromage de l'amitié ; puis il leur 
adresse cette allocution remarquable : Braves camarades ! 
j'arrive de la Révolution ; nous avons renversé le tyran et 
changé de branche , à ce que disent les feuilles. J'ai combattu 
pour la liberté et fait mon devoir , toujours guidé par l'hon- 
neur et l'humanité , telles qu'elles ne doivent jamais nous 
abandonner dans le sein de la victoire; hier ennemis, aujour- 
d'hui amis. Serrons-nous pour emboîter la patine qui ne s'im- 
porte guère quelle fut notre cocarde, pourvu quelle se trouve 
au sentier de la gloire ; car le Français veut de la gloire , et 
le premier paroissien qui dirait le contraire , je m'offre de lui 



(1) Bon Pt bonnptp Charlpt !... va !! ( Notr de l'éditeur. ) 



VIE 1>E VALENTIN'. X>5 

sonder le cuu... Allons! enfants de la patrie !... [C'est alors 
que le corps des caporaux frissonna d'enthousiasme.) 

941. — 28. DÉPART DE VALENTIN POUR LE SIÈGE D'ANVERS, ses 

adieux a ursule taschereau (son amante ). Je par s et pense 
bien revenir; le Hollandais, peu guerrier , a peu de férocité : 
la besogne sera bientôt faite... bonne Ursule ! je penserai tou- 
jours à vous, au bivac comme sur la brèche ; et si je pa?*viens 
à conquérir le signe de V honneur, je me regarderai comme 
l'amant le plus favorisé de la gloire et de l'amour. Adieu, 
Ursule!... séchez vos larmes... et prenez garde de perdre 
votre mouchoir. 

942. — 29. LE BILLET DE LOGEMENT. Valentin et Litreman (caporal 

au même régiment) sont logés à Lipeloo {Belgique) chez le 
v docteur Guilledoux (jésuite à robe courte). La servante hol- 
landaise vient leur ouvrir ; elle ne peut déchiffrer le billet de 
logement. Alors le caporal Litre ma a lui crie : Wir sind zwey 
verstchin, alte frau, zwey franzoesische caporals (nous 
sommes deux! entendez-vous, la vieille? deux caporaux 
français). A quoi Valentin ajoute : Comprenez-vous, mère 
Lansmann! zwey caporals françouse , bones meners, (/ni 
venire logire, buvire. mangire, et rebuvire, et remangire 
touchours!... 

943. — 30. AH ! MON DIEU !!... Valentin et Litreman sont invités à 
>' la table du docteur Guilledoux (jésuite à robe courte) , bon et 

excellent homme, viveur agréable. Le dîner avait été abon- 
dant , la conversation animée. Valentin, questionné et poussé 
par le docteur, lui raconte ses aventures... sa naissance... 
quand tout à coup le docteur tombe évanoui!... Ah! mon 
Dieu/!!.... Quoi! qu'est-ce?... Le docteur évanoui reçoit les 
soins empressés de la gouvernante. Valentin paraît inquiet , 
tandis que le caporal Litreman est uniquement préoccupé de 
ce qu'il n'y a plus rien dans la bouteille qu'il tient à la main. 

944. — 31. C'EST SON PÈRE!!!... Le docteur Guilledoux, revenu à 
I lui, et poussé par le remords, ne peut résister aux sentiments 

paternels. Il se lève et se jette dans les bras de Valentin , en 
lui disant : Tu es mon fils!... Litreman, vivement ému et un 
peu compromis par les alcools , leur donne sa bénédiction 
vinicole. 

Cette scène touchante est complétée par la gouvernante . 
les mains jointes et les yeux levés au ciel. 



.'{,"6 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

94-5. — 32. Valentin prend congé du docteur: Allons ! au revoir!... 
Adieu!... allons!... vous êtes mon père... je vous respecte !... 
je vous respecterai toujours!... allons, adieu... vous serez 
toujours mon père... je vous respecterai toujours! allons, au 
revoir... Ce n'est pas pour les cinquante francs que vous 
m avez donnés, de votre cœur paternel et sans carotte!... 
non, jamais II... je vous respecte!... et vous respecterai tou- 
jours!... allons, au revoir... Ecrivez-moi... allons, adieu... 
je vous écrirai... allons, au revoir... allons, adieu!... Pen- 
dant ces adieux prolongés, le docteur, ayant à son bras la 
gouvernante, tient la main de Valentin. Le caporal Litre- 
man, toujours compromis par les alcools, a bien de la peine 
à se tenir sur ses jambes. 

046. _ 33. VALENTIN VEUT SE SUICIDER L'ARME AU BRAS. Valen- 
» tin, sous l'empire d'une digestion laborieuse , et la tête trou- 
blée par les vins du père Guilledoux, se laisse aller aux idées 
noires: Quoi? se dit-il , moi, le fils d'un jésuite ! jamais!!... 
allons , c'est fini. . . je ne puis reparaître à la compagnie. . . — 
Ce brave garçon allait sauter dans le canal, quand arrive le 
sergent Maneille qui le retient et parvient à lui faire entendre 
raison. Litreman, le vinicole , tombé près d'un arbre , rêve à 
la situation de la France. 

947. _ 3i. MORALE DU SERGENT MANEILLE. Le vieux sergent adresse 
ces paroles à Valentin , assis au pied d'un arbre et les bras 
croisés, absorbé dans ses réflexions: Valentin, écoute ; j'ai 
usé plus d'une semelle sur le chemin de l'adversité , et me suis 
toujours dit : Il y a un Dieu! bien! il me donne la vie! fort 
bien ! je la puis sacrifier pour ma patrie , très-bien !!!. . . Mais 
le suicide , ô c'est une lâcheté! Quoi, parce que tu es le fils 
d'un jésuite? Eh! mon Dieu! il en fourmille , et de toutes 
les couleurs , et des civils et des militaires, des jésuites!!... 
S'il fallait qu'eux ou les leurs se noyassent ! s'asphyxiassent ! 
ou se suicidassent! mais la Seine n'aurait pas assez d'eau , ni 
les mines de Saint-Bérain assez de charbon pour détruire 
cette adroite portion de l'espèce humaine... Allons! Valentin, 
reprends ton équilibre social!... et si la mort est le sommeil 
éternel , couche-toi le plus tard possible. 

(Observation de l'éditeur.) Le sergent se trompe , les mines 
de Saint-Bérain ne fournissent pas de charbon. 

94g. — 35. Valentin au camp de Wilrich % ou le sergent Maneille 
^ offre à l'auteur (Charlet) le bouillon de l'hospitalité en disser- 



VIE LE VALENTIN. 357 

tant sur le mérite des femmes. Charlet , assis sur un tronc 
d'arbre, prend son bouillon, tout en prêtant attention au 
vieux sergent. Celui-ci, un brûle-gueule à la bouche, exprime 
ainsi sa théorie sur le mérite des femmes. Il n'appartient pas, 
comme nous allons voir, à l'école de Legouvé : Moi , je suis 
un vieux matérialisme ; je n'apprécie le mérite de la femme 
qu'à la qualité de son bouillon... Je sais que le sexe me fera 
une émeute pour ce principe... mais je le déduis de ce qu'il 
est nécessaire que l'aimable moitié de nous-même soit parti- 
culièrement versée dans le pot au feu et le degré de cuisson de 
la légume, dans l'intérêt et pour la stabilité du principe 
constitutionnel. 

Charlet, en recueillant les maximes du vieux sergent, 
ajoute en note : Quelle atrocité! quelle ignobilité !... (Excla- 
mation de ma voisine, M Ue de Sainte - E nuance , auteur 
d'Irma , ou les Combats d'un Cœur vertueux ; vol. in-8°; 
Paris Ernest Bourdin). 

949. __ 36. VALENTIN SE COUVRE DE GLOIRE. On le voit croisant la 

baïonnette contre deux soldats hollandais : Haltc-lù , lands- 

manns ! hollandisches !. . . vous prisonnires , ou j'pique II 

Le 12 décembre , les Hollandais firent une sortie et furent 
promptement refoulés. Dans cette action, Val enfin se préci- 
pita sur l'ennemi et fit deux prisonniers. Quelques instants 
après, il reçut un éclat d'obus à la jambe droite, ainsi qu'on 
le verra dans le chapitre suivant. 

Charlet met en note : Le Français a toujours piqué et 
piquera toujours. (Réflexion de mon ami François Villain, 
imprimeur sans caractère.) 

950. — rrr. Première idée de la pièce précédente. Croquis, en t., 

sans encadrement. Valentin, à gauche, a derrière lui plu- 
sieurs soldats français; adroite, au premier plan, les deux 
Hollandais ; le premier dans une position analogue à celle de 
l'estampe précédente; le deuxième, indiqué seulement jus- 
qu'à la ceinture, a les mains jointes. 

951. — 37. VALENTIN RAMÈNE SES PRISONNIERS. Blessé a la jambe 

I droite par un éclat d'obus et ne pouvant plus se soutenir, 
Valentin invita ses deux prisonniers , Van de Naw-hay, et 
Van de Bet-raw , à vouloir bien le porte/' au quartier général 
français ; ce que ces deux dignes Bataves exécutèrent avec 
une sollicitude toute particulière. — Le Nord seul produit ces 
admirables caractères. 



358 DEUXIÈME PARTIE. IX e SECTION. 

Valentin, assis sur un fusil, est porté par ces deux esti- 
mables Hollandais. 

1)52. — 38. VALENTIN A L'HOPITAL SAINT - LAURENT (Sous Anvers). 
Valentin est visité par son digne colonel, qui l'exhorte au cou- 
rage ; Valentin, très-résolu, lui répond: Colonel! je vois 
qu'il faut que je me confie aux charcutiers de l'établissement ; 
si je passe l'arme à gauche , tant pis, je n'ai rien à me repro- 
cher et puis paraître là-haut , devant le conseil supérieur. 

053. — 39. LE VIEUX PÈRE FRAUMONT REÇOIT UNE LETTRE DE VA- 

. LENTIN. Le père Fraumont , orné de son bonnet de coton de 
soie noire (selon son expi*ession) , écoute la lecture de la lettre 
de son fils adoptif ; cette lecture faite , avec un accent grave , 
par le garde champêtre Bronzard , impressionne profondé- 
ment l'auditoire. 

L'auditoire se compose du père Fraumont et de ses deux chiens, 
d'un vieux paysan assis près de lui, et du garde Bronzard, qui, debout, 
le tricorne sur la tète, les lunettes sur le nez, a fait lecture de la 
lettre ainsi conçue : 

« Matines, le il février 1832. 



« Chère père adoptive , 

« Je met la plume à la main pour vous dire que je suis, 
Dieu mercit , en plaine convalessence , mais si ce n'est ma 
jambe de moins avec laquelle je me trouve ; nous étions très- 
mal à l'hopitale d'Anverse; aussi voyant combien nous étiont 
resserré on a fait évacuez tous ceuse qu ils ont pu aller ce qui 
doit vous l'aire sentir combien nous nous trouvons mieux. 

« Nous voici arrivez a Malines a bon porc , le tems est froid 
et sèche , l'argent rare et encore n'en voit on pas, nous sommes 
très bien vus de l'habitant qui nous aime peu , il est générale- 
ment criard, ainsi qu'est le Belge. Pourtant il n'est pas entiè- 
rement dénué d'humanité. 

<( Le Maréchal est venu nous visiter a l'hopitale, c'est un 
vieux brave de l'Empire qui n'a qu'un œil , mais dont la manière 
de voire le fait chérir de l'armée ; il était avec les princes deux 
beaux jeune homme très bien tenu lesquels ils m'ont parlez de 



VIE DE VALENTIN. 359 

leur bouche propre sur quoi je leur ai répondu ce qui a paru 
leur faire grand plaisir. 

« Le vieux sergent Maneille est aussi avec moi , c'est un 
vieux canfrier de farceur qui nous fait confondre de rire ; il 
prétend que c'était pas la peine de le faire blesser pour si peu 
de choses , et que l'affaire aurait pu s'arranger devant notaire , 
ou ce vieux entêté de roi des Fromages aurait déposé sa protes- 
tation après sommation d'huissier, puisqu'il n'en voulait pas 
davantage, enfin il nous en a fait des calenburk que Dieu mercit 
nous en passons gaiement le temps. 

« Vous croirez pas une chose , c'est que j'ai retrouvé mon 
père naturel , un vieux jésuite , mais je vous compterez cela en 
arrivant, il m'a expliqué le jésuitisme dont il fait partie , c'est 
encore un régiment de fricoleurs finis, pas d'appel et le vin à 
discrétion , mais je finit n'ayant rien autre chose a vous mar- 
qué vous priant de ne pas m'oubliez auprès de toutes les ai- 
mables personne qui vous parleront de moi et désirant que la 
présente vous trouve en aussi bonne santé que moi sauve les 
jambes. 

« Adieu, chère père, je vous embrasse du plus profond de 
mon cœur, et suit pour la vie votre fils adoptive, 

« Yalentln , 

« Caporal de grenadiers au 2 e bataillon 25 e de ligne, 
en ce moment en subsistance à Matines (Belgique). 

954. — 40. VALENTIN DÉCORÉ PAR LE MARÉCHAL GÉRARD. Vaten- 

tin, parfaitement guéri , est décoré de la croix de la Légion 
d'honneur par le maréchal devant le front de son régiment. 
Le maréchal lui adresse quelques paroles flatteuses , aux- 
quelles Valentin ne peut répondre... Le maréchal est satisfait. 

955. — 41. VALENTIN HÉRITE DE SON PÈRE. Valentin repasse par 

Lipeloo pour voir son père; mais Dieu l'a appelé <) lui , 
quoique jésuite. Valentin, profondément affligé, hérite de 
huit mille francs de rente , et trouve un coffre-fort garni de 
cinq cents napoléons; il a la douleur d'être obligé de vendre 
la maison ! d'emporter l'argenterie comme aussi ce qu'il y a 
de plus précieux. . . Quel événement !... 

Il emmène lu brmne Gertrude et le chien de son malheureuse 



360 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

père ! Valentin , en bonnet de police , la précieuse cassette 
sous le bras, se dirige vers une voiture attelée de deux che- 
vaux* 

956. — 42. VALENTIN REVOIT SON PÈRE ADOPTIF. Le père Frau- 
mont , toujours orné de son bonnet de coton de soie noire 
(selon son expression), était en train de prendre un air de 
soleil (toujours selon son expression), quand tout à coup 
Valentin se jette dans ses bras. — Quoi! c'est toi?... Oui, 
moi !.. . Ah!... oh !... eh !. . . mon Dieu !... ah!... j'été binnin- 
quet , va! d savoir qui t'était venu une jambe de moins!... 
mais te voilà! 

1)57. — .43. VALENTIN BON PAROISSIEN. Suivi toujours de la gou- 
vernante et du chien, il entre chez le curé qu'il trouve fai- 
sant le catéchisme à de petits garçons. — Monsieur le curé , 
lui dit-il, je vous apporte trois cents francs pour les pauvres 
de la paroisse ! Moi, voyez-vous, je me suis peu servi de la 
religion, mais je vais regagner mes distances , parce que je 
la respecte conformément au règlement, et que l'Evangile 
c'est une bonne école du soldat pour le citoyen!... Chrétien à 
outrance... et Français à mort!... 

Le bon curé, ému par ces paroles, remercie Valentin en lui 
montrant le ciel. 

958. — M. VALENTIN DANS L'OPULENCE SE SOUVIENT DE CEUX OUI 

L'ONT CONNU DANS LA MISÈRE. Se promenant à cheval, il 
rencontre un pauvre homme que nous avons connu enfant 
(voyez le numéro 4). Celui-ci l'accoste : B'jou m'sieu Valen- 
tin; souv'nez-vous qu'j'ons gardé les vaches ensemble. — Et 
les cochons aussi, mon brave. — Vous avez été pueureux 
qu'moé. — Pauvre Razet , t'as pas eu de chance , tu t'es 
greffé sur le martin sec... Tiens, voilà cent sous... viens me 
voir... sans façon... tu seras bien reçu... 

959. — 45. Valentin à la réunion électorale prend la parole et 

s'exprime ainsi : Messieurs, méfions-nous des bavards (assen- 
timent général); je veux bien du parlementaire , puisque c'est 
la mode (hilarité), mais je veux de crânes paroissiens (on 
rit), des troupiers finis (hilarité prolongée), qui soutiennent 
la dignité de la France. (Assentiment général ; bravo, bravo.) 
Qu'est-ce que ça me fait, à moi, un ministère ou un autre; le 
I er mars ou le 29 octobre... je n'y vois point de différence , si 
ce n'est 






VIE DE VALE.NTIN. 361 

Qu'au 1 er murs y fait PAS souvent chaud ; 

Et qu'au 29 octobre y fait souvent PAS chaud. 
On change le pas et la marche est la même ; Vûn prend le ru 
du pied gauche , et l'autre du pied droit. ( Marques d'adhé- 
sion, sensation prolongée. L'orateur reçoit les félicitations 
d'un grand nombre d'électeurs qui lui proposent la dépu- 
tation.) 

Valentin, pendant son allocution, occupe une tribune des- 
tinée à l'orchestre d'un bal champêtre. Ses nombreux audi- 
teurs expriment la plus vive satisfaction. 

960. — 46. VALENTIN SE BAT EN DUEL ET TUE L'ANGLAIS MANNE - 

KIN LOW (Prononcez Meinnequine Lou). 

' Laissons parler Valentin : 

Je buvais donc de lu bien' avec l'anglais Mannekin; 

voilà qu'il me vante la MAGNANIME Angleterre! je nie et 
lui reproche les PONTONS , Copenhague et lu mort du grand 
N/jjoléon/ Ce n'est pas moi, dit-il... Si ce n'est pas toi, c'est 
donc ton freine ou quelques-uns de tes parents ?.. . Il se vexe 
et me jette sa bière à la figure ; je riposte , nous marchons ; 
on s'aligne , je le tùte , et d'un coup de quarte porté du coupé 
sur pointe de tierce en quarte , je l'en raie sur /es bords du 
STIC... Mieux vaut tuer le diable... que... enfin:., voilai... 
L'anglais Mannekin, ayant près de lui un compatriote qui 
lui sert de témoin, reçoit le coup porté par Valentin. Le 
témoin de ce dernier, le garde champêtre Bronzard, sou 
sabre sous le bras gauche, son brûle-gueule à la bouche, 
assiste au duel de l'air le plus tranquille. 

961. — 47. VALENTIN MISANTHROPE ET REPENTANT. Valentin, re- 
' froidi, se reprochait la mort de ce pjauvre Anglais, quand 

son témoin , l' ex-grenadier Bronzard , lui adresse ces paroles 
remarquables: Qu'est-ce de ceci? êtes-vous donc une faible 
femelle? Vous avez soutenu l'honneur de la France!... puis 
il est un fait, c'est que l'Anglais . de sa vie , ne pourra riva- 
liser le Français sur l'arme blanche!... jamais!... non, ja- 
uni is !!!... (1). 

962.-48. LA DEMANDE EN MARIAGE. Père Bronzard, dit Valen- 



(1) Ces deux dessins onl été laits en 1840 , lurs des affaire;. d'Orient , et alors que la Franc e avait 
à se plaindre de l'Angleterre. Je fais tuer un Anglais , me disait Charlet avec naïveté , je paie ainsi 
ma dette de patriotisme; puis il ajoutait en riant : Non , jamais l'Anglais ne pourra rivaliser I.- Fran 
çais sur l'arme Manche. 



302 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

tin, votre fille me convient , je conviens à votre fille, nous 
nous convenons, ça vous convient-il? C'est convenu, répond 
l'ancien ; mais je dois vous prévenir que la dot de ma fille se 
compose de mes vingt-deux campagnes et de mes dix bles- 
sures... Ça me va, dit Valentin. Pendant cette conversation, 
Valentin, assis devant une table, tient dans sa main la main 
de la jeune fille. 

963. — 49. LE MARIAGE. Père Bronzard a brossé l'habit de Wa- 

terloo , attaché sa croix du grand modèle ; Marie a revêtu la 
grande tenue de mariée ; Valentin donne le bras au père 
Fraumont , qui a quitté son bonnet de coton de soie noire et 
coiffé le tricorne ; le corps de musique de la commune est en 
tête et se rend à l'église. 

Le corps de musique se compose de deux grotesques per- 
sonnages, un violon et un hautbois; à la queue du cortège, 
on distingue la figure de Billoux. 

964. — 50. VALENTIN PÈRE ET MAIRE DE SA COMMUNE. Un carac- 

tère égal, douze mille livres de rente, ancien militaire dé- 
coré , un gros ventre, un gilet de soie noire et de bons dîners 
sont de ces titres qui ne tardent pas à, attirer l'estime de nos 
concitoyens. Valentin fut bientôt élu maire, à une grande 
majorité. Bon père, maire adoré, bon ami, bon époux, il 
emportera au tombeau les regrets de ceux qui l'auront connu. 

(On ne se figure pas combien un gros ventre et un gilet de 
soie noire ont d'empire sur les humains. On ne se défie jamais 
d'un gros ventre et d'un gilet de soie noire ! ) 

A droite, un gendarme prend les ordres de Valentin cau- 
sant avec un chef de bataillon de la garde nationale ; dans le 
fond, à gauche, le chien, la gouvernante et M me Valentin, 
tenant un enfant de chaque main, se promènent. 

965. — (Sans numéro). VALENTIN DEVENU PUISSANT. 

Portrait en pied de Valentin gros et gras, l'air riant et 
heureux. Dans le fond, à gauche, on reconnaît Charlet, qui 
s'éloigne un portefeuille sous le bras. Il vient probablement 
de recueillir les renseignements nécessaires pour écrire la vie 
de Valentin. 



LETTRE 1JE BÉRANGER. 363 

CROQUIS A LA MANIÈRE NOIRE 

SUJETS PHILOSOPHIQUES, POPULAIRES, MORAUX, POLITIQUES, 
CRITIQUES, CIVILS, RELIGIEUX ET MILITAIRES 

Dédiés à Béranger par Gharlet. 

Avant de décrire ces croquis , nous allons donner à nos lecteurs la 
réponse de Béranger à cette dédicace et à la lettre qu'à cette occasion 
Gharlet lui écrivait. Nous regrettons de n'avoir pu nous procurer 
cette dernière lettre de Gharlet : 

« Paris , 10 novembre 1840. 

« Mon cher Charlet . 

« Il y a peu de jours que m 'arrivait un livre de haute philosophie, 
de métaphysique religieuse , admirable de science , d'intention et de 
style. En rouvrant, je vois qu'il m'est dédié : je suppose d'abord 
une mystification ; car depuis dix ans nos philosophes sont devenus 
passablement bouffons. Mais , revenant de ma surprise , je lis à la 
dédicace le nom de Pierre Leroux, un de mes meilleurs amis, et je 
reconnais que c'est bien à moi que s'adresse cette œuvre de haute 
intelligence. Je me contente de m 'écrier : l'amitié est aveugle aussi ! 

« Il n'en a pas été de même quand j'ai reçu votre album, si riche 
en pensées généreuses, en compositions profondément spirituelles. 
Non, mon cher Gharlet, je n'ai pas été surpris de voir mon nom en 
tète de ce noble et beau recueil. Nous avons fait la guerre ensemble, 
servi la même cause , combattu les mêmes ennemis , et triomphé le 
même jour sur le même champ de bataille. En vain depuis, après 
avoir tiré mes dernières cartouches en l'air , je me suis fait donner 
les invalides ; en vain de dessinateur inimitable vous êtes devenu 
grand peintre ; je trouve tout simple que vous ayez gardé le souve- 
nir de votre ancien compagnon d'armes, et que, pour consoler mon 
inutile vieillesse, vous ayez, vous, homme de coeur, laissé tomber 
un reflet de votre réputation toujours jeune sur ma tète alourdie et 
ma muse découragée. J'en suis touché jusqu'au fond deTàine, je 
vous jure; je vous dois d'autant plus de reconnaissance, que vous 
vous êtes ressouvenu de moi en pensant à la France, notre bonne et 



30-4 DEtTXlÈME PABTIE. — IX e SECTION. 

adorée mère au service de laquelle vous ne cessez de mettre vos 
crayons énergiques et populaires , quand MM. les censeurs veulent 
bien le permettre (j'aime ce mot de censeur, il me rajeunit d'une 
douzaine d'années). Si quelque chose pouvait me déterminer à vous 
suivre encore dans la lice, ce serait, certes, vos magnifiques dessins 
et votre aimable lettre , aussi spirituelle que patriotique. Je vous 
assure, mon cher Charlet, que je ne crains pas plus qu'autrefois les 
juges, les procureurs du roi, les gens du fisc et les geôliers, bien 
que ces messieurs me paraissent toujours du même acabit, ainsi que 
le prouve la ridicule affaire intentée à mon éloquent et vénérable 
ami de Lamennais. Plus on vieillit, moins on doit avoir peur de la 
prison. Qu'importe que l'antichambre de notre tombe soit un caba- 
non ou une mansarde ? Mais le temps a fait son œuvre : j'ai soixante 
ans accomplis et ma santé chancelle. La lassitude est venue même 
avant l'âge, comme il arrive aux faibles natures qui ont eu à lutter 
dès l'enfance contre la fortune et la société. Avec un esprit épuisé, 
je ne puis me décider, en face des mêmes fautes et des mêmes abus, 
à refaire et à redire aujourd'hui ce que j'ai dit et fait pendant vingt 
ans. Eh ! mon cher ami, ce serait toujours la même chanson; il n'y 
aurait que l'air à changer. Puis un chansonnier ne s'inspire pas de 
ses seuls sentiments; il doit être l'expression d'une multitude de 
gens d'opinion semblable. Or, vieux républicain (1) instruit par 
l'expérience , qui ferait chorus avec moi ? Je connais de bien braves 
gens qui ont les mêmes espérances que moi, mais qui, pour attein- 
dre le but, prennent des routes que je crois fausses ou impraticables. 
Ils sont jeunes et éclairés; c'est sans doute moi qui ai tort; mais on 
se modifie peu à mon âge. D'ailleurs, dans chaque camp combien de 
petits drapeaux à nuances disparates , à devises souvent hostiles les 
unes aux autres ! Ah ! mon cher Charlet, où est le grand drapeau 
que nous avons évoqué si longtemps? et la patrie, notre mot de 
ralliement? Des ambitieux de toutes les couleurs, de toutes les 
tailles, nous l'ont emprunté et l'ont fait travestir en plaisanteries de 
bourse, comme vous venez de nous le faire voir. Quant au peuple, 
au pauvre peuple, dont tant de séductions offertes n'ont pu me faire 
abandonner la cause , on en parle beaucoup ; mais s'en occupe-t-on 
utilement? Il est même des gens qui, pour l'avilir, le poussent aux 
assassinats politiques, reste des mœurs de l'aristocratie, et dont j'ai 
une profonde horreur par cela même que je suis républicain et 



(1) Nous avons lu une lettre de Béranger ù\,vha l'étal lisseihenl île Février 1848. Il déplorait vive- 
uent la situation. « Je voulais descendre l'escalier marche a marche, disait-il , on me le fait sauter 
l'un seul bond. 



LETTRE DE ETRANGER. 305 

démocrate sincère. Quand travai liera- t-on à l'éclairer? quand ver- 
rai-je formuler le programme de la Charte qui doit assurer l'amélio- 
ration du sort de la classe des travailleurs? C'est mon rêve, à moi. 
J'attends; je regarde en haut, je regarde en bas, et, comme sœur 
Anne , je ne vois que des tourbillons de poussière. Ne vous étonnez 
donc pas, mon grand artiste, du silence que garde un pauvre vieux 
ermite qui prie Dieu dans sa cellule et n'en est pas moins fervent 
pour ne pas fréquenter les temples où tant de marchands abondent. 

« Malgré vos flatteuses paroles , je ne puis que faire nombre, et ne 
peux ni ne veux commander nulle part. Mais tous les chefs ne me con- 
viennent pas. Quoiqu'il n'y ait plus que de misérables objets d'am- 
bition, je crois toujours aux ambitieux et ne crois plus aux niais; 
heureusement je crois encore aux fous, ce qui me préserve de misan- 
thropie et me donne à rire de temps à autre à travers l'indignation 
que me causent, comme à vous, les lâchetés et les roueries de notre 
époque boueuse. N'allez pas croire, pourtant, que je désespère de 
l'avenir du pays; ce serait le méconnaître. Nous faisons aujourd'hui 
une lessive Javffret qui féconde la terre, où le peuple fera une dou- 
ble moisson, s'il plait à Dieu. Faites prendre patience à ce pauvre 
peuple qui vous chérit; et puisse un jour la France élever, à la gloire 
d'enfants plus dignes d'elle, un monument que vous puissiez voir et 
dont vous dessinerez seul tous les bas-reliefs, ce qui lui donnera 
l'admirable unité qu'on souhaiterait à l'Arc-de-Triomphe, terminé 
dans un temps où l'harmonie manque partout. 

« Adieu, flatteur des pauvres diables, à vous de cœur. 

« Votre dévoué, 

« Béranger. » 

« Vous ne savez peut-être pas ce que c'est que Jauffret : c'est un 
brave agriculteur qui a inventé un engrais perfectionné , qui ne de- 
mandait rien pour cela , et qu'on a fait mourir de chagrin il y a peu 
temps. » 



Rentrons maintenant dans notre Catalogue : 

966. — Au-dessous du titre indiqué plus haut, Charlet a dessiné un 
croquis à la plume. Derrière un masque, surmonté de cornes, 
et dans lequel on pourrait reconnaître la charge de Charlet 
lui-même, se cache un enfant coiffé d'un bonnet de la Liberté 



•'366 DEUXIÈME PARTIE IX e SECTION. 

et tenant un fouet à la main. Derrière lui, une palette et des 
pinceaux. 

Plus bas encore : 

1840. Paris, chez Gihaut frères; lithographie de Villain. 

La masse des épreuves de ce frontispice a été tirée sur 
papier jaune servant de couverture à cette suite de croquis. 
Quelques épreuves seulement ont été imprimées sur papier 
blanc sans les titres. 

Douze pièces numérotées et encadrées, en h., format 1/2 
colombier, tirées en petit nombre sur papier de Chine, le 
reste des épreuves sur papier teinté. 

967. — N°4. CLASSE MOYENNE. CLASSE FORTE. 

FIL ET COTON. FER ET ACIER. 

A gauche, un jeune calicot d'une constitution grêle, élé- 
gamment vêtu ; il a un cigarre à la bouche et une canne à la 
main. 

A droite , un ouvrier près de son enclume forge des baïon- 
nettes. Les bras nus, d'une force athlétique, un brûle-gueule 
à la bouche, il regarde avec mépris son voisin. 

968. — N° 2. Un ouvrier, aux formes les plus robustes, serre avec 

énergie la main d'un vieux sergent, et échange avec lui ces 
paroles : L'armée ! c'est le peuple !... le peuple et l'armée/... 
toujours !... Français !... à mort ! 

969. — N° 3. Un gros banquier, loup-cervier engraissé par la révo- 

lution de Juillet, aristocrate de nouvelle fabrique, est étalé 
dans un grand fauteuil et fait jabot. Près de lui, un vieux 
balayeur le désigne de la main, se disant : J'ris-ti d'voir tous 
ces fricoteurs-là faire les Latremouille et les Montmorency 
avec leurs figures barbouillées de raisinet /... j'en ris-tif 

970. — N° 4. Si les chevaux s'entendaient , quelle révolution 1! s'ils 
ne voulaient plus recevoir de coups de fouet l... s'ils se di- 
saient : nous ne voulons plus qu'on nous ETRILLASSE , ni 
qu'on nous ÉCORCHASSE ! ... avec la réforme, ça mettrait 
le pouvoir sur la paille. 

Ces réflexions politiques sont adressées, avec un geste 
significatif, par un vieux cocher à un camarade qui, pour 
l'écouter , a interrompu le pansage de ses chevaux et rit de 
tout-cœur. 

974. — N° 5, UN INFAME. Un vieil officier d'infanterie a tourné le 



CROQUIS PHILOSOPHIQUES. 3G7 

dos avec mépris à un homme avec lequel il vient de causer. 
Celui-ci, à figure ignoble, le suit des yeux, et montrant des 
sacs d'écus qu'il tient sous le bras; La honte passe, dit-il, le 
profit reste. Avec vos patrie!... honneur!... dignité natio- 
nale!... connut... usé... vaudeville il... nous faut du posi- 
tif /... on est utilitaire. 

972. — N° 6. Un ouvrier rencontre un Frère conduisant ses deux 

enfants : sa casquette dans la main gauche, le bras droit 
élevé , il s'écrie avec enthousiasme : Faites-leur chanter la 
Colonne , à mes enfants ! c'est le Cantique des cantiques!... 
ma colonne!... mon grand Empereur!... chapeau bas! 
Frère. Ce dernier porte la main à son chapeau pour se 
découvrir; et des deux enfants, l'un se tient timidement 
près du Frère, tandis que l'autre, derrière son père, imite 
son geste enthousiaste. 

973. — N° 7. La scène se passe en Algérie, dans la plaine. Un offi- 

cier de cavalerie cherche à convertir un chef arabe. Il l'a saisi 
par le bras : Homme du désert , lui dit-il, quoi! tu repousses 
la civilisation!... mais, sauvage! tu ne sais donc pas que les 
peuples civilisés jouissent d'une infinité d'institutions admi- 
rables!.... de bureaux l... de droits réunis!... de douanes!... 
d'octrois!... d'impôts directs et indirects!... de centimes ad- 
ditionnels!... et la censure!!... o si tu connaissais nos cen- 
seurs!!!!... 

974. — N° 8. UN MÉCÈNE (1840). Un loup-cervier (comme disait 

maître Dupin) a pénétré dans l'atelier d'un peintre; assis sur 
une chaise, le chapeau sur la tête et la canne à la main, il 
explique avec importance le but de sa visite : Je veux , dit-il, 
un petit tableau meublant , livré fin du mois avec garantie... 
1 m 22, sur m 95... un centimètre de plus, je ne le prends 
pas. . . puis , vous me rallongerez mon dernier. . . je paie comp- 
tant , déduction faite de l'escompte à six.... vous me traiterez 
bien , n'est-ce pas ? 

975. — N° 9. Un colonel du génie , dans son inspection des travaux 

pour les fortifications de Paris, a dû dire à un vieil ouvrier 
quelques mots de politique ; car celui-ci lui répond : L'amour 
du peuple! c'est le fort le plus fort de tous les forts! Heureux 
les souverains qui savent s'y retrancher. 

976. — N° 10. Un haut fonctionnaire, l'épée au côté, des plumes 

à son chapeau, un portefeuille sous le bras, traverse un 
jardin. Passant près d'un jardinier, ancien militaire, il en 



IMS DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

recueille cet aphorisme : Fourberie et lâcheté sont deux herbes 
qui ne prendront jamais en France. 

977. — N° 11. Un vieux sergent d'infanterie s'est arrêté devant un 

recrue. Il le regarde l'œil enflammé , et lui montrant sa main 
droite fermée : Si j'avais signé les traités de 1815 , dit-il 5 je 
me couperais le poing /... — Et moi!... donc... riposte le 
conscrit, portant la main sur sa poitrine, et tenant dans 
l'autre main un chapeau bariolé de rubans sur lequel on lit 
un énorme n° 1 ; ce qui prouve qu'au tirage il a eu de la 
chance. 

978. — N° 12. L'AVIS DU MAITRE. Un peintre, debout devant un 

tableau que lui montre un de ses élèves , lui donne ces con- 
seils : Votre figure de la France lève le bras et ne frappe 
pas ; faites-la plus grande!... plus forte!... Vous l'entourez 
dp gens qui ont l'air de faire ce que je ne puis dire dans ce 
que je ne veux pas nommer !.. . occupez-vous des masses!... 
éclairez le peuple en sacrifiant vos fonds. 

Le maitre, c'est Gharlet; et c'est un de ses portraits les 
plus ressemblants , et pour la figure et pour la tournure. 



Quoique nous paraissions nous écarter de l'ordre établi pour le 
classement de cet œuvre , nous avons dû mettre à la suite des cro- 
quis politiques que nous venons de décrire un certain nombre de 
pièces détachées ; elles sont faites dans le même esprit que les précé- 
dentes, à la manière noire aussi et dans le même format. Elles 
étaient destinées à paraître en recueil et à recevoir des numéros ; 
mais la censure a condamné les unes et prescrit le changement du 
texte dans les autres. 

Elles sont imprimées sur papier de Chine et, papier teinté, par 
Villain, et éditées par les frères Gihaut. 

979. — rr. LA MARSEILLAISE. Sur le premier plan, des hommes du 
peuple en armes; à droite, l'un d'eux porte un grand dra- 
peau sur lequel on lit : Liberté , indépendance nationale. Au 
milieu de l'estampe, un soldat d'infanterie, monté sur les 
épaules d'un ouvrier , arrache une affiche portant ces mots : 
Traités de 1815. 
Cette pièce a été empêchée par la censure. 

9g0. rr. — Tremblez, ennemis de la France! Un ouvrier, portant 
son arme en sous-officier , donne la main à un soldat d'in- 



CROQUIS A LA MANIÈRE NOIRE. — 1848. 369 

i'anterie; sous leurs pieds, une affiche lacérée laisse aperce- 
voir le chiffre 1815. Au milieu d'eux, au second plan, un 
officier de la garde nationale tient un drapeau portant ces 
mots : Le Peuple et l'Armée. 

La censure n'a autorisé cette pièce qu'avec ces change- 
ments : 

1° Au lieu de : Tremblez, ennemis de la France, on a 
substitué ces mots : Aux armes, citoyens, formez vos ba- 
taillons ; 

2° On a effacé le chiffre 1815 sur l'affiche lacérée. 

981. rr. — Un sergent d'infanterie est assis sur un banc adossé à 

un mur, au-dessous de la salle de police. Devant lui, un 
jeune soldat, debout, lui raconte ainsi sa politique, gesticu- 
lant avec feu de ses deux bras : Je crains I" mile de police 
et je parle sous la figure de l'emblème. Une supposition... 
vous me crachez à. I" figure ; bien !... je dis; c'est du brouil- 
lard!... vous in envoyez une châtaigne (calotte) ; fret-bien... 
attendons.... vous nourrissez le feu par Un coup de butte dans 
le cul!... ô, alors... je vous tiens... et je vais dire à la 
chambrée : LES FAITS SONT ACCOMPLIS (1) //// 

Cette pièce n'a été autorisée qu'avec, ce changement dans 
la légende : après les mots botte dans le cul, on a mis : ah ! 
je vous tiens, et je dis : voilà des faits accomplis, 

982. rr. — Un vieillard, portant à sa boutonnière les rubans de 

plusieurs ordres , est entré dans l'atelier d'un peintre , suivi 
d'un domestique noir en livrée chargé de plusieurs sacs 
d'argent. Un lorgnon à la main, il est courbé devant un 
tableau qu'il semble étudier avec intérêt. Le jeune peintre, 
debout, près de lui, doit dire malgré les préventions de 
l'époque : A ristocratie pour aristocratie , je préfère celle des 
titres ; elle est polie et généreuse. L'aristocratie d'argent est 
avare et infiniment peu polie !... 

Croirait-on que la censure n'ait permis d'imprimer cette 
pièce qu'après la suppression de la légende, remplacée par 
ces seuls mots : LA VIEILLE ARISTOCRATIE. File était 
polie et généreuse. 

983. rr. — Un vieux palefrenier tient par son licol un gros cheval 

blanc qui lève le derrière en sortant de l'écurie: T'as beau 



(1) Le minisire avait clos la discussion h la Chambre des députés en disant : Les I 
accomplis. » 

24^ 



370 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

> regimber, dit le palefrenier (et sa réflexion fait rire un 
homme placé derrière lui), t'as beau regimber! la réforme 
t'atteindrai et de la réforme à l'abattoir, il n'y a pas loin! 
Et vanitas vanitates mundo. 
Finis cornac opuce. 
Il nous paraît inutile de dire que cette pièce fut empêchée 
par la censure ; et c'était cependant une prédiction curieuse 
de la révolution de Février 1848, commencée aux cris de: 
Vive la Réforme ! 

984. rr. — Un sergent d'infanterie a interrompu la lecture de son 

journal à ces mots qui l'embarrassent : un système parlemen- 
taire. S'adressant à un vieux savetier monté sur un tabouret 
pour placer contre son échoppe une cage dans laquelle est 
une pie : Quel cent diable est-ce que ça peut don kêtre, l'an- 
cien?... — C'est un système qui parle , qui parle , qui parle , 
qui parle , qui parle... système d'avocats!... — Ah, oui, 
comme il a dit, V Empereur... officiellement!... tout ce qu'il 
y a de pis!... 

La légende de cette pièce, condamnée par la censure, a 
été remplacée par celle-ci : Les paroles sont des femelles ! les 
boulets c'est des mâles. 

985. RR. — Un soldat d'infanterie s'est approché d'un brigadier de 

dragons qui lit un journal; riant, gesticulant des deux 
mains : Quand j'aurai fait mes vuit ans, dit notre fantassin, 
je tâcherai d'entrer dans le corps des Doctrinaires. C'est un 
corps savant ou l'on exige la profondeur d'esprit du puits de 
Bicêtre, et l'élévation de pensée de l'obélisque!... ce corps 
puise sa force dans sa faiblesse... il se forme de quatre files 
sur deux rangs, caporal compris... la paye est forte et les 
vivres saines et abondantes... 

Ces paroles, condamnées par la censure, ont été rempla- 
cées par celles-ci : Gras nous vivrons ; père et mère honore- 
rons ; heureux nous serons. 

Croquis à l'estompe et au lavis. 

Suite de treize pièces numérotées ( les deux premières portant le 
N° 1 ) ; imprimées par Auguste Bry, d'après un procédé de son in- 
vention. 

Ces croquis, dessinés en 1845, n'ont été édités qu'après la mort de 



CROQUIS A L'ESTOMPÉ. 371 

Charlet; les huit premiers par François Delarue; les quatre der- 
niers par les frères Gihaut. 

Toutes les pièces portent les noms de Charlet , des éditeurs el de 
l'imprimeur. Elles sont entourées de trois traits octogones en or. 

Quelques épreuves de cette suite ont été tirées avant les encadre- 
ments et les noms de l'imprimeur et des éditeurs. 

98G. — 1. ÉTUDE A L'ESTOMPE EXÉCUTÉE SUR PIERRE PAR CHARLET. 

Six têtes, parmi lesquelles les deux têtes des fils de Charlet, 
vues de profil , à droite et à gauche de l'estampe. 

987. — 1. ESTOMPE SUR PIERRE PAR CHARLET. Tête de vieillard . Le 

front chauve, vue de trois quarts, tournée vers la droite. 

988. — 2. ESTOMPE SUR PIERRE PAR CHARLET. Tète de vieillard, le 

front garni de cheveux , vue presque de profil , tournée vers 
la gauche. 

989. — 3. ÉTUDE A L'ESTOMPE EXÉCUTÉE SUR PIERRE PAR CHARLET. 

Tête d'enfant de profil, tournée à gauche. Une petite croix 
est attachée au cou par un ruban. 
900. — 4. ÉTUDE A L'ESTOMPE EXÉCUTÉE SUR PIERRE PAR CHARLET. 
Portrait de l'adjoint du maire de Yiroflay ( près Versailles ), la 
tête de trois quarts, tournée à gauche. 

991. — 5. ÉTUDE A L'ESTOMPE EXÉCUTÉE SUR PIERRE PAR CHARLET. 

Tête d'enfant vue de profil, et tournée vers la droite. Le col 
de la chemise retombe sur le cou. 

992. — 6. ÉTUDE A L'ESTOMPE EXÉCUTÉE SUR PIERRE PAR CHARLET. 

Tête déjeune femme, vue presque de profil, et tournée vers 
la gauche. La bouche est entr'ouverte , les yeux presque fer- 
més. 

993. — 7. ÉTUDE A L'ESTOMPE EXÉCUTÉE SUR PIERRE PAR CHARLET. 

Deux enfants jouent avec un chien. Le plus grand, coiffé d'une 
casquette, est appuyé sur une borne; le plus jeune est assis à 
terre. 

994. — 8. ÉTUDE A L'ESTOMPE EXÉCUTÉE SUR PIERRE PAR CHARLET. 

Tête de vieillard riant. Sa bouche entr'ouverte laisse voir trois 
dents. Il porte un béret et un col rabattu. 

995. _ 9. ÉTUDE A L'ESTOMPE EXÉCUTÉE SUR PIERRE PAR CHARLET. 

Tête de jeune homme vue de trois quarts et tournée vers la 
droite. Ses cheveux retombent en boucles sur son visage. Il 
porte un col de chemise rabattu. 

996. _ 10. ÉTUDE A L'ESTOMPE EXÉCUTÉE SUR PIERRE PAR CHARLET. 



372 DEUXIÈME PARTIE. — IX e SECTION. 

Cette étude n'est point à l'estompe, elle est au lavis. Elle re- 
présente un vieux mendiant, appuyé sur deux béquilles, il 
tient à la main son chapeau dans lequel un enfant met une 
pièce de monnaie. 

997. — H. ÉTUDE A L'ESTOMPE EXÉCUTÉE SUR PIERRE PAR CHARLET. 

Comme la précédente, cette étude est au lavis. Un vieillard, 
coiffé d'un béret et assis sur une chaise basse , fait lire une 
petite fille appuyée sur ses genoux. 

\)()$, — 12. Pièce dessinée au crayon lithographique et à l'estompe. 
Trois petits enfants sont montés sur un cheval blanc au mi- 
lieu delà campagne. Le plus grand, placé entre les deux autres, 
lève la main droite en l'air. 

Cette pièce n'est point encadrée comme les autres , elle est 
entourée d'un seul trait carré. 

999. rrr. — Première idée de la pièce précédente. Elle est exécutée 
au lavis. Le cheval blanc est beaucoup plus petit. Le plus 
grand des enfants porte un chapeau rond à larges bords. Cette 
étude, tirée à très-petit nombre, est sans encadrement et sans 
noms, sauf celui de Charlet. 

(Du nom de Charlet, au haut du chapeau, 145). 



X e SECTION 



SUITE DE DESSINS A LA PLUME 

A l 'usage des élèves des Écoles spéciales des Ponts et Chaussées , 
de Metz , d' Etat-major , Polytechnique , Militaires et autres , 
par Charlet, professeur de dessin à l'école royale Poly- 
technique, officier de la Légion d'honneur. 1839. 

4000. — Au-dessous de ce titre entouré de feuillages, trois petits 
tambours sont assis à terre. Plus bas les noms de Charlet, de 
l'éditeur et de l'imprimeur. 



ÉCOLE POLYTECHNIQUE. 373 

Quelques épreuves de ce titre et du croquis ont été impri- 
mées sur papier blanc (quelques épreuves premières avant 
le nom de l'éditeur) . La masse est imprimée sur couverture 
jaune, qui sert d'enveloppe à la suite que nous allons. décrire. 

Cinquante -deux dessins format demi-grand-jésus dont 
quarante vues ou paysages avec ou sans figures, et douze 
costumes militaires depuis Henri IV jusqu'à nos jours. 

Ces dessins sont numérotés et encadrés d'un trait carré. 
Tous portent le nom de Ckarlet', au bas, à gauche , le nom 
et l'adresse des éditeurs Gihaut; au bas, à droite, lithogra- 
phie de Villain. 

Le premier tirage (cinquante épreuves environ) a été fait 
sur papier de Chine. Les épreuves postérieures ont été im- 
primées sur papier teinté, couleur Chine. 

Les N° s 1 à .16, 21, 22, 35 à 39, 42, Il à 49, 51, 52 
sont imprimés en travers. 

Tous les autres en hauteur. 

La causerie artistique intitulée LA PLUME qui sert d'intro- 
duction à cet ouvrage remplit trois pages à deux colonnes , 
format demi-grand-jésus. Nous l'avons fait connaître dans la 
vie de Charlet. 

1001. — 1. A gauche, le commencement du tronc d'un gros arbre 

d'où sort une branche à droite. Au-dessous , quelques herbes 
et plantes. 

1002. — 2. Arbres peu indiqués. Un chasseur à genoux sur une 

roche, met en joue des oiseaux volant vers la droite. 

1003. — 3. Au-dessus de roches, à droite, une touffe de branches 

d'arbres. Au milieu de l'estampe, une route tracée. 

1004. — 4. A gauche, à côté de bouquets d'arbres , une petite bar- 

rière. A droite, au second plan, deux arbres indiqués. 

1005. — 5. A gauche, des rochers d'où sortent quelques branches 

d'arbres. Au bas, de l'herbe et des plantes. 

1006. — 6. A gauche, une barrière en bois brisée ; derrière, un 

fouillis d'arbres. 

1007. — 7. Au haut, à droite, un poteau sur un mamelon. A gau- 

che, un cheval mené en main par un piéton dont on ne voit 
que le haut du corps. 

1008. — 8. Au milieu, une grosse roche. A droite, derrière des 

herbes, on voit le haut du corps d'un homme effrayé. 



374 DEUXIÈME TART1E. — X e SK2TI0N. 

1009. — 9. A gauche, deux gros troncs d'arbres, devant eux 
une roche; à droite, des branches d'arbres traînant à terre. 

1010. — 10. A droite, un petit bouquet d'arbres; plus à droite en- 

core, un gabion. Un sapeur du génie est assis à terre, son 
brûle-gueule à la bouche. 

4011. — 44. Un sapeur du génie, la hache sur l'épaule droite, se 
dirige vers un petit pont de bois qu'on voit à droite. 

1012. — 12. A droite, étude d'arbres. A gauche, sur un terrain en 

pente , un canonnier conduit son cheval par la bride. 

1013. — 13. Sur une grosse roche qui remplit presque toute l'es- 

tampe, un Espagnol est assis, tenant un chapelet à la main. 

1014. — 14. A la gauche d'une grosse roche , on voit seulement les 

jambes d'un homme couché à terre. A droite de cette même 
roche, apparaît un fantassin. 

1015. — 15. Fond de paysage. A gauche, un homme à terre ra- 

masse une hache. 

1016. — 16. A droite, étude d'arbres. A leur gauche, un homme à 

cheval (costume Louis XIII) marche vers la droite. 

1017. — 17. Un vieux soldat, vêtu d'une capote et coiffé d'un képi, 

est assis , la pipe à la bouche. 

1018. — 18. Vieux militaire portant la croix. Couvert d'un manteau, 

il est coiffé d'un bonnet de police et tient un bâton à la main. 

1019. — 19. Artilleur à cheval. Debout, à pied, sa main droite tient 

un mousqueton dont la crosse repose à terre. 

1020. — 20. Vieux paysan marchant vers la gauche; il porte sur 

son épaule son manteau au bout d'un bâton. 

1021. — 21. Un sapeur du génie est assis sur une roche, la pipe à 

la bouche ; dans le fond , à droite , un autre sapeur pose un 
gabion. 

1022. — 22. Même sujet que ci-dessus. Ici le sapeur, tourné à droite, 

et nu- tête , a les jambes croisées. 

1023. — 23. HENRI IV (costume sous). Arquebusier; il porte son 

arme sur l'épaule gauche. 

1024. — 24. LOUIS XIII. Arquebusier; il tient dans la main droite 

son arme , dont la crosse repose à terre. 

1025. — 25. LOUIS XIV. Militaire vu presque de face. Il tient son 

mousquet sur l'épaule gauche. 



ÉCOLE POLYTECHNIQUE. 375 

1026. — 26. RÉGENCE. Soldat portant sur son épaule droite un fusil 

armé de sa baïonnette. 

1027. — 27. RÉGENCE. Fantassin vu de face. Il tient son fusil dans la 

main droite ; la crosse repose à terre. 

1028. — r. Première idée de la pièce précédente. Croquis non ter- 

miné , et ne portant que le nom de Char/et. Le fusil , porté 
sur l'épaule droite, n'est dessiné que jusqu'à la batterie, l'é- 
paule gauche n'est pas indiquée. La jambe droite est ombrée; 
la jambe gauche ne Test pas. 

1029. — 28. LOUIS XV. Fusilier portant son arme en sous-officier 

dans la main droite. Les basques de l'habit sont retroussées. 
Dans les costumes précédents, elles se terminaient carrément. 

1030. — 29. LOUIS XVI. Fantassin vu de profil. Il porte son fusil en 

sous-officier, dans la main droite. Sur son habit, on distingue 
la décoration de ce temps , la plaque avec deux épées croi- 
sées. 

1031. — 30. RÉPUBLIQUE. Fantassin d'Egypte, son fusil en bandou- 

lière sur l'épaule droite , sa pipe dans la main gauche. Dans 
le fond, on aperçoit deux pyramides. 

1032. — r. Première idée de la pièce précédente. Ce dessin, à peu 

près terminé , ne porte aucuns noms ni indications. Le fan- 
tassin, vu de profil, est tourné à droite; les bras croisés, il 
s'appuie contre une roche. La crosse seule du fusil est des- 
sinée. 

1033. — 31. LA RÉPUBLIQUE. Officier; il saisit de la main droite la 

poignée de son sabre pour le tirer du fourreau. 

1034. — 32. NAPOLÉON. Grenadier de la Garde Impériale s'appuyaut 

sur un pan de mur. 

1035. — 33. LOUIS XVIII ET CHARLES X. Le grenadier de tout à 
l'heure est devenu grenadier de la Garde Royale. Il a reçu la 
croix pour ses bons services de l'Empire. Tourné à droite, il a 
le bras appuyé sur le haut du canon de son fusil , dont la 
crosse repose à terre. 

1036. — 34. LOUIS -PHILIPPE. Sergent d'infanterie, porte-guidon. 
On le voit de profil, marchant vers la gauche. 

1037. — 35. Paysage. Fond de montagnes; à gauche, trois ar- 

bres en bouquet. Au milieu de l'estampe, un cavalier à 
cheval. 

1038. — 36. Paysage avec un vaste horizon. Un peu à gauche 



376 DEUXIÈME PARTIE. X e SECTION. 

du milieu de l'estampe, deux cavaliers couverts de leurs 
manteaux sont vus de dos. A leur droite, on distingue 
une colonne de cavalerie. 

1039. — 37. Paysage. A droite, sur un tertre, un militaire, la 

pipe à la bouche , les mains derrière le dos; au bas , à droite, 
on lit sur une pierre: Ici repose Charlet , décédé... 4890... 

1040. — 38. Paysage. A droite, un fragment de rocher; derrière, 

un vieux chêne. Plus à droite encore, un fragment de bar- 
rière en bois. 

1041. — 39. Un gros marronnier abattu remplit presque toute l'es- 

tampe. A gauche, sur un tertre, un lancier à cheval, en 
vedette. 
104-2. — 40. Grenadier de la Garde Impériale, au milieu d'un 
paysage. Debout , tourné vers la gauche, il a Farine au bras. 

1043. — 41. Au milieu d'un paysage , un guerrillas, un poignard à 

la main, son fusil en bandoulière, fuit, poursuivi par un 
soldat français qu'on voit dans le fond , à gauche. 

1044. — r. Première idée de la pièce précédente, en h., sans nu- 

méro ni encadrement ; elle porte seulement le nom de Charlet. 
Le guerrillas, beaucoup plus grand que celui qui précède,. est 
vu de trois quarts , tourné à droite. Il a son fusil en bandou- 
lière , et tient dans sa main droite un pistolet armé. On ne 
voit pas de soldat français. 

1045. — 42. Paysage (sans le nom de. Charlet). A gauche , sur un 

tertre, deux élèves de l'école Polytechnique. L'un, assis, 

dessine sur ses genoux ; l'autre , étendu à terre , fume un 

cigare. 
1040. — 43. Paysage. Un jeune soldat est étendu et dort au pied 

irFun grand arbre. A gauche, on lit au haut d'un poteau: 

Antwerpen. 
10^7. — 44. A droite, deux grands arbres. A gauche, au second 

plan, deux sapeurs du génie: l'un, en faction, l'arme au bras; 

Fautre , derrière, assis et fumant. 
4048. — 45. Au milieu de l'estampe, deux grands arbres. Un jeune 

soldat , en bonnet de police , est assis au pied de l'un d'eux , 

ses mains sur ses genoux. 

1049. — 40. A gauche, un grand arbre; devant, une barrière en 

bois. Un enfant caresse la tête d'un cheval. 

1050. — - 47. Paysage. A gauche, sur un mamelon, un bouquet 



ÉCOLE POLYTECHNIQUE. 377 

d'arbres. Sur le premier plan , du même côté, un cavalier, 
conduisant son cheval par la bride, rejoint un camarade à 
cheval. 

1051. — 48. Fantassin assis sur un petit mamelon, derrière le 
tronc d'un vieil arbre, dont une partie des racines sont à 
nu. Il porte son bras en écharpe , et a derrière lui son 
chien. 

1052. — 49. Jeune soldat, en bonnet de police, assis près d'un gros 

arbre. Les bras et les jambes croises , il regarde deux cava- 
liers qui viennent à lui. 

1053. — 50. Au milieu de l'estampe, s'élève un gros arbre qui se 

bifurque au haut du tronc. A droite, un soldat est couché 
par terre, son chien à sa droite, son schako à gauche. 

1054. — 51. Deux études de paysages en t. sur la même feuille, 

l'une au-dessous de l'autre et toutes deux encadrées. 

Le paysage du haut représente un pays marécageux au mi- 
lieu duquel coule une rivière. A gauche, un soldat en faction ; 
de l'autre côté de la rivière , plusieurs militaires entrent dans 
un bateau. 

Dans le second paysage au-dessous de celui que nous vevons 
de décrire, un cavalier en vedette tient son mousqueton à la 
main. 

1055. — 52. Paysage très-accidenté. Dans le fond, de hautes mon- 

tagnes; à leur pied, une rivière. Sur le bord opposé, un offi- 
cier assis à terre dessine. 

1056. rrh. — C'est la même pièce, mais avant d'avoir été recou- 

verte d'autres travaux. On n'y voit aucune trace du ciel indi- 
qué par des traits dans l'estampe terminée. Celle-ci ne porte 
ni numéro ni noms, sauf celui de Charlet. 



Nous joignons à la suite que nous venons de décrire, quatre croquis 
destinés d'abord à en faire partie, et qui, condamnés par le maître , 
ont été tirés à petit nombre d'épreuves. 

1057. — Croquis peu avancé. A gauche, un arbre sans feuilles; de- 

vant, un enfant, à cheval sur une grosse pierre, fait un signe 
avec son chapeau; en t. 

1058. — Paysage en h. Pièce terminée et encadrée . ne porte que le 

nom de Charlet écrit sur une grosse pierre. Sur cette même 



378 DEUXIÈME PARTIE; — X e SECTION. 

pierre , un guerrillas est assis , tenant une espingole dans les 
deux mains. 

1059. — Homme assis. Sa figure et sa capote indiquent un ancien 
soldat. Le coude gauche est appuyé sur une table à peine 
indiquée par un trait. Croquis en h. non encadré ; il porte le 
nom de Charlet. 

4060. — Officier de la République. Il est à cheval, coiffé d'un cha- 
peau à plumes et tenant dans la main droite un drapeau. Ce 
croquis en h., terminé et encadré, ne porte que le nom de 
Charlet. 



Les pièces que nous venons de décrire et qui ont été éditées par les 
frères Gihaut, quoique destinées spécialement pour l'école Polytech- 
nique, ont été tirées à grand nombre «et mises dans le commerce. 

Il n'en a pas été de même des pièces qui nous restent à décrire. 
Faites pour l'école Polytechnique seulement, elles n'ont point été 
mises dans le commerce, et ont été tirées à petit nombre ( cinquante 
épreuves environ ) . 



Quatre grandes pièces en travers. 

On n'a point imprimé d'épreuves sur Chine; elles sont toutes 
encadrées d'un trait carré , portent le nom de Charlet, et en dehors 
du trait carré, au bas on lit : lithographie de Villain. 

1061. rr. — Dans le fond, à droite, des arbres élevés; devant eux, 

au premier plan , des saules. A gauche , un pont de pierre ; 
sur le point culminant de ce pont, un artilleur à cheval. 

1062. rr. — Paysage avec un vaste horizon. A gauche, un grand 

arbre s'élève près d'une barrière en bois. A la droite de cet 
arbre, on voit, presque de face, un grenadier à cheval. 

1063. rr. — Sur le premier plan, à gauche, un officier dessine; il 

est assis sur un tertre. Derrière lui, son cheval est attaché à 
un arbre. 

1064. rr. — A droite, un bouquet de quatre grands arbres; der- 

rière, les ruines d'un édifice s'étendent jusqu'au milieu de 
l'estampe. Au premier plan, un cavalier entre dans l'eau avec 
son cheval et se dirige vers la gauche. 



ÉCOLE POLYTECHNIQUE. 379 



Neuf grandes pièces. — Études d'arbres , de rochers , 
de vignes , etc. 



Quelques épreuves de cette suite ont été imprimées sur papier de 
Chine. Un très-petit nombre ne portent ni titre, ni le nom de l'im- 
primeur Villain. ^ 

Ces neuf pièces sont imprimées en hauteur, sauf l'étude de ceps de 
vigne, en travers. Elles portent 515 sur 265, sauf le N° 1065 qui 
n'a que 380 sur 265. 

1065. rr. — CHÊNE. Il prend naissance à gauche, sur un tertre, et 

s'élève en penchant à droite. La branche la plus élevée, à 
gauche, est dépouillée de feuilles. 

1066. rr. — ÉTUDE DE CEPS DE VIGNE. On en compte quatre à 
gauche, couverts de leurs feuilles. Dans le fond, un peu à 
droite, on voit quelques maisons et une église, avec un 
clocher. 

1067. rr. — SAPINS. A droite , une grosse roche ; à sa gauche, deux 

sapins. 

1068. rr. — ORME. Son tronc se bifurque, et deux branches s'élèvent 

presque parallèlement. A gauche, un poteau en bois porte 
cette inscription : Route de Metz. 

1069. rr. — *0RME (autre étude). Il s'élève au milieu de l'es- 
tampe , au deuxième plan. Au premier plan , à droite , des 
roches. 

1070. rr. — * SAULES. Au milieu de l'estampe, un gros saule est 
couvert de branches et de feuilles. Il est entouré de trois 
autres saules qui en sont dépouillés. 

1071. rr. — * FRAGMENTS DE ROCHERS. Ils partent de la droite et se 

prolongent à gauche, remplissant presque toute l'estampe. 
A gauche, une branche d'arbre s'élève jusqu'aux deux tiers 
du rocher. 

1072. rr. — * PEUPLIERS. A gauche, trois peupliers; à droite , deux 

saules; un peu plus à droite , de l'eau. 

1073. rr. — * JEUNE CHÊNE. Dès son pied, il se bifurque. Sur le 

premier plan , à droite , une pierre entourée de hautes 
herbes. 



3S0 DEUXIÈME PARTIE. X e SECTION. 



Deux grandes pièces en hauteur. 



Destinées d'abord à faire partie de la suite précédente, elles ont été 
condamnées par le maître , et n'ont été tirées qu'à un très-petit 
nombre d'épreuves d'essai. Elles sont sur papier de Chine, entourées 
d'un trait carré, et portent de 415 à 420, sur 262. 



1074. rrr. — * CHÊNE. Il part de la gauche, et s'étend jusqu'au 
haut de l'estampe, penchant un peu vers la droite. A son 
pied, une grosse pierre; au bas, à droite, un fragment de 
rocher. Ne porte aucuns noms. 

1075. rrr. — * SAPINS. A gauche, un sapin, ne laissant voir que 

trois branches à droite. Derrière , un autre sapin s'élève jus- 
qu'au haut de l'estampe. A droite, de grosses roches. Sans 
aucun nom , sauf celui de Charlet , au bas , à gauche. 

Etudes de chevaux montés par leurs cavaliers. 



Trois grandes pièces en hauteur, au trait, encadrées d'un trait 
carré, et imprimées sur papier de Chine Au dessous du trait du bas , 
on lit , à gauche : Charlet del. ; à droite : Imprimé par Villain. 

Quelques épreuves seulement ont été tirées ainsi : les autres , im- 
primées sur papier gris, ont été converties en sépias, rehaussées de 
quelques teintes d'aquarelle et de blanc, pour servir de modèles aux 
élèves de l'École. 

C'est Lalai-sse qui a préparé ces dessins, et il pourrait bien être entré 
pour quelque chose dans le trait primitif sur pierre , le tout cepen- 
dant sous la direction de Charlet. 

076. rr. — * ESPAGNOL MONTANT UN CHEVAL NAVARRAIS. Vu de profil, 
il est tourné à gauche , une cigarette à la bouche. Il est assis 
sur une selle à piquet , sans étriers. Son cheval piaffe de la 
jambe gauche de devant. 
1077. rr. — * NÈGRE MONTANT UN CHEVAL A POIL. Entièrement nu , 
sauf un caleçon; sa tète, de profil, est tournée à droite. De 
la main gauche, il tient une poignée de crins; de l'autre, un 
long bâton pointu. 



ÉCOLE POLYTECHNIQUE. 381 

1078. re. — * CHEF ARABE SUR UN CHEVAL RICHEMENT HARNACHÉ. 

Vu de profil , il est tourné vers la gauche , et tient les rênes 
de son cheval dans la main gauche. 

Coiffé de son burnous , il porte un fusil en bandoulière , et 
deux pistolets à sa ceinture. 

Les quatre pièces lithographiques que nous allons décrire ont été 
inïprimées par Villain, à quelques épreuves seulement, ces com- 
positions ayant été condamnées par le maître. Elles étaient des- 
tinées à renseignement de l'École. 

1079. eer. — Paysage en h. et au lavis, encadré d'un trait carré, 

sans aucun nom. 

Un peu à droite du milieu de l'estampe, trois arbres s'é- 
lèvent jusqu'en haut. A droite, au bas, une roche; à gauche, 
un chasseur en vedette tient son mousqueton dans la main 
droite. H., 380; l., 265. 

1080. ère. — Étude en t., non encadrée, sur papier de Chine. A 

gauche,' des rochers s'élèvent jusqu'au haut de l'estampe; du 
même côté, au bas, le nom de Charlet au-dessous d'une 
touffe d'herbes et à la gauche d'une grosse pierre. L., 300; 
h., 240. 

1081. eee. — Étude en t., encadrée. Une grosse roche s'élève de 

droite à gauche ; elle est surmontée de branches d'arbres ; à 
ses pieds, des herbes et des plantes. Le nom de Charlet se 
lit au bas, à droite. L., 325; h., 242. 

1082. eee. — Paysage en h., encadré. A droite, au bas, une roche 

sur laquelle on lit : Charlet , 1840; à gauche, sur un tertre, 
deux arbres s'élèvent jusqu'au haut de l'estampe. H., 300 ; 
L, 215. 

Croquis à l'encre, imprimés par Bry 

Ces croquis, destinés d'abord à être convertis en aquarelles, sé- 
pias, etc., ont été imprimés à très-petit nombre d'épreuves et sont; 
par conséquent, fort rares. 

1083. ee. — * ÉTUDE DE TRONCS D'ARBRES. P. en h.; au simple trait 

et encadrée. Vers la gauche, deux gros troncs d'arbres s'élè- 
vent jusqu'au haut de l'estampe. A droite et à gauche, deux 



382 DEUXIÈME PARTIE. — X e SECTION. 

bouquets de feuillages. Au pied de ces arbres, des plantes et 
des pierres. H., 325 ; 1., 240. 

1084. rr. — La même pièce , avec plus de travaux et légèrement 

teintée. 

1085. rr. — * ÉTUDE DE TRONCS D'ARBRES. Même composition que 

celle de la pièce précédente. Le bouquet d'arbres de gauche 
s'élève beaucoup moins haut que tout à l'heure. Dans la par- 
tie haute de celle-ci , on compte beaucoup moins de branches 
que dans la composition précédente. Enfin, celle-ci est beau- 
coup plus travaillée à l'encre d'abord , puis a reçu une teinte 
plus forte de lavis. H., 320; L, 240. 

1086. rr. — * CROQUIS AU TRAIT , EN HAUTEUR, encadré. A droite, 

une très-grosse roche. Sur sa partie gauche , on voit ramper 
une branche d'arbre, sans feuilles, qui se divise en un grand 
nombre de rameaux. H., 325; 1., 240. 

1087. rr. — * PAYSAGE AU TRAIT, EN TRAVERS, encadrée. A droite, 

une maison; au premier plan, un cavalier monté est vu 
de dos. Au milieu de l'estampe, au second plan, un pont; 
à l'horizon, des montagnes. L., 305; h., 220. 

1088. rr. — * AUTRE PAYSAGE, EN TRAVERS, sans encadrement, 

au trait, quelques parties cependant légèrement teintées. 
Dans le fond, à l'horizon, de hautes montagnes à peine in- 
diquées. A gauche, un pont en pierre avec cinq arches, sous 
lequel on voit couler l'eau ; au point culminant de ce pont , 
une madone tenant l'enfant Jésus dans ses bras; à droite, à 
l'entrée du pont, un homme coiffé d'un chapeau est assis, 
les bras appuyés sur ses genoux. L., 375; h., 225. 

1089. rr. — *LA MÊME PIÈCE, avec ces différences: elle est impri- 

mée en rouge et encadrée ; l'homme assis à l'entrée du pont 
n'a plus son chapeau sur la tête, il est placé sur ses genoux. 



fin. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



DES PIEGES CONTENUES DANS L ŒUVRE LITHOGRAPHIQUE 



Numéros 
du Catalogue. 

A. B. C. 468 
A bien dire, ce qu'il y a de 

meilleur dans riiomme... 892 
Action (Y). 765 
Adieu! bannissez toute sensi- 
bilité... importune. 542 
Adieu , fils! je t'ai revu, je suis 

satisfait ! 281 

Ah ! le beau nez ! 469 

Ah ! quel plaisir d'être soldat ! 308 

Ah ! si j'étais de la police!... 316 

Alli! alla! alala, la tête! 624 

Allocution (1'). 333 
A moi , les anciens ! 89 

Amour (Y) du peuple!... 975 

Amputé (Y) farceur... 574 

Ancien (Y) est asphyxié! 672 
Anciens (les) du camp de la 

Lune. 886 
Appel du contingent commu- 
nal. 90 

Appétit (Y) elle est bonne.... 555 

Arabe (Y) et son coursier. 449 

Aristocratie pour aristocratie.. 982 

Arithmétique (Y). 729 

Armée (Y), c'est le peuple !... 968 

Arrière-garde (Y). 874 
Artillerie légère allant prendre 

position. 518 

Artiste (Y). 766 
Assez causé ! la fumée de tes 

discours... 456 
Assez causé, on va se rafraî- 
chir d'un coup de sabre ! 628 
Au commandement de halte ! . . . 309 
Au commandement de pas d'ob- 
servations!... 310 



Numéros 
du Catalogue. 

Au maréchal Brune. 82 
Aumône (Y). 87 
Aurons-nous la guerre? 775 
Aux armes, citoyens! 980 
Aux vieux grognards, le tail- 
leur de pierres reconnais- 
sant. 277 
Avant la révolution , un enfant 

ne se serait jamais permis... 663 
Avare. 841 
Avec sa fraîche de blouse... 649 
Aveugle (T), tu vas deman- 
der... 694 
Avis (Y) du maître. 978 
Bagarre (la). 802 
Bandits (les). 497 
Barricade (la). 736 
Beau (le) bras! c'est comme 

l'antique ! 283 

Bienfaisance (la). 32 

Bienvenue (la). 35 
Billet (le) de logement. 307 et 815 

Billoux dansant sur la corde. 426 

Billoux dans une balance. 425 

Billoux faisant la parade. 427 

Bivouac de la Pipe-de-Tabac. 809 

Bivouac d'infanterie. 617 
Bivouac. — Le bivouac, sauf 

les rhumatismes ,... 842 

Bonaparte factionnaire. 266 
Bon (le) mari ! c'est un dindon 

qu'il apporte... 600 

Bonne (la) chasse. 576 

Bonne (la) maman. 488 

Bonne (la) petite fille. 506 

Bonnes (les) voisines. 578 

Boule (la). 909 



384 



TABLE ALPHABETIQUE. 



du Catalogue. I 

Boule (la) de neige. 267 

Bords (les) de l'Escaut. 904 
Bourgeois , je connais tous vos 

bons sentimens!... 876 
Braconnier (le). 72-123-525 
Brandt, un Français est un 

Français!... 675 

Brigadier (le) Petremann. 758 

Bulletin (le) de Navarin. 701 

Ça fait son sage... 638 
Camarade (le) met de Feau 

dans son vin... 585 
Camarade, nous sommes deux 

paroissiens... 570 

Campagnard (le) achevai. 352 

Campement (le). 812 

Campement. — La soupe se fait. 872 
Canonnier près d'une pièce en 

batterie. 23 

Capitaine, j'ai des faiblesses ! 311 
Caporal (le) blessé, et son 

chien lui léchant sa blessure. 69 

Caporal, hors la garde!... 777 
Caporal Pitou , comptez sur 

moi... 603 
Caporal trop aimable du cen- 
tre... 696 
Caporal, v'nez reconnaître! 761 
Carabinier, ma défunte me re- 
vient. 621 
Carte (la) des convalescents. 759 
Ça va bien. 585 
Ça vous porte des chapeaux... 561 

Ces b -là croient qu'il n'y a 

plus qu'à nous avaler ! 451 
Ces infâmes brigands sont peut- 
être vertueux. 888 
Ces petites gens du second , ça 

entre, ça sort... 635 

C'est bien lui ! 873 

C'est eux qui m'a provoqué!... 8'îi 

C'est faux ! 890 

C'est juste, mon capitaine... 730 

C'est lui ! 458 

C'est la fin du monde ! 534 
C'est mon père! c'est mon 

père! 103 
C'est pas des jambes, ça... 

c'est des fumerons. 667 
C'est toujours les mêmes qui 



Numéros 
du*Cataloguè. 

tient lassiette au beurre... 778 
Cet homme a bien mauvais 

genre. 268 

Ceux: à qui on donne, faut pas 

les éveiller. 644 

Ceux là... qui se bat pour la 

galette... 662 

Chacun chez soi , chacun pour 

soi. 353 

Chant des compagnons. 494 

Chant funèbre (mort de Ju- 

hel). 500 

Charbonnier (le). 783 

Charbonniers (les) appellent 

ces jambes là des fumerons ! 666 
Charge de chevau-légers. 338 

Charge de cuirassiers. 533 

Charmante Gabrielle, je veux 

vous faire un sort !... 622 

Chasse (la) demande à être 

bien gouvernée. 726 

Chauffé, éclairé par son gou- 
vernement... 834 
Chut ! 519 
Cinq mai (1821). Mort de Napo- 
léon. 358 
Citoyen chef de brigade! 737 
Classe moyenne. Classe forte... 968 
Colonne d'infanterie en mar- 
che. 27 et 28 
Combat à outrance!... 648 
Combat de la rue Saint- An- 
toine (1830). 445 
Combat d'infanterie. 544 
Combat entre des Français et 

des Anglais. 41 

Comme flûte, je suis avant 

Tulou... 345 

Commencement de déclara- 
tion... 837 
Comment faire? 285 
Comment? vieux troubadour... 679 
Confrères (les). 754 
Conscrits!!! vous vous devez 

un coup de sabre... 572 

Consigne (la). 29 

Consignés (les) prenant les ar- 
mes... 99 
Convalescent (le). — Allons, 
père Guerard... 693 



TABLE ALPHABETIQUE. 



;jsr> 







du Catalogue. 


Conversation (la). 




34 et 699 


Convoi d'artillerie. 




814 


Convoi de blessés. 




901 


Convoi (le). 




902 


Convoi. — Le plus 


beau temps 


de la vie... 




896 


Costumes du moyen âge. 


346 



Costumes militaires : 

Dix - sept pièces, imprimées 
chez Lasteyrie; de HO à 126 

Vingt-huit pièces à la plume, 
imprimées chez Delpech. 127 à 154 

Deux pièces a la plume, im- 
primées chez Delpech. 155 et 156 

Trente pièces (la Garde Impé- 
riale), imprimées chez Del- 
pech. 157 à 186 

Quinze costumes d'infanterie 
(armée 1809), chez Mot- 
te. 187 à 201 

Deux costumes à la plume, im- 
primés chez Villain. 202 et 203 

Deux costumes d'infanterie lé- 
gère, chez Villain. 204 et 205 

Trois costumes Garde natio- 
nale, chez Villain. 206 à 208. 

Seize costumes pendant les 
dernières années de la mo- 
narchie. 209 à 217 

Quatre-vingt-trois costumes. 
L'Empereur et la Garde Im- 
périale. 218 à 264 



Copie (la) est originale. 

Courage, résignation. 

Courage, mon p'tit Jean. 

Cours de dessin. 473 i 

Cré coquin, j' les haïti les maî- 
tres î... 

Cré coquin , quelle émeute ! 

Cré nom d'un petit bonhomme. 

Croisés ( les ) en prière. 

Croquemitaine. — Il dévore les 
enfants mâles des deux 
sexes. 

Croquemitaine (madame). 

Croquemitaine repousse avec 
perte. 



795 

68 
487 
475 

695 

871 
765 
531 



843 
511 



du Catalogue. 

Croquis. 322 à 330-357-464-472-766 

780-782 • 
Croquis à la manière noire. 966 à os;; 
Croquis à l'estompe et au la- 
vis. 986 à 999 
Croquis et pochades à l'encre 

(1828). 707 à 725 

C'te hardiesse ! Ah ! monsieur 

l' callognié... 740 
Cuirassier français portant un 

drapeau. 76 

Cuirassiers chargeant. 31 

Cuisine (la) au bivouac. 79 

Danse, petit Polichinelle. 486 
Dans les cortèges, tous les 

ceux brodés.... 685 
Dans Vermandois- infanterie , 

on avait sa tente ! 686 
Débit d'albums, avec procé- 
dés nouveaux. 659 
Décrotteur (le). 36 
Défilé (le). 763 
Délassement des consignes. 80 
Déménagement... 848 
Départ (le) pour la frontière. 493 
De quoi !... travailler... 813 
Déroute de Cosaques. ^) 
Déserteur (le). 654 
Dessin (le). 728 
Deux élèves de l'école Poly- 
technique. 380 
Deux (les) coqs. 747 
Deux (les) invalides inutiles. 47 
Deux ( les) tambours se dispu- 
tant. 48 
Deux ( les ) prisonniers russes. 54 
Diable (le) emporle les al- 
bums ! 590 
Diable vous emporte... 703 
Dieu ! mes ennemis politi- 
ques!... 879 
Dieu vivant! brûler Voltaire!.. 665 
Dînette (la). 5 n 
Discours du légionnaire à ses 

enfants. 543 
Dis donc, tambour-major des 

incurables ! 317 

Dissimulons! 286 

Dites-donc, l'ancienne?... «si 

Dix-huit cent dix. 403 

c 25 



380 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



Numéros 
du Catalogue. 

Dix-huit cent quatorze. 462 

Dix-sept cent cinquante. 898 
Donnez-moi z'en un, pourvu 

qu'il soit Français ! 554 

Doucement, la mère Michel. 101 

Dragon d'élite en vedette. 774 

Drapeau (le) défendu. 42 
Duel (le). Qu'il est doux pour 

un témoin... 607 

Eau (P ) va z'a la rivière... 772 
Ecole. — Commencement des 

t misères... 846 

École ( T ) chrétienne. 634 

École (F) de village. 282 

École du balayeur. 279 
École Polytechnique (dessins 

pour T). de 1000 à 1089 
Écoute, Jean, il faut toujours 

préférer... . 895 
Éécris à ma respectable mère... 556 
Eh ! qu'es-ça me fait à moi ! 502 
Elle a le cœur français , l'an- 
cienne ! 304 
Elle n'admet pas de rempla- 
çant (la mort). 272 
Embuscade (F). 680-681-682 
Empereur (Y) Napoléon m'a 

dit... 899 
Encore bien qne je vous con- 
nais ! 877 
Encore un duel!... 878 
Enfants (les) de la bonnetière. 470 
Enfoncé, troupier , mais tou- 
jours Français ! 564 
Enseignement (Y) mutuel. 522 
Entrée, ou milord Gorju. 96 
Entrez , entrez chez Gihaut. 289 
En v'ia un que j'ai repêché... 461 
Épicière (Y) a encore les yeux 

rouges... 629 

Épicure.Anacréon... 592 

Ex-cuirassier au quatrième... 734 

Essai à la manière noire. 340 

Est-ce un dindon? 306 
Estimé de ses chefs , adoré de 

ses camarades. 551 
Études de chêne, de platane et 

de pins d'Italie. 439 à 441 

Extrêmes (les) se touchent. 833 

Faites leur chanter la Colonne ! 972 



Numéros 
du Catalogue. 

Fantassin , je n'aime pas ta mu- 
sique... 562 
Farceurs (les) de ma compa- 
gnie... 669 
Faudrait un crâne maître d'ar- 
mes... 836 
Faut du tempérament. 750 
Faut encore avaler celui-là ! 660 
Faut soigner les anciens. 563 
Femme (la) féroce. 612 
Ferme (la) béarnaise. 609 
Fidèle y court... 501 
Foi de cuirassier, je te serai 

sincère ! 482 
Force ( la) armée. 903 
Forme (la) avant la cou- 
leur. 527 et 528 
Fort Saint-Laurent enlevé. 813 
Fortune, voilà de tes coups ! 784 
Fourberie et lâcheté... 976 
Français (les) après la victoire. 43 
Français (les) ne supportent 

pas l'humiliation... 756 

France. —Là finit leur misère. 847 

Franc (le) gamin. 655 

Frédéric le Grand. 897 
Frère , faites donc finir l'école 

mutuelle... 657 
Frère, y s'a moqué des cen- 
seurs... 677 
Froid (la) pique. 529 et 530 
Fusilier (le) Pacot. 460 
Gamelle (la) compromise. 78 
Gamin (le) éminemment et 

profondément libéral. 332 

Gaspard l'avisé. 65 
Gente vivandière, épanche à 

plein verre ! 480 
Gras nous vivrons... 985 
Grenadier assis avec un enfant. 71 
Grenad ier de la garde nationale. 450 
Grenadier ( le) des légions po- 
lonaises. 465 
Grenadier de Waterloo. 38 et 39 
Grenadier (le) manchot. 51 
Grenadiers (les deux) de Wa- 
terloo. 40 
Griffonnements. 361 à 436 
Grognard (le) est un vieux 
brave... 848 



TABLE ALPHABETIQUE. 



387 



Numéros 
du Catalogue. 

Grottes ( les ) d'Osselles . 442 
Guerrillas (le) Navarrais. 549 et 903 

Gueux (les). 73 

Guide ( le ) est à gauche. 528 
Hercule filant auprès d'Om- 

phale. 601 
Héritiers (les). 755 
Héros ( le ) de la Manche. 907 
Homme du désert!... 973 
Hommes (les) font les décora- 
tions... 38 ° 
Hommes, qui rêvez la paix du 

cœur... 873 
Honneur au courage malheu- 
reux! 312 
Hospitalité (1'). 33 et 748 
Hospitalité. — Quoiqu'il ne soit 

pas montagnard Écossais... 849 

Hôtellerie (F). 457 
Hussards (deux) au galop, le 

sabre à la main. 20 
Hussard (un) au galop, le 

sabre à la main. 19 
Hutinet. — Quand il a fait les 

montagnes... 770 

Il est humain, il est Français!... 697 

Il est par trop farceur le sergent. 625 

Il est vraiment Français ! 565 
Il fait l'admiration de la grande 

Cathelaine... 579 
Il faut en rire. 63 
Il méconnaît un ancien cama- 
rade ! 536 
Il m'en reste encore un pour 

la patrie ! 276 

Ils s'en vont ! 62 

Ils sont les en fants de la France ! 305 
Il veut s'engager grenadier à 

pied. 527 
11 y a peut-être un ancien ar- 
tiste parmi eux... 608 
Il y aura de la baisse, Bijot, 

mon ami... 749 

Impiété. 273 
Indigence. — Le petit riche 

donne au vieillard... 850 
Infanterie légère montant à 

l'assaut. 66 

Instruction (Y) militaire. 83 

Insubordination. 303 



du Catalogue. 

Intérieur d'une baraque de 

charbonniers. 443 et 44i 
Intrépide (!') Lefebvre. 102 
Invalide , la pipe à la bouche. 46 
Invalides (les) à la pêche. 30 
Invalides (les) en goguette. 50 
J'ai été riche , j'ai eu des che- 
vaux!... 582 
J'aime la couleur ! 284 
J'aime les enfants,... moi ! 752 
J'ai perdu ma barbe !... 587 
J'ai vu le Nil et la Bérésina! 538 
Janvier (1 er )- 852 
J'attends de l'activité. 94 
J'aurais pu fricoter dans la 

partie religieuse... 838 

Je boude avec les blancs. 04 

Je crains la salle de police... 981 
Je crois que je me sens de la 

religion ! 894 
Je demande la suppression des 

porteurs d'eau. .*;:>:} 

Je grogne, c'est mon idée... 898 

Je l'ai gagnée à Friedland! 98 

Je m'appelle César. 847 

Je m' bals pas... 745 
Je nié pas assez méfié de la 

payse. 552 
Je ne peux pas m'habiller... 353 
J'en mangerais dix comme toi ! 537 
Je puis mourir maintenant!... 465 
Je suis innocent, dit le con- 
scrit... 291 
Je suis Français, tu es Fran- 
çais, il est Français!... 567 
Je suis militaire, y m' faut un 

baiser. 480 

Je suis prêt. 731 
Jeune , j'avais des dents... 301 et 302 
Jeune femme assise dans un 

jardin. 331 
Jeunes (les) amateurs. 505 
Jeune soldat se découvrant... 88 
Je voudrais avoir mon por- 
trait... 550 
Je voudrais tant seulement 

être le Polichinelle ! 591 

Je vous ferai un procès- verbal. 641 
Je vous présente Madame mon 

épouse. 575 



388 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



Nuin 



du Catalogue. 

J'obtiens de l'activité. 275 

Joueur (le) de marionnettes. 48 

J' ris ti d' voir tous ces trico- 
teurs là!... 909 
J 1 suis pris d' là, je suis poitri- 
naire... 692 
J 1 suis tambour vieille garde... 614 
J 1 te donne de quoi qu' j'ai... 613 
J' te parie quatre sous tout de 

suite... 337 

Kraff et Braunn... 548 

Kalmouck. — On vous a vu, on 

ne vous reverra plus. 853 

Kraoulzer, quel est donc de 

ceci , mon brave?... 883 

Laboureur (le) nourrit le sol- 
dat... 298 
Lafont, rôle de Jean. 452 à 454 
Laissez uren donc un, mon 

ancien. 522 

Lancier français repoussant 

une mauvaise charge. 684 

Lanciers au bivouac. 22 

Lanciers en campagne. 471 

Lapin (le) est timide et nour- 
rissant... 741 
Leçon de peinture... 854 
Leçon (la) du grand-papa... 906 
Lendemain (le) du mardi gras. 546 
Le plus délicieux et le plus ailé 

des bizets. 354 

Le voilà!. 880 

Lieutenant, je cherche du four- 
rage... 318 
Madame Tartare. 688 
Ma femme est morte! 559 
Magister ( le) de notre village. 351 
Maison (la) du garde-chasse. 640 
Mais pour sage , on me renom- 
me. 481 
Maître (le) de ceux qui n'en 

veulent pas... 355 et 356 

Major, c'est la goutte... 687 

Maladroit! 893 

Manie (la) des armes. 292 

Maraudeurs ( les ) de cavalerie. 49 
Maraudeurs (les) d'infanterie. 86 
Marchand (le) de dessins litho- 
graphiques. 85 
Marche de cavalerie légère. 801 



Numéros 
(lu Catalogue. 

Marche de hussards. 768 
Marche de lanciers sur un 

champ de bataille. 342 

Marche de troupes. 769 
Marche de troupes dans le pays 

basque. 670 
Marche de troupes dans les Py- 
rénées. 639 
Mari honnête. 577 
Marseillaise (la). 979 
Matin (le). 805 
Méchant môme, t'es t'un intri- 
gant... 793 
Mademoiselle Félicité... 611 
Mendiants. 70 
Menuet (le). 77 
Mère (la) grand', 495 
Mes chers enfants, je vous 

porte tous dans mon cœur. 288 
Mettez-vous les petits voleurs 

en prison chez vous ? 652 

Misanthrope (le). 788 

Misères de la guerre (1812). 855 

Mohamed- Assan-Caalabafkaa. . 604 

Moi, Jacques- Vincent 1er... 347 

Moi , je 1' respecte le culte... 779 
Mon cher, j' vais faire comme 

toi... 705 
Mon mari les aime singulière- 
ment les lanciers. 671 
Monsieur le commissaire, c'est 

pas moi... 599 
Monsieur, nous avons un gran- 
dissime mal de tête... 651 
Monsieur Pigeon en grande 

tenue. 53 

Monsieur Pigeon solliciteur. 626 

Morale (la). 735 

Mort (la) du cuirassier. 44 

Moulin (le) deJemmapes. 768 
N'abandonnez pas cette pauvre 

veuve ! 270 
Napoléon. 764-824-856 
Napoléon disait: un instant, 

les voisins... 796 
N'apporte qu'une bouteille 

d'eau-de-vie... 540 

Naufrage (le) de la Méduse. 438 

Navarois (le). 632 

Ne bois pas un litre... 573 



TABLE ALPHABETIQUE. 



380 



Numéros 

du Catalogue. 

Ne donnez pas à saint Pierre... 320 
Nous n'avons ni poudre ni 

mitraille. 494 

Nous sommes tous frères... 839 

Nymphe (la) de la Tamise. 265 

amour ! 700 

officier hollandais. 807 

Oh ! les gueux ! 545 

ma Denise... 732 
On dit. 59 et 60 

On ne dit rien. 61 

On semasse, l'Ancien est là. 825 

On va se former en bataille. 830 

Où est le fléau de l'armée? 785 
Où il y a de la gêne... 588 et 589 

Oui, que j 1 peux m'en vanter... 746 

Ouragan... 857 

Ouvrier (T) endormi. 100 

Ouvriers (les) français. 581 
Papa, nanan! papa, caca! 296 et 297 

Pa, pa, ta, plan, silence! 483 

Papillon (le) léger... 623 
Paroles (les) sont des femel- 

melles... 984 

Pauvre honteux. 737 

Pauvre (le) diable. 269 

Pauvre (le) gâ f . 620 

Pauvre peuple ! 819 

Paie, et tais-toi. 287 

Paysage avec troupes. 768 

Peintre (le) d'enseignes. 57 

Pénibles (les) adieux. 92 

Père (le) BroussailJe... 744 

Petit (le) caporal. 637 
Petit (le) crapu est fièrement 

rageur... 535 

Petit (le) malheureux. 524 

Petit paysan en goguette. 75 

Petit (le) philosophe. 791 

l'élit poste avancé. 799 

■ Petit (le) vinaigrier. 477 

Petite (la) armée française. 509 

Petite (la) école du soldat. 508 

Petits (les). garnements. 513 
Peuple (le) à la caserne des 

gendarmes. 448 

Piast (840). 445 

Pièce (la) de canon enlevée. 52 
Pièces faites avec le concours 

d'autres arlistes. 434 a 445 



du Catalogue. 


Pièces dans un but spécial. 446 


à 472 


Piété. 


274 


Pieté filiale. — Vous avez soin 




de votre mère?... 


858 


Pingard et Bûchette. 


338 


Plus de férules.... 


642 


Politesse ( la) est fille de l'hon- 




neur.. 


566 


Pont (le) d'Arcole (1830). 


446 


Poste avancé. 24 et 25 


Poste dans la citadelle d'An- 




vers. 


808 


Poste hollandais. 


804 


! Pour la tenue et l'amabilité... 


571 


Pour mettre le beurre dans les 




ha ri fols... 


602 


Pousse, pousse, Cadet! 


618 


; Premier (le) coup de feu. 


299 


i Prendre le temps comme il 




vient... 


516 


Prise du Palais-Royal (1830). 


447 


Prisonniers autrichiens. 


55 


Promenade à lielleville... 


295 


Promotion (la). 


727 


Public (le) a obtenu jus- 




tice... 


683 


Quand il n'y en aura plus... 


515 


Quand j'aurai fait mes vuit 




ans!... 


968 


Quand on a passé la nuit... 


817 


Quand on ne sait pas son che- 




min... 


789 


Quand tu fais des poiivs... 


344 


Quand vous voudrez faire l'é- 




cole buissonnière... 


889 


Quartier (le) général. 


91 


Quatre (les) mendiants. 


37 


Que ce Paris est triste sans 




émeutes ! 


HH~2 


Que dit-on ? 


58 


Que faites- vous donc, l'abbé?... 


828 


Quel est d' ce port d'armes... 




de farceur n" 1. 


627 


Quelles sont vos vues sur ma 




fille? 


437 


Querelle. 


859 


Qui compte sans son hôte... 


664 


Qui fêle et honore ses maî- 




tres!... 


891 


Quilles (les). 


271 



390 



TABLE ALPHABETIQUE. 



Numéros 
du Catalogue. 

Quinze août (fête de Napo- 
léon). 360 
Quitte le galon de la servi- 
tude... 583 
Qui vive? Patrouille grise. 739 
Quoique fautive... 690 
Qu'une garde (qui a un tour 

d' chez le coiffeur)... 868 

Reconnaissance (la). 800 

Regrets. 860 

Réjouissances publiques. 105 et 293 
Rentier (le) bien pensant... 586 
Repose-toi , mais ne te rouille 

pas. 478 

Retour (le ) du conscrit. 485 

Retour (le) du montagnard. 492 
Rêver d'ours vous donne 14 , 

49, 67... 523 

Révolution (la) fera le tour du 

monde. 776 

Rindzinglin, Rindzinglin... 762 

Romances (vignettes pour). 476 à 593 
Route de Saint-Jean-Pied-de- 

Port. 706 

Saint Georges poursuivant la 
femme innocente et persécu- 
tée... 93 
Saint Jérôme. 320 
Sans blague et sans tabac, pas 

de soldat. 870 

Sa pauvre petite femme est bien 

à plaindre! 526 

Sapeur, c'est fini , plus de ca- 
rottes... 636 
Satané (le) farceur. 760 
Scène d'intérieur. 315 
Second (le) coup de feu. 300 
Sentinelle hollandaise. 803 
Sentinelle! prenez garde à 

vous ! 821 

Sergent , conservons nos dis- 
tances ! 676 
Sergent (le) Relie-pointe fait 

danser Catin. 885 

Seriez-vous sensible? 532 

Siège de Saint-Jean-d'Acre. 106 à 109 
Siège et prise de Rerg-op- 

Zoom... 67 

Si j'avais signé les traités de 
1815!.. 977 



Si j'étais votre caporal... 674 

Si la justice était juste... 742 
Si F bourgeois n'y est pas, les 

presses y n' va pas. 610 
Si le second rang est sage , il 

aura du nanan. 508 

Si les chevaux s'entendaient... 970 
Si tu veux pas être le cheval 

chacun mon tour... 647 
Sire, c'est à Austerlick que j'ai 

été démoli. 321 

Sœur Ursule... 787 

Soldat (le) français. 74 

Soldat (le) musicien. 84 

Soldat (le) Niclou. 496 

Soldat sous la République. 348 

Soldat sous Louis XV. 349 
Soleil (le) luit pour tout le 

monde. 290 
Son cousin l'embrasse joli- 
ment... 659 
Son navire est parti. 489 et 490 
Sortie , ou milord la Gobe. 97 
Soupe (la). 827 
Soutiens- moi, Chatillon!... 557 
Souvenirs de l'armée du nord. 779 à 
819 
Souvenirs. 861 
Soyez plutôt maçon, si c'est 

votre métier. 104 

Surprise (la). 615 
Tailleur (le) de pierres. 335 et 336 

Tambour (le) major. 479 
T'a beau regimber, la réforme 

t'atteindra... 983 

Temps (le) de manger la soupe. 773 

Tête d'homme effrayé. 314 
Tirailleurs. —Un tirailleur doit 

ménager son feu... 862 
Tireurs de la compagnie in- 
fernale. 810 
Toi!... Oui,... moi! 95 
Toi, t'es riche, mais t'es bête... 661 
Tonnerre de Dieu ! en v'ià de 

c'tè noble misère... 792 
Tout ça ne vaut pas mon doux 

Falaise!... 751 

Traînard (le). 875 
Travailleurs (les) vont à la 

tranchée. 806 



TABLE ALPHABETIQUE. 



391 



Numéros 
du Catalogue. 

Tremblez , ennemis de la Fran- 
ce ! 980 
Triomphe (le) de la Religion. 273-274 
Trois (les) conspirateurs... 633 
Tu as le droit de faire ta corvée ! 794 
Tu as le respiration trop long. 541 
Tu es Français , ou tu n'est pas 

Français... 631 

Tu vois Austerlitz!... 673 

Un ancien des anciens. 781 

Une histoire de tranchée. 826 
Une lecture de Mathieu Lsens- 

berg. 811 
Un homme qui boit seul... 539 
Uniforme. — Il aime l'unifor- 
me... le Français! 863 
Un infâme. — La honte passe, 

le profit reste. 971 

Un jour de bonheur. 597 

Un jour de fête en Espagne. 492 

Un Mécène (1840)... 974 
Un morceau de pain sur la 

terre... 822 
Un sergent de voltigeurs di- 
sait... 818 
Un système... 887 
Un système parlementaire... 984 
Un vieux soldat. 503 
Vaguemestre Soiffmann. 832 
Vainqueurs et vaincus, tout 

est fricot pour le diable. 514 

Veuve La France. 270 

Vert (le) de gris. 428 

VIE CIVILE, POLITIQUE ET 
MILITAIRE DU CAPORAL 

VALENTIN. de 913 à 965 

— Oh! oh! le drôle de petit 
lapin, s'écria le père Frau- 
mont. 914 

— Ah ! ah ! voici qui explique 
l'affaire... 915 

— Pater nos ter... 916 

— Valentin fait l'aumône. 917 

— Valentin présenté au curé. 918 

— Il perd son respectable bien- 
faiteur. 919 

— Il est valet de pied de la ba- 

rone de la Bretonnière... 920 

— Je deviens sèche comme 



Numéros 
du Catalogue. 

une hareng, se disait Valen- 
tin. 921 

— Valentin chez le bon riche. 922 

— Vous lui avez marché sur 

la patte ! 923 

— Valentin préfère la sur- 
vivance du caniche d'un 
aveugle. 924 

— Valentin est devenu indus- 
triel , pittoresque et drama- 
tique. 925 

— adversité ! 926 

— Vénérable Sœur,... quel est 

de ce jeune homme ? 927 

— Papa, maman,... papa, ma- 
man... 928 

— Azor!... oh ! c'est bien mon 
vieux père! 929 

— Tu seras mon légataire uni- 
versel ! 930 

— Le père Fraumont s'était 
attendri... 931 

— 11 résiste à la carotte péru- 
vienne. 932 

— Sapeur , parez tierce , et 
payez carie. 933 

— Le sap?ur a payé, mais il 

n'a pas paré. 934 

— 11 était à la Bérézina ! 935 

— Il a volé!... et le peuple fit 
prompte justice. 936 

— Volons à la frontière ! 937 

— Valentin rejoint le 25 e de 

de ligne à Cambrai. 938 

— Valentin vient d'être fait ca- 
poral. 939 

— On arrose les galons... 940 

— Départ de Valentin pour le 
siège d'Anvers. 941 

— Le billet de logement. 942 

— Ah! mon Dieu! 943 

— C'est son père ! 944 

— Allons , au revoir ! adieu ! 945 

— Valentin veut se suicider 
l'arme au bras. 946 

— Morale du sergent Manei lie. 947 

— Valentin au camp de Wil- 
hrich. 948 

— Valentin se couvre de 
gloire. 949 et 950 



31)2 



TABLE ALPHABETIQUE. 



Numéros 
du Catalogue. 

— Valentin ramené ses pri- 
sonniers. 051 

— Valentin à l'hôpital Saint - 
Laurent. 952 

— Le vieux père Fraumont re- 
çoit une lettre de Valentin. 953 

— Lettre de Valentin (sans numéro). 

— Valentin décoré par le ma- 
réchal Gérard. 954 

— Valentin hérite de son père. 955 

— Valentin revoit son père 
adoptif. * 956 

— Valentin bon paroissien. 957 

— Valentin dans l'opulence se 
souvient de ceux qui l'ont 
connu dans la misère. 958 

- Valentin à la^réunion élec- 
torale. 959 

— Valentin se bat en duel. 960 

- Valentin misanthrope et re- 
pentant. 961 

— La demande en mariage. 962 

— Le mariage. 963 

— Valentin père et maire de sa 
commune. 964 

— Valentin devenu puissant. 

Vie (la) est une garde... 757 
Vieillard méditant devant une 

tête de mort. 294 
Vieillard montrant le portrait 

de Cambronne à des enfants. 81 

Vieille (la) école flamande. 910 

Vieux (le) bailli les écoutait 495 

Vieux (le) ménétrier. 484 

Vieux (le) pâtre. 908 
Vieux pâtre près du tombeau 

de sa fille. 343 

Vieux (les) farceurs. 912 
Vieux (les) Français auront 

bien du mal... 675 

Vieux (les) souvenirs. 481 



Numéros 
du Catalogue 

Vin (le) de la comète. 56 
Vivandière (la). 864 
Vive la joie ! 911 
Vive les pommes de terre! 568 
Voilà d'ia crâne politique !... 869 
Voilà encore un duel , faut plu- 
mer les canards. 606 
Voilà encore un duel, plume, 

Jean, plume! 605 
Voilà, j'vous introge... taise- 

vous... 829 
Voilà mon fourrier (M. Binet, 

le chandelier du coin) ... 678 
Voilà peut-être comme nous 

serons dimanche... 786 
Voilà pourtant comme je serai 

dimanche. 280 
Vois- tu, Méret, voici l'his- 
toire... 798 
Voltaire, troupier fini... 596 
Voltigeurs en tirailleurs... 21 
Votre fils ira loin ! 593 
Votre gaz, c'est l'anarchie... 313 
Vous croisez la baïonnette... 278 
Vous êtes deux braves... 517 
Vous ferez le carnage des 

Turcs... 645 et 646 
Vous feriez un joli tambour- 
major... 797 
Vous n'auriez pas vu mon 

pauvre chat ! 694 

Vrai (le) moutard de Paris. 499 

X représente l'inconnu. 865 

Y en a toujours eu, il y en 

aura toujours, des cruches ! 569 

Y dit que vous avez une jambe 

de bois de naissance. 656 

Y n'veut pas me mener chez 

Des noyers. 558 

Yvetot (le roi à"). 866 
Zouaves ( armée d'Afrique , 

1834). 867 



FIN HE LA TABLE ALPHABÉTIQUE, 



TABLE 

PAR ORDRE MÉTHODIQUE. 



Nous avons supposé qu'à la suite de la Table générale , on verrait 
avec plaisir un choix de quelques pièces de Fœuvre classées par 
ordre méthodique. 

Nous les indiquons sous divers titres. 



1° Pièces gaies , plaisantes. 



du Catalogue. 

Aili! alla! alala la tête! 624 
Amputé (P) farceur. — Perdre une quille... c'est rien... mais la boule... 

c'est tout... 574 
Avant la Révolution, un enfant ne se serait jamais permis d'appeler 

son maître singulier masculin ! GO;i 

Hilloux dans une balance. 425 
Ça fait son sage, ça fait comme si qu'ça étudie; ça espionne tout ce 

qu'on dit pour aller caponner. 638 

Caporal Pitou, comptez sur moi si Pon se met en patrouille. 60 J 

Caporal !. . . v'nez reconnaître. 7<'>l 

Cet homme a bien mauvais genre. 268 

Chauffé, éclairé par son gouvernement , c'est une grande douceur. 834 

Comme flûte, je suis avant Tulou par rang d'ancienneté. 345 
Cré coquin, j'ies haïti les maîtres; si j'étais gouvernement, je vou- 
drais que tout le monde y sache bien écrire, parce qu'il n'y en 

aurait pas. 695 

Croisés (les) en prière. 531 

Croquemitaine. — Il dévore les petits enfants mâles des deux sexes. 843 

Croquemitaine (M™»). 511 

Croquemitaine repoussé avec perte. 510 
d'hardiesse. — Ah ! monsieur l'callognié, donnez-moi-z'en un petit 

peu... d'ia poudre, pour fiche un pétard au chat du maître d'école. 740 

Départ de Valentin pour le siège d'Anvers. 941 
Diable vous emporte ! vous tirez dans les échalas et vous ne me !^ oyez 

pas. 705 
Dis donc, tambour-major des incurables, tu devrais bien acheter les 

serpents de ta paroisse, ça te ferait encore une jolie paire de bottes. 317 

Ecole (P) de village. -282 

Ecole (P) du balayeur. 279 



394 TABLE MÉTHODIQUE. 

Numéros 
du Catalogue. 

Epicière (Y) a encore les yeux rouges. Ah! les gueux de maris, l'coq 

civil est trop doux pour les hommes qui bat les femmes ! 629 

Ecris à ma respectable mère que je suis malade à l'hôpital... qu'elle 

m'envoie de l'argent... vivement. 556 

Faudrait un crâne maître d'armes pour crever un œil à mon bouillon. 836 
Frère, faites donc finir l'école mutuelle, y nous fichent des grandis- 
simes coups de pied et nous appellent cornichons. 657 
Hercule filant près d'Omphale. 601 
Hutinet. — Quand il a fait les montagnes, le Père éternel, bien sûr 

que s'il avait pris le sac sur le dos, y n'zaurait pas fait si hautes. 770 
Il est par trop farceur, le sergent !... caporal , je vous demanderai une 

prise. 625 

Il résiste à la carotte péruvienne. 932 

11 y aura de la baisse ; Bijotot, mon ami, écoulez vos huiles et mé- 
fiez-vous de la canelle. 749 
Il y a peut-être un ancien artiste parmi eux; il leur a peut-être fait des 

charges. 608 

Instruction militaire. 83 

Invalides (les) en goguette. 50 

Je suis le marquis de Las Blagueras, etc. 953 

Je m'appelle César. 547 

J'ris-ti d'voir tous ces fricoteurs-là faire les Latremouille et les Mont- 
morency, avec leurs figures barbouillées de raisinet! 969 
J'suis tambour vieille garde, j'me rends pas. 614 
Lettre de Valentin. 953 
Lieutenant, je cherche du fourrage pour mon cheval. 318 
Manie (la) des armes. 292 
Menuet (le). 77 
Moi , je suis un vieux matérialisme, etc. 948 
Monsieur, nous avons un grandissime mal de tête, voulez vous nous 

permettre de nous en aller. 651 

ma Denise! que ne peux-tu voir un époux abreuvé de douleur, et 

priant pour le repos de ta cendre. 732 

Pater noster quilles enneceli , sangtificeturc, etc. 916 

Père (le) Broussaille. — On me demande du lapin !... on veut que j'tue 
du lapin... avec un habit bleu de ciel et un collet rouge; les guer- 
dins me voyent d'un bout à l'autre du bois; ils disent: tiens! 
voilà le père Broussaille avec son collet rouge!... 744 

Pour mettre le beurre dans les haricots : un temps, deux mouvements. 602 
Pousse ! pousse ! Cadet ! 618 

Quand on a passé la nuit avec ces paroissiens-là, on peut coucher avec 

le premier venu, 817 

Qui fête et honore ses maîtres, arrive aux talents ! aux honneurs! aux 

grandeurs! à la considération!!... à la décoration !!... à tout. 891 

Rentier (le) tranquille et bien pensant à 5 °/o P eut devenir un diable 

à 4. 536 

Si la justice était juste, on pendrait tous ces guerdins d'hommes qui 

n'est bon qu'à tromper les pauvres femmes qu'est trop bonnes ! 742 
Soldat (le) musicien. 84 

Tonnerre de Dieu ! en voilà de c'te noble misère, et pas cher. 792 



TABLE MÉTHODIQUE. 395 

Numéros 
du Catalogue. 

Un système. — Le vieux soldat veut que ses élèves mangent toute la 

journée, afin qu'ils ne sucent pas de mauvais principes. 887 

Vous croisez la baïonnette sur les vieux amis ! vous n'êtes donc pas 

Français ! 278 

Y dit que vous avez une jambe de bois de naissance. 656 



3° Pièces naïves, gracieuses, touchantes. 



Adieu, lils !... je t'ai revu, je suis satisfait. 281 
Aumône (T). 87 
Bonne (la) petite 011e. 506 
Ceux à qui on donne, faut pas les éveiller. 644 
Demande (la) en mariage. 962 
Doucement, la mère Michel. 161 
Extrêmes (les) se touchent. 833 
France. Là finit leur misère. 847 
11 est humain, il est Français!... le petit trompette. 697 
Indigence. — Le petit riche donne au vieillard les deux sous de son 
déjeuner; le petit prolétaire dit : J'ai rien, l'intention suffit. Dieu 
les récompensera. 850 
Je crois que je me sens de la religion. 894 
Je suis prêt ! 731 
J'te donne de quoi qu'j'ai; quand t'aura qu'eque chose, tu me donne- 
ras de quoi que t'aura. 613 
Hospitalité (P). 748 
Misères de la guerre (1812). 855 
N'abandonnez pas cette pauvre veuve. 270 
Mort (la) du cuirassier. 44 
adversité ! c'est au moment que tu parais nous accabler que tu te 

plais à nous lancer sur la route du bonheur. 926 

Oh ! les gueux ! 545 

Pauvre (le) diable. 269 

Petit (le) malheureux. 524 

Petit (le) philosophe. 791 

Petite (la) armée française. 509 

Petite (la) école du soldat. 513 

.Piété filiale. — Vous avez soin de votre mère, vous prospérerez. 858 

Premier (le) janvier. 852 

Si le second rang est sage, il aura du nanan. 508 

Tout ça ne vaut pas mon doux Falaise. 751 

Valentin bon paroissien. 957 

Valentin chez le bon riche. 922 

Valentin dans l'opulence. 958 

Valentin se dit : 931 
Vie (la) est une garde qu'il faut monter proprement et descendre sans 

tache. 757 

Vieux pâtre au tombeau de sa fille. 343 

Vivandière (la). — La vivandière française a le cœur bon. 864 



396 TABLE MÉTHODIQUE. 

3° Pièces morales , philosophiques , politiques. 



Numéros 
du Catalogue, 

A bien dire, ce qu'il y a de meilleur dans l'homme c'est le chien. 892 

Amour (1') du peuple , c'est le fort le plus fort de tous les forts. 975 

Aristocratie pour aristocratie, je préfère celle des titres; elle est polie 
et généreuse. L'aristocratie d'argent est avare et infiniment peu 
polie. » 982 

Avec sa fraîche de blouse, y n'sait jamais ses leçons ; il a toujours des 

billets de contentement ; il est riche ! v'ià la malice. 649 

Avis (1') du maître. 978 

Baronne (la) de la Bretonnière. 920 

Ça vous porte des chapeaux et ça n'a peut-être pas de chemises. 561 

Ces infâmes brigands sont peut-être vertueux. 888 

C'est eux qui m'a provoqué ; y m'ont dit : Rabotte donc les aristo- 
crates; alors, moi, j'ai colotté les fils du propriétaire, mais c'est 
eux qu'a reliché les tartines... moi , j'mas brossé le ventre. 831 

C'est toujours les mêmes qui tient l'assiette au beurre... ça fait que la 

révolution ne s'a pas encore introduit dans les z'haricots. 778 

Ceux-là qui se bat... pour la galette, c'est pas celui-là qui la mange ; 

il attrape des bons coups , et pis c'est bon ! 662 

Chauffé, éclairé par son gouvernement, c'est une grande douceur. 834 

Chacun pour soi, chacun chez soi! On ne dit plus: est-il honnête 
homme, a-t-il du mérite? on dit: fait-il son affaire, a-t-il de 
l'argent ? 353 

Classe moyenne, fil et coton ; classe forte, fer et acier. 968 

Dans les cortèges, tous les ceux brodés qu'est en or vaut plus que 

celui qui ne sont qu'en argent, toujours ! 685 

De quoi, travailler? bon pour des feignants. Vive l'émeute! vive le 
vin, vive l'amour... vivent les institutions qui assureront mon 
avenir. 82:} 

Dieu ! mes ennemis politiques ! en avant les guibolles !!! 879 

Écoute, Jean, il faut toujours préférer le pain noir de la nation au 

gâteau de l'étranger... toujours! 895 

Elle n'admet pas de remplaçant (la Mort). 272 

Fortune , voilà de tes coups ! , 784 

Héritiers (les). — Pensez-vous que notre respectable et digne oncle 

aille encore jusqu'à demain ? 755* 

Homme du désert ! quoi , tu repousses la civilisation ? 973 

Honneur au courage malheureux. 312 

Insubordination [Y). — Si les mieux habillés veut toujours être les gé- 
nérais, j'ieurs y fiche des calottes. 303 
J'ai été riche!... j'ai eu des chevaux!... j'ai marché sur les malheu- 
reux!... et me voilà... philosophe. 582 
J'ai vu le Nil et la Bérésina ! 533 
Je crains la salle de police et parle sous la figure de l'emblème. 981 
Je deviens sèche comme une hareng. 921 
Je m'bats pas. Le plus souvent que j'vas m' faire calotter, déchirer mes 



TABLE MÉTHODIQUE. 397 

Numéros 
du Catalogue. 

z'hardes, et tout pour des cadets qui mangera la galette et les 
noix verts et qu 1 moi j'aurai les coquilles. 745 

Jeune, j'avais des dents et pas de pain ; vieux, j'ai du pain et pas de 

dents! ' 301 
J'ris-ti d'voir tous ces fricoteurs-là faire les Latremouille et les Mont- 
morency avec leurs figures barbouillées de raisinet. 969 
J'te parie quatre sous tout de suite ! qu'c'est moi et p'tit Pannotet qu'a 
proclamé la République et demandé la tête des tyrans; même que 
j'ai acheté deux sous de pommes de terre frites, à preuve ! 337 
Laboureur (le) nourrit le soldat; le soldat défend le laboureur. 298 
Leçon de peinture. 854 
Lendemain (le) du mardi gras. 546 
Maladroit/ 893 
Mari honnête ! 577 
Monsieur Pigeon solliciteur. 626 
Morale du sergent Maneille. 947 
Morale (la). :::.*> 
Napoléon disait. 796 
Ne bois pas un litre si lu n'as que monnaie de ch opine. 573 
Nous sommes tous frères ; il se faut donc aider sur cette terre de mi- 
sère. 839 
homme vain, mais non superbe! tu fais ton Ajax, tu menaces le 
ciel!... mais la Divinité souffle, et tu roules comme le grain de 
sable du désert. 857 
On arrose les galons sous prétexte que la côtelette demande à boire. 940 
Pauvre honteux. - J'ai besoin de dix francs ! 738 
Pauvre peuple ! 819 
Pingard et Bûchette faisant la partie d'aller demander du pain ou la 

mort. 338 
Prendre le temps comme il vient, et la soupe comme elle est. 516 
Quand j'aurai fait mes vuit ans ! 985 
Que ce Paris est triste sans émeutes. 882 
Querelle. — Il en avint que celui qui avait raison fut blessé. La mo- 
rale y perdit un peu, le cabaret y gagna beaucoup. 859 
Qui compte sans son hôte... peut se tromper. 664 
Quitte le galon de la servitude et reprends la pioche de l'indépen- 
dance. 583 
Regrets. — La bon Chauvin regrette la soupe au lard paternelle ; il se 

dit : A quand donc que je serai délibéré de mon congé. 860 
Souvenirs. — Fatigué du lard paternel, il se souvient du Glme ; C'était 
mon bon temps, se dit-il, je n'avais que mes corvées, les inspec- 
tions, les revues, les gardes et les exercices à penser... j'étais libre 
et heureux ! 861 
• Si j'avais signé les traites de 1815 !... je me couperais le poing. 977 
Si les chevaux s'entendaient, quelle révolution!... 970 
Si tu veux pas être le cheval chacun mon tour, faut pas qu't'en jousse. 647 
T'as beau regimber, la réforme t'atteindra ; et de la réforme à l'abat- 
toir , il n'y a pas loin. 983 
Toi t'es riche, mais t'es bête ; toi pis riche, mais fièrement malin ; ça 

fait chacun mon compte. 661 



398 TABLE MÉTHODIQUE. 

Numéros 
du Catalogue. 

Tu as le droit de faire ta corvée... 794 

Une lecture de Mathieu Laensberg. 811 

Un Mécène. 1840. 974 

Un système parlementaire. 984 

Vainqueurs et vaincus, tout est fricot pour le diable. 514 

Valentin à la réunion électorale. 959 

Valentin père et maire de sa commune. 964 
Vie (la) est une garde qu'il faut monter proprement et descendre sans 

tache. 757 
Voilà mon fourrier (le chandelier du coin) qui complimente le sergent- 
major. 678 
Vois-tu, Méret, voici l'histoire... 798 
Volons à la frontière. 937 
Votre fils ira loin ! 593 
Vous lui avez marché sur la patte. 923 
Vous avez fait une révolution pour les frais du culte, alors que le bon 

Dieu vous bénisse. 818 



4° Compositions remarquables. 



A moi ! les anciens... 89 

Appel du contingent communal. 90 

Artillerie légère allant prendre position. 518 

Au maréchal Brune. 82 

Aumône (Y). 87 

Bienvenue (la). 35 

Caporal (le) blessé, et son chien lui léchant sa blessure. 69 

Colonne d'infanterie en marche. 28 

Combat à outrance. 648 

Combat entre des Français et des Anglais. 41 

Consignés (les) prenant les armes pour la corvée du quartier. 99 

Courage, résignation. 68 

Cuirassier Français portant un drapeau. 76 

Dix-huit cent quarante. 353 

Drapeau (le) défendu. 42 

Ecole (Y) chrétienne. 634 

Embuscade (!'). 681 

Français (les) après la victoire. 46 

France ! Là finit leur misère! 847 
Grenadier (le) de Waterloo. 38 et 39 

Grenadiers (les deux) de Waterloo. 40 

Guerrillas Navarrais. 549 

Homme du désert ! quoi , tu repousses la civilisation ? 973 

Invalides (les) en goguette. 50 

Ils sont les enfants de la France. 305 

Insubordination (1'). 303 

J'ai vu le Nil et la Bérésina. 585 



TABLE MÉTHODIQUE. 399 





du Catalogue. 


Je suis innocent, dit le conscrit. 


291 


Laboureur (le) nourrit le soldat. 


298 


Maison (la) du garde-chasse. 


649 


Marseillaise (la). 


979 


Menuet (le). 


77 


Mort (la) du cuirassier. 


44 


Navarrais (le). 


632 


Oh ! les gueux ! 


545 


On se masse. 


825 


Ouragan (V). 


857 


Ouvrier (!') endormi. 


100 


Pénibles (les) adieux. 


92 


Petit (le) malheureux. 


524 


Pièce (la) de canon enlevé. 


52 


Premier (le) coup de feu. 


299 


Promotion (la). 


727 


Quartier (le) général. 


91 


Réjouissances publiques. 


293 


Roi (le) d'Ivetot. 


866 


Second (le) coup de feu. 


300 


Siège de Saint-Jean-d'Acre. 


106 


Siège et prise de Berg-op-Zoom. 


67 


Soldat (le) français. 


74 


Tireurs (les) de la compagnie infernale. 


811 


Un ancien des anciens. 


781 


Vieillard montrant le portrait de Cambronne à des enfants. 


81 


Vieille (la) armée française. 


187 à 201 


Voltigeur. Infanterie légère française. 


205 



5° Indications de quelques textes déjà passés en proverbe. 



A bien dire, ce qu'il y a de meilleur dans l'homme, c'est le chien. 892 

Ancien (P) est asphyxié. 672 

Appétit (Y) elle est bonne; c'est les jambes y va mal. 555 

Ça vous porte des chapeaux, et ça n'a peut-être pas de chemises. 561 

Ces infâmes brigands sont peut-être vertueux. 888 

C'est toujours les mêmes qui tient l'assiette au beurre. 778 

Ceux à qui on donne, faut pas les éveiller. 644 

Ceux-là qui se bat pour la galette, c'est pas celui-là qui la mange. 662 

Chacun chez soi, chacun pour soi. 353 

Classe moyenne. Fil et coton. 968 

Classe forte. Fer et acier. 968 

Dieu! mes ennemis politiques!... en avant les guibolles. 879 

Elle n'admet pas de remplaçant (la Mort). 272 

Faut soigner les anciens. 563 
Fourberie et lâcheté sont deux herbes qui ne prendront jamais en 

France. 977 



400 TABLE MÉTHODIQUE 

Numéros 

du Catalogue. 

Froid (la) pique. 529 

Honneur au courage malheureux. 312 

11 est riche... v'ia la malice. 649 

Il y en a toujours eu, il y en aura toujours, des cruches ! 569 

J'aime encore mieux être saoul que bête, ça dure moins longtemps. 690 

Je grogne, c'est mon idée ; ça n'empêche pas les sentiments. 595 

Je mé pas assez méfié de la payse. 552 
Jeune, j'avais des dents et pas de pain; vieux, j'ai du pain et pas de 

dents. 30i 
La vie est une garde qu'il faut monter proprement et descendre sans 

tache. 757 

La morale y perdit un peu , le cabaret y gagna beaucoup. 859 

Les bons s'en vont ! 919 
Les hommes font les décorations; les décorations ne font pas les 

hommes. 5§0 

Les paroles sont des femelles ; les boulets c'est des mâles. 984 

Ne bois pas un litre, si tu n'as que monnaie de chopine. 573 

Ne donnez pas à saint Pierre ce qui appartient à César. 320 
On peut mépriser l'espèce humaine, mais cracher sur les vendanges, 

jamais ! 788 

Où il y a d'ia gêne .. 588 

Paie et tais-toi . 287 

Prends le temps comme il vient, et la soupe comme elle est. 516 

Quand on ne sait pas son chemin , on ne se met point z'en route. 789 

Qui compte sans son hôte, peut se tromper. 664 

Sans blague et sans tabac, pas de soldat. 870 

Si la justice était juste» 742 
Toi t'es riche, mais t'es bête; toi, pas riche, mais fièrement malin, 

ça fait chacun mon compte. 061 

Tout ça ne vaut pas mon doux Falaise. 751 

Tu as le droit de faire ta corvée ! 794 

Un homme qui boit seul, n'est pas digne de vivre. 539 

Un infâme. — La honte passe, le profit reste. 971 

Vn malheureux trouve toujours un plus malheureux que lui. 917 
Un morceau de pain sur la terre vaut mieux qu'une brioche dans le 

ciel. 822 

Vainqueurs et vaincus , tout est fricot pour le diable. 514 

Vieux (les) Français auront bien du mal, mais ils ne périront pas. 675 

Vivent les institutions qui assureront mon avenir. 823 

Vive les pommes de terre. 568 

Voilà encore un duel... faut plumer les canards. 605 

Voilà pourtant comme je serai dimanche. 280 
Vous croisez la baïonnette sur les vieux amis ! vous n'êtes donc pas 

Français ! 



FIN DE LA TABLE MÉTHODIQUE. 



569 



Tours, impriment' île .1. Bouslrez , rue de l'intendaj 



BRIGHAM YOUNG UNIVERSITY 



3 1197 21182 6638 



Date Due 

AMIibrary items are subjecttorecallatanv, 




Brigham Young Univeisity 



i_